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Full text of "L'individu et la société"

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INDIVIDU 
;t u société. 



^ I 



L'INDIVIDU 



ET LA SOCIÉTÉ 





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L'INDIVIDU 



ET LA SOCIÉTÉ 



L'ddiieui déclare rénervei ses droiu de iradi 
ions pays, y compris ta Sutdc el la Norvège. 

Ce vo)i|i7ie a élë dipoti nu Mlnittire de l'inlc 
ffloi 1897. 



àe TBprodacllDn 
cliondelallbraii 



Ouvrages déjà publiés 
dans la Bibliothèque Sociologique : 

I . — La CoNduKTE DO Pain, par Pierre Kropolktne. Un 
volume in-l8, avec préface par Elisée Reclus, 5" édition. 
Pris 3 5o 

a . — La Sociéré Mourante et i.' Anarchie, par Jea» Grave. 
Un volume in-18, avec préface par Octave Mirbeau. [In- 
terdit. — Rare) . Prix 5 fr. 

3.— De la Commune a l'Anarchie, par C/iaWes Afalalo. 
"n volume in-18, 2" édition, Pris 3 5o 

- Œuvres de Michel Bakounine. FédéralismCj Socia- 
>lisme et Antiihéologisme, Lettres sur le Patriotisme. 

t l'Etat. Un volume in-18, 2« édition. Prix. 3 io 

SRCRiSTES, mœurs du Jour, roman, par John- Henry 

y, traduction de Louis de Hcssem. Un volume 

-18. {Epuisé.) Pris 5 fr. 

- Psychologie ne l' Anarchiste-Socialiste, par A. Ha- 
_ ^, .Un volume in-18, 2" édit. Prix 3 5o 

■y, — Philosophie du Déterminisme. Réflexions sociales, par 
Jacques Sauiarel. Un volum* in-lS, a» édit. Prix. . 3 5o 

S.-— La Société Future, par Jean Grave. Un vol, in-18, 
6" édition. 

- L'Anarcmis. Sa philosophie. — Son idéal, par Pierre 
[ropotkine. Une brochure in-18. 3" édition. Prix. 1 • 

- L* Grandi! Famille, roman militaire, par Jean 

ve. Un vol. in-iS, 3- édition. Pris 3 ba 

Le Socialisme et le Congrès de Lonobes, par A. 

non. Un volume in-18, 2° édit 3 5o 

Les Joïbusetés de l'Exil, par Charles Malato. Un 
ime in-18, 2° édit. Pris 3 5o 

- Humanisme Intégral. Le duel des sexes. — La cité 
, par Léopold Lacour. Un volume în-iR, 3' édit. 

3 5û 

iRiDi, armée d'Afrique, ruraan, par Georges Darien. 

Iumeîn-i8, 2" édition. Pris 3 5o 

. — Le Socialisme em hanoeh, par Domela A'ieuwenhois 
vol. in-18, avec préface par Elisée Reclus. Pris. 3 5o 

- Philosophie de l'Avarchie, par Charles Malato. Un 
. in-18. Prix 3 5o 

Sous Presse .■ 

ffEvOI-UTION, LA RÉVOLUTION PT l.'Ir.hÇÂl. ANAIirHIQUE, par 

|;£(ise'e Reclus. 
~ r Pierre Kropothne. 

;cT DE LA RBVOLUTiON. par Bernard La'tare. 




'OTHlïOUE SdClOLOGIOUK. — N" 18 



i 



JEAN GRAVE 



INDIVIDU 

ÏT LA SOCIÉTÉ 




>-»-,. 



A 



MM. H. T. 



Ce témoignage d^ affection projonde. 



J. G. 



■■f'\. 



L1NDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



I 



l'individu et la société 



Aiitagonisiuo de l'iiulividu et de la sociôté. — Doviatioii 
du progrès. — L'îline : consoiuiic«îde soi. — L'associa- 
tion spontanée. — Inliltratioii de l'autorité, de l'ex- 
ploitation. — Apparition de la révolte. — L'autorité 
assise. — Le mal découlant de l'excrcii'»,' de l'aulorilé 
attribué à ceux (jui la détiennent. — (.)n change (en- 
suite les formes. — Plus d'autorité. — Les détenteurs 
de Tautorito doutent de la légitimité d«.' leur rôle. — 
La peur de Tinconnu. — L'idée niarclie. 



L'individu et la Société!... Doux choses — 
un être et une façon d'être — ({ni, pour avoir 
été mal comprises, ont vécu ensenible on com- 
plet antagonisme. Celui-là se révoltant do 
temps à autre contre celle-ci, mais retombant 




toujours écrasé sous le poids j'ormiduble ( 
institutions qu'il contribuait à développer et à 
défendre. 

Semblable, en ceci, au inîigicien de la. lé- . 
" gcnde qui devient eii butle aux iiiétliaticetés 
du monstre qu'ont animé ses incantations, 
chaque progrès de l'intelligence humaine,- 
chaque perfectionnement élaboré par les indi- 
vidualités, ont aidé, — àceux quis'étaieotfails 
lus guides de la collectivité — à resseri'er les 
cliaines qui entravent l'individu , venant 
ajouter une entrave de plus, ;i celles qui, gê- 
naient déjà son évolution. 

Pauvre être social! voilà des, s|êcl^H et des 
siècles qu'il lutte pour lebonheui*; qu'il fait 
des révolutions poui" s'alTranchir; qu'il s'in- 
génie à transformer les rouages qui lebroient; 
qu'il poursuit haletant l'émancipation com- 
plète de son être qui luit à ses regards comme 
but suprême de ses ellorts. filais il n'a pas 
sitôt fait l'expérience de ses nouvelles combi- 
naisons que, pris entre les dents de la ma- 
_clùiio, il ne s'en arrache qu'en y laissant un 

l'tle sa chair pantelante, un peu de ceque 




^^^r L'INDIVIDU ET LA. SOCIÉTÉ 3 

^^^Bs .métaphysiciens ont appelé son k âme » el 

^^^iie, pour ne pas (ivoir ;ï fabriquer de mut - 

nouveau, nous pouvons continuer à nommer 

ainsi, eu }a dépouillant de toute idée méta- 

jnhysîque, nous contentant de l'envisager 

îomuie un mode particulier de vibration de 

i matière dont nous sommes composés, et 

3 définissant ainsi : « la conscience de soi », 

^ais dont les matériaux, après notre mort, 

i dispersant sous l'oltet delà décomposition, 

imi aider aux [combinaisons nouvelles don- 

fant naissance à d'autres êtres, d'autres 

i moi », d'autres « âmes ». 



Et la lutte se poursuit à travers l'histoire; 
Klltré races, entre nations de mémo race, et 
Sussi entre individus de même nation, entre 
l'individu et l'Etat social. Partout, à tous les 
•es de formation des collectivités, les inté- 
^■êts de l'individu à It^gard d'autres individus, 
de groupe contre groupe, mais encore de l'in- 
dividu contre son groupe, se dressent anta- 
Soniijues les uns contre les autres. 



4. L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

Pourtant, lorsqu'ils se rapprochèrent les 
uns des autres, les individus, cela est de toute 
évidence, ne le firent que pousses par l'espoir 
d'y trouver un avantage sur leur état anté- 
rieur. 

Besoin d'unir leurs forces pour vaincre un 
obstacle naturel, nécessité de s'entr'aider pour 
capturer la proie qui défiait leurs efibrts iso- 
lés, urgence de se sentir les coudes pour ré- 
sister à un ennemi plus puissant, quelle que 
soit la raison qui motiva l'association des 
individualités humaines — ou de l'ancêtre 
humain, si l'association se fit avant que 
l'anthropopithèque eût élargi ses facultés en 
raison humaine, — toutes impliquent qu'on 
associant leurs efibrts, ce n'était pas une 
abdication de leur liberté que faisaient les 
individus, mais une coordination de leurs 
facultés, ayant pour but d'arriver à une plus 
grande puissance d'efiets; de liberté, par con- 
séquent. 

Cette association s'est faite, certainement, 
sans discussions préalables, sans débats ni 
contrats, sous la pression du besoin et des cir- 



.s. 



L'JNDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



Ënstances, chacun réservant implicilement 
1 liberté d'agir. 
B;Nul doute, encore, que ces premières asso- 
iations ne durèrent qu'autant que dura l'ef- 
jfrl à donner, pour se dissoudre une t'ois le 
BBiiitat obtenu. Ce ne dut être que progressi- 
lement que les familles, réunies en vue d'un 
mort à accomplir, continuèrent de vivre côte 
•côte, une fois l'elTort donné. 
I Au sein de ces associations temporaires, 
Brtâins. par intelligence plus développée, 
ieilieure adresse; adaptation plus parfaite, ■ 
l simple ruse, durent réaliser d'insensibles 
fcantages qu'ils surent, sans doute, faire en- 
îsager :> leurs associés, comme une prime à 
SQr Concours plus efficace. 
l'Librement consentis par leurs coassociés. 
i avantages ne tardèrent par devenir un 
fOit pour ceux qui se les étaient appropriés, 
tendant ensuite, entraînant d'autres privi- 
:és k leur .suite. Et l'élude des peuples pri- 
mitifs nous retrace cette évolution, en nous 
_^onti'ant, depuis le groupement de que]que.s 
pdividus seulement, sans l'ombre de la plus 



«^ 



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L'INDIVIDU ICI- LA SflC.lfîTft 

jjetite différence entre eux, en passant pai'ceux 
où l'aulorité du chef est toujours subordonnée 
;i la volonté d'obéir Je ceux qui acceptent sa 
direction, pour aboutii- ù nos organisations 
politiques les plus compliquées. 

Pour pouvoic s'établir, l'autorité a dû s'in- 
sinuer. Kt encore non, ce n'est pas là le niotr 
propre; car Cela laisserait supposer que toute 
la théorie était déjà formulée en le cerveau de 
ceux qui en profitaient, tandis que la réalité 
toute siraiile est que l'autorité el l'exploitation 
so dévelûppùpcnl au. fur et à mesure que ceux 
qui furent investis des premiers avantages 
s'aperçurent que la ruse et la force étaient 
d'excellents moyens pour trompi-r les imbéci- 
les, mater les récalcitrants. C'est en mangeant 
que leur vînt l'appétit, c'est à la facilité de 
commander, que grandireuj. leurs exigences. 

Si l'autorité et l'exploitation avaient voulu 
entrer, armées de toutes pièces, dans les as- . 
socialions rudinientaires qui écloreiil sous la 
pression des besoins, elles y auraient échoué, 
puisque, aussitôt que leur effet devint sensi- 
ble, aussitôt que certains s'aperr-urent qu'ils 



."iNDivinr KT L:V sorn^rrft 



Btaienl spoliés, les révoltes se sont faJL ]oiir 
■Outre cette déviation de l'évolnlioM sociale. 



Eievês soaa la tuielle gouvernementale, les-: 
iidividus out, par la suite, accepté le fait '• 
tomme une « loi naturelle. » Les erapiiite- 
Ëents des privilégiés, jusqu'à ce que la force ] 
urîùt assurée, ont dû être insensililes ;i 
bufs d'une existence individuelle. Le-s géii 
rations passaient sans s'apercovoir que leui's 
bns s'étaient multipliés. 
[Quand ils s'aperçurent de roiqjrcssion, les 
iHndus se révoltèrent contre, mais trop 

. L'autorité avait pris racino, s'était créé, . 
btour d'elle, des intéri?ts disposés h la dé- 
fedre. Et ceux-là m^me quî se révoltaient, 
Snsurgeaient contre les hommes au pouvoir. 
lâis n'osaient mettre en doute la nécessité 
'uneautorité.Habiluésdéjààreiiti-ave- il sem- 
ait impossible aux hommes de s'en passer, 
Qaand on eut bien changé les hommes au ■ 
lUVoir, on s'aperçut enfin que cela ne chan- 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



geait rien à l'oppression ; on s'en prit alors 
aux institutions; mais l'esprit liumain est 
borné, peu variées sont ses conceptions, et les 
cliaiigements qu'apportèrent les esprits les 
plus hardis, n'allaient pas plus basque la sur- 
face, quand ce n'était pas qu'un simple cban- 
gcmont de nom le pins souvent. 

« Avant de détruire, il faut savoii- quoi re- 
construire ». est un axiome courant en socio- 
logie comme en politique. « Avant de détruire 
sa bicoque qui tombe en ruines et la laisser 
exposée aux intempéries de la saison, le pro- 
priétaire s'avise d'un logis provisoire tout au 
moins. » Aussi, avant de se débarrasser des 
liens dont on les chargeait, la principale préoc- 
cupation de ceux qui voulaiant s'émanciper. — 
lorsque ce n'était pas la seule ambition ([ui les 
guidait — fut de se dire : « Ces liens nous 
gênent, par quoi pourrions-nous bien les rem- 
placer? » — « Un tel au pouvoir est insup- 
portable, (pli mettrions-nous bien à sa place ? » 
Ce furent des avisés ceux qui allèreni jusqu'à 
rêver de^ changer la forme du gouvernement. 

Il falJul une longue évolution pour arriver 



|â se dire : « Le gouvernement nous géue, ne 
■ soyons plus gouvernés r » Cela était trop sim- 
Iple pour des cerveaux déjà déformés par lej 
Ipréjugé; Les rares esprits d'élite qui osèrent! 
Ile formuler, [ne l'eutreviront ijiie coTiiiiin 
l-idéal irréalisable. 

Mais, ayant eu beau changer, les liommes 

jiau pouvoir d'abord, lus formes de l'autorilé 
(elle-môme ensuite, sans trouver d'allégement 
Eà l'oppression, les générations furent amenéës-l 
^à réfléchir; l'évolution de l'idée se fit insensi-l 

îilement; à chaque déception nouvelle) les mA 
I dividus devenaient plus sceptiques quant à l^m 
Inécessité du Pouvoir; aujourd'hui le pas aétél 
I franchi, et après avoir été un paradoxe, lel 
I fi Plus d'autorité ! » a pris di'oit de cité pai-raîj 
I les desiderata humains, et ne semble plus ah^M 
Isnrde qu'àceuxquiacceptent,lesyeux fermés,' 
I l'organisation du passé. 

Au lieu d'écraser l'idée sous le rii'e ot W% 
I dédain, on accepte de la discuter. Elle se for-j 
mule et se précise : on n'est plus arrêté que"! 
I par l'ignorance où l'on est de savoir « com- 
I ment ça marcherait », du joui' où il n'y aurait 



L'INDIVIDU KT LA SOCIÉTÉ 



plus d'autorité poui- maiulenir les individus 
dans le respect mutuel de leur liberté. 



Bien mieux, le doute ( le doute qui empêche 
tout élan; le doute qui désarme ceux 'qui n.e 
sontplus certains de défendre une cause juste; 
le doute, ferment destructeur de toute croyance, 
de toute virilité, — lorsqu'il n'est pas provo- 
qué par une idée supérieure, — a péiiélré dans 
le cerveau des privilégiés I 

lia ne sont plus certains de la légitimité de 
leurs privilèjîes; ils ne sont plus convaincus 
de la nécessité de leur pouvoir ; l'exploitation 
qu'ils font peser sur les masses ne leur sem- 
ble plus aussi légitime- — Il n'y a plus que les 
lonoinistes et ceux qui se croient « intellec- 
bla », pour affirmer aujourd'hui la nécessité 
maintien d'une classe servile au ser- 
■ioe d'une élite. — Nos maîtres, s'ils parlent 
core de leurs droits, ne se font plus aucune 
'.Sion sur la valeur de ces droits, et du 



l'individu KT la SOCIl^ITft 



MTioment qu'ils ont pprcJu tbt on leur mission, 
iils ont perdu la force de se défendre. 

La pe.ur, Tégoïsme, l'avidité, la soif de jouir, 

lleur feront bien l'aire, par à-coups, des ums- 

ïsacFes coiDineen 71, des lois aussi idiotes que 

iJBcélérates, mais ils n'ont pasl'énergie de coii- 

Itiimer la défense de leui taste, ils n'osent pas 

Mntinuer, ouvertement, leui- o'uvre de ri^ac- 

ïfâon.; Coiiiiue tous les individus faibles, ils 

■fassent de la violence la plus outrée à l'ava- 

■Çhissement le plus complet. Ils ne croient plus 

fin leur rôle social. 

Non seulemeni ils n'osent plus apporter la 
même assurance dans l'affirmation de leurs 
Jrétendns droits; mais certains, mCme, en 
Kont arrivés à con.scntir à reconnaître « qu'il 
Betlt y avoir quelque chose de vrai » dans le 
Bouveridéal, ne discutant plus que sur le plus 
ou moins d'éloignement de sa possibilité de 
réalisation. He qn'ils cherchent, avant tout, 
^c'est de sauverl'heure présente, faisant aban- 
ijjondel'avenirl 

Quand on arrive à douter de la justice de sa 
ïroppe cause, on n'est plus aple à la défendre, 



l'individu et 1 



ni même à inspirer des défenseurs. On pent 
recruter des mercenaires, qui tiennent lantgue 
la pâtée est assurée, mais non des dévoue- 
ments, capables d'en susciter d'autres, allant 
fiux-mi?mes jusqu'au sacrifice. 

Aussi, à l'heure actuelle, l'ordre social est 
frappé à mort : il se lient encore debout — et 
peut durer longtemps encore — en vertu de la 
force acquise, par la puissance et la multipli- 
cité des institutions et des intérêts qu'il a su 
créer autour de lui; d'autre part, par suite de 
cette peur de l'inconnu que ceux qui veulent 
tout systématiser et « scientiliser » ont appelé 
le mtsonéisme, ouhorreurdu nouveau, fausse 
explication, car ce n'est pas le nouveau que 
l'on abomine, mais tout simplement, incerti* 
tude, et crainte de ce qu'il apportera, parce 
que l'on ne le connaît pas. Ce qui fait que les 
foules se cramponnent aux mœurs et aux 
idées du passé, ne les abandonnant que pro- 
gressivement — à moins de circouslances par- 
licuJières, plus fortes, elles, que la volonté 
L individuelle — à mesure que l'on se familia- 
B avec une façon d'agir nouvelle. 






L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 13 

■ ■ ' ■ • ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ I 

Les jours de l'état social sont donc comptés; 
ridée de l'autonomie complète de l'individu, 
de sa libre expansion, se dégage insensible- 
ment des aspirations vagues qui l'embru- 
maient; elle se précise, se formule, apparaît de 
plus en plus lumineuse. L'instant s'approche 
où elle deviendra le moteur initial de la mi- 
norité agissante qui impulse les foules, les 
arrachant, malgré elles, aux étreintes du 
passé, les rudoyant, parfois, pour les forcer à 
progresser. 

L'idée maintenant est lancée, elle entraî- 
nera le monde. 



II 



DES ORIGINES DE L AUTORITE 



L'individu sacrifié à la société. — Qui a rautériorité, 
de l'individu ou delà société? — A quelle épocjue s'est 
faite l'association dans l'espèce humaine?-*- L'indi- 
vidu n'est pas une cellule. — L'association s'opère à 
tous les degrés de l'évolution. — Diversité des formes 
de groupements. — Diversité des institutions gouv(?r- 
nementales. — Unité de la matière. — L'association 
doit suivre l'évolution individuelle. — L'autorité s'é- 
tablit par le manque d'initiative. — L'habitude fa- 
çonne les caractères à la servitude. — Commune ori- 
gine de l'autorité et de la propriété. — Asservissement 
des faibles. — L'autorité se fortifie par la guerre. — 
La religion lui prête son appui. — La hiérarchie se 
complique. — Les revendications deviennent aussi 
économiques. — Nouvelles idoles. — Los maîtres chan- 
gent, mais l'autorité reste. 



On a toujours prêché aux individus le re- 
noncement de leur personnalité, toujours on 



16 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

leur a dit que leur volonté devait s'annihiler 
devant les besoins sociaux que représentaient 
plus ou moins — ou avaient du moins cette 
prétention ■— ceux qui sont au pouvoir ! 

C'est cette assertion dont il nous faut véri- 
fier l'exactitude, examiner sur quoi repose 
cette prétention ; si elle est bien conforiîie, 
non seulement à l'intérêt de l'individu, mais 
aussi à celui de l'état social au nom duquel 
on prétend parler. 



On se perd en discussions pour savoir qui 
est antérieur : la société à l'individu ? ou l'in- 
dividu à la société ? 

A quelle époque les honimes se sont-ils 
groupés ? 

Etait-ce alors que commençait à leur venir 
la parole ? Cela remonte-t-il plus haut, alors 
que, pas encore débarrassés de leur gangue 
animale, rien ne les distinguait encore des 
grands singes dont notre espèce ne serait 
qu'une ligne collatérale ? ou, datant de plus 




ioîn encore, l'esprit de sociabilité nous vient- 
des espèces ancestrales des mammifères, 

pu de plus haut encore? puisque les êtres oi'- 
nisés ne sont, eux-mêmes, qu'une associa- 
i de cellules, dérivant de la cellule primi- 



som 



'uestion difficile à résoudre, et ne présen- 
it, selon nous, qu'un point de science, in- 
téressant peut-être î\ élucider, mais dont la 
solution n'est nullement nécessaire à celle de 
question sociale ; les individus — nous y 
endrons plus loin, dans cet ouvrage — 
n'étant pas des cellules plastiques ayant :i 
s'adapter à un fonctionnement vital- coor- 
donné par des conditions extérieures, mais 
étant, au contraire, des êtres pouvant se dé- 
.jBlacerj agir, hors du milieu où ils ont surgi, 
.ant, pouvant délibérer et choisir leur 

fonctionnement. 

liberté du choix très relative, nous le sn- 

puisque ce choix est subordonné à des 

[liions de milieu, de développement, de 

instances et d'éducation, mais, supé- 

malgré tout, à celle de la cellule, puis- 



''provoquée par le simple réflexe, inconsciente, 
jusqu'aux associations conscientes, compli- 
quées, comme celles des fourmis, des aljeilles, 
pour alioutir à nos sociétôs humaines si en- 
chevêtrées de rouages : lois et institutions. 
l Plus nous remontons haut dans l'échelle 
feerévollition, de moins en moins importants 
EBont les groupements humains; depuis les 
agjjlomi^rations de millions d'hommes des 
sociétés plus ou moins civilisées, pour aboutir 
aux groupes de Pt^cherais ne. comprenant, 
parfois, pas plus de quatre à cinq individus, 
pour tomber à moins eucoi'e : la simple asso- 
ciation de rhûinine et de la teniuie des Itos- 
chimen. 

Pour la complication des institutions, si 
elle nesuitpas l'importance des groupements, 
les formes n'en sont pas moins variées. On 
trouve depuis l'absolutisme le plus complet 
de certains peuples orientaux, et des peu- 
plades négresd'Afrique, si dilïérents pourtant 
comme civilisation, jusqu'à l'absence totale 
d'autorité de certaines tribus septentrionales. 
Depuis le parlementarisme le plus compliqué 







20 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

des nations européennes, jusqu'à l'absence 
presque complète d'aucun lien, comme chez 
les Védahs. 

Mais puisque l'on veut remonter à l'origine 
de l'évolution, pour quelle raison s'arréterait- 
on en chemin ? Pourquoi ne pas remonter aux 
origines de la vie ? 

Nous arrivons ainsi à l'être primordial : la 
cellule, expression première de l'individualité. 
C'est de l'association des cellules que sont 
sortis les êtres organisés, dont l'homme ! 

Mais s'arrêter là, c'est encore de l'arbi- 
traire. Ce sont nos connaissances bornées qui 
ont divisé la matière en organique et inorga- 
nique, parce que nous ne connaissions pas 
les formes de transition, c'est à la matière 
primordiale qu'il nous faudrait remonter. C'est 
le groupement des atomes — . c'est-à-dire, les 
unités dont elle est formée — qui la compo- 
sent qui donne naissance aux formes multi- 
ples que nous lui voj^ons prendre, sans compter 
celles qui échappent à nos sens. 

Mais, quoi qu'il en soit, on pourrait suivre 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



31 



dans leurs recherches ceux qui veulent éla- 
blii- l'antériorité de la société sur l'individu, 
il y a on fait positif qui se dégage de ce que 
nuus venons de constater, c'est que, à n'im- 
porte quel stade de son évolution que se soit 
produit chez l'homme — ou ses ancêtres — le 
besoin d'association, c'est (oujours l'individu, 
l'unité, qui est antérieure à la société, à la 
somme. 

Et puis, on s'imagine bien les individus vi- 
vant isolés; vivant très mal, cela se conç:oit, 
revenant à l'état de barbarie, perdant uiio à 
une toutes les acquisitions de leur cerveau 
qui les a (franchisse nt de la sujétion du milieu 
ymbianl. mais enfin contiimant d'exister, tan- 
dis que l'on s'imagine mal une société sans 
individus! 

Ici encore, la réponse est des plus catégo- 
riques : l'association n'étant qu'un des stades 
de l'évolution de l'individu, la société n'exis- 
tant que par les individus qui la composent, 
elle n'a de raison d'être que par l'utilité que 
ceux-ci peuvent eu tirer, elle doit évoluer 
comme ceux qui m'ont donné naissance, et se 



22 L^IÎ^PIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

modeler à leurs conceptions nouvelles, se 
transformer au gré de leurs nouveaux besoins. 
Vouloir que l'individu se plie aux exigen- 
ces d'un être abstrait, qui n'a, et ne peut 
avoir, 'd'existence propre que par une fiction 
absurde, est une des inconséquences les plus 
néfastes qui soit sortie du cerveau métaphy- 
sique de l'homme. 



Nous ignorons donc quand se sont formés 
les premiers rudiments de nos sociétés hu- 
maines, nous ne savons pas davantage com- 
ment elles se sont formées. 

En remontant à ce que nous pouvons au- 
gurer des périodes préhistoriques, en nous 
aidant de ce que nous savons des souveiurs 
historiques et de ce que nous racontent les 
voyageurs sur les peuplades primitives en- 
core existantes, nous pouvons supposer que 
ces premiers groupements ont été très res- 
treints à leurs débuts, les individus y étant, 
entre eux, sur le pied de la plus parfaite éga- 



L'INDIVIDU ET LA, SOCIÉTÉ 



33 



litc, n'ayant ni chefs, ni propriété individuelle. 
■Comment, dans ces associations, prirent 
Kssance ces deux pestes? Voih'i encore c« 
me nous ignorons, et où Von ne peut que 
Brc des conjectures, faciles, du reste. 
^Quelques individus, plus forts, plus inlelli- 
k',' geiits, plus adroits ou mieux servis par les 
circonstances, ayant, à l'uccurreuce, rendu 
quelques services ii leur groupe, clan ou Iribu, 
leurs coassociés s'habituèrent à les consulter 
de préférence ù d'autres lorsque, ayant .'i ayir 
eu commun, ils ne savaient à quel parti s'ai- 
"réier ou que, devant la multiplicité des opi- 
nions émises, il s'agissait de prendre l'avis de 
ceux que l'on considérait les plus aptes à ré- 
soudre un Cas <UfQcile. 

L'iiabitude aidant, les membres du clan en 
vinrent graduellement à subordonner leur 
action, selon le degré de confiance qu'ils 
éprouvaient, aux avis de ceux qu'ils recon- 
naissaient plus aptes à leur en donner de bons. 
L'homme est un composé de facultés diver- 
ses, contradictoires, parfois. Ce n'est, qu'en 
Ittaut — CLiiLtrif ht nature, contre les autres 



24 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

espèces, contre ses semblables — qo'il a dé- 
Vt:|(i|ipé son cerveau. Tout notre passé histo^ 
riqm- n'est qu'une lutte sans trêve contre Tau- 
lorîté — spirituelle ou matérielle - une longue 
aspiration vers la liberté, et il a une tendance 
déplorable à se reposer sur les autres do solû 
de l'iiiittativc à prendre; il est continuelle, 
ment porté à se faire Tadorateur de ceux qui 
lui semblent supérieurs, à annibiler son indi- 
vidualité en se mettant à leur remorque, en 
ne voyant, ne pensant que par eux, n'agissant 
que d'après leur volonté. 

Ceux qui furent l'objet de cette confiancf en 
profilèrent pour l;i faire dégénérer en subordi- 
nation. Sans volonté préconçue île leur part^ 
certainement; se biissant seulement aller aii 
cours des clioscs, en profitant des ;ivantages 
qai s'offraient. 

En sft rendaiU utiles en des occasions répé- 
tées, leur iniluence s'en qugmcnta, ils en ffo-, 
illôrent, sans doute, pour se faire octroyer 

lelqoes passe-droit», indill'érents b. leurs ca* 

lociés, mais qu'après avoir obtenus comme 
fftveai*, ils s'atlribudrenl comme droit ; des' 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



nrantagesiiiatt,H'iels en découlèrent sans doute, 
et, du dévouement et du don volontaires, IIh 
en lireut une servitude imposée, nu tribut 
|)cèlBvé. Progressivement, s'aidant l'une l'au- 
«, l'Autorité et la Propriété firent ainsi leur ■ 
fctrée dans les sociétés primitives. 
F Les uns s'habituèrent à possédur et à com- 
lÉiander; les autres à obéir, à ne se servir 
p'après que les maîtres avaient d'abord fait - 
itir choix; ensuite à les voir accaparer les 
fruits de leur travail ou la meilleure partie de 
leur butin de guerre. Quand plusîem's géné- 
rations eurent passé là-dessus, les individus 
étaient halitués à accepter cet état de choses 
■comme une des conditions de l'ordre social ! 
fciusensiblemenl la subordination consentie 
Btait transformée en sujétion imposée, et 
^x qui naquirent au milieu d'uu élat social 
fesi organisé purent croire qu'il en avait lou- 
U-s été ainsi, que cela marchait selon l'or- 
p naturel des choses. N'ayant jamais coniui 
Itre état, il leur sembla légitime que les 
s possédassent celte terre que. eux, culti- 
ut. Payer une redevance pour obtenir de 



•^ ix'iNûiviDCJ sr HA. :iOGiiTrm 

Ëècomier de leur :*uearefe de leur travail cette 
glèbe dont Uj^ élmeiit ib&us^ que, le plus sou- 
vent, leurïi- etfoïte a\'aieut contribué à défen 
tire ou à conquérir, teur sembla un pro«^s 
immennie. Les- individus s^ habituaient à se 
contenter de peu. 



La propriété ^lablie> c'était rautorité affer- 
mie: celui qui attend d'autrui la dii^pensation 
lies uiowns de travail H'eî>t-il paîs <ifî feit* 
rinférieur et le sujet de celui «[ui peut le con- 
damner à uiourii* de faim en lui refusant lets^ 
luovt^us d'utiliser sa foi*ce de production? 

D*:mtiv part, celui qui possède n'a4-il pas 
b»*s«)iu iVxim^ 6}iTe matérielle pour détendre ce 
«lU il ;i îisurpé:* Quand on comineri«;a à leur 
/lUit^^stiH* l«'s [irivilétiesiiuils s-'octitjvaient^ il 
it^îîf '.ïr iir 'îî iTuer nwr nart :\ ceux qui pou- 
•• tj'îii 't^îi: .'!:*•• 'jLci'es :1 "s.* ci'éa dune Jeî>cas- 
•s .:u.'-i*iii.«ii.':r. "• < "it.:*^- ceu\ qui ii";iv-jient 
"■'■^ ^r 'eux \'i.. r.v^s^datii , pouvait-ut leur 
it '.r.irL- \i:u^ :)i\:' ['i ^ài.jau. l1 ^^'iablit des 



l.'iNinvini; i-:t la snr.iftif: 



27 



I ta! 



ihelons entre ceux qui coniniandaioiit et 
ux qui obéissaient. 

Certains — pour en justifier l'existence — 
irt'tendent que les clioses seniit'iit sorties di' 
■J'asservisse ment des vaincus aux vainqueurs; 
èternelleiiieiit, les races, nmltiples, se seraient 
fait la ■juerrt', les phih fortes doniestiquanl. et 
^euglobîint les plus faibles. 

Cela a pu se produire en certains cas; mais 
isservissement, la plupart du temps, a cer- 
tainement commencé par pcIuÎ de la feinuie. 
des jeunes, puis des plus faibles de la tribu, 
pour s'épanouir ensuite en esprit de con- 
quête. Mais, quelle que soit son ori;;!ine. l'ex- 
ploitation de l'Iinmme par. l'homme n'en est 
13s moins arbitraire, monstrueuse: réprou- 
par toutes les notions que nous nous fai- 
>ns de la justice, et devant disparaître devant 
conception plus nelte des rapports so- 



4 



L'<3qoi qu'il en soit, après avoir aidé à acqué- 
, l'autorité devint la fidèle sen-ante de ceux 
i avaient requis. Une fois dévoyée en ce 
l'évolution humaine devait nous con- 



28 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

duire à la société d'aujourd'hui, où autorité et 
propriété sont deux termes inséparables, se 
maintenant l'un l'autre, tellement identifiés 
que Ton ne peut combattre Tun sans atta- 
quer r.iutre. 



Mais il n'est pas dans la nature humaine 
(ht se sacrifier bénévolement: quelle que soit 
l'îiluiégation do celui qui sacrifie ses goûts, 
sou bieii-rtre. sa volonté, ou son existence, 
(ffst toujours pour un but déterminé qu'il se 
([év(jui» : ou vue d'un bien pour soi, ou pour 
SOS souiblablos, peu importe, il attend toujours 
un résultat de sou sacrilice. 

Aussi', pour pouvoir s'étendre et durer, 
lout ou usant do la force pour se faire accep- 
lor, l'autorité dut, aussi, employer la persua- 
sion. Ku nMour de la soumission qu'on leur 
demandait, los individus crovaient tirer avan- 
tage — sécurité intérieure ou extérieure, par 
exemple — du ou des chefs qu'ils acceptaient. 

NeA^oyant que los qualités qu'ils admiraient, 



-. ^ . ..^d 



I/INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 29 



les membres du groupe ne s'apercevaient pas 
de la part de liberté qu'ils se laissaient enler 
ver. En organisant des expéditions de pillage 
chez les voisins, les chefs donnaient à leurs 
subordonnés l'occasion de prendre chez les 
autres pour remplacer ce qu'ils leur avaient 
pris chez eux. Cet appât, sans cesse présenté 
à la convoitise des individus, assurait ainsi le 
pouvoir des chefs, les aidant à créer autour 
d'jeux une classe de plus en plus nombreuse, 
d'autant plus intéressée au maintien et à l'a- 
grandissement de leur autorité, qu'ils étaient 
plus aptes à en distribuer des parcelles. 



Parallèlement, se développait la religion. 
D'abord animisme grossier, inventant les fa- 
bles les plus saugrenues, sans coordination 
aucune, pour expliquer lesphénomènes natu- 
rels. L'individu ne pouvait comprendre les 
phénomènes naturels, atmosphériques, qu'eu 
se les représentant sous la forme d'actes de 

personnages invisibles. 

2. 




L'INDIVIDU tr LA SOCIÉTÉ 



En cet ordre d'idées, il ne tardait pas à 
émerger des individus qui, pour une raison 
ou une autre, furent considérés coninii? itius 
aptes à expliquer ces phénomènes, à commen- 
ter les mythes reçus des générations précé- 
dentes, à les coordonner, à trouver des expli- 
cations nouvelles. 

L'habitude de les consulter amena peu à peu 
le vulfjaire à les considérer comme les inter- 
médiaires obligés entre eux et les êtres hypo- 
thétiques qu'avait anthropomorphisés, puis di- 
viuisés l'imagination humaine; êtres que l'on 
supposait habiter l'air, l'eau, la terre, les bois, 
les montagnes, dans les nuages, manier la 
foudre. 

En voyant s'étendre le pouvoir qu'on leur 
attribuait, ces sorciers ou faiseurs de pluie, ne 
furent pas sans apprécier les avantages qu'ils 
pouvaient en tirer, et leurs elVorts se tournè- 
rent à l'agrandir encore. 

El la caste religieuse se dressait ainsi, se 
développant parallèlement à la caste inilitaire, 
lui apportant le secours de sa force morale, 
prêchant aux populations — i"i condition qu'on 
lui fit la part large dans la distribution des 



L'INDIVIDU ET I.A SOCIÉTÉ 



l „... 

^^■befs, ces représentants de ia Divinité sur la 

^^^" Le cerveau de rhomniP s'affinuaiit, la reli- 
gion abandonnait Ron enveloppe grossière pour 
s'immalérialiserde plus en plus. Codifiant les 
idées morales qui se faisaient jour dans les 
relations sociales, en avance parfois sur la 
masse, elle en inventait aussi iiour le plus 
grand jiFolit des puissants ; à ceux qui auraient 
déployé le plus de vertus ici-bas, on en arriva 
iromettre une lîteriiité de félicités... dans un 
lire monde, après la mort. — Et les vertus 
qu'il fallait pratiquer étaient : le respect des 
dieux, de leurs intermédiaires, les prêtres, le 
Lcfou souverain et ses délégués; l'humilité 
■plus profonde, la soumission la plus abso- 
à leurs moindres ordres. 
Itcomniele pouvoir politique et le pouvoir 
nomique ne se distinguaient guère encore 
de l'autre, inutile d'ajouter que les prù- 
n'avaient pas oublié d'ajouter à leur cn- 
ignenipnl moral, le respect des biens d'au- 
, la plus parfaite abnégation de l'individu 



grai 

irwép 

!■' qu'i 



33 I/INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

il Tégai'd de ses propres biens, ne possédant ces 
derniers que do parlagrande bienveillance des 
chefs à qiii lout appartenait. 



Eiitrp temps, les groupements se di-helop- 
pantï l'évolution guerrière poursuivant aussi 
son cours, les territoires des vaincus s'an- 
nexaient aux territoires des vainquem's ; les 
populations subjuguées devenaient les escla- 
ves des conquérants. 

L'asservissement, l'exploitation prenaient 
des formes nouvelles; la hiérarchie allait se 
compliquant. Le droit du plus fort, s'il n'a- 
vait pas encore ses théoriciens, était large- 
ment mis en pratique. De gi-anda empires se 
constituaient, ajoutant à chaque nouvel agran- 
dissement, des rouages de jilus en plus com- 
pliqués, des institutions de plus en plus sa- 
vantes, h l'exercice de l'autorité primitive. 

Mais, ce qui se fonde par la force et repose 
^ Sar la force n'a qu'une stabilité temporaire. 

Les grands empires se disloquèrent par suite 



j 




L'INDIVIDU ET LA SOGllÎTÉ 



33 



^desf 
^f te 



]a décomposiLioniiitiJrieure qu'amenait une 
évolution dévoyée, par suite aussi des guerres 
intestines suscitées par des ambitieux ou des 
peu]iles las de porter le joug. Les populations 
nouvelles, qu'attiraient les richesses extor- 
quées aux vaincus, n'eurent qu';i se montrer 
pour triompher. 

Révoltés ou nouveaux venus se taillèrent 
des patrimoines dans les morceaux arrachés; 
rt selon le degré d'évolution où ils se iron- 
vaient, selon la force d'aJjsorptlon des vaincus, 
ou la faculté d'assimilation des vainqueurs, 
des formes nouvelles de civilisation se firent 



Les formes d'autorité varièrent à linfini. 
Combinant les mœurs des vainqueurs avec les 
institutions déjà établies. Mais ce ne furenl 
que les formes qui varièrent : l'autorité n'en 
fut pas moins l'autorité. Dans toutes ces luttes, 
elle ne pouvait aller que se renforçant. Les 
populations vaincues, ceux des peuples vic- 
torieux qui ne faisaient pas partie de la « truste » 
eurent pas moins à peiner pour les maî- 
à courber l'échiné sous le joug, Inllant. 




01 



). 'INDIVIDU KT I,A SOl'.IKTf: 



([uaHti ils pouvaient, contre les empiétements 
(lu pouvoir qui grandissait toujours, ou cher- 
rliaif à l'-hidiir les promesses lorsqu'il en avait 
cfiiisoiUi, 

Kl riiiatnire se ctnitinua ainsi, semée de 
r^volles. de mudilicutioiis, tantôt au profit des 
uxploités, le plus sauvent àceini des mailres; 
mais l'évolution des esprits, si, elle, ne réus- 
sissait jias à s'accomplir dans le domaine 
politir|ne, marchait toujours vers lalVranchis- 
semciit de rindividualité. 

Et si les revendications économiques se 
teintaient de religiosité, c'est que la religion 
avait contribué ïi développer chez l'homme 
res]irit métaphysique, et fortement marqué de 
sjn seoauson cerveau et ses conceptions; mal 
gré tout, nombre de sectes et d'hérésies ne fu- 
rent cruellement persécutées par l'orthodoxie 
que parce qu'elles réclamaient le partage des 
richesses, le retour au communisme primitif, 
Ma simplicité et à l'tirganisaliun familiale. 




L INDIVIDU ET LA SOCIETE 



Puis, commence ù surgir l'idée des natio- 
nalités. Une entité nouvelle se fit jour dans la 
phraséologie des dirigeants. Après avoir ré- 
clamé des populations la fidélité àla personne 
dn maître, on la leur réclama au nom d'ahs- 
Iractions; après le hon plaisir du chef féodal, 
du roi ou de l'empereur, on se réclama des 
chartesoctroyées, subies ou imposées, on parla 
ensuite de la Cité, des institutions, jusqu'à 
17^3 où la Loi, la Nation, la Patrie, devinn.'nt 
les idoles devant lesquelles deviiienl., doréna- 
vant, se sacriliei' les populations. 

«La Kation nous ordonne ceci, lu Loi veut 
cela, la Patrie a besoin de ses défenseurs, » 
devint la formule habituelle. On avait bien 
proclamé les droits de l'homme, mais cela 
était pm-ement théorique, en fait, c'était un 
devoii' toujours pour les exploités, de courber 
les épaules et d'obéir. Autremeat, ceux qui 
■ s'étaient chargés de représenter la Loi ou la 
Nation se seraient appliqués à leur faire cuni- 
prendi'C que, pour être exigée au nom de per- 
r son nes fictives, l'obéissance n'eu était pas 
5 assurée par des personnages réels: le 



36 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

législateur, le juge, le gendarme^ le policier et 
le soldat. 

Les économistes sont venus ajouter cette 
troisième entité, qu'ils n'ont pas inventée, mais 
, qu'ils savent mettre en avant à tous propos : 
la Société î Et c'est au nom de cette trinité que 
Ton nous prêche, aujourd'hui, la soumission 
à tout ce qui nous répugne, l'annihilation de 
notre individualité, la déchéance de notre être 
et de notre volonté! 



Mais, de tout ce que nous venons de voir, 
il i:e faudrait pas en inférer que ce processus 
a suivi un plan déterminé, que toutes les pha- 
ses ultérieures en avaient été prévues par ceux 
qui se firent les maîtres de l'humanité. 

Non, Fédifice ne s'est fait que de pièces et 
de morceaux, s'ajoutant les uns après les au- 
tres. L'impulsion première détermina Lien les 
phénomènes ultérieurs; ceux qui s'étaient his- 
sés au pouvoir essayèrent, certainement de 
canaliser révolution humaine ; mais leurs con- 



w 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTI': 



37 



ceptions ne pouvaient guère embrasacr au delà 
de leur action immédiate; et plus d'un «lin 
politique» auquel on attribue, aujourd'hui, des 
visées il longue échéance, serait fort étonné 
s'il pouvait avoir connaissance dus « plans » 
qu'on lui prôte. 

L'autorité, lu propriété et toutes les institu- 
tions qui en découlent se sont traduites dans 
les associations d'abord, par les laits, suivant 
l'impulsion des événements. Ce n'est qu'a- 
près coup, lorsqu'elles se furent assises, que 
vinrent les théoriciens et les apologistes. 



Tir 

P 



m 



NAISSANCE DE L ESPRIT CRITIQUE 



L'esprit critique naît avec la compression. — D'instinc- 
tive, la révolte devient consciente. — Elle est justifiée 
par les maladroits défenseurs de Taiitorité. — L'as- 
tuce, la force et le nombre étaient le pouvoir. — La 
flagornerie aux puissances donne naissance à Técono- 
mie politique. — On s'occupe de l'origine des sociétés. 
— La légende se crée, et l'entité se forme. — Le con- 
trat social ! — D'aucuns trouvent que les privilégiés 
l'ont faussé. — L'imprévoyance du pauvre. — L'im- 
mTiaJdlité sociale contredite par ses transformations 
continuelles. — La religion se montr»?. — Influence 
néfaste du Christianisme. — Soufl'rez sur la terre pour 
gagner le ciell — Matérialisme du spiritualisme. — 
L'esprit réhabilité avec la matière. — Agonie de l'es- 
prit religieux. 



Pendant que se développaient au sein des 
sociétés, l'autorité et la propriété; pendant 




int^''^**""^vemeii^^"^ leur l'In 

' 'tesûui'depri.'U '.tresqit. 



L'INDIVIDU MX LA SOCIÈTli 



41 



H€ de uous-même, il est de toute évidence 
raprès avoir obéi, allant même, au devani 
|]'ordre, du chef que l'on voyait agir pour 
tliiftn gi^néi-iil, la réHcxinii eiisuîlo a anicrii^ 
i individus à critîquei- les ordres i-ei;us; la 
Rfolte est née aiissiti'it que les individus se 
. sont aperçus que les ordres étaient dictés 
par le caprice ou l'ignorance. Après avoir è.U: 
^sUnctive, la révolte deviut consciente, et 
i n'abandonnèrent pas l'emploi delà force 
fcr maintenir les mutins- les gouvernants 
jrent, tout au moins, descendre du pavois, 
lïdonner les raisons de leur utilité. 

i individus — les mieux intentionnés 
monde, mais qui s'apercevaient que le 
Bar social ne marchait pas tout droit — vou- 
pfent leurapporter leur appui, et se mirent à 
aidierlefonctiunnementdes rouages sociaux. 
3US prétexte d'améliorer les institutions exis- 
jfttes, ils se permirent, parfois, d'acerbes crl- 
bues contre les rouages qu'ils voulaient mo- 
Bfier- 



tAinsi, après s'être d'abord réclamés de la 




- ceni 
soal 






t'iNDIViDlI ET L\ SOCIÉTÉ 



profit des puissants se tirent les apologis- 
is des privilégiés dont ils esiiéraieiil tirer 
lied ou aile. 
Cela commença par des louanges à outrance 
sar la personne du maître; puis on chanta la 
félicité sans borne que devaient — tjue dis-je ? 
qu'éprouvaient les populations à être ten- 
ues par un maître si charmanti d'essence si 
vîne I On chanta les bienfaits de lY^at pré- 
nt. Ensuite on chercha ce que pouvaient 
lien être ces bienfaits! — La « science» de 
'économie politique élatt néel 
Cette pseudo-science faisait trop bien l'af- 
faire des gouvernants pour qu'ils lui fissent 
la guerre. Tout en l'ayant tenue à l'écart, en 
commencements, par dédain de gens qui 
le coudescendent pas à s'expliquer, ils n'é- 
lient nullement fAchés que l'on prît cetln 
ne pour eus: aujourd'hui ils l'ont impa- 
iniséo dans leurs écoles, lui ont créé des 
toaires officielles; ils couvrent de 
'eurs ses professeurs attitrés. 



4 



leurs fa- ^^^J 



^ 



l)';mlio|i;ii-|. iTrl;iIiisrrny;i|||Mr:UXJm-lili' 
riillliii-ili''. cil s;ililMi\;iiil MM- ^H^ :.-que I II 
k_ itividn w\\w\ n:\i\. an iniiirii d'un MH"''i' 
isiiiiio. |iivt.'iiihili'ii[ riM'' idurem:! -^ 

3 par II 




|iiiK;]iit' h' |>;i^ liilli ^H l'enfNiM 

'I. iir's;inii.''- Il ^Hi'ait sul>\' 

«Iri.'ilire. ]■■ :i 

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L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



R- nous devions le respecter et le garder tel 
^[Uel. u 

Vouloir en troubler le fonctionnement en 
t&mandant d'appoiter des modifica Lions au 
Fsystème était criminel au premier chef! Se 
ptàire et oliéir! les droits individuels n'al- 
laient pas au delà. C'est encore tout le tond 
delà discipline militaire, qui, sous prétexte de 
■i conservation sociale, fait de l'individu, pen- 
dant un certain temps de sa vie la chose sans 
■ûlonté de ceux qui gouvernent. 
,;■ Nous avons vu, dans le chapilro précédent, 
&3ut ce qu'il y a de contradictoire en cette af- 
firmation; mais les économistes n'en sont pas 
I à quelques contradictions près. Toute leur 

^^^^ science », n'esl-clle pas Ija^ée sur de pus- 
^^^nllats semblables? 

^^^^ Mais la théorie qui eut le plus de succès 
fut, sans contredit, la tliéorie du «contrat so- 
cial », 

D'après cette théorie, les sociétés humaines 




i 



m 



NAISSANCE DE L ESPRIT CRITIQUE 



L'esprit critique naît avec la compression. — D'instinc- 
tive, la révolté devient consciente. — Elle est justifiée 
par les maladroits défens(?urs de Tautorité. — L'as- 
tuce, la force et le nombre étaient le pouvoir. — La 
flagornerie aux puissances donne naissance à l'écono- 
mie politique. — On s'occupe de l'origine des sociétés. 
— La légende se crée, et l'entité se forme. — Le con- 
trat social î — D'aucuns trouvent que les privilégiés 
l'ont faussé. — L'imprévoyance du pauvre. — L'im- 
muabilité sociale contredite par ses transformations 
continuelles. — La religion se montre. — Influence 
néfaste du Christianisme. — Souffrez sur la terrt; pour 
gagner le ciel! — Matérialisme du spiritualisme. — 
L'esprit réhabilité avec la matière. — Agonie de l'es- 
prit religieux. 



Pendant que se développaient au sein des 
sociétés, l'autorité et la propriété; pendant 



40 L'IMDIVIDU ET LA SOCIETE 

que s'élevaient, comme autant de forteresses 
de défense, les institutions venant se placer 
eii intenuédiaires entre ceux qui allaient être 
au bas de léchelle sociale' et ceux qui s'empa- 
raient des hauts échelons, l'esprit ciiliquedes 
individus, lui aussi, se taisait jour: devenait 
de plus en plus envahissant, toujours plus 
conscient, élevant la voix pour protester 
contre les empiétements des puissances qui 
grandissaient. 

Dans les sociétés primitives, alors que la 
force brutale avait, seule, voix au chapitre; 
alors que le « bon plaisir » du chef était mo- 
tif suffisant pour que les sujets eussent à 
obéir, passivement, sans broncher, on n'avait 
à justifier ni l'oppression, ni l'exploitation 
qu'on leur faisait subir. 

Mais, en élargissant leurs conceptions de 
la vie, les individus en vinrent àse demander 
de quiil droit on les faisait s'abaisser devant 
l'autorité d'un homme qui pouvait les con- 
traindre à exécuter des actes que repoussait 
instinctivement tout leur être. 

Sans avoir besoin de preuves autres que l'é- 




tudc dû nous-mêine, il est de tonte évidence 
qu'après avoir obéi, allant même, au devant 
de l'ordre, ducliefquc! Ton voy^il agir pour 
lo bien général, la réllcxiun ensuitf a ann^m'i 
les individns à critiquer les ordres reçus; la 
révolte est née aussitàt que les individus se 
sont aperçus que les ordres étaient dictés 
par le caprice ou l 'ignora ii ce. Après avoir été 
instinctive, la révolte devint consciente, et 
s'ils n'abandonnèrent pas l'emploi delà force 
pour maintenir les mutins, les gouvernants 
durent, tout au luoius, descendre du pavois, 
et donner les raisons de leur utilité. 

Des individns — les mieux intentionnés 
du monde, mais qui s'apercevaient que le 
char social ne marchait pas tout droit— vou- 
lurent leurapporter leur appui, et se mirent à 
étudier lefonctionnementdes rouages sociaux. 
Sous prétexte d'améliorerlesiiistilutions exis- 
tantes, ils se permirent, parfois, d'acerbes cri- 
tiques contre les rouages qu'ils voulaient mo- 
difier- 



ftiusi, après s'être d'abord rédamés de la 



42 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

force pour justifier Tassenissenient de la 
tribu, les chefs, en vinrent ensuite à se glo- 
rifier du nombre de leurs partisans. Ce ne dut 
Otre que beaucoup plus tard qu'ils firent in- 
ter\enir leur intelligence — ruse et finesse 
seraient peut-être des termes plus exacts — 
et. selon que leur omnipotence était plus ou 
moins assise, l'assommage des récalcitrants 
devait alterner avec des pi-omesses, des con- 
cessions et des privilèges accordés aux récla- 
mants les plus osés, ou les plus en état d'é- 
branler la puissance du maître. La diplomatie 
commençait à se faire jour* 

Kt les sociétés allaient ainsi se compli- 
quant : une foule «rintércts particuliers se 
greiïant sur l'intérêt social; des sous-autori- 
tés se groupant autour de l'autorité centrale, 
et. dépendant d'elle, intéressée à la soutenir? 
à la défendre; et, au besoin... — comme le 
sabre de Joseph Prudhonime, — à l'attaquer 
et la jeter bas pour se mettre à sa place, lors- 
quelles devenaient assez puissantes pour oser 
se mesurer avec le maître. 

Entre temps, ceux qui espéraient tirer gloire 



L'INDIVIDU ]£T LA SOiJIÈTÈ 



|„ 

^^^^B des privilégiés dont Us espéraient lirer 
^^^^nd ou aîJe. 

B^^ffCela commença par des louanges à outrance 
" sur la personne du maître; puis on chanta la 
L , félicité sans borne qut} devaient — que dis-|e? 
■^^^ qu'éprouvaient les populations à être ton- 
^^^Bespar un matti'C si charmant! d'<'ss<^ncfï si 
^^^^Btine ! On chanta les bienfaits de l'état prt;- 
^^^^nt. Ensuitt< on chercha ce que ))ouvaient 
l^l^pn être ces bienfailsl — La « science » ili' 
P^ f économie politique était néel 
\ Cette pseudo-science faisait trop bien l'at'- 

;' l'aire des gouvernants pour qu'ils lui fissent 

la guerre. Tout en l'ayant tenue â l'écart, ea 
les commencements, par dédain de gens qui 
ne condescendent pas â s'expliquer, ils n'iî- 
. laient nullement fâchés que l'on prit cette 
ï pour eux: aujourd'hui ils l'ont impa- 
sée dans leurs écoles, lui ont créé de.« 
■es ofïicielles; ils couvrent de lenrs l'a- 
Sttts ses professeurs attitrés. 



44 



L'INDIVIDU ET I,A SOCIliTÈ 



D'autre part, certains croyant mienx justifier 
l'autorilé, en s'appuyant sur ce l'ait : que l'in- 
ilîvidu actuel nnît au milieu d'un état social 
coiislitué, prétendaient en conclure que la so- 
ciété est antérieure à l'homme, et que Tasser- 
YisisL-mént de l'individu est juslilié par cette 
aiilui'itirité. 

a 1/homme naissant dans un milieu qui 
l'aide à franchir le pas diflicile de l'enfance 
oi'i. iiu, faible et désarmé, il ne saurait subve- ■ 
nir à ses iiesoins ni se défendre. En lui ap- 
portant le secours d? cçuk qui l'ont précédé, 
t'ii lui assurant la transmission des résultats 
des efforts des générations passées, en le pro- . 
légeant à toutes les époques de sonexistence, 
cet état social acquerrait ainsi le droit de le 
dominer toute son existence, 

B En retour des bienfaits reçus, l'individu 
devait tout sacrifier pour la bonne marche de 
-Cette si bonne société. Sa vie, ses biens, sa li- 
berté, tout cela ne devait comjitcr pour rien 
orsque l'intéiét social était en jeu! 

» Aous avions reçu cet état social de nos 
L pères — de création divine, selon d'autres 



L'INDIVIDU ET LA fiOniÉTÉ 






nous devions le respecter et le garder tel 
quel. » 

Vouloh' en troubler le fonctionnement en 
demandant d'apporter des modifications au 
i^Stème était criminel au premier chef! Se 
?taire et obéir I les droits individuels n'ai' 
laient pas au delà. C'est encore tout le fond 
delà discipline militaire» qui, sous prétexte de 
conservation sociale, fait de l'individu, pen- 
dani nn certain temps de sa vie la chose sans 
volonté de ceux qui gouvernent. 

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, 
tout ce qu'il y a de contradictoirt^ en cette af- 
firmation; mais les économistes n'en sont pas 
à quelques contradictions près. Toute leur 
■ience ». n'esl-elle pas basée sur de pos- 

.lats semblables? 



' Mais la théorie qui eut le plus de succès 
p^t, sans conlredit, la thi-orie du « contrat so- 
Éial ». 
t. D'après cette théorie, les sociétés humaines 



46 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

sétaieut. spontanément, établies de toutes 
pièces, avec leurs droits et devoirs I Un beau 
joui', les hommes qui. jusque-là, avaient vécu 
éparpillés, sans liens, sans rapports les uns 
avec les autres, s'étaient trouvés fortnilement 
rassemblés, mus par un besoin intense d'as- 
sociation t Immédiatement — ou après dis- 
cussion, riiistoire ne le dit pas — un pacte 
social avait été élaboré et accepté de tous I 

Et celte théorie lit fortune. 

« Puisque, disaient les défenseurs de l'or- 
dre existant, c'est en vertu d'un pacte que vous 
vivez en société, vous devez l'exécuter en 
toute sa teneur. Vos pères ont pris des enga- 
gements en votre nom, vous ne voudriez pas 
renier la pai'ole de vos ancêtres. Ces engage- 
ments sont sacrés, vous devez les respecter. 
Obéissez aux maîtres, aux lois et aux institu- 
tions que, dans leur sagesse, ils prirent soin 
de vous donner pour guider votre ignorance ! » 

On ajoutait : 

«La nature imparfaite de l'être humain ne 
lui permettant pas de vivre en bonne harmo- 
nie avec ses coassociés, sans une autorité tu- 






L'iSDIVinU ET LA SOGIÉTft 



\7 



feire qui réglîU ses rapports avec eux, ildul,, 
ïir assurer son bien-être, sa sécurité, se ré- 
■ à aliéner entre les mains de quelqnes- 
- plus forts, plus sages ou plus intelli- 
gents t — une partie de sa liberté, de son 
; autonomie , et leur assurer une situation 
ipondérantc dans le nouvel état de choses 
ttr que, en retour, ils fussent à môme de 
î assurer aide, protection ». 
A quelle date s'était faite celte association ? 
► & quelleèpoque s'étaient conclus ces contrats? 
[ A l'origine des sociétés », répondaient les 
Ifenseurs de l'ordre social. Et œ qu'il y a 
fc mieux, c'est quecette calinotade fut accep- 
S) pendant fort longtemps commeexplicalion 
Ëable. 



Hais, si stupides que soient les humains, 
^ait inadmissible que ceux qui devaient se 
iûver du cûté des exploités eussent consenti 
■ un pacte qui les faisait des esclaves 
yant pas même la libre disjiosilion de leur 



i.S l/i:^DlVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

corps, iiendant qu'il assurait à leurs maîtres 
la libre possession du patrimoine social, 
ainsi qu'à leur descendance, tandis que la 
leur propre sérail éternellement condamnée 
;i se plier aux ordres des chefs qui s'élevaient. 

Et alors, d'aucuns admirent que, peut-titre 
bien, toutes les clauses du contrat n'avaient- 
elles pas été respectées par ceux qui s'étaient 
titils les pasteurs des jieuples : et que, sans 
(iiiute, y avait-il lieu de réviser la cliarte ? 

Mais ceux-là, est-il nécessaire de le dire ? 
furent considérés comme d'aliominables hé- 
résiarques : ils furent les ancêtres du socia- 
lisme. 

Les partisans de l'autorité, cela va sans 
dire, considéraient, eux, que le pacte social 
une fois établi, l'était pour toujours, et qu'il 
n'y avait plus à revenir là-dessus. 

S'il y avait des riches, s'il y avait des iiau- 

vres, c'est que les uns, par leur travail, leur 

lyance, leur intelligence, avaient su 

■gner et s'enrichir, pendant quelaparesse, 

induite avait rendu les autres raiséra- 

On ne pouvait, sans injustice, tenter 




L'INDIVIDU RT LA. SOCIlÏTft 



49 



d'îtt 

m 



empêclier cela. La richesse était le fruit du 
lra\-ail, respectable par conséquenl. Tant pis 
ipur ceux dont le labeur restait stérile. 
Mais comme il fallait bien expliquer les 
;ansformations apportées, sous la poussée 
événements, à un édifice prétendu im- 
luable, on les donna comme étant l'œuvre 
maitres, les seuls ajjtes à juger de l'op- 
irtanUé des niodili cation s à y apporter. 
Beconnaitre la possibilité de cliangemenls, 
;ait bien contradictoire avec les affirmations 
pouvoir qui se prétendait immuable. Mais 
ce qui était encore plus mensonger, c'était 
d'îtttribuer à ce dernier l'initiative des chan- 
[ements importants apportés aux systèmes 
lavernementaux, alors que l'histoire nous 
lUve surabondamment, qu'aucune amélio- 
ration n'a été acceptée par les gouvernants 
qu'alors qu'ils ne pouvaient plus s'y opposer 
danger pour leur personne ou leur au- 
ité. Mais cela fait toujours bien, aux yeux 
naïfs, d'avoir l'air de concéder ce qui vous 
il imposé 1 




L'INDIVIDU ET hX SOCIÉTÉ 



A cette conception de l'autorité, la morale 
religieuse vint prêter son concoui'S. Elle vint 
enseigner aux individus qu'il fallait respecter 
les institutions existantes : œuvres de Dieu ; 
obéir aux chefs choisis par la Divinité pour 
la représenter ici-bas ; exécuter leurs moin- 
dres volontés sans chercher à les approfon- 
dir, sous peine d'encourir les peines éternel- 
les de l'autre vie, sans préjudice de celles 
dont on était passible sur terre 

Le christianisme, et c'est là le côté néfaste 
de son œuvre, fat la réalisation la plus com- 
plète de ce travail d'avachissement. Ces pré- 
dications sur l'humilité, la résignation, le 
mépris de la chair, l'abnégation, ont contri- 
bué: plus que la force, à assurer le maintien 
de rautorité à travers les siècles. Oh t ce mé- 
pris du corps, surtout, de la m vile matière », 
comme diseni les prêtres, que de turpitudes 
n'a-t-il pas engendrées, que de folies hystéri- 
ques il a contribué à propager i 

« Heureux I ceux qui auraient à souffrir 
ici-bas; une éternité de félicités devait les eu 
récompenser dans le ciel !» — « Les derniers 



n 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



arrivés seront les premiers appelés !» — a Que 
le corps, cette vile loque, se vautre dans l'or- 
dure, qu'il endare les privations, la misère, 
la faim, la soulfrance, l'abjection et l'injnstice 
sur cette terre, Qu'il aille au-devant, ponr se 
jnortifier, des pires tourments, sa récompense 
ensera d'autant plus graudeeu l'autremonde I » 

Et pendant plus de quinze cents ans les 
populations clirêlieiines furent écrasées sous 
cette chape de plomb, pendant plus de quinze 
siècles elles se vautrèrent dans l'ignorance la 
plus crasse, dans l'ordure, physique et intel- 
lectuelle, se courbant sous les talons du prê- 
tre et du seigneur, du roi et de ses janissai- , 
res, heureux de souffrir pour mériter d'aller, 
à leur mort, à la di'oite de Dieu ! 

Sous prétexte de spiritualisme ils faisaient fi 
de leur corps, le torturant, le macérant dans la 
crasse, mais payant cette folie par des mala- 
dies infectieuses, par des accès de démence 
qui les jetaient aux pires turpitudes, prouvant 
pertinemment qu'il est absurde de vouloir sé- 
I parer l'àme du corps. 

Voyant avec cela mériter celte vie supra- 



fc'CTDITIDC El Li SOCIÉTÉ 



4At reprit, délïrrê de la maliére. 

Il s'abioianl en la 

Dieu, ils ne sen- 

•on Itur rivait aux 

Sî, <l» tetup» à aatrr. la misère. le£ ex.ic- 
liuu^ trapfoctos H accolant lespoptUationsau 
^ts^sfoir, le$ soutevaieot parfois, tes ruant 
ûuDlfe le$ maîtres. Le corps oppriuû repre- 
Hfût sa KTancbe Mais c'étaient des explosions 
<)ue tuvit Itfur drflagralion même, «piand cela 
iw UHif uait pas aa mysticisme et à l'hystérie 

tiiligKUse. 

Et }usi|u'3 la renai:ssaUL¥ du paganisme 

qui »\~ait Mii'Ovr sa vie dans les commune» 

iiiti-i..-inc^ile riUlit. lesimlividas se plièrent 

-i\^ d'abjection, sacrifièrent leur 

>r digiiiti', aiuotmirii-eut leur cer- 

cHl« (ihilosuphie dêprimanle et 



'■'■' ' "itiedatk'an, cette renaîs- 

rj»*. Les individus ap- 

■ .[U'il avait des exigences 

(, «liu^^ l>vrdit ce qu'il recongué- 



I/INDIVIDU ET LA snfilÈTfc 



53 



tiei 

Pi 



it, ridée de Dien, atteinte rte ce fait, fut 
icutée à son tour, et dut reculer devant 

'it philosophique qui se reprenait. 
Aujoncd'liui la nuiralp religieuse se main- 
tient [lar suite de la force acquise; mais elle 
est d'un bien faible secours à la morale po- 
sque. L'économie politique officielle cherche 
la remplacer en formulant des dogmîs à son 
ibur -. mais si les esprits n'ont pas encore réussi 
à rejeter corapkHement toute idée religieuse, 
toute superstition, toute croyance au raerveil- 
liix, loute mLHaphysiqne, l'époque n'esl plus 
dogmes- 

les superstitions persistent encore, elles 
■èneut cependant une à une sous les coups 
l'instruction. Les tentatives de rénovation 
l'esprit religieux qui se font sous le cou- 
vert d'un néo-christianisme, d'un néo-boud- 
Isme, ou mi^me de satanisme, de spiritisme, 
toute -autre divagation, ne sont que les 
irnières lueurs d'un foyer agonisant. 
Pour créer des religions, il faut des pro- 
.êtes illuminés, convaincus de leur propre 
ission. Parmi nus pseudo-rénnvateurs, leur 



l'i une I 

Ire, et |" 

iiwoâeiHKilo 

■ liera crhi 
les mmir 



I. 



I\ 



LA SOCIETE-ORGANISME 

Le peu de consistance des arguments tendant à la jus- 
tification de l'oppression. — On appelle la science» à 
l'aide. — La Métaphysique. — La Société niarùtre. — 
Il faut des riches pour faire travailler les pauvres. — 
Ce sont ceux qui travaillent qui sont des fainéants! 
— Le triomphe de Tentité. — L'individu réduit au 
rôle d'abstraction. — Antériorité de l'Unité. — Adap- 
tation naturelle et compression ne sont pas la môme 
chose. — Les bienfaits de la révolte. 



Plus les esprits se développaient, plus il de- < 
venait difficile de justifier l'état de choses 
présent. Chaque dogme nouveau mis en avant 
par les défenseurs du statu quo était aussi- 
tôt mis sur la sellette, et dépouillé de ses 
oripeaux. Les arguments présentés parles doc- 
teurs officiels mis en miettes, il fallait en pro- 



^_p, l,l\ l>l Vllil- I I I \ SOCIÉTÉ 

l)iiiilro|t;ii-l. i-(>rl;iiiisri-..\i[|||MiuxjUsli 
r;iiilnri|r. .■iis;ij,|,|i\;(iil Mfi-^Jrqut I 

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'L'INDTVIDU ET LA SOCIÉTÉ 45 

nous devions le respecter et le garder tel 

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Vouloir en troubler le fonctionnement en 

mandant d'apporter des modifications au 
système était criminel au premier chef! Se 
taire et obéir 1 les droits individuels n'al- 
laient pas au delà. C'est encore tout le fond 

la discipline militaire, qui, sous prétexte de 
conservation sociale, fait de l'individu, pen- 
dant un certain temps de sa vie la chose sans 
plonté de ceux qui gouvernent. 

■Nous avons vu, dans le chapitre préeéilenl, 

mt ce qu'il y a de contradictoire en cette af- 
firmation; mais les économistes n'en sont pas 
à quelques contradictions près. Toute leur 
fi science ». n'esl-etle pas basée sm* de pos- 

lats semblables? 



Mais la théorie qui eut le plus de .succès 
fut, sans contredit, la théorie du « contrat so- 
uciai ». 

D'après cette théorie, les sociétés humaines 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

tôprâvoyance, de leui- incapacitéàse conduire 
et à licouomiaer. On comprendra que nous iie 
passions pas ici en revue tontes les énormitiis 

lébitôes à ce sujet par l'éconoinie poliliqu*^, 
î^ne nous en revenions à noire sujet, 



■""Etant reconnue insuffisante, la comparai- 
©n de la Société-entité se transforma gia- 
(luellement en celle de Société-organisme, Cette 
conipai'aîson émise, pour la première fois, 
paraît-il, par Auguste Comte, a fait, depuis, 
fortune, et aujourd'hui on ne peut plus ouvrir 
un livre traitant des questions économiques 
sans y trouver l'aftirraation que la société est 
un organisme ayant cerveau, cojur, membres 
et appareils, tout comme uu être vivant quel- 
conque, que l'évolution individuelle n'a lieu 
qu'en vue de l'évolution supérieure de la 
société, doit s'y subordonner, par consé- 
quent. 
^■Toujours eu préleudaiiL suivre la tliéorie de 



L'INDIVJDU ET LA SOCIETE 



hi'usques, caiialiles de détraquer le tout dont 
il n'est qu'une infinitésimale partie. 

î;t alors, on voit d'ici les conclusions : la 
société, cette chose, qui ue devrait être qu'un 
nom donné à un mode particulier, transitoire 
eti ses formes, toujours modifiable do l'acli- 
vito humaine, devient, au contraire, l'être par 
excellence qui vit, se meut, éprouve des be- 
soins, a un mode de fonctionnement auquel 
doit subordonner son af.tivité la cellule-indi- 
vidu. 

Admirons la traiisfornialion, « l'évolution» : 

-l'être abstrait, la société, prund foruje et de- 

Rvient un être réel entraînant dans son orbe 

^Individu qui, de réalité absolue, subissant le 

fflntre-coup de cette métaphysique physiolo- 

^que, en arrive, de dégradation en déyrada- 

lou, à ne'iilus être qu'une entité dont on n'a 

ilus à tenir compte que comme quantité né- 

3. La société-organisme prime tout ; 

Jidivldu-celiulen*a qu'à s'adapter... ou à dis- 

■aStre! Ainsi en ont conclu les pontifes de la 

tcience économique. 



J 



63 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

M^me en suivant nos pseudo-évolutionnis- 
tes sur ce terrain, il est facile de leur démontrer 
que leur comparaison ne justifie nullement la 
mauvaise organisation sociale qu'ils veulent 
â tout prix justifier, tant leur société esl peu 
défendable. 

Tout organisme vivant, que ce soit un clo- 
porte, une vache ou un homme, est un com- 
posé de cellules ; mais nous l'avons vu précé- 
demment, ce n'est pas l'organisme qui a précédé 
la cellule .Celle-ci est antérieure à l'orga- 
nisme qu'elle a contribué à former. Et alors, 
est-ce l'organisme qui a présidé à l'association 

i cellules qui l'ont formé, ou sa propre évo- 
lution ne s'esl-elle accomplie que sous le tra- 
vail inconscient des cellules associées? 

Pour tout esprit débarrassé du préjugé des 
causes finales, poser la question, c'est la ré- 
soudre. La cellule primitive en proliférant, eu 
est venue à s'associer; par son travail d'auto- 
Vilalité elle a donné naissance à un mode de 
Ke plus compliqué; les cellules composant ce 
kOttveaumodesupérieur de vie se sont divisé 
) travail, s'adaptaut â une besogne spéciale 





l'individu et la société 



B l'existence : assimilaLioii, désassiinilalioii, 
iproduction, motricitiî ouautre mode de fonc- 
^nuement. 
[.'association devenant plus complexe, les 
notions se spécialisaient cucore davantage, 
[ dédoublant à l'intini pour en former do 
pavelles, donnant naissance h des organes 
piiveaux. Et l'organisme, l'i-tre résultant de 
^sociation, profitant ainsi du travail accora- 
, se modifiait à chaque transformation de 
igrêgation cellulaire, acquérant des facul- 
h nouvelles sous la poussée interne des agré- 
^ts qui le composent, mais n'ayant que peu 
<rinlluence sur l'évulution suivie, suLissant 
tlastiquement la poussée initiale du travail 
gléaulaii-e accompli en dedans de lui. mais 
s son intervention. N'étant, en délinilive, 
l'une résultante et non un créateur, 
îettes.sa passivité n'étaitpas absolue, puis- 
se ces actes extérieurs pouvaient avoir une 
pâence heureuse ou néfaste, sur lu colonie. 
s tard, son intelligence se développant, sa 
pg^ance sur sa propre santé est devenue 
i consciente, mais le travail moléculaire 






L'INDI-VIIH' F.T I,A SOI'-IÉTÊ 

qui ^'accomplît en lui n'en échappe pas moins 
son contrôle, ii peut le déranger par ses 
scl'S, le, rétalilii' dans sa marclie nonniilo 
rai" une médicalinn inlelligenle, mais il ne peut 
ullement le modifier en son orgauisalion- Et 
âe uiicux qu'il puisse faire, pour faciliter sa 
lioiine marche, c'est de se mettre eu des condi- 
tions de vie. où le fonctionnement moléculaire 
ne soit pas entravé. 



D'autre part, dans tout organisme fond ion- 

liiant normalement, le travail est divisé, c'est 

"vrai, chaque genre de cellule se cantonne dans 

) sa fonctioa, accouiplissanl la besogne à la- 

f; quelle elle s'est adaptée, cela est indubitable, 

i,jnai9 nos physiologistes de l'étal social vou- 

draient-ilsnous dire ce qu'il en adviendrait si, 

comme dans nos sociélés, l'inlérét de chaque 

cellule étaitdiamétralenient opposé àceluides 

avoisine3,ousi le cerveau, voulant faire 

î souverain, forçait les cellules à une 

jesognc autre que celle à laquelle elles sont 



^=JI" 




L'INDIVIDU ET LA SOfiIt^:TÉ 



Wptes? La diBSuIiitioli de l'organiame ne l;ir- 
liei-ait pas à on résulter. 

Dans certains cas patliologiquos, on voil un 
genre de cellules s'adapter à une besogne! au- 
tre que celles qu'elles sont haljituées à accom- 
plir et cela pour suppléer nu groupe d'autres 
collules, momentanément disparues ou empê- 
ckiées d'accomplir leur besogne; mais cela se 
fait librement, sans que le cerveau n'ait rien 
a y voir- sans même qu'il s'en rende compte. 
Ce qui prouve que ceux qui veulent assimi- 
ler nos gouvenienieols à un cerveau social, 
ne sont pas heureux dans leurs comparai- 
sons. 

Si l'autorité et laccmtrainlen'onl pusaniené 
la disparition complète des sociétés -luiidai- 
nes, elles ont contribué largement à la disso- 
lution do certaines. Si les êti'es huuiains ont 
persisté à vivre en association c'est que, pour 
eux, se sentir les coudes, unir leurs efforts, 
échanger des idées, est une condition .sine 
qva non de leur développement, mais les indi- 
vidus n'en ont pas moins souffert, de la com- 
pression; si la disparition de tout état social 



r[u0j"de temps I 
'';i;.^Hitre la ii<<i 1 



< • 



L*ABUS DES LOIS DE L'ÉVOLUTION 



Quand il n'y en a plus, il y en a oncoro. — EUns sont do 
plus en plus cyniques. — L'emboîtement des germes. 
— ' Les « emhoitements » de rhistoire. — Autres faits, 
autres causes. — Connais-toi toi-même. — Détermi- 
nisme. — Imprévu des causes déterminantes de la yo- 
lonté. — Jja volonté humaine et son arbitraire en 
l'histoire de l'évolution humaine. — A force de se 
répercuter à travers des inconnues, les lois évolutives 
sont loin d'aboutir à des résultats identiques. — La 
loi explique mais ne gouverne pas. — Encore la mé- 
taphysique. — Les résultats de l'évolution peuvent 
varier sans cesser d'être le fait de lois absolues. 



Mais nos docteurs ès-science économique ne 
se sont pas arrêtés là. « Lois naturelles, lois 
inéluctables », cela étayait trop bien leurs af- 
firmations, pour qu'ils n'essaient pas de nous 
faire entrevoir que tous le^ maux dont se 



L'INDIVIDU ET LA SOCn'CTK 



plaignait l'humanitû OLaient inévitables ; — 
d'aucuns ajoutent mi'nie nécessaires. 

Aussi, depuis que la, 'théorie de l'évolution 
s'est implantée en histoire naturelle, tous les 
prophètes de l'économie politique voulant ba- 
ser leurs théories sur une science dont ils ne 
connaissent que des mots qu'ils accommodent 
à toutes sauces, se sont empressés de décou- . 
vrir des tas de « lois naturelles » qu'ils es- 
saient de fourrer partout. Or, comme le sou- 
lier de l'auvergnat, « cha tient de la plache », 
mais, au contraire de lui, le plus souvent, 
H ch'est très cliale », car cela ne tend qu'à 
justifier les infamies de la société capita- 

II existait, autrefois, une Ihéorîe île « l'em- 
boiteraent des germes a : c'est-à-dire que, selon 
la croyance en vogue, le premier être qui ap- 
parut sur la terre, contenait, en germes, toute 
sa descendance l'ulure; absolument comme 
ces sphères creuses, s'enfermant l'une dans 
l'autre et dont le nombre n'est limité que par 
la patience ou l'habileté du tourneur, et serait 
même infini si des possibilités exlérioures ne 




l'empêchaient d'aller au delà d'une certaine 
limite tant en finesse qu'en arajileur. 

Selon cette théorie, la géni^ration était hien 
Simple ; le preiuior chi'^ne, la première touffe 
d'herbe, apportaient, emmanchéales uns dans 
les autres, à l'état microscopique, mais avec 
leurs formes complètes, tous les clu'nes, tou- 
tes les toulles d'herbe qui allaient descendre 
d'eux, comme le premier hélier, le premier 
homme, portaient en le m^me état, les géné- 
tions à venir. 

C'est cette théorie que l'on essaie mainte- 
nant d'appliquer à l'iiistoire. D'après ces nou- 
veaux Darwin, l'Iiistuire des nations évolue- 
rait.selon des « lois inuuuables »; le premier 
■'événement contenant les événements uité- 
fîenrs; le premier acte de l'homme contenant 
en germe tous les actes de sa descendance. Le 
développement humain ne serait qu'une im- 
mense roue qui, Janssa rotation nous ramène- 
rait alternativement tes mêmes scènes, sinon 
les mêmes personnages. 



70 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



Lorsqu'il s'est agi d'expliquer l'évolution 
niorpliulogique des espèces végétales et ani- 
males, on avait sous la main des faits malé- 
riels qui servaient d*' points île repère penuet- 
luiit tl"«limitier les caUMs d'erreur. 

En t5tudiatit dessertes de squelettes ou jjuu- 
vailsnivre reiicliaini'nient des e-spêces, res- 
souder, par la penst^.les chaiuonsnianqnants, 
avec iVspéraiic» de voir les conjonctures émi- 
ses se continuer par les découv(>rtes paléon- 
lologiques futures, Il y avait là des faits pour 
uinsL dire mi^caniqnes dont on pouvait suivre 
ta répercussion 

Mais, lorsqu'il s'agit d'expliquer des faits 
psychologiques, i5uianant non plus d'un in^ . 
dividu, mais de niiltiurds d'i^lres dont la vo- 
lonté répercutée des uns. sur Ja voloutû des 
autres. |H!Ul produire <les combinaisons A l'in- 
, Lorsqu'il s'agit d'interpréter des faits 
t nous ne connaissons pas l'origine, ui la 
ttion exacte, ccu\ iiui nous les rapportent 
î ayant vus qu'à travers leurs propres 
, on nous permettra d'être on ne 
iTplus sceptique qnant aux affirmations de 




I 

[ ceux 



l'individu et la société 



ceux qnî prétendent expliquer les événements 
de l'histoire, l'évolution des sociétés, à l'aide 
des mOmes lois qui Régissent les organismes. 

Or, c'est la maladie actuellement à la mode, 
chez les économistes, de vouloir « concréter » 
en « lois naturelles » aussi absolues que cel- 
les qui régissent la matière plastique, les faits 
d'ordre psychologiques, et, surtout, les aber- 
rations de leur ceiTeau. 

Quand il nous est impossible d'analyser 
nos propres sensations, de démêler, dans nos 
actes, les sentiments qui nous ont fait agir, il 
nous semble on ne peut plus prétentieux de 
vouloir démtMer, codifier les lois qui font agir 
des sociétés pendant des générations, où les 
causes d'erreur se multiplient par le nombre 
d'êtres qui les ont formées. 

On m'objectera qne la volonté humaine n'é- 
tant déterminée que par des faits matériels 
extérieurs, ce sont ces derniers qui la régissent 
et que, par conséquent, il n'y a nulle hérésie 
â vouloir en déterminer l'évolution. 

Les actes de l'homme sont déterminés par 
des circonstances extérieures; sa volonté n'est 






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L'INDIVIDU Eï LA SOCIÉTÉ 



73 



les unes des autres, parfois; imperceptibles le 
plus souvent, et que c'est faire œuvre de pré- 
somption de vouloir rechercher des lois im- 
muables dans l'évolution intellectuelle de 
l'humanité, et encore bien plus prétentieux 
de vouloir déjà les codifier. 



Je suis de ceux qui ne croient pas aux 
hommes supérieurs préparant les événements 
au gré de leur stratégie ; mais l'humanité 
ayant été assez bête pour subir l'autorité de 
certaines individualités, leur fournir assez de 
puissance pour entraver son évolution, et la 
taire plus ou moins dévier, il n'en résulte pas 
moins que ces individualités, si minime que 
l'on veuille supposer leur intluence, ont une 
action quelconque sur l'évolution générale. 

Que ces individus privilégiés soient plus 
ou moins entraînés, eux aussi, par les évé- 
nements, cela est hors de doute; que leur iu- 
^ fluence aille s'amoindrissant, cela est incontes- 
Ejtftble, et il est à espérer que jilus le niveau in* 




tellectael haussera, plus ces indiTidaalilés 
perdroDt de leur iofloeDce. 

Mais, somma tùate. cettâ inflaenca a,'t^ 
assez fait sentir pour contribuer à bâter e 
faire reculer réroIoUon biuuaiiie. à la faire 
dévier, pemlant qd certain temps, en an sens - 
oa on antre. Nombreases sont, an conrsJ 
l'histoire, les personnalités qni, en scieDCCfl 
art. en politique, en religion > alors qœ c 
ci avait de l'intlueitoe sur les foules) onl t 
beoreuse ou néfaste, une action sur les g 
ratiotis. 

Hais, nous l'avons tq, la volonté deO 
dividns, qui ont pesé sur l'évolnliou bor 
maiue, étant dépendante de causes intérieu- 
res, dépendant elles-mêmes d'autres causes 
qui, par leor nombre, ou les circonslances on 
elles pouvaient se produire, multipliaient 
leurs combinaisons à rinfioi, si inlinies que 
[ leurs résultats peuvent nous paraître tout à 

,t arbitraires. Et c'est comme s'ils l'étaient, 
nous ne pouvons pas fsire la part 
meols qui entrent en eux. 

(les foules, plus prépoudéraute 




A 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 75 

;core elle est, sur les événements qui rem- 
plissent l'histoire. Qm pourra jamais démêler 
les causes de leurs actes, l'aire la part de cha- 
mobile I 

'elle foule, prête à accomplir un acte quel- 
BÔnque se trouvera arrêtée par une voix s'éle- 
vant (le son sein, et lancée à accomplir un 
acte tout dilïérent de celui pour lequel elle 
se mouvait primitivement. Or, il aurait pu se 
faire que l'inconnu qui l'a ainsi détournée, eût 
la colique ce jour-là, et ne fût pas sorti de 
chez lui. L'histoire eût été ainsi changée, sans 
que les événements accomplis cessent de s'en- 
chainer, pourtant. 



il 

oelt 



u événement en engendre un autre; mais 
cette répercussion devaulyse faire à travers 
cerveaux humains, il en résulte des dé- 
liions impossibles à calculer. 
Ce qui fait l'erreur des économistes, — et 
aussi de nombre de soi-disant évolutiounistes 
c'est qu'ils veulent que les luis qu'Us re- 




cherchent ou prétendent avoir Irouvtes, aient 
été établies dès les débuts de l'apparition de la 
vie. D'après leurs raisonnements, la nature 
serait un être anlhropomorphique doué de rai- 
sonnement et de volonté et aurait, dans sa 
sagesse, décrété que l'évolution se ferait sui- 
vant telle ou telle règle dont rien ne pourri 
entraver la marche. 

Or, il n'est rien de tout cela. La naluri 
l'ensemble de ce qui existe, sans personu; 
aucune, sans conscience, sans volonté pi 
conçue. Les matériaux qui forment l'univers 
ont des propriétés qui les font s'associer dans 
certaines conditions, se répuiser en certaines 
autres. Les associations de ces matériaux 
produisent des propriétés nouvelles qui agis- 
sent encore, et, en dos conditions particu- 
lières, donnent naissance à des combinai- 
sons nouvelles qui, à leur tour engendrent 
de nouvelles propriétés, et ainsi à l'infini. 
Voilà ce qu'on nomme des « lois naturelles ». 
L'évolution de notre système solaire a 
' .donné naissance à notre globe terrestre tel 
que nous le voyons. IMiiis il aurnil pu se faire 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



77 



que les combinaisons produites, aient eu à se 
faire en des conditions autres qu'elles ne se 
sont faites, et donner naissance à un monde 
tout autre que celui qui est. Ce n'en serait pas 
moins la nature, et l'évolution n'en aurait 
pas été moins l'évolution. C'est que les « lois 
naturelles » nous expliquent bien les phéno- 
mènes, mais ne donnent pas les propriétés, 
ne créent pas les circonstances ou conditions 
de milieu, de temps et d'espace. Et s'il est si 
difficile de trouver les causes qui régissent la 
matière inerte, qu'est-ce donc alors qu'il s'a- 
git de l'évolution d'êtres pensants? 



VI 



ALTERNANCE DES RE6RES ET PROGRES 
DE LA PENSÉE 



Les réclamations commencent à se préciser. — Ghassé- 
croisé d'arguments. — Et la question s'embrouille en 
s'éclaircissant. — On peut demander la disparition de 
TEtat tout en restant fortement autoritaire. — « Le 
sel de la terre ». — L'aristocratie intellectuelle aide à 
la démolition do Tautorité. — Pas plus de la sienne 
que de toute autre. — Les bourgeois eux-mêmes veu- 
lent détruire l'Etat. — Action et réaction. — On dé- 
passe le but lorsque l'effort n'est pas mesuré. — Entité 
contre entité. — Sainte métaphysique î — Conception 
nette. 



Mais cet avilissement de l'individu que re • 
ligions et sociologues ont, de tout temps, voulu 
justifier, n'allait pas sans soulever des protes- 
tations. 



L'iNPIVIDi: Kï I,.\ SOinÉTÉ 



Certains socialistes qui, eux, -voulaient ar- 
ileniment transformer la société actuelle, au 
profit des exploitée ; qui voulaient que l'orga- 
nisation sociale assurât à tous, le Lien-i5tre, 
en leur Iburuissant les moyens île se dévelop- 
IKTpliysiquemeuletintellecluplieinent, étaient 
lombes aussi, en ce travers: la société primant 
sur l'individu. Ils réclamaient dn pnnvoic 
11- iionheur pour tous. 

Les économistes, défenseurs du capital, se 
f^'iMidarinérent contre ccttfe prLHenliou de vou- 
loir faire servir les rouages gouvernementaux 
;i l'iillVanobissenienl de la classe qui produit. 
Ils furout amenés à nier à l'Etal, certains 
droits, certaines possihililésd'agir, .Après l'a- 
voir fait le maître de tout, ils en vinrent à lui 
l^ontester toutes les attributions dont il s'é- 
tait emparé. Aujourd'hui, les économistes 
veulent la disparition complète de TEtat. Tou- 

s ses fonctions: perception de l'iiiipôl, police, 

B,juslice,etc., devraient se transformer en 

feprises capitalistes, se chargeant à leurs 

ses et périls de fournir aux consomma- 

î les services que l'Etat leur fait rendre 




l'individu KT la SOGIÈTft 



81 



aujourd'hui. De sorte qu'ils peuvent se récla- 
mer de la liberté la plus absolue. L'Etat, puis 
qu'il n'existerait plus, ne pourrait plus inter- 
J?enip en les relations entre salariés et sala- 
l^iants. 

Mais comme ils conservent toute l'organisa- 
Uon économique, comme l'argent, loin d'iîlre 

Jàétruit, lui, serait la seule force de leur état 
tocial, on peut se demander ce qu'y auraient 
Stagné les travailleurs, La police ne serait plus 
'ée par un budget prélevé sur tous. Ce se- 
"ait une compagnie financière quelconque qui 

^l'entretiendrait, la solderait de ses deniers, la 
louant à ceux qui en auraient besoin. L'agence 
Pinkerton des Etats-Unis, nous prouve que 
(Dur ne pas être officiels les soldats de cette 
;ence privi'e n'en sont pas moins féroces lors- 
qu'on les lance sur les grévistes, et que si le 
mode de Ibnctionement en est changé, les ré- 
sultats en sont les mêmes. 

Donc, l'idée de l'Etat est combattue aujom-- 
d'hui. par certains économistes défenseurs du 
Capital, pendant que d'autres cherchent de 
nouveaux^argumcnts pour le fortifier; de même 



L'iNDIVmU ET LA. SOCIÉTÉ 



^ 



■ parmi ceux qui veulent la fin de l'exploitation 
de l'homme par l'homme, lesuns veulent s'em- 
pai'er de l'Etat et de sa puissance, les autres 
veulent sa disparition complète, mais, de plus 
que les économistes bourgeois, veulent le re- 
tour à la société, la mise à la libre disposi- 
tion de tous, du sol et de l'outillage mécanique 
qui ne sont, aujourd'hui, que les instruments 
d'exploitation. Et c'est ce qui ajoute à la con- 
fusion des idées, de celui qui ne sait pas, de 
voir des individus, semblant vouloir la même 
chose: l'atlranchissement des travailleurs, se 
combattre comme ennemis, étant divisés sur 
la question principale, l'Etat. 



Comme on s'est révolté contre le pouvoir 

personnel, on s'Insurge aujourd'hui contre 

l'autorité sociale. Mais les idées vont vite à 

.notre époque. Aussi, après avoir épuisé tous 

Iles arguments, les partisans de l'autorité ca- 

^tallstc, en sont acculés à revenir à l'afflrma- 

flion purn f'i simple qu'étant «l'aristocratie, » 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



E se 



isélection intellectuelle de l'humanité, c'est 
"eux que revientle droit de la guider dans son 
évolution ; et que pour pouvoir tranquillement 
accomplir cette mission, il leur faut courlier 
masse sous leur exploitation. 
Pour que les classes supérieures puissent 
se développer intégralement, il Tant les sous- 
traire à la nécessité des « basses » besognes, 
il faut, par conséquent, une masse astreinte à 
l'accomplir servilement: pour que ces privilé- 
giés puissent acquérir les connaissances vou- 
is leur permettant de diriger l'humanité, il 
it que la multitude reste condamnée a l'i- 
;orance. Voilà ce que, aujourd'hui, certains 
nt affirmer au nom de la science. Après 
)ir passé par toutes les formes de la démo- 
.tie, voilà comment la pensée eu revient à 
laoiutisme, au droit divin. 



S'il n'y avait que les tliuriféraires de l'ordro 

capitaliste pour soutenir ce raisonnement, cela 

( serait rien, mais ces idées de domination 



;"8i l'individu et la société ^| 


1 se font également jour chez beaucoup d'arli^^^ 
tes, de littôraleurs qui clamt'nt contre 1p «pli^H 
listin » contre le « Lourgeois, » contru ^H 
Tègnede l'argent, mais ont, au fond, un égal d^^H 
dain de la « vile multitude » dont la raison d'^H 
tre, selon eux- serait de peiner et suer pour Ï^H 
«sel delaterre »,qu'ilsontla prétention d'étr^J 

Comme les bourgeois, ils se croient « l'élite » 
fle l'humanité ; conitiie eux, ils se croient trop 
îiristoci-atiques pour pi-endre part aux «basses» 
■Jjesognes de l'humanité. L'ouvrier qui produit 
de ses mains devant se trouver très heureux 
de leur produire le luxe et l'oisiveté. ^M 
Ce sont eux qui ont commencé à se pl^^H 
au-dessus du pouvoir, delà morale couranle 
)t des mœurs ; Elite 1 ils ne relevaient que d'eux- 
jiêmes. Selon eux. le pouvoir devait se bor- 
ner à refréner les appétits de la classe servile, 
k contenter de prélever les impôts pour les 
épartir en grasses rentes aux « intellectuels » 
fin de leur permettre de donner libre cours 
,leiir imagination, à leur iiriginalité, pourle^-, 
seltxe â m<?me de n'avoir à .s occuper que ^É 
fa^touBjtf Uuls- iatailigeuce. ^fl 



li'iNDiVinU ET LA SOClÊfê 



85 



► Encore, aujourd'hui, il faut les entendre vi- 
Bpéver coittri! « l'immonde » société qui lu^ 
Bit pas récompenser le talent, lorsqu'un des 
leurs ne meurt pas avec trois cent mille francs , 
B rente. Leur haine du bourgeois ne provient 
Be de ce qu'il ue les accepte pas, eu parasi- 
\ sa lal>]i'. 



Mais tout cela n'allait pas sans donner de 
; Coups aux. institutions. En niant au 
■pouvoir le droit d'opprimer « l'ai'istocratie in- 
tellectuelle », en réagissant contre l'oppres- , 
siou de ses iiividualités, en proclamant pour , 

B siens le droit d'évoluer selon leur nature, 
^tte aristocratie ouvrait la brèche à ceux qui, 
fans s'embarrasser « d'intellectualité, » vou- . 
lient les mêmes possibilités pour tous. 
La vérité ne s'est pas fait jour d'un seul 
ioup ; c'est progressivement que, ce que l'on 
féclaraait pour les uns, on est arrivé à com- 
^ prendre qu'il fallait l'étendre à tousj non seu- 
lement au point de vue d'une justice plus ou \ 




jnant pour l'tître humain, l'autonomie la plus 
camplète, les taisait raisonner comme si cet 
tUre, cet individu, existait seul eu l'univers, 
armé, par conséquent, de tous les droits, de 
toutes les possibilités, n'ayant à tenir compte 
d'aucun autre é.lre ni des droits et possibilités 
de ras autres iMresI 

L'individu-eutite est le fruit de cet esprit 
métapliysique de l'homme qui le pousse à-an- 
tliropomorphiser lescréations de son cerveau, 
ou les idées abstraites, qu'il n'arrive à se re- 
présenter qu'eu les affublant d'un corps et 
d'une volonté faits à son image, mais qui, 
après lui avoir servi à combattre l'erreur, 1 
traînent vers d'autres absurdités. 

Celle façon d'envi sager l'individu soiis 
d'entité, ramène ([u.; ■ i ■';■ i.. 
nement jusqu'en m 
l'antagonisme socliii .,.1. {..ji 
iivec l'organisation hnL'iale nclii 
reiir des invidiialiU':; j l;i fiii;i> 
Mackav, Ti! 



r/INDlVlDI' ET LA snciftTfc 



cratique, dérivé lui-mèine, de l'aiithropocen- 

trismc qui a toujours hanlé l'imagination des 

iommes, leur faisant toujours ramener cha- 

e chose à Ifur personnalité, ne pouvant s'i- 

lagiuer que quelque chose puisse exister qui 

%nl une utilité à leur intentiou. 

! est difficile à l'homme d'avoir une piT- 

tïon nette des choses, de penser juste, de 

:S autres et lui-m(?mc, ;'i leur vali'ur res- 

iclive. 

Lorsqu'il ne s'aplatit pas devant les entités 
3 crée son imagination, devant les idoles 
isse son ignorance, c'est pour sehaus- 
r lui-ratoe sur les écliasses que lui fournit 
1 orgueil, son « moi »; il le dresse en toute 
Ptconstance, mais c'est alors un « moi » dé- 
tesuré augmenté de tous les «moi b qui ayant 
hr valeur respective, t'ont que la réalité som- 
î encore une fois devant l'entité. 
3 n'est que lorsque l'individu sera arrivé 
I, comprendre que, s'il ne vaut pas moins 
i'uii autre, il ne vaut pas davantage, que 
i droits ne dépassant pas sa possibilité à 
i réaliser, il doit tenir compte des autres 



90 I^'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

1 

possibilités qui, sur sa route, demanderont à 
à se réaliser que, revenu à une perception plus 
nette des choses, il se gardera des écarts 
d'imagination qui lui font adorer les idoles 
sorties de ses mains, lorsqu'il ne s'adore pas 
lui-même. 



maa 



VII 



l'écrasement de l'individu 



Bonne composition de Thomme. — Défauts du manque 
de culture. — Gêne matérielle et gène morale. — L'es- 
clavage commence à Tenfance. — La vie végétative 
de l'ouvrier. — L'alcoolisme. — Esclavage éternel. — 
La nature inconnue du serf de l'usine. — La souffrance 
croît avec sa connaissance. — Supériorité de l'état de 
la brute. Le riche n'est pas le « sel de la terre ». 



Malgré tout, il faut qu'il soit une bien 
bonne bote, rhomme, pour ne pas être de- 
venu enragé depuis qu'on l'exploite. 

Dès l'enfance, le travailleur fait l'appren- 
tissage de ce que sera plus tard la vie pour 
lui. 

Tout autant que le bourgeois, l'ouvrier 
aime sa progéniture ; mais, plus rude, inoins 



L'iNnivini: kt la société 



affiné en ses sentiments, surtout en sa façon 
de les exprimer, il lui échappe, dans ses re- 
lations de famille, des marques d'impatience, 
des observations injustes moins bien dégui- 
sées, des fautes de tact que le manque d'é- 
ducation propice lui empêchera de remarquer, 
di-s coups de colère, plus fréquents, par suite 
de la situation pire où il se trouve ; c'est la ■ 
femme et l'enfant plus faibles, qui en souf- 
frenl. 

S'il est de bonne Imnieur, le père, jouera 
avec l'enfant; mais s'il est agacé, énervé, si 
lui-mi^me a eu à souffrir d'une injustice à 
l'atelier, si le travail ne donne pas, il sera 
grognon, de mauvaise humeur, l'enfant devra 
se réfugier en un coin du logis, y rester coï, 
s'il ne veut pas attirer l'orage sur sa tête, 
orage qui se traduit par de sèches injonctions 
; rester tranquille, des gifles s'il se le fait 
'épétor trop souvent. 
Le bourgeois, lui, s'il esl de mauvaise hu- 
t s'isoler en un coin de ses appar- 
i, défendre qu' (>.„ \e dérange ; ordinai- 
;n a une pièç^^ ^«^daV «4 \^.s enfants 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 93 

peuvent s'ébattre en toute liberté. Dans les 
logements d'ouvriers Impossible de s'isoler ; 
on est enlassé les uns sur les autres ; c'est 
dans la mâme pièce qu'est habituellement 
forcée (le se tenir toute la famille, ce qui mul- 
tiplie journellemeut les occasions de s'éner- 
ver et de s'impatienter. Continuellement, 
l'enfant est tarabusté, puni, frappé, sans rai- 
son plausible : tout simplement parce que 
les parents sont de mauvaise humeur, se sont 
disputés ensemble, ou ont éprouvé un désa- 
grément quelconque. 

Entre temps, il faut qu'il aide aux soins du 
ménage, garde les frères et sœurs plus jeu- 
nes, s'il y en a, U voudrait jouer, courir, s'a- 
giter, s'ébattre et remuer, il lui faut rester 
immobile en un coin parte qu'il n'y a pas 
d'espace pour cela, parce que le' bruit pour- 
rait gêner les voisins, parce que; les parents, 
étant mal disposés, cela leur casse la tête. 



arrivé à l'-^ge de douze ou treize ans, un 



peu plus tôt parfois, guère plus tard généra- 
lement, il lui faut quitter l'école et prendre 
le chemin de l'atelier. 

Enfermé de dix à duuze heures par jour 
dans des locaux le plus souvent mal appro- 
priés à leui" destination, il lui faudra trimer 
sans relâche, tout eu subissant les engueula- 
des du contre-maître ou du patron ; les rebuf- 
fades des ouvriers dont il devient le domesti- 
que et le souffre-douleur 

Cela ne l'empêchera pas, le soir, rentré à 
la maison, dccuiitiiiueràcontribuer aux soins 
du ménage. Les commissions chez les oûm- 
merçaiits, la vaisselle, chercher l'eau, avec, 
en plus, punr la fille, d'aider la mère à l'en- 
tretien du linge de la maison, l'accompagner 
le dimanche, au lavoir. A côté de son rôle 
d'esclave social, celle-ci fait, en sus, l'appren- 
e de son rôle d'esclave de la famille. 



Kn prenant de l'âge, lejeune homme devient 
un peu plus indépendant, Il sort avec les ca- 
marades, va an concert, paîise les nuits à boire 

là courir les bastringues, lait «sa vie de gai-- 



■■ L*IND1TIDIJ ET LA SOCIÉTÉ 95 

»I II s'amuse I arrivant ainsi jusqu'à 
l'heure où le réclame le service militaire. 

On connaît ce que peut produire le milita- 
risme : l'ccrasemtiufc le plus complot de l'in- 
dividualité, l'abaissement des caractères, la 
destruction de toute initiative, l'habitude de 
l'obéissance passive, voilà son œuvre. Inulilc 

î s'y appesantir. 



^yant quitté le métier militaire, celui qui a pu 
îiapper à l'avachissement complet, reprend 
graduellement les habitudes de la vie civile, 
sans jamais arriver pourtant à se débaiTas- 
ser de l'empreinte que luiaura imprimée la vie 
de caserne. 11 se marie, vient ensuite la fa 
mille, et alors, c'est la lutte pour l'existence, 
dans toute son âpveté qui commence pour lui, 
LevÉ le matin dès cinq heures, il lui faut 
se hâter de courir à l'atelier pour y rester de 
dix à douze heures, avec une heure de relâ 
che .seulement pour le déjeuner. Et des treize 
el quatorze heures en certaines régions in- 



k 




dustrielles. Ayant, parfois près d'une heure 
de chemin pour se rendre à l'atelier i s'il ne 
s'en trouve pas éloigné à plus de vingt minu- 
tes, il vadéjeunerchez lui, il a alors quarante 
minutes démarche, sur les soixante d'eutr'acte 
que lui accorde la munificence patronale. 

Pendant ces dis, douze, treize ou quatorze 
heures de présence à l'atelier, il lui faudra, 
sans parler, sans lever la tête, Iravailler, 
toujours travailler parce que pèse sur lui le 
regard du contre-maitre, ou que l'entraîne 
dans sa course vertigineuse le volant de la 
machine dont il est Forcé de suivre le mouve- 
ment, et qui, elle, ne s'arrête jamais. 

Rentré à la maison, vers les sis, sept et 
mâme huit heures du soir, harassé de fati- ' 
gue, il mange et se couclie sans avoir eu le 
temps de penser à rien. S'il éprouve le besoia 
lie savoir, si l'activité de son cerveau le pousse 
à connaître, h cltercher une nourriture intel- 
lectuelle, il ne pourra la satisfaire qu'en ro- 
gnant sur son repos, sur son sommeil. Mais 
On comprendra qu'il faut être exceptionnelle-' 
ment doué pour résister à la compression et 




L'INDIVIDU ET I,A SOCIÉTÉ 



97 



î pas so laisser aller à l'acLion déprimantu 
du milieu. 

Et il en sera ainsi jusqu'à la lin de s«s jours, 
moins que, du samedi au lundi niatiU: il 
' courre d'un marchand de vin à l'autre, 
Wchant, dans l'alcool, l'oubli des tracas 
ibituels, une surexcitation Factice contre la 
^pression qui l'enveloppe peu àpeu. A moins 
encore, comme cela se passe en beau- 
feap de naâticrs, il ne travaille le dimanche 
^qa'à midi, ou pis encore, n'ayant plus 
ii'UDe journée de sortie par mois, ce qui lait 
a*il n'a juste de repos que pour sentir da- 
&ntage la fatigue. 

' Et, semaine après semaine, mois après 
mois, année après aimée, il en sera ainsi jus- 
qu'à la fin de son existence, à moins que les 
privations, le surmenage ou les risques pro- 
fessionnels, ne l'aient fourbu avant l'âge, ou 
que l'âge lui-mi^me. ne l'ait rendu incapable 
de subvenir plus longtemps aux Irais de son 
existence, il ne vienne échouer — s'il a des 
protections — en un de ces hospices de la 
vieillesse où, assure:, il est vrai, de la pStée, 




98 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

il reprendra la vie de caserne. Mais s*il est 
dépourvu de protection, ou s'il lui répugne 
de se soumettre à la réglementation de l'hos- 
pice il ne lui restera alors d'autres ressources 
que la mendicité, les asiles de nuit jusqu'à 
ce qu'il tombe sur le pavé. On lui fera alors 
la grâce d'un lit d'hôpital pour y mourir. 



Et des millions d'hommes, génération par 
génération passent ainsi leur existence, arri- 
vant à la mort, sans avoir seulement pensé à 
se demander quelle place ils avaient tenue sur 
la terre, encore bien moins en l'univers. 

Le printemps, périodiquement, fait éclatai* 
les bourgeons en frondaisons teintées des ver- 
dures les plus claires et les plus variées ; la 
sève circule, ch^irriant la vie à pleins canaux ; 
Tété fait éclore les fleurs à foison, aux cou- 
leurs les plus éclatantes, les plus diverses de 
teintes et de tons; la campagne, les bois, se 
parent des couleurs les plus belles, des ramu- 
res aux teintes les plus harmonieuses; les 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



I 

^^^Keaux modulent leurs chants les plus en- 
j^^^anteurs; les ruisseaux, les rivières coulent, 

semant la fraîcheur sur leur passage, assour- 
dissant le glûu-glou de leurs flots, en glissant 
sur le gravier do leur lit, des foules innom- 
brahles d'êtres humains, auront, toute leur 
vie, ignoré celg, ne connaissant des fleurs que 
les spécimens étiolés que leur vend l'horticul- 
teur aux fêtes patronales, n'ont jamais vu des 
bois que les coins où, le dimanche se préci- 
- jjite la foule, n'ayant jamais entendu que le 
aage des oiseaux élevés en cage, triste em- 
feme de leur propre existence. 
Et encore, pour les citadins, combien n'ont 
ï franchi une fois par an le mur d'enceinte. 
1 ne sont que les privilégiés qui, une demi- 
Buzaine de fois l'été, peuvent se payer le 
Ste d'une « promenade » à la campagne, en 
Tamille; promenade qui, lorsqu'il y a des en' 
fants, n'est qu'une fatigue ajoutée aux au- 
tres, car les moyens de transport coûtant cher, 
on ne peut aller loin, et il faut faire la meil- 
, leure partie du chemin à pied; les gargotiors 
feant k faire en un jour, le bénéfice de toute 



100 



L'IN'DIVIDU ET LA SOi^IÉTÉ 



la semaine et en trois mois, celai de toute 
l'année, il fant, pour économiser, emporter 
ses rivres, l'homme porte les gosses pendant 
qne la feomie charrie les provisions, ce qui, 
le plas souvent, amène, à la tin de la jour- 
née, de la mauvaise humour de part et d'autre, 
heureux encore quand la « pahie de plaisir » 
n'engendre pas une occasion de sf disputer. 

Inutile de dire que la mer, les montagnes, 
les chefs-d'œuvre de la nature comme ceux de 
l'ai-t, les trois quarts ne les connaissent que 
par les chromos s'étalant à la devanture des 
libraires. Et puis, il faut bien l'avouer, la vue 
de ces merveilles ne leur manque même pas. 
Combien peu sauraient les apprécier ? Est-ce 
que le travailleur a le temps de s'occuper de 
ces fadaises I 

Où donc trouverait-il le temps d'en prendre 
connaissance? Peines, misère, privations, 
douleurs et fatigues, voilà toute sa vie- Il n'y 
a pas, là, place pour les sentiments artis- 
, tiques, pour les spéculations philosophi- 
(jues, pour le besoin de culture intellectuelle. 
Comment pourrait-on penser à la beauté d'une 





L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



cliute d'eau, à la grâce d'une statue de Pra- 
xitèle, s'enquérir de la diiFérence d'un Puvis 
de Chavaone- et d'un Greuze, alors que l'on 
ne sait pas si, le lendemain on aura du pain 
à donner à ses enfants? Comment pourrait- 
on ressentir le manque des connaissances in- 
tellectuelles, quand toutes vos facultés sont 
absorbées à garder la place qui vous 'fait vi- 
vre, vous et les vôtres, ou quand, pis encore, 
il, faut larechercher. Et lorsque, malgré tout. 
Je cerveau du déshérité se hausse à la con- 
ception de toutes ces choses, ce n'est alors 
qu'une souifrance de plus, car ce sont des 
besoins nouveaux qu'il éprouve encore plus 
difficiles à satisfairL'. Et s'il îirrive à la concep- 
tion philosophique de la solidarité des êtres, 
ses souffrances s'augmentent encore, car. 
inôme, au milieu d'une situation privilégiée, 
il souiïre alors de la douleur des autres. Seu- 
lement, alors, il se révolte. 



4 



Et c^est à cette vie qu'est condamnée la 



102 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



plus grande partie des êtres humains. Vie, 
je ne dirais môme pas de brute, caria brute 
est libre dans ia pampa, la forCt, la jungle, 
la savane ou le steppe. Elle va, vient, court, 
bondit en toute liberté, humant l'air libre, 
allant aux quatre coins de son aire d'habitat, 
s'arrôtant lorsqu'elle se sent fatiguée, mar- 
chant quand elle en sent le besoin, mais li- 
bre I libre et ayant ses grilTes et ses crocs, son 
adresse ou son agilité pour se défendre con- 
tre ses ennemis. 

Si, parfois, la lutte pour l'existence est 
dure; si la proie est rare ou pas à portée 
chaque fois que s'éveille la faim ,>si les enne- 
mis, en certaines occasions, supérieurs en 
nombre ou eq force, contraignent l'animal ^ 
défendre sa vie pu son territoire de chasse, 
il If 'est pas, (Ju moins, asservi par ses sem- 
Jjlaljles qui l'esploiteiit, le forcent à galoper^ 
alors que les bois oijibreux riqcitent au repos, 
à rester immobile alors que son système ner- 
veux excité par le sang qui bouillonne en ses 
artères, ne demande qu'à dépenser l'excédent 



de l 



i qui rimpijlse. 



L'INDIVIDU ET LA. SOCIÉTÉ 



103 



C'est la loi du plus fort en toute son hor" 
reur. Soit 1 Du moins c'est la lutte, la lutte 
avec les armes que vous tenez de l'évolution 
de votre espèce. Il n'y a pas de conventions 
préétablies, pas d'institutions vous mettant la 
camisole de force de leurs lois ai-hitraires, 
vous livrant pieds et poings liés à vos ad- 
versaii'es, lorsqu'elles ne procèdent pas elles- 
inilmes à votre égorgement. C'est la lutte, mais 
la lutte contre les espèces dissemblables et 
non entre individus de la même espèce. 

Non, ce n'est même pas la vie animale que 
vit le travailleur, c'est la vie végétative, pres- 
que inconsciente du mollusque qui s'attache 
au premier rocher venu, s'y fixe, y mange, 
s'y reproduit et mem't n'ayant rien connu du 
grand Océan où il a vécu, exposé sans défense 
aux attaques de ceux qui se repaissent do sa 
substance. 

Arrivé ignorant dans un état social qui s'on- 
orgueillit de sa science, le travailleur s'en re- 
tourne sans s't^tre rendu compte de la place 
que son espèce tient dans l'Univers, sans sa- 
voir de quoi il esl composé, sans connaître 



104 



L'IN'DIVIDU ET I.A SOmÉTli 



en verlu (te qu.'lles forces il Si' meut: Tra- 
vailler, manger, boire, dormir et prucréer, 
voilà son lot. D l'accomplit sans même se de- 
mander pourquoi il l'accomplit. 

Et pour le réconforter de son abjection 
quelles consolations a-t-il ? Voir les privilé- 
giés couler leurs jours dans l'oisiveté et Ta- 
bondance, ne sacbani, la plupart, comment 
tuer le temps, crevant d'ennui et de satiété, 
se traînant d'un lieu à un autre, mais trop 
blasés pour pouvoir jouir de la beauté des si- 
tes entrevus. 

Tous les plaisirs, toutes les distractions, 
toutes les jouissances, sont à leur portée, ils 
n'ont que l'embarras du clioix, mais ils en 
sont saturés, le plaisir ne leur dit plus rien. 
Ils n'auraient qu'il étendre la main pour cueil- 
lir tout ce qu'ils pourraient s'assimiler des 
connaissances humaines, eux non plus n'eu 
éprouvent pas le besoin. 

Les arts, les sciences leur ouvrent leurs 
trésors, le nombre eu est minime de ceux qui 
éprouvent le besoin d'apprendre. Coiubien, 
sous un vends superliciel d'apparente ins- 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 105 

truction, cachent l'ignorance la plus crasse, 
le cerveau le plus vide I 

Et c'est pour ce résultat négatif que les 
trois quarts de l'humanité sont voués à la 
misère, à l'ignorance. 



^ ..^ii...»^:;^ — ^^^r**»*- cj-"* - , î- ?'-^^*-*— - > ■••-■• 



VIII 



LE VÉRITABLE SOUTIEN DE LA SOCIÉTÉ 

Effarement des bourgeois en constatant lu passivité des 
exploités. — La justification de l'exploitation n'est 
pas toujours facile. — On demande une « loi natu- 
relle » 1 — Une explication nouvelle qui n'explique 
rien, et est ancienne. — Cultiver l'ignorance pour ac- 
croître le savoir 1 — Travail de Gribouille. — Dévoue- 
ment des privilégiés 1 — Inconscience des travailleurs. 
— La force intérieure 1 — L'ignorance. — Toujours 
l'esprit métaphysique I — Les causes finales. — Le 
bien de l'individu existant i>uur obtenir lo bien de 
respéce. — L'anthrupocfntri»;. — Jj'état social con- 
damné par ses résultats. — L'individn no lègue à sa 
descemlanco qu»; les qualités «-t les défauts qu'il ac- 
quiert. — Arl)itraire des lois suciab'S. — Ironie des 
défenseurs de l'état actuel. — Ce n'est qu'en résistant 
à la compression sociale que l'humanité a réussi à se 
développer. 

Et c'est cette constatation qui prime toutes 
tes théories : étant donné le contraste de luxe 



108 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



et dû niisère," d'oisiveté pour les uns. de sur- 
travail pour les autres, comment se fait-il que 
les miséreux, les surmenés, plus nombreux 
en somme, subissent, sans se révolter, le joug 
des oisifs, l'exploitation des jouisseurs qui 
sont en minorité? — 11 y a là une anomalie 
inexplicable pour ceux qui ne détournent pas 
de parti-pris les yeux des tares de notre civi- 
lisation. 

Le respect de l'autorité, la croyance à une 
vie meilleure, récompensant les misères de 
celle-ci, la théorie de l'Etat répartissant entre 
tous les bienfaits résultant d'une association 
parfaite, tout cela, l'un après l'autre, est paj-ti * 
à vau-l'eau; plus aucun lien moral ne retient 
les crève de faim, et ils continuent à courber 
l'échiné I Privés des jouissances de la vie, 
comment acceptent-ils de continuer à fournir 
au superllu et à l'oisiveté des exploiteurs? 

Voilà plus qu'il n'en fallait pour mettre la 
puce à Toreille de nos économistes dont la 
prétention est de vouloir tout expliquer scien- 
tifiquement, selon les lois de l'évolution, dont 
ils ne se font pas une idée des plus nettes, il 




est vrai. — Mais, si l'on ne parlait que de ce 
que l'on connaît, •combien seraient forcés, 
plus souvent qu'à leur tour, de garder le si- 
lence! 

Il fallait pourtant trouver l'explication de 
cette anomalie; cela, avec de la bonne vo- 
lonté, aurait été facile. Mais, aux yeux de la 
science » officielle, toutes les explications 
ne sont pas valables. C'est une explication 
« justificative » des faits qu'il fallait trouver. 

Et lorsqu'il s'agit de tripatouiller les faits, 
les savants officiels s'y entendent, mais la 
besogne n'est pas toujours des plus faciles ; ou 
arrive bien à les accommoder au mieux de la 
théorie préconçue, mais il arrive souvent que 
les conclusions, tirées par les cheveux, ne 
sont guère frappées au coin do la saine logi- 
que; mais quoique officiel, on ne peut, comme 
les hommes, fourrer les idées au clou, et il 
faut alors se contenter d'â-peu priis, faute de 
ce que l'on cherche. 

Nous l'avons déjà vu au cours de ces quel- 
ques chapitres, il est de bon ton, lorsqu'on 
traite de l'évolution économique, de ne pas 



110 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



terminer son livre sans avoir découvert, au 
moins, une bonne derai-3ouzaine de « lois 
natui'elles » dernier cri, c'est, à la recherche 
d'nne «loi naturelle» expliquant— etjusti- 
flaot — cette anomalie que l'on s'est lancé. 
Et, cela était immanquable, on l'a décou- 
verte. 



Cette loi des économistes est bien simple, 
c'est h Progrès I (avec une capitale). 

« Si des générations de travailleurs s'ex- 
ténuent au travail, s'étiolant de misère, de 
privations, de manque d'hygiène, au milieu 
de l'abondance et du superllu, meurent sans 
avoir jamais eu la moindre notion de nos 
sciences et de nos arts; si des individus — la 
majorité — restent, toute lem' vie durant, en 
l'ignorance la plus crasse, alors que chaque 
époque s'enorgueillit de son savoir, de ses 
découvertes, de ses progrès intellectuels, tout 
cela c'est... vous ne le devineriez jamais... 
c'est pour le plus grand bien des générations 
â venir 1 » 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



111 



A.U premier abord, vous ne vous expliquez 
trop comment les générations à venir 
lUvent avoir à gagner en ce que Jeurs pré- 
Kfiesseurs restent ignorants et crèvent de 
Sam au milieu de l'abondance qu'ils contri- 
ûèrent à produire. 

^ Vous, naïfs, vous trouveriez, sans doute, 
fee les générations futures auraient gagné en 
tece, en beauté et en intelligence, si tous les 
dividus des générations antérieures avaient 
^u dans de saines conditions physiques et 
tellectuelles; que les progrès de l'inlelli- 
jnce auraient été plus grands, plus rapides, 
■ féconds, si chaque être avait pu déve- 
Ipper son cerveau, ses aptitudes et ses fa- 
rtés t 

' .Comme on voit bien que vous n'êtes pas 
(urri des saines notions de l'économie poll- 
ue et de l'autorité 1 Comme s'il était possi 
B el décent que les générations puissent 
folr ainsi, l'une avec l'autre des rapports 
rects et sans contrôle 1 Abomination de la 
isolation t et la sainte hiérarchie, qu'en i'aites- 
bus donc? 



112 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



Il fallait des intermédiaires, dûment auto- 
risés pour établir des rapports réguliers de la 
génération qui s'en va à la génération qui 
vient. 11 ne pouvait y avoir de valablement 
transmissible que ce qui passe pai" le canal 
de ces intermédiaires sélectionnés. Ce sont 
eux qui devaient recevoir de la génération en 
voie de disparition l'héritage sacré pour le 
transmettre à la génération naissante. 

Et ces intermédiaires charitables qui épai'- 
gnent, à la majorité, de se casser la t^te à 
s'instruire, de Se détériorer l'estomac en con- 
sommant à sa faim, d'ankyloser ses muscles- 
dans l'oisiveté, ces intermédiaires auxquels 
on doit être reconnaissant de tant de dé- 
vouement, ce sont les exploiteurs économi- 
ques, les dirigeants politiques et toute leur sé- 
quelle. Ce sont eux qui fournissent l'élite qui 
assure la transmission régulière du Progrès ■ 
d'une génération à l'autre! 

Et voilà, trouvées du mt^me coup, l'expli- 
cation et la justification rleniandêes. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



, par un autre chemin, revenir à la 
Atrine du renoncement au plus grand prolit 
i bien général, à l'esprit de mortiJicalioa 
qui poussait les individns à se sacrifier ici-bas 
pour obtenir une stalle de clioix dans une vie 
tra-terrestre remplie de félicités; avec cotte 
^érence, ici, que ceux qui se laissent ex- 
éditer n'ont personnellement aucune com- 
pensation en perspective, sinon, celle toute 
platonique, d'avoir contribué au développe- 
ment de descendants qu'ils no connaîtront 
point. Ce qui n'est guère de nature à les en- 
ifjônragei" au sacrifice. 

Mais nos économistes ne sont pas embarras- 
tés pour si peu. Leurs lois, dites naturelles, 
tnt de la famille des lois de nos parlements, 
1 ne vont pas sans gendarmes. Be cette 
f^on, tant que les gendarmes sont les plus 
arts, l'observance des lois est assurée. C'est 
if qu'ils appellent le libre jeu de l'évolution ! 
' Mais la crainte du gendai-me n'explique pas 
Ht, à chaque loi trouvée par eux, il leur a 
ïliu en adjoindre de nonvelloo pour expli- 
jier la première. Contrairement aux lois. 



vraiment naturelles qui comportent leur pro- 
pre explication, celles des économistes, elles, 
en appellent toute une kyrielle chargées de 
s'expliquer l'une l'autre, de sorte qu'il n'y a 
pas de raison pour que ce petit jeu s'arrête 
jamais. 

Ils ont aussi, pour les besoins de leur ar- 
gumentation, ressuscité une vieille divinité 
antique : le Faium. 

Selon eux — et en cela ils ne se trompent 
pas — si les travailleurs pouvaient agir cons- 
ciemment, ils refuseraient de se laisser ex- 
ploiter; mais la loi du progrès exigeant leur 
asservissement complet, une « force inté- 
rieure » les pousse à s'immoler sans espoir de 
compensation, et à contribuer, ainsi, incons- 
ciemment, au bien de l'espèce. 

Cette « force » intérieure, vous et moi nous 
l'aurions crue une « dépression, » en la nom- - 
maot de son vrai nom ; l'ignorance. Mais, à 
quoi servirait d'étudier si l'on ne savait, dé- 
cemment, habiller les clioses. 

De plus, comme il y a, effectivement, mal- 
gré les dL'l'ecluosités, progrès accomplis sur le 



iTÎNDÎVlDU ET LA SOCIÉTÉ 

(é, on ne risque rien à les attribuer aux 
effets des lois que l'on iuvente. Les choses 
étant bien embrouillées, n'en sont que plus 
difficiles à démêler; il y a toujours quelques 
imbéciles pour s'y laisser prendre. 

Les causes qui meuvent les sociétés sont si 
complexes, si enchevêtrées, que l'on peut tout 
affirmer â leur sujet. Les causes et effets ne 
s'en démêlent pas aussi positivement que le 
fait la chimie pour les composés soumis à son 
uialyse. La mauvaise foi profite toujours du 
i$oute. 

k Qu'importe! s'il y a des grincheux combat- 
iHt vos conclusions. Quand vous avez l'a- 
jitage de parler au nom d'une science offi- 
[elle, vous écrasez déjà vos adversaires de 
t ïe poids de vos titres; et leurs dénéga- 
méme, vous servent d'arguments, 
teest-îl pas admis, en science officielle, qu'il 
f a que les fous pour ne pas s'agenouiller 
iyotement devant les admirables « lois na- 
^éOes » régissant nos sociétés. 



ÏC'est encore, sous une autre forme, l'aflir- 



^^P<â'nDe inc 



L'INDIVIDU ET LK SOCIÉTÉ 



1*17 



)^ 



"S'ane incapacité. Tout individu qui arrive à 
s'adapter dole l'espèce de nouvelles possibi- 
lités de perdurer, d'acquérir ou de développer 
des facultés 'restées, jusqu'alors, à l'état de 
'germe. 

Mais, on voudra bien le remarquer, il n'y a 

là aucune intervention de la volonté d'une 

entité quelconque, il n'y a pas adaptation en 

,jyue de causes finales et de but lointain, à 

ine entrevu, à atteindre. C'est pour acquérir 

bien positif, ou éloigner un danger inimé- 

âat, que l'individu se plie aux conditious 

i le font se mouvoir. Il est le premier bé- 

ificiaire de ce bien acquis, de l'ovitement de 

danger. 

En trouvant à subsister là où les autres 
issent, c'est sa propre existence qu'il as- 
ité; en trouvant à perpétuer sa race, il la 
qualités qui l'ont fait triompher. 
.ndividu n'agit que sous l'impulsion de sa 
lissancc immédiate; mais ce n'est que par 
ichet qu'en profite l'espèce. Voilà les vé- 

plus souvent, dispa.raUre des individus qui 
baient pu enricbir l'ospâce <le leurs quuJilés. 



4 



118 L^SDITIDC BT LA SOCI&TÉ 



litaUâs fXHi£tioDS de TërtiliitioD «t de la a 
ledîoD nabuelks. 



Cest par sbenatioii qa« de« individus a 
pa venir affinaer qw la nce homûoe, f 
qa'elle eût chance d« se développer phrsiqi 
ment. que. pour acquérir des cbanoes t 
velks d'expansion, U fallût au préalable i 
les indiridas la compijssQt, subissent des o 
ditioDS qai leur sont oonlrairvâ, que la i 
filé de chaqae génération périsse sons 1 
tion déprimanle du surtravail et de la misJ 
qu'il fallait que là majt^irité des ^tres fût toi 
à l'ignorance et à l'erreur poar qne la r 
etoiâse en savoir et en inU-lligence ! 
On traiterait de foa l'éleveur qoi sotund 
' tnUt les bestiaux qu'il destine à l'engraist 
^.ment, à des conditions de surtravail et d 
niue. Et ce régime appliqué eu l'ordre pl^ 
;ne et inlellectael à la race humaine trotr 
ï êtres pour venir prouver qu'il est le s 
rr&tionnel, le seul qui puisse contribuer i 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



119 



[éveloppemeiit de l'Otre humain. De la part de 
ceux qui se font les applaudissem-s des.pircs 
turpitudes pourvu que leurs louanges leur rap- 
portent gloire et profit, cela se comprend, 
mais ce qui se comprendrait moins, si nous 
ne connaissions déjà l'esprit métaphysique 
de l'homme, c'est qu'il y ait des gens pour 
le croire sincèrement. 

C'est que, au fond, les travailleurs ont tou- 
jours été regardés comme la quantité négli- 
geable de l'humanité. 11 n'y a, de véritable- 
ment humain, comptant, pour l'humanité, 
me les dirigeants, les exploiteurs, les artistes, 
9 poètes, et tout ce qui émerge de la foule I 
3 se rappelant plus qu'il est sorti de l'ani- 
malité, l'homme, pendant fort longtemps, a 
j avoir aucun lien do parenté avec les es- 
:es animales inférieures. De même notre 
élite intellectuelle renie la 
I dont elle est plus ou moins sortie, et 
retend seule compter dans l'évolution hu- 
ne voulant pas âtre confondue avec 
Btte vague humanité dont le travail seul, 
«urtant, leur a permis de s'élever. Se croyant 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



141 






Mais le travailleur sort de son avachisse- 
ment. Il commence à comprendre que c'est 
son travail qui crée l'oisiveté de ses maîtres. 
que plus il crée de richesses, davantage il 
alourdit sa misère; que ce sont les privations 
qu'il subit qui alimentent le lusode ceux qui 
l'exploitent. Et, malgré cela, il reste passif, 
se contentant de murmurer lorsque la faim le 
torture trop fort. C'est que, voua l'avez telle- 
ment êmasculé qu'il n'a même plus la vel- 
lèitë, lorsque la faim le" talonne, de sauter, 
comme le fauve, sur la première proie venue 
se trouvant à sa portée- Kt vous osez dire que 
l'homme est mauvais 1 

L'iiomme n'est ni bon ni mauvais encore 
une fois. Mt^me dans votre société artificielle, 
organisée pour développer l'égoïsme le plus 
sauvage, l'homme foncièrement mauvais n'est 

;'une rare exception. 

Et mL^me, pour ne s'i'tre pas perverti coinjilè- 
tement sous les milliers de siècles d'oppres- 
sion de votre civilisation, il fallait qu'il eût 

.e rare immunité contre la rage. L'homme 
un être presque passif, subissant la pous- 





affranchissement qu'il peut {■[i-e utile m 
cendance. 

Toutes les entraves apportées au dévelop- 
pement de l'individu par let^ lois sociales, par 
les intérêts de caste, par les morales cristalli- 
sées, inaptes à progresser, ne sont pas des lois 
naturelles, elles ne sont que des choses 
qui, ayant fiiii d'évoluer, devraient disparaî- 
tre, et no tiennent que par la volonté arbi- 
traire des intértîLs d'une partie de l'humanité 
qui voudrait les perpétuer. 

Certainement, les phénomènes économi- 
ques, qui se déroulent à nos yeux, sont la 
conséquence fatale du système d'oppression 
qui nous écrase ; mais il serait trop commode 
d'ériger en « lois naturelles » les faits dus à 
l'arbitraire de l'intervention humaine. C'est 
une loi naturelle d'être écrasé par le rocher 
qui vous ensevelit sous sa chute ; ce n'en est 
pas une d'accumuler au sein de l'étal social 
[)ivenl 1.^ dissoudre. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



' Dans nos sociétés, l'individu est à peu près 
dans la situation de celui auquel on aurait 
attaché les pieds et les mains, que l'on aurait 
placé dans une iourmiliôre, et .auquel, en fl- 
che de consolation, on dirait: « ne vous plai- 
! pas si, en quelques instants, vous allez 
e dévoré par des insectes, et votre squelette 
indu à l'état de superbe pièce anatomique, 
""Vous subissez une loi naturelle qui veut que 
ceux qui sont dans l'impossibilité de se mou- 
voir sont à la merci de plus petits qu'eux ». 
; La société faussée à ses débuts par l'inter- 
intion de la volonté liumaine qiii l'a poussée, 
"par des conventions arbitraires, ccloses en son 
cerveau ignorant, ne contribue à opérer qu'une 
sélection artificielle qui mine et épuise l'hu- 
manité. Les prétendues « lois naturelles » des 
économistes n'ont aucune valeur aux yeux de 
qui juge froidement les choses, pèse et com- 
pare les faits. 

ir ses qualités, la race humaine a pu 

et progresser jusqu'à ce jour â la com- 

ission effroyable qu'ont fait peser sur elle 

autoritarisme et l'ignorance, ce n'est qu'en 




enfreignant ces kiis qui n'auraient pu être 
violées si ellus avaipiit découlé réellonient des 
forces naturelles en jeu. 

Qu'on essaie de vouloir vivre sans manger 
ou sans dormir, il n'y aura besoin ni déjuges 
ni de gendarmes pour vous ramener à. des no- 
tions plus saines de notre propre nature. 

Ce n'est qu'en semant son chemin de victi- 
mes innombrables que le progrès a pu suivre 
son cours ; victimes dues à l'orgueil, à la ra- 
pacité, à la soif de domination de ceux qui se 
sont érigés en maîtres de l'humanité. 

Malgré la compression, la volonté humaine 
tend à revenir aux conditions normales de l'é- 
volution naturelle. La classe rebutée des ex- 
ploités refuse, plus longtemps de peiner au 
profit d'une minorité oisive; la conscience de 
sa dignité commence à s'éveiller en les fumées 
de sou cerveau obscurci par des milliers de siè- 
cles de métaphysique. Consciente de son 
rôle, la niasse productrice veut, elle aussi, 
jouir des fruits de son travail. Liberté com- 
plète, pour l'être, de développer les aptitudes 
qui lai sont pioprcs, voilà la nouvelle formule 



L*INDIVID¥ ET LA SOCIÉTÉ 



lié 



qui surgit en l'esprit des foules; il faudra 
bien que, tôt ou tard, de gré ou de force, nous 
y aboutissions, quelles que soient les résis- 
tances à vaincre. 



IX 



PASSIVITÉ DE L'ÊTRE HUMAIN 

Abaissement moral des individus. — L'homme bon, des 
uns, mauvais des autres. — L'homme est mauvais, 
mais soi-même on est bon. — Neutralité de la nature 
humaine. — Naissance de la « moralité ». — La so- 
ciété a faussé en les compliquant les notions de rhomme. 
— Immoralité de la morale officielle. — L'homme 
n'est exploitable qu'à cause des fausses notions de mo- 
ralité qu'on lui inculque. — L'être se sacrifiant par 
ignorance. — L'état social organisé pour rendre 
l'homme mauvais. — Il pose les individus en anta- 
gonisme les uns avec les autres. — La crainte du gen- 
darme. — Les contrastes de l'ordre social. — L'intérêt 
individuel promoteur des crimes. — Dégénérescence 
de la dignité humaine. — La morale-gendarme. — 
L'homme ne fait pas le mal pour le mal. — Eveil de 
la dignité chez l'être. — Résistance de la nature hu- 
maine. — Rappel à la dignité humaine. 



Mais, malheureusement, la conscience de 
sa propre dignité n'est entrée encore que chez 




Ml ;:rlii|:!i'i!ii'i'ii' i|iii li"tiiir ilr\ ;i h t J|UB-|lsséa 
rrlJX <|lli ')lll l'ililllrl M'Illi'lil ^H poill'- 
lllivll.i ■. ^nll I 1,.^ n,v;|siun, de «1 

■'il l'iiMlixiiln ii';iiir;ill iKisM^outëF 

'lit lu i;i'ti<l;u'iiii'. ni'i il ^^Hiit se 

i.ïïf ~ rhv Ml. ri (II- l'iinlre i 

"i '", il il l'i'iil :iMiir ;'i sr plaindil 

il iieproiil'' <'.'|irii<l;fiil |i;i-.. I^Hiot't'- 
inain ii'dIm'iI p;i-i{ii j l.-i ['ui'.^^|le, il 

sllllH,Jps |-,li^rilll,rlljrliK i|i' >i'\\ i-^r\eU\M 

.■rii\.|in.ii lui :i iiu'iilMii'''> >'r i|iiiprouf 

■ Ion 
ICiUl; 

linh-, inir-riMiiivs l't lAl.'n.'iii't's. lie ([lu-'l 

Oiir r,>ii .{'iMi^sr 'I.Mir lin rhil^na OÙ 
|-ini|i\i.lil lir ^.iil >iillirilr i|ii,. |i:if P^P^^IR 

iraj.iiiiMi- fii'ii Ml |tn"\'i'iiir- l'I t^^DEu'me 






L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



de Ja praticabilité de nos idées, mes contra- 
dicteurs ne manquaient pas de dire ; « Ah, 
oui, si tout le monde était raisonnable, on 
pouiTait se passer de gouverneiijent. Mais 
combien y en a4-il de raisonnables l... Vous, 
[^oi, et puis, après? » Si les réponses vSz'iaient 
Èans la forme, c'en était certainement le 
tndi Aussi, à entendre les défenseurs de l'au- 
ferîté, l'homme ne vaut rien en particulier, et 
(thumajîité prise en général encore Uien moins, 
ibais eux pourraient diriger les autres! On 
l'est pas plus modeste. 



. Or, n'en déplaise aux paiiisans de l'autorité, 
homme n'est ni bon ni mauvais. Autant les 

intimentalistes se trompaient en faisant de 
liomme le parangon de toutes les vertus, au- 

^t, ceux qui eu font un monstre, se trom- 
t également. L'homme est un organisme 

i a besoin de se nourrir, de se mouvoir, de 
fedôvfllopper et de se reproduire; il cherche 




r à satisfaire ces besoins dans les meillenpd 
conditions possibles. Voilà la vérité. 

Mais cet être neutre, c'est l'animal primiUâ 
Même quand il se détache de l'animalîtffl 
I ses semblables ne sont encore, pour lui, deî 
I amis ou des concm-rents que selon les ciia 
constances où il se trouve, selon la faciliu 
qu'il éprouve à satisfaire ses besoins primoq 
diaux, selon qu'ils sonl neutres à son égai'dj 
lui viennent en aide, on lui disputent eux^ 
mêmes la nourriture. 

Il lui faudi'a traverser une longue pérîodl 
évolutive avant que la conception morale ( 
immorale de ses actes se fasse jour eu mû 
cerveau. Et encore cela débute-t-il d'une faço^ 
toute primitive : Est tousidcré « bien t 
[ l'individu tout ce qui lui procure une jouîâ 
1 sance immédiate. Est « mal » tout ce qui Iq 
cause une privation ou une peine. 

Il a fallu que les individus s'unissent f 

groupes compacts pour comprendre que cei 

L tains actes n'amenaient une jouissance qu'e 

I causant un dommage à d'autres. C'est aiud 

[ que l'homme a commencé à acquérir quelques 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



143 



tion, il ne voudrait pas, une seconde de plus, 
supporter le rôle abject auquel vous le con- 
damnez. 

Conscient de son rôle et de sa force, il cul- 
buterait immédiatement votre état social pour 
reconquérir sa liberté et sa dignité, afin de 
développer son être en toute son amplitude, 
exercer toutes ses facultés en leur complète 
intégrité, donner libre essor aux virtualités 
qui sont en lui. 



132 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉIÉ 

actes, de se cacher pour lea accomplir, on les 
a faussés, viciés, uiais on n'a pii snpprinier le 
moLile qui le pousse à les accomplir. 

L'évolution morale faussée ainsi liés son 
origine, a donné naissance à une morale con- 
ventionnelle qui, brochant sur le tout, a con- 
tribué à obscurcir encore davantage la ques- 
tion. Ce qui fait que l'on discute énormément 
sur la morale sans arriver à la définir; car, 
ce qui était moral à une époque ne l'est 
plus à une certaine autre; ce qui eal moral 
pour les uns, est Immoral pour certains autres. 
Mais le prochain chapitre étant consacré à 
cette question, je reviens à celle qui nous oc- 
cupe actuellement : L'homme est-il mauvais? 



Connnent ose-t-on lancer cette aflinnation 
que l'homme, par nature, est mauvais? Quand 
tout nous démontre, que l'autorité, l'exploita- 
tion de la masse par la minorité des privilé- 
giés ne subsiste que par l'abnégation des 
exploités, que ce u'esl qu'eu faisant appel à 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

leurs sentimciils d'urdre, d'harmonie, desolir 
davité, que l'un aiTive à justifier et maintenir 
l'ordre social qui les écrsise. 

Les défeuseurs de l'état de choses existant 
ont été eux -mômes, frappés de cette passivité de 
la foule, et ont été amenés à se demander com- 
ment il se fait que, condamnés à la misère 
continuelle, aux privations les plus aiguës, 
alors que tout sort de leurs mains, par quel 
miracle les exploités acceptent, avec résigna- 
tion, cette situation sans essayer de retourner 
l'échelle? 

Et comme explication de ce phénomène, ils 
ont trouvé, quoi? L'intérêt des générations 
futures I 

Ah çal l'homme ne serait donc pas si mau- 
vais que l'on veut bien le dire, puisqu'il accep- 
terait de souffrir pour léguer quelque bien à 
ses successeurs qu'il ne connaîtra jamaiat 

II est vrai que l'on ajoute que, s'il se sacri- 
fie, il ignore toute l'étendue de son sacrifice. 
Ce serait en vertu d'une force intérieure qulle 
pousserait ainsi, pour le plus grand bien de 
1 Mais cela c'est parler iioul- ne rien 




ÎTVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



136 



autres. Incapable d'assurer à chacun le 
-"• travail qui lui permette d'obtenir !a satisfac- 
tion intégrale de tous ses besoins, elle les force 
à se le disputer impitoyablement. En oppo- 
sant ainsi les individus les uns aux autres, la 
société ne fait-elle pas tout ce qu'elle peut, et 
n'y réussit que trop bien parfois, pour rendre 
l'homme ennemi de son semblable"? mauvais 
par conséquent. 

Eh Lien- malgré tous les ferments de liaine 
qu'elle développe, malgré l'étroit égoïsme 
qu'elle entretient, provoque et sélectionne. 11 
•se fait, malgré son organisation vicieuse, jour 
à une tendance à la solidarité ; loin de devenir 
chaque jour plus insociable, l'homme tend 
de plus en plus vers nu état harmonique. 

Et la société, telle qu'elle est, n'arrive à se 
maintenir que parce que sa morale artificielle 
â su, jusqu'à présent, faire accepter h ceux 
qu'exploitent les privilégiés leur situation 
précaire présente, comme un mal inhérent à 
l'état social ; qu'elle a pu leur faire croire — 
.jusqu'à un certain point — que le luxe etl'oi- 
feiveté étaient la récompense de vertus spé- 



^'individu et la société 



que s'il en était ainsi votre société avec son 
contraste de jouissance, de luxe, de fainéantise 
d'un côté, de misère, de privations et de sui'- 
travail de l'antre, ne subsisterait pas un ins- 
tant de plus si les « pires passions » étaient 
seules à parler chez l'homme. 

Il y a des crimes contre les personnes qui 
se commettent journellement, des attentats 
contre la propriété qui se font jour, mais cela 
n'est que l'exception; la majeure partie de 
ces actes en sont explicables par la mauvaise 
organisation de votre état social. Très peu sont 
attribnables à !a méchanceté foncière de ce- 
lui qui les a accomplis. Et ceux quel'ou pourrait 
attribuer à la jouissance de faire )e mal, ne 
sont que de très rares exceptions, et rentrent 
alors dans les cas morbides qui demandent 
à être soignés et non punis. Et dans nombre 
de ces cas, si on cherchait bien, combien ne 
sont accomplis que parce que l'auteur se 
sent abrité par une parcelle d'autorité, ou 
sait qn'il pourra faire appel à la protection de 
Bjjx qui la détiennent. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



Avouez donc tjue si les travailleurs pou- 
vaient devenir conscients de leur sujétion, si 
leur esprit s'ouvrait à la conception de ce que 
doit t5tre la dignité de l'être, s'ils pouvaient 
se rendre compte de l'abjection de leurs dé- 
faillances devant leurs maîtres, de la misère 
de la vie qu'ils mènent, et de la teauté de celle 
jï laquelle ils ont droit, oh! ce qu'ils auraient 
vite fait de culbuter votre société déprimeuse 
de caractères, tueuse d'intelligence, avorteuse 
de fiertés, émasculatiùce de virilités. 

On a souvent relevé le contraste qui existe 
entre l'attitude a d'un sauvage », avant qu'ils 
fussent contaminés par la civilisation, et l'at- 
titude de la plupart de nos « civilisés ». Au- 
tant le premier, mi?me devant ses chefs, a 
l'attitude fiêre, digne, gardant toute sa désin- 
volture, autant l'autre, lorsqu'il se trouve de- 
vant un maître de qui dépend son gagne-pain, 
est humble, soumis, courbe l'êchine. Même, 
souvent, rien que par habitude, parce qu'il est 
devant un individu mieux habillé, ou ayant 
un semblant d'uniforme! tellement l'habitude 

j la soumission et la servitude, l'ont façonné 
i l'humilité, 




n ET LA SOCIÉTÉ 



t c'est à tous moments de notre existencej 
à chaque pas dans ]a rue qu'est frappé de ce 
spectacle affligeant le regard de l'homme que 
révolte encore l'asservissement de l'homme. 

D'antre part, pendant que dans les maga- 
sins s'entassent les chauds vêtements, les ri- 
ches bijoux, les victuailles savoureuses, s'é- 
lalant aux regards de la foule, à l'abri d'une 
fragile barrière de verre, les miséreux, hâves, 
déguenillés, le jvcntre tordu par la faim, pas- 
sent dans la rue, osant à peine leur jeter un 
regard de convûitïse, coinprimant leur esto- 
mac qui se dilate lorsqu'ils pensent à la sa- 
veur des bonnes choses qui les attirent, ils 
vont jusqu'à ce qu'ils tombent d'épuisement 
ou en Onissent d'un coup eu se jetant à l'eau. 

« C'est la peur du gendarme qui les empê- 
che de se précipiter dessus ». Allons donc, 
qu'auraient-ils à perdre? s'ils n'avaient pas 
la croyance que ce serait mal de s'emparer 
« de ce qui ne leur appartient pas », s'ils n'é- 
taient pas retenus par la crainte de cequel'on 
pourrait penser d'eux, plus forte celle-là que 
celle du gendarme, il n'y aurait pas de police 



140 



L'INDIVIDU ET LA SOCIETE 



OU gendarmerie (jni tienne rlevrint hi poussée 
lie ceux C[ui ont faim et veulent vivre pour- 
tant. 

Nouibreusus soni les occasions de « mal 
faire » où l'individu n'aurait pas à redouter 
l'intervention du gendarme, où il pourrait se 
venger, sans être vu, et de l'ordre social et 
des êtres dont il peut avoir à se plaindre, et 
dont il ne proGte cependant pas. C'est quel'é- 
. tre humnin n'obéit pas qu'à la force seule, il 
subit les raisonnements de son cerveau et -à 
ceux qu'on lui a inculqués; ce qui prouve en 
(in de compte qu'il n'est pas la brute que l'oR 
affirme, qu'il" sait mater, malgré les incita- 
tions inti^rieures et extérieures, ce iiu'- l'f"i 
appelle les « pires passions ». 

Que l'on établisse donc un état social où 
l'individu ne soit sollicité que par des besoins, 
normaux, ne soit incité qu'à des actes justes, 
et vous iraurez plus besoin du gendarme qui 
n'a jamais rien su prévenir, et n'est mOme 
pas capable d'assurer le cluUinient eTi vuedu- 
quel vous l'avez créé. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



141 



Mais Ifi travailleur sort de son avachisse- 
raent. Il conmience à comprendre que c'est 
son travail qui crée l'uisiveté de ses maîtres, 
que plus il crée de richesses, davantage il 
alourdit sa misère; que ce sont les privations 
qu'il subit qui alimentent le luxe de ceux qui 
l'exploitent. Et, malgré cela, il reste passif, 
se contentant de murmurer lorsque la faim le 
toi'ture trop fort. C'est que, vous l'avez telle- 
ment émasculé qu'il n'a mi'^me plus la vel- 
^léilé, lorsque la faim le* talonne, de sauter, 
comme le fauve, sur la première i)roie venue 
se trouvant à sa portée. Et vous osez dire que 
l'homme est mauvais I 

L'homme n'est ni bon ni mauvais encore 
une fois. Mfme dans votre société artificielle, 
_ organisée pour développer l'égoïsme le plus 
sauvage, l'homme foncièrement mauvais n'est 
qu'une rare exception. 

Et même, pour ne sï^tre pas perverti complè- 
tement sous les milliers de siècles d'oppres- 
sion de votre civilisation, il fallait qu'il eût 
une rare immunité contre la rage. L'homme 
Mt un être presque passif, subissant la pous- 



149 



L'INDIVIDU KT LA SOCIÉTÉ 



sée âe ses besoins, obéissant à la pression des 
circonstances extérieures. Il est, surtout, ce 
que le fait le milieu dans lequel il ûvolue. Sa 
passivité n'est pas absolue puisque, selon l'in- 
teusité de sa vitalité, il réagit plus ou inoias 
contre les difficultés extérieures, mais ce n'est 
que pour aboutir, en fin de compte, à obéir 
aux passions qui l'impulsent. 

Il ne devient un ennemi pour son semblable 
'que lorsqu'il y a intérêt. Tous ses actes anti- 
sociaux sont provoqués par son besoin de vi- 
vre quand même. Faites qu'il n'ait plus be- 
soin de lutter contre ses semblables, organisez 
votre société de façon que l'homme ne soit 
plus entraîné à taire le mal, où il n'ait à su- 
bir que des influences le poussant à la solida- 
rité pour que vous n'ayez plus à craindre 
l'explosion des « mauvaises passions 9, pour 
que les individus deviennent tout à fait socia- 
bles, 

Ohi si l'ouvrier pouvait penser, réfléchir. 
Si, sou cerveau se développant, spontanément, 
il pouvait mesurer le degré d'avachissement 
dans lequel le maintient voire fausse civilisa- 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 143 

tion, il ne voudrait pas, une seconde de plus, 
supporter le rôle abject auquel vous le con- 
damnez. 

Conscient de son rôle et de sa force, il cul- 
buterait immédiatement votre état social pour 
reconquérir sa liberté et sa dignité, afin de 

développer son être en toute son amplitude, 
exercer toutes ses facultés en leur complète 

intégrité, donner libre essor aux virtualités 

qui sont en lui. 



f ; 



X 



LA MORALE 



CodiUcatiuii de la iiiorîilo. — La roligiuii s*oii mélo. — 
liitervoiitioii do la couscionco. — Timidité de l'esprit 
c^iti({lll^ — La moralité de riiomme. — (Jloiitradictioiis. 

— Définition du bien et du m;»!. — Complications des 
sensations. — Képercnssion de nos actes. — Positi- 
visme et idéalité. — La morale étant né(î, n'est (jue 
relative. — L'état social engendre la morale. — 
« Juste milieu ». — La morale en conflit avec le « bien » 
de l'individu. — Conflit entre la morale et l'individu. 

— L'esprit métaphysique partout. — Les actes n'en- 
gendrent ni récompense ni châtiment ; ce sont des faits 
matériels qui engendrent des répercussions matériel- 
les. — Lîi moralité se dessine en les conséquences de 
l'acte par rapjwrt à d'autres êtres. — La théorie ne 
suit que la prati<iue. — Ce n'est pas amoindrir son 
autonomie de sul)ordonner son action à la nature de 
son être. — L'enchaînement des êtres. — L'individu 
est sa propre fin. — Le bien de l'espèce découle du 
l)ien de l'individu. — Le bien immédiat n'est pas tou- 
jours un vrai bien. — Complexité des sensations. — 

9 



E'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



N 



[ôsni'te les systèmes religieux, suivis de 
Lien près par les politiques, vinrent apporter . 
le poids de leur puissance, à cette œu\Te de 
codilicalion, avec cette aggravation, qu'avec la ' 
tradition et la coutume, les mœurs, sous rem* 
ipire des circonstances pouvaient se transfor- 
'iner progressivement. Avec le code religieux ce 
'•fut la cristallisation de certaines conceptions, < 
avec défense d'évoluer, car la morale présen- 
tée comme étant d'essence divine, sacrilège 
était celui qui essayait de la modifier. 

Cliaque être humain naissait à la lumière 
en portant gravés, au plus profond de son 
cœur, des enseignements qu'il devait suivre 
^n toutes les circonstances de sa vie sous peine 
'être poursuivi sans cesse, par les cris de sa 
conscience », personnage muet quoique ter- 
■felement bavard, si on en croyait ceux qui 
it anthropomorphisé cette abstraction. 
Après les divagations de la religion ou, pour 
plus juste, des religieux — vinrent les ra- 
des philosophes. Inutile de les passer 
revue, nomlireux sont les bouquins, pelits 
gros, qui out fait ce travail, laissons-les 



dormir en pais. Il a fallu arriver au dévelop- 
pement des sciences anthropologicpies qui, . 
étudiant l'homme d'un peu plus près, ont vu 
un peu plus clair dans les manifestations de 
l'activité de la matière pensante. 

Mais, même chez les anthropologues, per- 
sistent encore les préjugés de l'éducation pre- 
mière, et laplupai't n'osent aller jusqu'au bout 
des conséquences de 3a vérité entrevue. 

On a reconnu pourtant que, contrairement 
aux assertions qui voulaient que l'homme fût 
primitivement: bon, selon les uns, mauvais, 
selon les autres, il n'était qu'un être déterminé 
par toutes sortes de conditions extérieures au- 
, tant qu'intérieures: conditions de milieu, sol, 
climat; atmosphère, liérédité, éducation, état 
de santé, etc. Ni bon, ni mauvais, par consé- 
quent, mais obéissant aux mobiles du moment 
I qui l'impulsent. 

Du coup, la question de morale se trouve 
légalement tranchée, l'homme n'étant, de sa 
■aature, ni moral ni immoral, « amoral » 
bout simplement: agissnnt. pour la plupart, du 
■ temps, sous la pression de mobiles qui échap- 



L'INDIVIDU ET LA. SOCIÉTÉ 149 

. pent à son contrôle.. La logique voulait que 
l'on conclût à son irresponsabilité. 

Quelques-uns l'ont proclamée théorique- 
ment, mais en continuant de préconiser dans 
la pratique tout le système judiciaire, péniten- 
tiaire et répressif que Ton devait aux ancien- 
nes notions de morale. Seulement on a fait 
intervenir l'idée de défense sociale, restaurant 
ainsi, au pTofit de Tentité-société, la question 
de morale qui leur échappait en l'individu. 



En somme, qu'est-ce que la morale? 

De toutes les définitions données la plus 
nette, la plus précise est encore C(dle donnée 
par ce primitif Australien qui, au voyafçeur 
qui l'interrogeait, répondit: 

C'est « bien » quand j'enlève la femme d'un 
autre, — c'est « mal » quand on m'enlève la 
mienne. 

Or, si on scrute la morale, et toutes les dé- 
finitions données, nous trouvons toujours, ^-^^ 
dernière analyse, que ce qui est (( moral » 




pour chacun, c'est ce qu'il trouve aiien » c 

.qui lui cause un plaisir, une jouissance; 

« immoral » ce qu'il trouve « mal » ou lijj 
, cause un déplaisir, uoe souffrance. 

Mais comme ce qui cause une jouissance | 
[ Pun, peut offusquer les sens d'un autre, 
est suivi que les notions de morale od 

varié selon les foyers d'évolution. 
Et ce sontces sensations debien^ou de m^ 

do plaisir ou de souffrance qui ont évolué aya 

notre cerveau, avecnos connaissances, la Gori 
' plexité de nos relations et que l'on a vonXa 
. codifier sous le nom de a. morale », mais doffl^ 
. la mobilité et sa facilité à changer selon Id| 

conditions de la vie, dément l'origine saprs 
_ terrestre, dont l'évolution nie, à l'avance, too^ 

tentative de codification. 

Née des premiers contacts dcl'^^treâpeuprôï 

fc conscient avec le milieu extérieur, la notioij 

flu bieu et du mal continuera d'évoluer avei 



Mais la réponse de l'Australien, c'e 
fttemière sensation, tout à fait individuelle 
plus tard, en évoluant, sont venues se greP 



L'INDIVIDU KT LA SOCIÉTÉ 



fer les considérations de l'elationsindividuelles 
puis cellesd'ordre social, einbromllant la ques- 
tion en la compliquant. 

11 a fini par comprendre que ce qui était 

«bien» pour lui, pouvait être un «mal» pour 

■un autre. Quand il a en à subir les représail- 

E. les de celui auquel il avait enlevé la femme, 

lil ï'est aperçu qu'un « bien immédiat » pou- 

fvait Cftve suivi d'un « mal « plus intense, 

Iquoique pins tardif, et ses notions de morale 

s'en sont, trouvées modifiées. 

D'autre part, l'autorité et la propriété s'éta- 
î)iiflsant au soin de la société, elles ont modifié, 
5 aussi, les conceptions de morale. L'or- 
îre social, ou du moins ceux qui le représen- 
ifenl.étantonconllit permanent avecceux qu'ils 
tfiulent dominer, ils ont établi des notions de 
^len et de mal absolument en désaccord avec 
»lles que possédait l'individu, en antagonisme 
[avec son propre bien. 

Seuleiïient comme on ne pouvait, sous peine 

e rébellion, imposer à l'individu la renoncia- 

Bon complète à la satisfaction de certains 

psoins, à l'oubli perpétuel de sa personualité 



I.'INDIVÏDU KT LA SOCIÉTÉ^ 



au profit (.le la société, les maîtres élaborèrent, 
une morale dite supérieure que l'on enseigna 
aux exploités. Idéal élevé à la réalisation du- 
([uel devaient tendre tous leurs elîorts : morale 
supérieure qu'ils devaient essayer de pratiquer, 
quittes à faire inoins s'ils ne pouvaient la 
réaliser entièrement, La loi ou le bon plaisir 
du maître se contentèrent du minimum qu'ils 
pouvaient exiger de l'individusans éveiller les 
sentiments de révolte (jui dormaient chez lui. 
Seriné dès son enfance, l'individu se pliait 
aux exigences du niaîlre, on de la loi, sentant 
sa raison s'égarer sur les notions du bien et 
du mnl, acceplaiit ce qu'il hg pouvait é\i\jîY, 
honteux de son imperfection en songeant aux 
préceptes de morale « supérieure » que lui 
enseignaient les prêtres et les philosophes. 

Mais cette morale soi-disant « supérieure yf, 
ioi-disant innée, n'a pas toujours fait partie 
' intellectuel de l'homme. Comme 
î. les conuaissancosliumaines, elle a évo- 
[etant certains préceptes qu'elle avait 
comme moraux jusque-là. s'enrî- 
aut de certains autres qu'elle n'avait pas 



- t'INDIVIDU ET r,A SOCIÉTÉ 



153 



Bupçonnés. Les conceptions morales Immai- 

ï se sont modiliéea suivant l'évolution des 

Jiports d'individu à individu, d'individu i 

"autorité, de groupement social à groupement 

social. 

Sur cette question, comme sur tant d'autres, 
on a discuté, ergoté, entassa» système sur sys- 
tème, élaborant des lois « inéluctables » que 
l^'îa moindre découverte réduisait ensuite à l'é- 
âat d'erreur. On a d'abord pris les conséquen- 
8 pour des causes, ânonné sur des faits que 
1 prétendait expliquer sans en connaître la 
ise génératrice; et aujourd'hui encore, 
jis prônent ]amorale,les autres la nient sans 
3 l'on soit arrivé à se mettre d'accord sur sa 
finition. 

3 uns, les partisans de l'autorité, après 
' voulu faire apporter par l'homme en 
laissant les notions de morale qui devaient 
" guider ensuite dans les péripéties de son 
dstence, prétendent, aujourd'hui, asseoir la 
poralité sur des conditions extérieures à son 
ividualité. C'est sur sa vie en société qu'ils 
ïrétendent étayer leur morale, et c'est en effet 



LlNDIVlDU ET I,A SOCIÉTÉ 



155 



teairede quelqu'un, en retour on est sûrement 

s réactionnaii'e de quelque autre. Cette digres- 

^on faite, je reprends ma démonstration. 

La morale sociale at^tuelle découlant de la 

ïforme autoritaire, exigeant de l'individu des 

ictes contraires à son intérêt immédiat, forcé- 

thent, en est arrivée ii entrer en conflit avec 

Bfes conceptions que l'individu se faisait sur 

î qui lui est personnellement bien ou mal. 

Tant que l'individu a accepté sans contrôle 

s notions que lui inculquait l'autorité, il a 

ÉAccepté cette dernière sans la di.scuter, mais 

Mla n'empf'chait pas son cerveau de faire un 

(eut et sourd travail de raisonnement qui a 

Ramené ses conclusions en désaccord avec 

Seélles que lui inculquait l'éducation. 

Nous assistons aujourd'hui à la lutte aiguë, 
èais il est évident que, tout le long de son évo- 
fîution, il a opposé une sourde résistance, in- 
ansciente comme son raisonnement, le plus 
©uvent, mais de tous les instants, pourtant, 
îont/'aint de se plier à des pratiques que son 
ti'O instinctivenientrepoussait, forcéde lutter 
fentre le besoin qui l'entraînait h accomplir 




i 

i 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



semblables; la métaphysique n'a rien à voir à 
cela. 



Si l'iïtre était appelé à évoluer isolément, 
s actes ne seraient ni moraux ni immoraux. 
11 en est ainsi, du reste, de beaucoup que 
Spencer dans sa Morale individuelle a baptisés 
ainsi, mais n'ont rien à voir avec ces épithè- 
tes. Ce n'est que par un restant de cet esprit 
métaphysique que nous rencontronsà chacun 
nos pas que l'on arrive à les classifier 
[■'de la sorte. 

Certains actes sont utiles on nuisibles à 

l'individu. Et lorsque ces actes lui apportent 

plaisir ou peine, ce n'est ni récompense ni 

châtiment, qu'ils lui infligent, mais tout sim- 

ilemeut des conséquences qu'il aurait pu 

frévoir si, au moment d'accomplir ces actes, 

avait eu présent, en l'imagination, toutes 

5 conséquences qui allaient être soulevées 

son action. 

n'est que lorsque nos actes commencent 



I 




l 



158 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

à avoir des effets pour les autres qu'ils entrent 
dans le domaine de la morale. 

Qu'un individu, par exemple, par glouton- 
nerie, s'empiffre de boustifailles, jusqu'à en 
attraper une indigestion. Nos moralistes 
viennent nous dire que cet individu a été 
« puni » de sa gourmandise, par l'indigestion 
qui s'en est suivie ; c'est une façon de parler, 
car s'il avait eu un estomac assez actif pour 
sécréter assez de sucs gastriques pour digérer 
tout ce qu'il a absorbé, il n'aurait ressenti 
aucun malaise de son acte qui serait resté la 
môme pourtant. 

Jusque-là, il n'y a ni moralité, ni immo- 
ralité dans^son acte ; il subit tout simplement 
les eifets matériels d'un acte matériel, en con- 
tractant une forte indigestion s'il s'est empli 
la panse outre mesure.. Il n'a eu, tout simple- 
ment qu'un acte agréable — le plaisir de la 
dégustation — suivi d'un effet désagréable — 
rindigestion. 

Ou l'acle commence à rcviHir un caractère 
moral, c'est ]ors(iue le monsieur s'est empif- 
IVé oulro mesure, tout eu sachant qu'à côté 



^ ^^> 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



de lui, il y avait d'autres êtres moaraut de 
besoin, n'ayant pas de quoi assouvir leur faim. 

De même, pour l'ivrogne, en tant qu'il est 
seul à supporter les effets de son intempé- 
rance, la morale n'y a rien à voir; où elle 
commence à se dessiner, c'est par les etTets 
que peut avoir un alcoolisme invétéré sur la 
descendance d'un alcoolique. Mais ici, encore, 
ce n'est pas le l'ait de s'alcooliser qui serait 
moral ou immoral, mais le fait d'engendrer 
des descendants, tout en sachant qu'ils pour- 
ront apporter les tares de leur origine. 

Mais comment établir nos responsabilités 
à l'égard de ceux qui n'existent pas, quand 
nous ne sommes pas encore fixés sur celles 
qui nous incombent à l'égard de ceux qui 
nous entourent. 

Si, en accomplissant un acte quelconque, 
l'individu n'en récolte que des résultats heu- 
reux — ou qu'il considère comme tels — il 
. incité à les répéter et continuera à les 
répéter sans y apporter aucune idée de mo- 
!alïté ou d'immoralité, tant que k^s effets lui 
t personnels. 



I 



L'INDIVJIJU ET LA SOCIÉTÉ 

Mais si Vaclc, ne lui est favuraljle qu'en 
enlevant à d'autres les satisfartious qu'il lui 
procure ; si la répétition de cet acte est de na- 
ture à lui amener des représailles de ceux 
qu'il aura lésés, l'individu sura amené ainsi 
à modifier son action. 

Ce n'est que bien plus tard, au cours deson 
développement, qu'il y ajoutera une épilhète; 
et qu'il sera indifférent, glorieux ou blâma- 
Lie d'accomplir tel ou tel acte. Dans l'évolu- 
tion humaine, la théorie qui cherchait, à 
expliquer nos actes n'étant toujours interve- 
nue qu'après que l'expérience les avait fait 
entrer en la pratique. 

Tout ce que nous pouvons en conclure, c'est 
qu'il n'y a pas de morale absolue, et bien 
moins encore pcul-elle être (ixe ; puisqu'elle - 
évolue avec nos connaissances, avec nos ap- 
titudes, avec nos conceptions nouvelles de la 
vie. 

De méuie elle nt; peut comporter aucune 
sanction que la satisfaction personnelle de 
l'individu. Ce qui est agréable à l'un peut être 
désagréable à l'autre; l'immoralité justement, 



I 

\ 



L'INDIVIDU KT LA SOCIÉTÉ 



161 



serait de se plier à accnin]jlir ce que l'on 
trouve mauvais, mal, « immoral » par con- 
séquent. 



■ lu 



De plus, elle doit être sans « obligation », 
joutent, à la suite de Guyau — sans l'avoir 
lu, sans doute — les purs individualistes. 
Cai-, eu parlant de noii-obligatiou, Guyau 
veut dire, sanscoercition, sans les obligations 
factices que nous imposent les préjugés, mais 
il ne nie nullement les obligations qui décou- 
lent furci-''inent d'une façon d'agir ou des rap- 
.ports des êtres enti'e eux. Les obligations ne 
iDvent nous être imposées que pai- notre rai- 
uement, voilà tout. 

lus logique que ceux qui visent à l'épate, 
,yau tient compte des faits ; il démontre 
[ue, subordonné à son organisation physique, 
l'ôtre humain ne peut considérer comme des 
obligations les actes qui lui sont imposés par 
son organisation propre pour l'entretien de 
son activité, la conservation de la vie. 



162 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

Ainsi, par exemple, ne pouvant mainte- 
nir son existence, ses forces et sa santé qu'en 
absorbant, chaque jour, telle quantité de 
nourriture et de boisson, ce n'est pas une 
restriction h sa liberté de se conformer à ce 
besoin de son organisme. 

Etant appelé, de par son évolution, à vivre 
en société avec ses semblables, il est, [de 
même, absurde de venir prétendre que c'est 
restreindre son autonomie de s'abstenir d'ac- 
tes pouvant être nuisibles à ses coassociés, et 
pouvant, par suite, amener conflit entre eux 
et lui. 

Lorsque l'homme pourra développer toutes 
ses facultés, bien se connaître, il subordon- 
nera ses actes aux nécessités de la vie en 
commun, cela se fera spontanément, parce 
que ce sera naturel chez lui d'agir ainsi, sans 
qu'il se sente en rien diminué en sa liberté 
d'agu\ Seulement qu'on le sorte d'un état 
social où, quoi qu'il fasse, n'importe de quel 
côté il se tourne, il se trouve immédiatement 
en coucurronco avec quelqu'un. 

Où il y a amoindrissement de la personna- 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 163 



lité, restriction à son autonomie, c'est lors- 
qu'une ligne de conduite lui est imposée par 
une volonté extérieure à la sienne. C'est à la 
disparition de cette possibilité de coercition 
que doivent tendre tous les efforts humains. 



Nous l'avons vu en un chapitre précédent, 
l'individu n'est pas une pure abstraction ; 
c'est un être réel tiré à des centaines de mil- 
lions d'exemplaires ; de plus, ces divers indi- 
vidus ne peuvent s'abstraire du milieu dans 
lequel ils vivent, ne peuveat s'isoler les uns 
4es autres. Leurs actes ont des effets sur leurs 
semblables, les actes de leurs coassociés ont 
des effets sur eux. 

s Engendré et engendreur, l'individu subit 
les effets des générations passées, comme les 
générations futures subiront les effets des ac- 
tes qu'accomplit l'être actuel. Chaînon dans 
une chaîne sans fin, il tire ceux qui viendront 
après lui, conmie il subit la traction de ceux 
qui le précédèrent. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



I autant, de conceplions iiiélapliysiques qui em- 

\ brouillent la question et ne signifient rien. 

jf L'individu agit en vue de son bonheur pro- 

[ pre. S'il riSussit a se développer, à se fortifier, 

l'espèce en profite, l'évolution de l'humanité 

', on profitera, niais l'individu a agi d'ahord 

pour lui, parce que cela Ini était agréable, 

l'espèce et l'humanité n'en profitent que.par 

HHÏfJCOchel^- 

I - 

P^B'Si, aujourd'hui, nous n'cnsimnnes plus sur 
p^Jës notions de « bien et de mal », à la défini- 
tion du « sauvage » citée plus haut, c'est que 
J l'expérience des générations passées nous a 
1 démontré que, parfois, l'acte qui nous ame- 
nait un « bien » immédiat, pouvait Hre suivi 
( d'effets ultérieurs nous causant un « mal » 
que ne compensait pas le « bien » dont nous 
, avions joui. 

Après avoir trouvé très « moral » de s'ac- 
caparer les femmes des autres, le « sauvage « 
. duscL'iulaiici' ont fini par s'apercevoir 




166 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

qu'ils n'étaient pas toujours les plus forts 
dans leurs agressions, et qu'il en cuisait quel- 
quefois d.e gêner le voisin. 

Ils comprirent que leurs rapts étaient sui- 
vis de retours offensifs de la part des spoliés 
et qu'enfin de compte l'état de crainte, de guet 
et de qui-vive perpétuel leur était plus insup- 
portable que ne leur donnait de satisfactions 
le bien conquis. 

Leurs notions morales se modifièrent in- 
sensiblement sur ce sujet, et ils arrivèrent à 
se dire que, parfois, il pouvait être aussi 
« mal » d'enlever la femme du voisin que le 
voisin de vous enlever la vôtre *. 

Mais tous nos actes ne sont pas aussi tran- 
chés que celui-là en leurs effets ; pour la plu- 
part d'entre eux la délimitation est des plus 
difficiles, ce n'est que par ceux dont l'effet 
était immédiat que l'être vivant apprit à con- 
naître la valeur de ses actes. 

i. Modifiée! bieu plus eu apparence 'qu'en fait jus- 
qu'ici; car si on n'enlève plus de vive Ibrce la femme du 
voisin, il est toujours de (( hou Ion » de le faire cocu, 
toujours mal d'ùtre cocu soi-môme. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 167 

Quelques-uns de ses actes pouvaient être in- 
différents à tout son entourage ; il a continue 
à les accomplir tant qu'ils ont répondu, pour 
lui, à un besoin, à une sensation. Certains 
autres pouvaient n'être agréables qu'à celui 
qui les accomplissait, absolument désagréa- 
bles aux autres. Sur ceux-là Fauteur dut être 
bientôt édifié, et eut vite appris à en tirer la 
moralité. 

D'autres, les plus nombreux, s'ils étaient 
indifférents à la plupart de ceux de son entou- 
rage, avaient une répercussion plus éloignée, 
mais agréable sur certains, désagréable sur 
d'autres. Ce sont ceux-là dont la moralité a été 
la plus longue à tirer, et n'est.même pas faite, 
puisque nous en sommes encore à discuter 
sur les questions de morale. 

Ce qui- complique encore la difficulté, c'est 
que cette répercussion agréable ou désagréa- 
ble, que font éprouver les actes, varie non 
seulement en qualité, mais aussi en intensité ; 
selon les milieux, selon l'éducation, selon les 
circonstances, selon l'état d'esprit et de déve- 
loppement de ceux qui la ressentent. 




Tel acte qui fora riœ les uns — répercus- 
sion agréable — fera pincer les lèvres de tels 
autres — répercussion désagréable. Et cexit 
qui rient, comme ceux qui' font la moue, peu- 
vent avoir également l'aisou. L'absurde c'est 
(l'avoir voulu codifier la morale, d'avoir voulu' 
la faire unique et invariable, les caractère» 
humains, les degrés de développement, les 
façons d'envisager les choses étant variés ù 
Tin fini. 



Ce qu'il faut, c'est que l'état social perng 
aux individus d'évoluer selon leurs c 
lions, de se rechercher selon leurs affini 
de se séparer de ceux dont les manières d'^ 
de penser et d'agir sont antipathiques',! 
leurs. 

La morale doit être individuelle; ellé^ 
comporte pas d'autre sanction que la vo 
qui agit. L'individu qui n'agit que d'après la 
morale des autres est un t-tre fourbe, hyjj 
crite, M immoral » par conséquent. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 169 

Quand il sera arrivé à un développement 
plus grand, quand son cen-ean arrivera à 
prévoir au delà du résultat immédiat, à peser 
les conséquences ultérieures d'un acte, l'in- 
dividu, de liii-uiéme n'accomplira que des 
actes sociables. 

Et plus l'intelligence se développera, plus 
notre cerveau apprendra k scruter les fails, 
plus s'élèveront nos conceptions morales. 
Tout en cherchant, avant tout, la réalisation 
de notre propre "bonheur, nous apprendrons 
à ne pas le séparer de celui des (?tres avec 
lesquels nous serons en contact. 

Nous perdrons de notre agressivité pour 
adapter notre action à des faits ne pouvanl 
susciter aucune réclamation de nos.sembla- 
-;ble8. Cette fai;on d'agir s'înflltrant progressi- 
vement dans nos hablludes, nous arriverons 
insensiblement à subordonner notre activité 
à notre raison, i"! lui donner toute l'extension 
ipi'elle comporte sans entraver celle de nos 
voisins, sans que nous soyons pour cela 
moiridris dans notre aulononiie. 




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XI 



L ETRE SOCIAL 



Transformation des conceptions sociales. — L'anarchie 
sourd de toutes parts. — Les incohérents. — Rien de 
nouveau sous le soleil. — La culture du « Moi ». — 
Rapetassage de vieilles (;onccptions. — Toujours les 
abstractions. — Illogisme de raisonnement. — Egoïsme, 
altruisme. — Les extrêmes se touchent. — Variabilité 
de nos tendances. — Relativité de l'absolu. — La lo- 
gique mène à ral)surdité lorsqu'on ne tient pas compte 
des contingences. — L'homme doit son intelligence à 
l'état social. — Où le })ien peut produire le mal. — 
Méfaits de l'abstraction. — Débarrassons-nous de la 
métaphysique. 



L'initiative, l'autonomie individuelle, c'est 
là la force de l'anarchie; ce sont ces deux con- 
ceptions admirables de l'individualité humaine 
qui, une fois comprises et mises en pratique, 

seront fécondes en résultats. 

10. 



L'JNDITIDdn 

Lorsque les individus conscients de 
force, soucieux de leur dignité, auront c 
pris ce que les fait lasociétt5,cequ'ilsdevr^ 
être s'ils pouvaieut développer leurs faculfl 
toutes les conceptions que l'on se faisait a 
la société et l'individu eu seront boulever^ 

Une fois ancrées en les cerveaux, elles fi 
vent impulser la révolution future; et l 
en l'ordre social actuel, aider à le transf^" 
mer. Une fois que les individus auront com- 
pris qu'ils ne doivent compter d'abord que 
sur leurs propres efforts pour réaliser leur con- 
ception de la vie, leur action tendra à leur 
faire porter leurs ell'orts à la réalisation de 
l'ordre social harmonique tel qu'ils l'auront 
compris, et que les moins hardis s'accordent 
à donner, au moins comme but lointain de 
l'évolution humaine, s'ils en contestent, la 
possibilité immédiate. 

Cette nouvelle conception de l'individu de- 
vait attirer à elle tous ceux qui ont Iq sens 
droit, le sentiment do justice et de réciprocité, 
la pudeur de la diguilé humaine. Aussi, en 
sciences, en arts, en littérature, uous la voyons 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



175 



Hpoindre dans les constatations des uns, dans ] 
K^es conclusions de certains autres, en les as- 
li^jïîrations de tous. Nettement formulées, par- ' 
jï^fois. 

Mais, — cela était inévitable aussi — il y a 
iceux qui, se croyant le centre du monde, tout ' 
tan étant incapables de rien trouver de neuf, 
Vtout en ayant besoin d'inventer des théories, 
I, afin de se donner des airs de cbefs d'école, 
t .sont à l'alfùt de celles qui s'élèvent pour dé- 
t'bîter, à leur sujet, quelques inepties, jamais 
[ nouvelles, celles-là, hélas i 

Tous, plus ou moins, rabâchons ce qui a 
I .été dit avant nous; tous nous ne faisons que 
tsouligner ce qu'ébauchèrent ceux qui nous 
précédèrent. Les choses les plus neuves — ou 
baraissant telles, — découlent de celles qui les 
put précédées ; nous ne faisons que leur don- , 
per de l'extension, de les élucider, de les pré-- 
(ônter sous le jour qui nous est particulier j } 
^s habiller à notre mode, en un mot, à trou- 
ter des arguments nouveaux en lem' faveur. \ 
jlais là se borne la part d'inédit que nous y 1 
hpportous. 




9 



7:f-. 't^ , , ^SL< , ËKà,: 



^_ 








nomistes qui aient osé carrément l'affirmer. 

Quelques intellectuels ont bien, eux aussi, 
déclaré qu'il n'y a pas à se préoccuper des 
« vagues humanités » grouillant dans le Las- 
fond social et que l'on peut, impunément, les 
piétiner en sa marclie;leurri>le,sur terre, con- 
sistant à peiner, souffrir et produire au ser- 
vice (le r « élite » qui a toujours le droit, si 
cela lui est utile, de s'affirmer, aux dépens do 
la « vile multitude 1 » Mais moins carrément 
affirmé, emberlilicotté de phrases cherchant à 
atténuer l'aveu. 

Et voilà comment, avec des idées neuves, 
on rapetasse de vieilles conceptions; puisque 
cela nous ramène ainsi au n sang-bleu » de la 
noblesse de jadis. Aristocratie intellectuelle 
ou de l'argent, du sabre ou du nombre, de la 
naissance ou du choix, n'est-ce pas toujours 
)a domination du petit nombre sur le plus 
grand, la vanité érigée en qualité; et n'im- 
porte par qui elle soit exercée, l'autorité abou- 
tit toujours à l'exploitation des gouvernés par 
les gouvernants I Quels que soient les prétex- 
tes dont elles prétendent justifier son origine. 



178 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

elle n'en reste pas moins arbitraire et in- 
juste. 



Son propre bonheur doit être, évidemment, 
le seul but de l'individu ; agir selon ses con- 
ceptions, au mieux que lui permettent ses ap- 
titudes, voilà ridée vraie, logique; mais pour 
en tirer les conclusions qu'ils formulent, il 
fallait que les « purs individualistes » — 
'comme ils s'intitulent — aient encore le cer- 
veau farci de toute la métaphysique qu'au ly- 
cée on leur fourra dans le cerveau, et en arri- 
vent à envisager 1' « individu » comme une 
abstraction remplissant à elle seule l'espace 
et le temps. C'est ce qu'ils n'ont pas manqué 
de faire. 

Cela, du reste, leur facilitait le raisonne- 
ment. Ayant éloigné toutes les contingences, 
ayant réduit l'humanité à une seule et vague 
entité, ils pouvaient ainsi attribuer tous les 
droits, toutes les possibilités à leur concep- 
tion, aller droit leur raisonnement, sans avoir 



..--.• — .•>"V8 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



^^^rinquiéter de possibilités autres qui, pour 
^Tenx, n'existaient pas — puisqu'ils les ont sup- 
primées — en ayant l'air de conserver une 
apparence de logique. 

Malheureusement, pour leur raisonnement, 
l'individu n'est pas une entité abstraite. C'est 
une réalité se subdivisant en centaines de 
millions d'exemplaires, répartis sur la sur- 
face de notre globe terraqué ; et chacun de ces 
exemplaires apportant avec lui, en naissant, 
les virtualités qui lui sont propres, ce qui 
comporle pour chacun également les droits 
que l'on a voulu attribuer à l'entité; c'est-à- 
dire le droit d'évoluer à sa gaise, selon ses 
aptitudes, et de poursuivre la réalisation de 
son propre bonheur, selon sa façon de les con- 
cevoir. 

Ces diverses autonomies doivent-elles en 
leur évolution, entrer, eu compétition les 
unes contre les autres? Y a-t-il à rechercher 
si leur intérêt bien entendu les mènera à 
agir d'accord, harmouiquement, ou bien à 
continuer la lutte actuelle, sous prétexte que 
la liberté et le bonheur de l'individu consis- 





i 



180 L'INDIVIDU KT LA 



tent à évoluer sans tenir compte des n vagues 
humanités «? Voilà qui « indiiTère » les a in- 
dividualistes » puisque leur i-aisonnement ne 
mentionne qu'une abstraction ; mais qu'il im- 
porte cependant d'élucider, lorsqu'on ne se 
paie pas que de mots. 

Et alors reprend, ici, l'élernelle querelle sur 
l'égoïsrae, l'altruisme et mots semblables où 
personne ne s'entend; car toujours, selon la 
tendance de notre faculté d'abstraire, et sturr 
tout de notre éducation qui nous pousse éga- 
lement à l'abstraction, on discute sur ces 
deux sentiments, comme s'ils étaient deux en- 
tités ayant un pouvoir et des effets nettement 
difinis: tandis que, en réalité, ce oe sont que 
des tendances de notre raisonnement se mo- 
difiant selon la pensée du moment, qui, elle- 
mtHue, se modifie sous la pression di^s circons- 
tances extérieures, 

Egoïsmel Altruisme I mots génériques ser- 
vant h désigner dilférentes façons d'agir ou de 
penser, mais si peu précis, si extensibles que, 
ce que les uns dénomment altruisme, d'au- 
tres, avec autant d'apparence de raison, peu- 



A 



L'fNUIVIDU ET LA SOCIETE 



ISl 



veut le nomnier tigoïsme; ce qui, une fois de 
plus, nous démoutre que ces deux sentiments 
peuvent bien, en notre esprit, être opposés 
l'un à l'autre, mais par leurs manifestations 
extrêmes seulement; car, par des gradations 
insensibles, ils se joignent et arrivent à se si 
bien confondre, qn'il est impossible, en cer- 
tains actes, de définir quel est celui de ces 
deux mobiles qui nous a impulsé. 

Et, après tout, cela n'a rien d'étonnant 
puisque, quels que soient les caractères que 
revêtent nos sentiments pour se manifester, 
ils ne sont que l'aflirmatioii de notre individua- 
lité qui, elle-même étant des plus complexes, 
ne peut donner naissance à des senlimenls 
nus et nettement tranchés. 



ui, à un degré quelconque, ne se sent pas, 
irfois, ému par une soullViince autre que la 
ienne? troublé dans sa quiétude? l'esprit in- 
biet de la soulïrance d'autrui, au point de 
tesirer, si la chose était faisable, souUrir à la 



enlendu; puisque ce serait le riacrifiiie des 
bons au prolit des pires. 

D'autre part, l'horame absolument égoïste 
serait celui qui, vraiment insensible aux souf- 
frances qui ne l'atteindraient pas personnelle- 
ment, ne verrait dans ses semblables que des 
instruments d'exploitation et de jouissance, 
les traiterait en matière exploitable, oserait 
le proclamer ouvertement, sans l'atténuer 
d'aucune considération à côté. 

« Les privilégiés de la société actuelle, » nous 
dira-t-on, n n'agissent pas autrement â l'égard 
des déshérités. » Oui, mais de combien de so- 
phismes n'essaie-t-on pas de déguiser cette 
exploitation! Et, nous l'avons vu, pour la jus- 
tifier, on fait intervenir l'ordre social, le bien- 
être général et cent autres raisons qui suut la 
négation de Tégoïsme pnr. 

Pour appuyer leur Ibèse de l'individu-eu- 
titc, certains de nos a intellectuels », p(mssés 
dans leurs retranchements, n'hésitent pas, il 
est vrai, ayant érigé l'égoïsme en théorie, à 
affirmer que la masse prolétarienne n'est 
bonne qu'à être exploitée par la minorité in-' 



184 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

tellectuelle , mais ce n'est que pétard pour 
épater le bourgeois. Cela, chez eux, reste à 
l'état de théorie, quelle que soit leur eûvie de 
passer à la pratique. 

Ce qu'il faudrait, pour donner de la valeur 
à la théorie, ce serait que nos jolis « intellec- 
tuels », dans la vie journalière, dans leurs 
relations courantes, essayassent d'exiger ou- 
vertement, de ceux qui les entourent, tous les 
avantages pour eux sans rien donner en 
échange ; que dans leurs transactions, ils exi- 
geassent tout le profit. 



Dans les relations familiales ou d'amitié, 
on voit souvent des individus profondément 
égoïstes, tirant do ceux qui les aiment toute ' 
espèce de soins, de sacrifices à leur jouissance 
égoïste, sans rien donner en échange, sans 
môme s'apercevoir des souffrances de ceux 
qu'ils exploitent ainsi; mais, comme dans les 
relations sociales, sous combien de noms al- 
truistes, cela se déguise-t-il? 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTK 185 

C'est parce que celui — ou celle — qui aime 
s'imagine que l'objet de son amour le lui reud 
au centuple que rien ne lui coûte pour lui être 
agréable, ou espère, par son abnégation, rtrc 
payé de retour; mais — surtout daus les re- 
lations sociales — coiuiiiu serait vilu repuilSHé 
de tous celui qui afficlieiait la prétention de 
toujours recevoir sans jamais rien donner. 

Cela ne prouve })as l'allruisme. mais cel:! 

prouve que, pouj' vivre en société, l'houiiue 

pÂst forcé de tenir compte de ses semblables, 

■nue, pour pouvoir s'exercer, l'égoïsme le plus 

ibsolu est forcé de se parer des couleurs les 

Bos altruistes. Cela prouve surtout que, dans 

relations individuelles et sociales il faut, 

lour recevoir, donner ou tout au moins avoir 

Rair de donner. 

i Dans l'état social actuel, ce ne sont que des 

kromesses qu'ont données les privilégiés pour 

iSbtenir pouvoir, richesse, et oisiveté. Quand 

frindividu sera plus conscient, il ne s'y lais- 

iera plus prendre en ses relations sociales; 

hns les relations individuelles il sait déjà 

n'il ne faut pas exiger la solidarité des autres 



186 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

■ I ■ I ■■■■ » ■ Il — ■• I ■■ ■ - ■-— ...■ m- •'-- ■ ■ ■ . ■ , ^■■^ , _ ^ 

si on ne se sent pas capable d'en faire preuve 
soi-même à son tour. 

La sympathie existe en dehors de tout profit 
personnel, et les théoriciens de Tégoïsme le 
comprennent si bien qu'ils font intervenir la 
délibération de l'individu qui, à venir en 
aide à un autre, y trouverait une satisfaction 
personnelle, n'aiderait que parce qu'il y trouve 
son propre plaisir, ce qui, d'après eux, ne se- 
rait par conséquent qu'une forme de l'égoïsme. 

Cette facilité de changer le nom de la chose, 
selon le point de vue qu'on l'envisage, est la 
confirmation de ce que j'avançai plus haut : 
les choses absolument définies n'existent qu'à 
l'état d'abstractions dans notre cerveau. Entre 
deux points extrêmes qui nous semblent les 
plus opposés, il y a une série de dégradations 
les amenant à un point neutre de contact où 
les deux choses qui nous paraissaient si dis- 
semblables, se confondent tellement qu'il nous 
est impossible de les différencier, et ergotons, 
indéfiniment sur leur signification. 




VIDU ET LA SOCIÉTÉ 



I 



L'absolu est relatif, et la logique peut nous \ 
mener à l'absurde lorsqu'elle ne tient p 
compte des contingences, et raisonne sans ^ 
■assembler tous les cUhneuts île la ques- 



L'individu a pour but sou propre bonheur; 
\l ne doit le sacrifier à pei-aoune, ni à aucune | 

titi5; mais comme il ne peut se suffire à lui- 
môme, cl que, pour rendre toas leurs elTets, 
ses efforts doivent lUre associés aux efforts de I 
congénères; comme la réalisation de son 
■uheur en emprunte les éléments au milieu 
[ans lequel il se meut, aux toes qui l'entou- 
int ou qui l'ont précédé; comme ce milieu l 
'et ces êtres peuvent lui être utiles ou nuisl- 
iles, favorables ou hostiles, agréables ou dé- 1 
igréablcs, l'individu, dans la conception de i 
m bonheur, doit donc tenir compte de ce qui 
iste autour de lui, et comprendre que le bon- J 
.eur de ceux, au milieu desquels il est ap- 
ilé à évoluer, ne sera pas sans infiuence sur ] 
sien propre. 

Il a été absurde de vouloir sacrifier l'indi- 
idu à l'cntilé sociale, mais il serait non moins ] 



188 I/IVDIVIDT^ ET LA SOCIÉTÉ 



absui'de de vouloir nier l'état social au profit 
de rentité-individu. 

C'est parce qu'il a vécu fin sociclé que 
l'individu est sorti de l'animalité. C'est parce 
qu'il a pu échanger ses idées ludîmentaires 
avec ses semblables qu'elles se sont élargies, 
modifiées, en ont enfanté d'autres, et que s'est 
développé son cen'eau, que ses facultés ont 
progressé. C'est parce que l'état social a per- 
mis d'accumuler le produit des efforts indivi- 
duels, d'en transmettre le résultat d'une 
génération à l'autre, que la somme ries con- 
naissances liumaines est allée s'augnientant 
sans cosse, apportant tic nouvelles possibilités 
de progresser encore. 

Livré à ses seules forces, à ses seules res- 
sources, l'individu, incontestablement, serait 
profondément misérable. Il se verrait, comme 
à l'époque on la pierre éclatée lui fournissait 
ses principales armes et outils, condamné à 
lutter au jonr le jour pour subvenir à sa sub- 
sistance. Sans trêve ni répit, il lui faudrait 
tenir constamment en éveil toutes ses facultés, 
pour n'arriver à produire que des jouissances 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 189 

grossières, rudimentaires et en petit nombre. 
C'est grâce au perfectionnement graduel de 
son outillage que l'homme a pu augmenter ses 
jouissances et se créer des loisirs, mais ce 
perfectionnement de l'outillage Ta amené aussi 
à une solidarité plus grande, plus étroite, avec 
ses semblables, car il y avait des matières qu'il 
ne pouvait obtenir ou travailler qu'associé à 
des semblables. 



On a fait la critique de l'industrialisme qui 
asservit le producteur, le plie, le rompt, le 
déforme et l'abêtit; le fait, lui, organisme 
pensant, l'esclave de la machine inconsciente. 
On a fait ressortir que les loisirs du travail- 
leur n'avaient pas augmenté, mais bien dimi- 
nué, avec l'outillage mécanique qui a aug- 
menté le chômage, oui, mais non le loisir 
entre les heures de travail. 

La critique est juste; mais si l'outillage mé- 
canique remplit, k l'égard du travailleur, un 

rôle néfaste on l'état actuel, il ne faut pas ou- 

11. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



blier que cela tient à l'organisation sociale 
défectueuse que nous subissons, qui, hiérar- 
chisée de façou à apporter toutes les jouissan- - 
ces aux uns quitte à aggraver la raisèi-e des 
autres, sait faire tourner les progrès les plus 
certains, en instruments d'exploitation -nou- 
veaux qui asservissent de plus en plus la masse 
des déshérités. 

Les progrès mécaniques, en apportant la 
possibilité de produire beaucoup plus vite, 
avec beaucoup moins de monde, ont facilité 
aux exploiteurs de se rendre de plus en plus 
maîtres de leurs exploités, en leur permettant 
de faire accomplir, au moyen de la machine, 
une besogne exigeant moins d'apprentissage 
de leur personnel qui devenait, ainsi, plus 
facile à remplacer, forçant ceux que le même 
mécanisme rejetait sur le pavé, à se disputer 
la besogne restante. Mais de ce qu'une mino- 
rité d'oisifs a su faire tourner h son profit la 
résultat des efforts de tous, il ne s'ensuit pas 
qu'il faille renoncer aux inventions qui doi- 
vent nous affranchir du temps et de l'espace. 



L'INDIVIDU ET LA. SOCIÉTÉ 



Si, en unissant leurs forces et leur intelli- 
e ils peuveut mettre en œuvre un outil- 
q^ui leur permettra de produire en 
tïelijues jours assez de produits pour leur 
ionsommatîon annuelle, il serait stupide de 
5a part des individus de vouloir s'isoler et 
E produire, par des moyens primitifs ou impar- 
hfaiteraent améliorés, ce qui leur prendrait des 
tsemaines et des mois pour arriver aux mêmes 
P résultats. 

L'industrialisme et l'exploitation capitalis- 
âtes ont fait de l'existence du travailleur, non 
BSeuleraent un enfer, mais aussi une bataille 
Pplus meurtrière que celle qui se fait par les 
g;ârmes. Dans la production actuelle, latie des 
lilleurs ne compte pour rien. Pour réaliser 
ne économie de quelques milliers de francs 
W le bilan annuel, le capitaliste n'hésitera 
à laisser son usine dans les conditions 
giène les plus déplorables, Parce qu'il lui 
faudrait immobiliser un capital important, il 
se refusera à remplacer son matériel ancien 
^ar un nouveau qui adoucirait la tâche de ses 
isclaves de chair. Qu'imjtorle que cela les -use 



102 I/INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

plus vite, leur remplacement ne lui coûtera 
pas une obole ! 

Et voilà pourquoi, au milieu des découver- 
tes l(*s plus favorables à l'humanité, les indi- 
vidus continuent à évoluer au milieu des 
conditions les plus néfastes à leur santé, à leur 
développement. 

Il en est de même de l'état social. C'est le 
mode d'évolution qui lui permettra la plus 
grande somme de développement lorsqu'il sera 
basé sur la solidarité et la réciprocité; mais, 
de ce que certains ont su en accaparer les pro- 
fits au détriment de leurs coassociés, s'ensuit- 
il qu'il doive être abandonné? 



Kn proclamant pour leur entité le droit de 
ne tenir compte que de ce qui lui est favorable, 
le droit pour « l'individu » de poursuivre son 
bonheur sans s'occuper des « vagues huma- 
nités » qu'il pourrait écraser en sa route, les 
individualistes, implicitement, reconnaissent 
ce même droit à toute créature. Mais alors le 



L'jNDIVIDtl KT r.A SOCIÈTl': 



108 



, proh 



problème se complique, c'est ce qu'oublient 
ieux qui parlent toujours de l'iuriividu au sin- 

lier. 

Ce n'est qu'en ne tenant aucun compte que 
Cfi n'est pas un individu iju'il existe sur terre, 
mais des centaines de millions à la fois, qu'ils 
aiTivent à avoir une faible apparence de lo- 
gique en niant la solidarité dans l'état social. 
Et la fausseté de leur raisonnement se démon- 
tre en aboutissant à cette conclusion que, si 
les individus doivent évoluer sans tenir aucun 
compte les ans des autres, ils se gêneront, se 
froisseront, pour aboutir à la lutte, à l'exploi- 
tation. 

Nous revenons donc à l'état social actuel 
dont nous voulons nous débarrasser? Et les 
purs individualistes n'auraient ainsi créé des 
entités nouvelles, poui" formuler leurs récla- 
malions contre l'arbitraire qui nous écrase, 
que pour en revenir à leur point de départ : 
l'autorité avec toutes ses injustices, ses exac- 
tions, sa compression intolérable de l'indivi- 
I dualité. 



194 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

« Si d'aucuns s'insurgent contre l'autorité et 
l'exploitation actuelles, c'est qu'ils n'ont pas 
part à la curée. Ils trouvent très mal d'être 
exploités eux-mêmes, mais se sentent d'heu- 
reuses dispositions pour exploiter les autres. 
Ils trouvent très dur de courber la tête sous 
l'oppression, mais n'aspirent qu'à poser leur 
joug sur le cou de ceux qu'ils supposent leur 
être inférieurs. Ce qu'ils voudraient, en somme, 
c'est une place parmi les privilégiés. 

L'absurdité de l'entité-individu étant ainsi 
démontrée; et, d'autre part, étant prouvé éga- 
lement que les individus, s'ils veulent vivre 
normalement et se développer intégralement, 
doivent s'organiser en sociétés, — la conclusion 
logique qui en découle est, l'état de guerre 
leur étant préjudiciable, la société actuelle 
nous le prouve, — l'égoïsme bien entendu 
consiste à ce que chacun s'entende avec ses 
voisins afin de vivre en paix. 



Oui, sous peine de déchoir, l'être humain ne 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



tpeut vivre isolé, l'état social est, pour lui, une ] 
Condition sitie qtia non de bien-être ot de pro- J 
fei-ès. Voilii ce qu'ouhlient trop facilement ceux 1 
hui parlent de l'Individu avec un grand I. 

Loin d't^Lre une entité, c'est un t^tre réel tiré à 
[fies centaines de millions d'exemplaires, ayant | 
ious, au môme degré, droit à se développerj 
bntégralement, à satisfaire, selon les possibi-1 
rjités naturelles existantes, tous les besoins J 
Bque comporte leur organisation. 

( Selon les possibilités naturelles existan- ' 

, » voilà ce dont, encore, ne tiennent pas ] 

Mimpte les théoriciens de l'outrance, mais qua-l 

H'on est bien forcé de constater lorsque, ne se I 

rpayant pas de mots, on se heurte aux faits. 

Ayant démoli Dieu et les forces supra- 
Koaturelles, on a reconnu que l'être humain J 
«tait le produit d'une évolution de la matière. , 
JÔn a constaté que cette évolution s'accomplis- ' 

lait en vertu de certaines forces, et que ( 
forces étaient des manifestations des combi- 
naisons de la matière en mouvement; desj 
propriétés inhérentes à chacune de ces combi- ' 
Pnaisons; et que l'homme, produit de la ma- 



tière, ne pouvait se soustraire aux elfets des 
forces dont il est issu. 

Sa volonté qui semblait !e faire libre, n'é- 
tant, elle-même, que le résultat, la vibration 
de dilicrentH étals moléculaires de certaines 
cellules de son être impulsées par le choc 
d'autres vibrations intérieures ou extérieures, 
il reste l'esclave du milieu dans lequel il se 
débat, forcé, il est, de se soumettre aux con- 
ditions de son être; il n'y a pas de hiérarchie 
qui puisse tenir contre cette constatation; par 
contre, sa dépendance du milieu ne justifie 
nullement son asservissement par ses sembla- 
bles. 

Torturez les mois, disséquez-les, tournez-les 
de quelle façon vous voudrez, il est un autre 
fait que l'on n'ai-rivera pas à pallier : c'est 
celui do la complexité de l'être, complexité 
devenue si débordante que notre vie est faite . 
d'une part de la vie des autres, comme la vie 
les autres est faite d'une part de la nôtre. 

Non seulement nous sommes liés à ceux g^ui 
entourent, mais nous subissons l'in- 
ïicede ceus'qui nous précédèrent, comme 



J 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



197 



nos actes influeront sur l'évolution de ceux 
qui nous suivront. 

Apprenons donc à débarrasser notre cer- 
veau de ces deux fléaux qui nous ont toujours 
fait déraisonner : la métaphysique qui nous 
fait anthropomorphiser les conceptions de notre 
cerveau, et de simple façon de raisonner les 
transformant en personnes agissantes, leur 
prête des contours définis, leur attribue un 
pouvoir illimité, et l'absolutisme qui nous fait 
trancher, isoler, poser en antithèses des faits 
qui se joignent et s'associent lorsqu'on les 
analyse. 



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XII 



LA LIBERTE ET L ASSOCIATION 



L'associati-on pour le mieux. — Divagations des autori- 
taires. — Inatilité de récriminer sur le passé. — L'é- 
Tolution varie avec les conditions de départ. — Coor- 
donner, n'est pas abdiquer. — Liberté n'est pas 
extravagance. — L'asservissement engendre le mauvais 
vouloir. — Généralité de l'état d'esprit anarchiste. — 
On no veut le pouvoir (jue contre les autres. — La 
peur de Tinconnu. — L'homme en revient toujours à 
lui-même. — L'apprentissage de la vérité. 



Quelle que soit rorigine des sociétés, il est 
de toute évidence qu'elles ne furent qu'une 
union, toute spontanée, d'efforts en vue de tirer 
un plus grand profit, avec^une]dépense moindre 
de forces. L'idée de domination et d'exploita- 
tion ne pouvait se faire jour qu'au sein des 
groupes, au cours de leur évolution. Mais de 



L'INDIVIDU KT LA SOCIÉTÉ 201 

autres Jusqu'à ce qu'elles produisent des idées 
. nouvelles. 

Ainsi, l'un des arguments où triomphent 
les défenseurs de l'ordre de choses actuel, 
c'est lorsqu'ils s'écrient : « Mais rien ne va sans 
raison dansla nature, l'évolution ne se faitque 
sous la pression de causes qui s'engondrent 
les unes les autres. Les phases par où a passé 
l'humanilé étaient nécessaires, inévitables, 
même; si l'espèce humaine les a suivies, c'est 
qu'elles lui étaient profitables, vous êtes des 
fous, des utopistes, de vouloir changer quel- 
que chose à leur marche. » 

A-t-il été utile à l'espèce humaine que ceux 
qni la composaient se soient dévorés les uns 
les autres, que la minorité ait asservi, exploité 
la majorité? a-t-il été profitable à l'humanité 
qu'une partie seulement de ses membres fût 
seule, à trouver la saliafactiou complète de 
ses besoins? que la possibilité ds développer 
toutes ses facultés fût réservée à un petit nom- 
bre au détriment des autres? Nous laissons 
aux thuriféraires du fait accompli le soin de 
l'affirmer. 




BlTIDU ET LA SOCIÉTÉ 



t 



Nous ne perdrons pas non pins not,re temps 
à rechercher si cela aurait été mieux autre- 
ment: nous ne pouvons faire que ce qui a été 
ne soit pas. A (juoi bon récriminer devant le 

fait accompli? Que ceux i|ui y sont intéressés 
justifient le pashé, ce que nous avons à cher- 
tîher, c'est à sortir du milieu qui nous op- 
prime. 

C'est ici que certains économistes plus ou 
moins teintés de la théorie de l'évolutiou, et 
des principes du déterminisme, viennent nous 
dire que, « l'hommi^ n'étant pas libre, n'agis- 
sant que sous la pression de causes extérieures» j 
quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, il sera toujorf 
le jouet des causes ambiantes; qu'il ne peâ 
en rien, modifier son évolution. » 

Ces économistes ne savent ce qu'ils dlsed 
Si leur raisonnement était juste, pourtfC 
perdraient-ils leur temps à écrire de g 
lûmes pour défendre l'étal de choses existait 
qui se défendrait bien lui-même s'il était v 
qu'il fût une conséquence inéluctable du ( 
veluppement humain? 

a Ceci engendre cela », c'est un l'ait positlH 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 203 

Mais, dans un tir à longue portée, il suffit, au 
départ, dans la ligne de mire, d'une déviation 
de l'épaisseur d'un cheveu, ou que le vent 
qui souffle ait plus ou moins de force pour que 
l'écart du projectile se traduise, à l'arrivée, 
par une dilTérence en mètres; de même, dans 
le départ de l'évolution humaine, il eût suffi 
d'une cause infinitésimale dans l'établissement 
des relations des premiers êtres pour lancer 
l'humanité en une tout autre voie. 

Nous n'avons nullement la prétention de 
faire que ce quia été ne soit; mais nous di- 
sons que, aujourd'hui, la volonté individuelle 
pouvant intervenir dans le processus de l'é- 
volution de l'espèce, le devoir de chacun est 
de chercher à s'orienter vers ce qui lui semble 
le mieux, au lieu d'accepter passivement les 
choses qui lui semblent mauvaises. 



Il est bien vrai que l'homme associé, s'il 
veut tirer profit de son association, doit subor- 
donner son action à l'action de ceux avec les- 



L'INDIVIDU ET LA. SOCIÉTÉ 



quels il s'est uni, voiJà la part de vérité con- 
tenue dans l'argumentation auloritaire; mais, 
où il y a erreur, c'est lorsque, arbitrairement, 
on en conclut que, du moment qu'il concerte 
et combine ses efforts avec ses semblables, 
l'homme abandonne unepart de son autonomie 
— qu'il ne posséderait, du reste, jamais com- 
plètement, d'après ces raisonneurs, puisque, 
n'étant pas libre de ne pas manger, s'il veut 
vivre, de ne pas dormir, de n'i'trepas Halle par 
certains parfums, incommodé pai- certaines 
autres odeurs, pas libre de ne pas être malade, 
pas libre de ne pas mourir, sans compter 
les mille et une autres nécessilés naturelles, 
il s'ensuivrait que la liberté ne doive jamais 
être pour lui qu'un mot. puisque, pour agir, 
il serait eiicoru forcé d'aliéner le peu ([ui lui 
reste. 
L'argument est spécieux. Qu'est-ce que la 
I liberté, si ce n'est la faculté d'agir au mieux 
r de nos tendances, selon les besoins de uotei 

individu physiologique et psychologique. 

I moins d'être un déti-aqué de spiritualisîÉ 

ayant la « vile matière » en dégoût, qui a j 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



205 



^ais eu la prélenlion de s'affranchir des be- 
soins physiques de notre corps? 

Si, avec d'autres camarades, je m'attelle îi 
me voiture pour la mener à l'endroit où j'ai 
besoin qu'elle soit, il est de toute évidence 
que je n'irai pas tirer en arrière pendant que 
les autres tireront en avant; ici, le simple bon 
sens m'indique que jedois faire converger mes 
eflbrts avec ceux de mes associés pour aboutir 
le plus promptement possible au résultat dé- 

w Et, alors, au nom de quelle logique pour- 
■^ait-on en conclure que j'ai aliéné ma liberté 
parce que je n'ai pas chcrcbé à contrarier les 
efforts de ceux qui ont concouru au même but 
que moi? En quoi mon autonomie en sera- 
t-elle amoindrie parce que je n'aurais pas cher- 
ché à agir au rebours du sens commun? 

Qui, en parlant de justice ou de liberté, a 
jamais prétendu alîranchii- Thomrae des néces- 
sités de sa nature ? Et de ce qu'il est soumis 
à des nécessités physiologiques, en quoi cela 
istifie-t-il l'autorité que des semblables vou- 



justi 



di'aioul l'aire peser sur lui? — Je ne puis me 



13 



l'individu et la société 



t passer de boire, manger et dormir, mais je me 
I passerai fort bien de l'autorité de celui qui 
( vienl prélever la meilleure partie de mon tra- 
[ vail ou veut m'enipécher d'agir selon les nfl 
I cessités de ma nature. 

Pour que des contradicteurs, qui ne sod 
I pas aveuglés pari'esprlt d'autoritarisme, puïâ 
, seul imaginer ou prendre au sérieux de sea 

ilables objections, il faut qu'ils n'aient pu î 
t rivera abstraire leur pensée d'une société o^ 

tout étant imposte, contrarié, se fait mal et ed 
I rechignaut. 

Comment veut-on que les individus ne { 
[ cabrent pas devant les besognes qui leurs 
1 imposées et leur répugnent? Vous avez Tîi| 
[.société où, H chaque moment, les individu 
I sont entravés en leurs mouvements; foro< 
§do subir des cuntacls qui leur répugnent, i 
Ique leur infligent les nécessités sociales ! 
■Juelles, il est compréhensible que rautoritS 
Fparaisse indispensable pour les forcer aux h 
les que repousse leur nature. Mais cett 
f-nécessité est artiiiûielle comme les causes c 
[.l'engendi'cnl, et ne veJiez pas nous ériger vos 




tre ignorance comme but de l'évolution hu- 
maine. 

Ayant toujours vu les relations sociales s'o- 
pérer sous la férule de l'Etat, n'ayant jamais 
fait acte d'être humain sans l'estampille ou le 
visa d'un pouvoir religieux, économique ou 
militaire, il est impossihle aux individus de 
nos sdiîiétés (le s'imaginer un état social où 
les relations pourraient librement s'établir 
d'individu à individu, d'individu à groupe, de 
groupe à groupe, sans autre sanction que leur 
seule volonté, sans autre sauvegarde que leur 
seule bonne foi, leur sympathie pour leurs 
semblables, le mutuel respect de l'initialive 
d'autrui, la conscience nette de ce qu'on vaut 
soi-même, de ce que valent les autres. 

L'idée générale, qui prédomine h notre épo- 
que, est une diminution des attributions de 
l'Etat, une restitution, par conséquent à Fin-, 
dividu de la part d'autonomie qui lui a étfej 
■ enlevée. Chacun— àpart quelques exceplions,-^ 
— veut être libre d'agir selon ce que bon lui, 
semble, personne ne désire être entravé en 
son évolution. L'idéal que l'un îUTive à se 



\»0H i/inm)IVjdt; kt la société 



r.'iin» du n bon goiivrTnernent » serait un ;?oti- 
M'iiHMiinii (|ni iM» so uu'\**ruit d^t rien, n»jiiï 
l;n^si'i;iil rnii'c nos jx'lilos allaires particiilitr- 
ii's. snns vrnir y lourrrr le nez «l'un fonction- 
n.'iii'<Mpn'l('on(|n(' ;on hNmj aurait pas le pouvoir 
an r.is (n'i il rn aurait l;i V(»llcit«}. 

Ml on nr s"a|MM(:oil pas quo rirléal furmulé 
.'linsi ««si. liMil sinipItMurnl. ri(lt;al anarchiste. 
|ini »((n"nn;»:nnvrnirnHMit réduit à fvs propor- 
tion . n«' :;«'i';iil plus un ^Gouvernement, n'en 
srrnil plus(|ur rap|h'n-<»ncn; Tanarchiste- plus 
|o;'i«(n(». nr\«Mil, (Ml plus, que la disparition 
du luncliniin.'iin» avec ccllr de la fonction. 

Il y ;i. rlhv riionini(\ di's vestiges de nieni- 
|)ri'^;nu .'ipp;n'«'ils alro])|ii(';s ((ui un luisontplus 
d".'iu<'un«» ulilih\ mais ix'uvcnt, en certaines 
i'niidiiinir; l'Irr |;i cmusc (h' tn''S j^raves mala- 
di.v;. rnlr;nn;inl la niorl parfois. Du moment 
(|u«» l'on r«M'onn;n"l ((U(* les fonctions de l'Etat 
(loiNcnl rlr«M'r'dnihvs, mu |)oinl que, graduel- 
hMUi'nl, i\u \o\\\ l«'s lui cnleviT toutes, ne lais- 
s(His lirn suhsis|iM(l<» s('s fonctions, de crainte 
{\\u\ n'étant utih* à riiMi, il m» continue à être 
toujours un dan;j[er. 



L'IXDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



Ce qui aiTt'te les individus de tirer la cou- 
rlusimi logiijuo de. leurs raisonnoraenls, c'est 
que, envisageant toujours la société actuellcj 
avec l'organisation antagonique des intérêts, 
ils ne voient pas sans terreur les individus 
livrés à eux-mêmes, sans pouvoir pondérateur. 
Ils se les imaginent que, sitôt délivrés de leurs 
chaînes, ils s'occuperont de s'en recharger 
mutuellement. 

Pour nous imaginer une société ILbre.ilnous 
faut faire tahle rase des institutions actuelles, 
il faut imaginer un état social où les indivi- 
dus n'auront pas à disputer, à leurs voisins, 
le morceau de pain, on ils n'auront pas à dé- 
loger d'une position le concurrent qui leur 
obstrue la place. Loin d'avoir à redouter la 
concurrence de leurs semblables, les indivi- 
dus trouveront avantage à s'entr'aider. 

Mais, pour se faire une conceplion nette de 
ce que pourront être les rapports entre les 
individus émancipés, il nous faut rejeter tout 
ce bagage d'erreurs, de sophismes, de préju- 
jiiiious précuUfues qui n'ont cours 



'opiii 



flue [parce que, jusqu'ici, on les a admises 



MO 



I^'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



sans contrôle. Nous les avons tellement en- 
tendues rabAcher depuis notre naissance que 
nous les avons acceptées comme vérités acqui- 
ses, sanspenser î'i les analyser; ce n'est qu'avec 
de très grandes difficultés, après bien des lut- 
tes avec nous-mi'mes que nous arrivons à les 
concevoir autrement: Aussi, lorsque nousvou- 
lons nous faire un tableau de l'état social futur, 
ce n'est qu'à travers les institutions actuelles 
que nous arrivons à nous en former une vague 
esquisse. 

Du reste, l'honirae, quelle que soit son ima- 
gination, ne peut tabler que sur ce qu'il con- 
naît. C'est pourquoi, même dans ses ri^ves de 
plus vague spiritualité, il n'a fait qnerééditer 
ce qu'il avait sous les yeux,etdonnersoncorps 
à ses plus vagues entités. 

Absolument comme ceux qui, cherchant à 
se taire une idée de ce que pouvait être la vie 
sur les planètes que l'on suppose habitées, et 
ne voulant pas l'imaginer identique à la mitre 
— que rien ne force, eu etïet, à ftre sembla- 
ble, — se sont mis l'imaginalion k la torture 
pourcréerdes formes nouvelles et u'ontabouti. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



211 



P 



en somme, qu'à cancaturep les formes que 
nous avons sous les yeux. 

Ils ont emprunté au règne animal sa queue, 
rSes cornes, ses ailes, ses plumes, ses écailles, 
;pour ajouter à l'habitant qu'ils supposaient, 
lui ont donné des bras et des jambes en plus, 
lui ont semé des yeux un peupartout; ilsl'ont 
fait raarchei- sur les mains, à quatre pattes, 
voler en l'air, ont exagéré certains organes, 
en ont supprimé d'autres, mais en fin de 
compte n'ont rien trouvé que nous n'ayons 
sous les yeux. 

Pour la société future cela ne se passe pas 
autrement- On retape les vieilles institutions, 
on ralistoleson organisation, on rajoute àl'une 
■ce qu'on retranche â l'autre, mais impossible 
de se l'imaginer sans les pouvoirs qui, jus- 
"qu'à ce jour, nous ont semblé les régulateurs 
indispensables à tout état social. 

Et pourtant, la société actuelle nous four- 
ûit, déjà, des éléments d'appréciation sur cette 
entente mutuelle que l'on nous reproche de 
!)uger, à tort, si facile : il ne s'agit que de sa- 
i-Tûir les trouver sous l'amas de préjugés qui 



XIII 



L'ÉDUCATION DE LA VOLONTÉ 



Apathio clioz los individus. — La pour du qu'on dira-t-on. 
— Inanitô de la coorcition. — Los progrès acquis ne 
Tont été que par la ré})elliou. — Apprenons à nous 
connaitr*^ — La société i)orto en elle los causes do sa 
destruction. — Hévolution des cerveaux. — Le travail 
de chaque jour. — Ignorance do l'individu Sur sa pro- 
pre force. — L'auto-affranchissement. — Ne l'atten- 
dons do personne. — Prenons conscience de nous-mê- 
mes. 



Le plus grand obstacle à la réalisation de 
ridéal que nous rêvons, la véritable entrave à 
l'affranchissement individuel, c'est le manque 
d'initiative des individus. 

Même chez ceux qui arrivent à comprendre 
la beautéde l'idéal, àen vouloir la réalisation, 
les idées ne pénètrent qu'à fleur de peau, 



L'INDIVIDU ET LA SOCTÏ 



n'imprègnent point l'individu au point de l'im- 
pulser, en tous ses actes, vers le l)ut désiré. 

C'est ensuite la difflcultè que nous avonstous j 
de nous abstraire du milieu en lequel nous| 
vivons, ce (jui fait que nous n'iiésitons pj 
nous perdre en les spéculations philosophiques ' 
les plus hardies, mais restons d'une timidité 
excessive lorsqu'il s'agit de les réaliser. 

« Les idées ne sont pas comprises », dil-on, 
« le moment n'est pas pro[iice pour [les réali- 
ser, » et l'on s'endort, sur cette déclaration, 
sans essayer de réagir contre le milieu qui 
vous étoulle. 

Certes, il est encore Lien minime le chiffrel 
de ceux qui ont compris la beaulé d'une so-J 
ciété où l'homme ponn'ait se développer eal 
toute sa i)léuitude; ils sont peu uonibreusl 
[•ceux dont les aspirations montent vers un 
Hdéal social où pourraient se donner libre cours 
joutes leurs virtualités. Mais ce que l'on pour- , 
^ait faire, tout du mL^me, si on savait vonloir! J 

Une société où chaque être serait son pro-1 
pre gouvernement, son propre juge, son seuil 
guide, peut, en effet, sembler impossible aux | 



i 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 215 

corveaux saturés de l'enseignement officiel. 
Voilà des milliers de siècles qu'ils prêchent 
que la murale duit pousser l'individu vers la 
perfection, et ils en ont codifié une à cet ellet. 
Et, malgré leur enseignement moral, aidé de 
la force des lois, de la coercition par la force 
armée, ils ont travaillé à mater l'individu, 
cherchant à le plier à leur convenance, em- 
prisonnant, châtiant, torturant, allant jusqu'à 
l'exécution de ceux qui se montraient réfrac- 
taires aux prescriptions de leur morale 1 

Tls ont élevé iiistitutioji sm- institution, en- 
tassé lois sur lois pour forcer l'être moral à 
entrer dans le moule par eux préparé; et, 
malgré la coercition, malgré les lois, malgré 
les châtiments, l'être ne s'est pas plié au ni- 
velage intellectuel et moral ; toujours il y a eu 
des rél'ractaires qui faisaient crouler, bous leurs 
coups, conceptions morales préconçues, insti- 
tutions solidement assises, lois aux apparences 
les plus vertueuses. 

« Alors que même la force ne peut rendre l'ê- 
tre humain moral, comment voulez vous qu'il 
y ail appai'ence de raison d'espérer qu'il le de- 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



Sisable. Quand donc am'ons-nous des yeux 
ÉlOur voit-, dus oreilles pour entendre? 



l'Que l'titre devienne conscient de sa valeur, 
Se sa dignité; ijue, perdant cette sotie vauité 
qui pousse la plupart à se croire aptes atout, il 
agisse selon l'impulsion de ses aptitudes, sans 
se croire diminué parce que certaines clisses 
échappent à sa complète compréhension, ap- 
prenant ainsi à s'évaluer selon ses facultés, 
s'imprégnant Lieu de cette idée, que poui' 
j,étre différentes de celles d'un autre, ses aptitu- 
sn'en sont pas pour cela au-dessous, moin- 
es en valeur sociale. C'est justement cette 
iriété d'aptitudes, de tendances et d'adap- 
E'tations caractérisant l'individualité, qui doit 
faciliter la marche d'une société harmonique. 
Beaucoup des nôtres, impatients de réaliser 
oleurs conceptions, ne visent qu'à acquérir le 
l,aombre pour un coup de force qui culbuterait 
J4*état social actuel. Ils se trompent, 

13 




218 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



La société actuelle, nous l'aviiis constaté 
ailleurs, lie cédera la place que par force, c'est 
vrai; mais nous avons constate- aussi que sa 
mauvaise organisation, ses propres vices, ses 
propres fauteS: nous conduisent sùi-ement à la 
révolution salvatrice. Les faits eux-mêmes se 
chargeant de préparer la situation révolution- 
naire, ce qu'il nous faut réaliser, nous, ce sont 
les événements qui doivent guider la révolu- 
tion vers notre idéal; ce qu'il nous faut sus- 
citer, ce sont les initiateurs de la société fu- 
ture, ceux quipeuvent, consciemment, jeter à 
la foule les vérités entrevueS; les lui expliquer, 
les lui faire comprendre, l'entraiiier par leur 
propre exemple. 

C'est donc dans les cerveaux, avant loul, 

qu'il nous faut d'abord faire la révolution; 

c'est en nosliabitude.i, en nos actes, qu'il faut 

I faire lalile rase des préjugés Aidons Tindiviilu 

à se ll'atisformer lui-même dans ses concep- 

I tionS) dans ses manières de faire. Faisons pé- 

Inétrer eu le plue possible de cerveaux cette 

Ivoloulé d'auto-transformation, ce sera le pas 1^ 

I plus sur vers la révolution, une chance i 




L'INDIVIDU ET LA SOCIETE 



plus — la seule iii^iiie — pour la réussite. Si 
le milieu transforme rhonime, riiorameàcoup 
^^^SÛr transforme le milieu ; et il n'y a de trans- , 
^^^Bbrmation durable que celle qui opère à la 
^^Kibis et sur riiidividu et sur le milieu. . 
^^K Changeons une l'a<;on dépenser aujourd'hui. 
^^Kftbattons une erreur demain, enirainoiis, eu 
^^^' notre façon de penser ou d'agir, un adopte ' 
aujourd'hui qui, k son tour, jiourra en entraî- 
ner un autre demain, et peu à peu, il s'établira 
«nie fa(;on d'agir plus conforme à notre ma- , 
îiière de voii-. Démonlrons aux timorés que la 
Jvraio morale consiste à agir d'accord avec ses 
fpropres, conceptions, et non, par hypocrisie, 
taux prescriptions d'une morale courante arbi- 
Jfraireraoïil établie que nous réprouvons ïnté- | 
jHeuroment. Nous améliorons ainsi, graduelle- 
ment, les individus à un degré d'évolution où 
IjEout leur «'■Ire fitant en désaccord complot avfc i 
l'ordrn de chosfs existant, la rupture sera ren- ' 
4ue inévitable, par l'inlillration lente mais 
^continue d'une façon de penser et d'agir nou- 
prelle, facilitant ainsi le passage de hier à de- 
main sans contrainte ni coercition. 



220 L'INDIVIDU KT LA SOCIÉTÉ 

Il y a, certoinement; un grand travail, intel- 
lectuel à accomplir. Mais si nous parvciiiuiis 
;i nous rendre comjtte de ce que peuvent la 
volonté et la ténacité, de la force qu'acquiert 
l'individu soudé à d'autres individus, on sen- 
tirait que c'est là que se trouve la solution la 
plus sûre. L'éducation de la volonté, qu«l 
rêve I savoir marcher vers ce que l'on veut, 
quelle, force ! Si les individus savaient vouloir, 
ce que l'on accomplirait de miracles! et dire 
que cela dépend du plus ou moins de tonicité 
des tissus I 

a Connais-toi, toi-mémc » est un premier 
axiome dont devrait s'impri^guer chaque être. 
« .\n'ranclns-toi toi-nii?me » devrait i^tre le se- 
cond. En ell'el, comiien veulent, sincèrement, 
l'airranchisscuient de Vétre, reconnaissent la 
nécessité do l'initiative individuelle et qui. 
malgré tout, attendent encore l'impulsion de 
quelqu'un ou de quelque chose? 

On lait la guerre aux préjugés, et à combien 
de pratiques vicieuses on se laisse aller dans 
la vie courante, par considération de l'opinion 
publique, m:ilgré (lu'unla sache faussée; pra- 



1 







L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

tiqnes dont il serait si facile, pourtant, de se 
ïbarrasser, et dont la chute nous aiderait à 

lUS débarrasser d'autres! 

C'est par répercussion que se transforment 
les mœurs; c'est parce qu'il yen a qui com- 
mencent à agir sans s'occuper de ce que dira 
l'opinion publique que, peu à peu, se trans- 
forment les relalions, les façons de voir el il'a- 
gir ; le milieu, en un mot. 

Comme la plante qui a germé dans la cre- 
vasse d'un mur et a grandi insensiblement, 
élargissant peu à peu la place qu'elle occupe, 
jusqu'au moment où, sous la poussée intprne 
le la sève en mouvement, elle disjoigne vio- 
lemment les pierres qui la gênent en son élan 
■vers le soleil ; ainsi doit agir l'action indivi- 
duelle, préparant le terrain à la société fulnre, 
hâtant la ruine et la décomposition de la so- 
actuelle. 

De tous temps on a pr(''clié à l'homme la 
lîscipline, l'abnégation, relfacemeiit de sa 

'rsonnalité, l'abaissement de sa volonté de- 
,fT?ant des volontés supérieures. 

Il est temps qu'il comprenne qu'il n'a rien 



XIV 



l'initiative 



L'Ktat no s*ost dcvc^lopiu'î que fçrùco à l'inertie indivi- 
duelle. — La révolution émancipatrice. — Elle ne le 
S(Ta que si les individus sortent de leur torpeur. — Le 
travail des minorités." — Réveil de l'initiative. — Du- 
rée de la révolution. — La révolution est fatale mais 
ne sera que ce que la feront les individus qui raccom- 
pliront. — Le plus sûr moyen d'activer la révolution 
est d'opérer le travail qu'elle doit accomplir. — L'in- 
dividu n'ayant à compter sur personne doit se rendre 
compte du rùle qui lui incombera. — Rien ne se crée 
de rien. — Montrons par nos actes que nous pouvons 
nous passer de ce ([ue nous voulons détruire. — 
Sophisme du vol. — Tolérance. — La conviction est 
une force. 



Outre que l'exercice de la volonté habitue les 
individus à être tenaces dans leurs résolutions, 
augmentant ainsi leur puissance d'action, 
il y a une autre qualité qu'il aiderait à déve- 



L'INDIVIDU ET LA SOGIETl-: 



ksa force n'était faite que des forces indivi- 
duelles qui abdiquaient devant son abstrac- 



Aussi est-ce une grande erreur, préparant 
fene grande déception, pour le plus grand 
fflombre des nôtres qui croient la révolution 
^ assez efficace pour opérer, de par sa propre 
vertu, la transformation de l'individu, sinon 
complète, au moins assez grande pour l'ame- 
à assurer la réussite de la révolution qui 
[l'aura régénéré. Ceux-là ne s'aperçoivent pas 
léjà, pour opérer la révolution, il faut 
Bsciter, dans la masse, cet esprit d'initiative 
feui semble l'avoir quitte, puisquéla plupart 
/les individus se reprenant encore, de temps 
ï autre, d'engO(uement pour des personnalités, 
^Bmblent en attendre leur émancipation sans 
tien faire eux-mianes pour la préparer. 

lieaucoup des nôtres s'imaginent que les ré- 
volutionnaires n'auront qu'il dire, en temps 
propice, à ceux qui seront restés passifs jus- 
u'alors : « Faites ceci, faites cela! » pour 
lie cela aille tout seul, et que la lumière se 
fesse en les cerveaux les plus enténébrés: pom' 




226 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

que ceux qui subiraient ainsi une impulsion 
qui leur serait étrangère, agissent conformé- 
ment à cette impulsion comme s'ils en avaient 
compris la raison. 

Je doute fort, pour ma part, des chances de 
réussite d'une révolution faite en ces condi- 
tions. Lorsque, comme le fait l'idéal anar- 
chiste, on se réclame de l'autonomie entière, 
la plus absolue, de l'individu, oft ne peut, on 
ne doit pas compter sur la passivité de ceux 
que l'on se propose d'entraîner à l'assaut du 
vieil ordre de choses. Cette passivité serait un 
danger que doit, à l'avance, combattre la pro- 
pagande préparatoire. 



C'est toujours une minorité qui agit la pre- 
mière, cela est indubitable; mais le travail 
de cette minorité n'apporte pas à la compré- 
hension de la foule, comme un coup de foudre, 
la démonstration de la vérité; ce n'est que par 
une infiltration lente et continue qu'elle arrive, 
à la conquérir; ce n'est qu'en suscitant en ces 




cerveaux apathiques un sourd travail lie ré- 
^^wilexion qu'on les prépare à riHuminalion il- 

^^H Le travail de la minorité anarchiste étant 
^^Hâe combattre tout pouvoir établi, d'empêcher 
H^Btoute autorité nouvelle de se substituer à la 
^^^' place de celle jetée à terre, de pousser la masse 
à prendi'e, d'elle-ra^rae, les mesures jugées 
nécessaires à la réussite de la révolution en- 
treprise, nous ne devons donc pas attendre 
Ëa révolution pour commencer cette besogne, 
c'est dès aujourd'hui, en semant nos idées à 
ftleines mains, en cherchant à les l'aire discu- 
itèr par le plus grand nombre possible. Et 
malgré qu'il beaucoup de nos amis il semble 
Ijlns court de marcher à la révolution, sans 
8'occuper de la discussion d'idées, ma convic- 
Stiûn absolue est que le chemin qui y mène le 
plus vite et le plus directement est encore la 
discussion et la diffusion des idées. 

Puis, dans la révolution que nous désirons, 

Somme dans l'état social qu'elle doit prépa- 

. la niasse doit être livrée à ses propres 

'<es, il son inspiration, que di'vra stimuler 




— et peul-ètre suggestionner — la minorité 
agissante; mais en fin de compte, ne ricvra 
compter que sur elle-mi^me pour s'organiser 
en vue du nouvel état social où elle sera appe- 
lée à se mouvoir; c'est une raison encore qui 
nous indique que la rèvolutiun anacchiste ne 
sera possible qu'à la condition que cet esprit 
d'initiative soit porté, chez la minorité agis- 
sante, à un haut degré d'intensité et suscepti- 
ble de s'éveiller chez ceux de la foule. 

Ceux qu'aura entraînés, par son exemple, 
la minorité agissante, devront être aptes, à 
l'occasion, d'user d'initiative. Il faut que cet 
esprit, chei: eux, soit éveîllê par une propa- 
gande antérieure et que, s'il sommeille, il soit 
au moins sensible à l'exemple qui doit l'im- 
pulser. 

S'ils n'étaient propres qu';'( agir par imita- 
tion, ou parce qu'ils auraient confiance en ce- 
lui-ci ou en celui-là, le succi^s de la révolution 
serait fort aléatoire. 





Une autre vieille conception qu'il faudrait 
également perdre, c'est celle d'une révolution 
[s'opérant en deux ou trois jours, huit jours, 
pn mois même, si l'on veut, mais opérant 
lez brusquement la scission entre le monde 
[présent et le futur. Malgré que beaucoup aient 
compris que ce qui était possible lorsqu'il ne 
S?agissait que d'un changement de gouverne- 
^ment comme dans les révolutions politiques 
passées, ne l'est plus lorsqu'il s'agit d'une ré- 
volution économique, la plupart encore, hantés 
ûr le sûuveuii' des révolutions passées, con- 
^nuent à raisonner comme si la société d&- 
t brusquement changer du jour au lende- 
main. 

Pour s'accomplir, la transformation que 
I90US désirons peut demander l'œuvre de plu- 
lâeurs générations '. Et, en outre, cela deuuin- 
ïera encore beaucoup plus d'initiative de la 
part des individus qui voudront s'alfranchir. 
pr, tant que l'on ne se sera pas fait une idée 
Bette de ce que pourra être cette révolution 

. Voir Ih SocitUé Future, >\,a[>. J où oela fs( plus lou- 
raeiiient développé. 



I 




230 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



qui doit transformer toutes nos conceptions, 
toutes nos relations sociales, on risquera fort 
d'ergoter indéfiniment et de ne pas s'entendre 
sur ce qui lui sera possible et sur ce qui lui 
sera impossible. 

Il y a ceux qui, comme nous Tavons dit, 
croient h un bouleversement brusque de la so- 
ciété, faisant, du jour au lendemain, table rase 
des institutions sociales; il y a ceux qui, 
ayant la notion plus nette des choses, nous 
démontrent que la révolution que nous dési- 
rons ne sera que l'accumulation d'un grand 
nombre de mouvements destructeurs qui au- 
ront un jour, ici, jeté bas tel rouage de l'orga- 
nisation sociale, ici ou ailleurs réduit telle 
autre institution à l'impuissance. 

Il y a ceux qui croient commencer la révo- 
lution et en voir le lendemain ; il y a ceux qui 
espèrent bien en saluer l'aurore, mais igno- 
rent jusqu'à laquelle de ses phases il leur sera 
permis d'atteindre. 

deux qui croient à la puissance sans bornes 
de la révolution disent : « Qu'avons-nous tant 
besoin de discutailler sur tel ou tel principe, 



L'INDIVIDU ET LA SOCIKTE 






occupmis-iiiius donc de faire la révolulîon, » 
et. ils s'imaginent l'avancer ainsi, ne s'aper- 
cevant pas que le meilleHr moyen de marcher 
à la révolution, c'est de stimuler l'évolution, 
en rappelant l'être humain à sa dignité, à la 
fermeté de caractère, susciter son initiative et 
•■sa volonté. 

ceux qui ne se paient pas de mots, qui 
analysent les faits, tout en se rendant compte 
que la crise révolutionnaire est Fatale, que, 
tijt ou tard, la marche des événements pous- 
sera la foule dans ]a rue, ceux-là disent : « La 
révolutionl boni nous savons qu'elle est iné- 
"vitable, nécessaire, même, rien de mieux que 
se préparer pour i^tt-e en mesure, lors- 
'elle éclatera, de lui faire rendre tous les 
lits que nous en espérons. » 
Mais cette révolution n'est pas une fée dont 
pouvoir efficace doit agir par lui-même: 
itte révolution ne sera que ce nous saurons 
faire, rendons-nous donc hien compte, au- 
'ai'avant, de toutes les nécessités qu'elle com- 
irte, afin que, le jour venu, nous ne soyons 
,-j)as pris au dépourvu- 



L'INDIVIDU ICT LA SOCIÉTÉ 



233 



semble, au contraire, eu être le renforcement 
parce que, d'abord, il me semile plus cou- 
ronne aux faits, pI ensuite parce qu'il incite 
les individus à no pas attendre ki révolution 
pour agir, mais ù la considérer comme com- 
ajencée, en mettant, chaque fois que cela est 
lossible, ses actes d'accord avec ses idées. 



■ La révolution accomplie ou. — pour être 
Hus exact — tout en accomplissant leur a'u- 
fre révolutionnaire, il faudra que ces indivi- 
tis se groupent, s'organisent, de façon à se 
"passer des rouages gouvernementaux qu'ils 
auront détruits, ou qu'ils veulent détruire. 

Il faudi'a qu'ils sachent transformer les an- 
ciens moyens de production et d'échange eu 
- une organisation adéquate au nouvel ordre 
tûcial anarchiste qui, laissant tout à l'initia- 
individuelle, en exigera par conséquent 
me grande somme de la part de chaque in- 
dvidualité ! De même que, pour ne pas être 




J 



234 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

absorbé par les plus agissants, chaque indi- 
vidu se remuera à son tour. 

Il faudra enfin que, transformant toutes 
leurs façons d'agir qu'ils tiennent de l'édu- 
cation et du mauvais fonctionnement social 
actuel, ils sachent s'entendre entre eux, de fa- 
çon à savoir trancher à l'amiable les diffé- 
rends qui pourraient s'élever entre individus 
ou groupes sans avoir à recourir à aucune 
autorité, celle du nombre moins que toute 
autre. 

Il pourra leur arriver de se fractionner en 
autant de groupes qu'il y aura, en présence, 
de façons différentes de concevoir ces choses ; 
cela importe peu. ^fais ces groupes, tout en 
maintenant l'intégrité de leur autonomie, de- 
vront respecter celle de ceux qui ne penseront 
pas comme eux, et évolueront à leurs côtés 
d'une façon différente. Là où des intérêts com- 
muns les mettront en contact, il faudra qu'ils 
sachent y apporter l'esprit de conciliation né- 
cessaire sinon à se faciliter mutuellement la 
besogne, tout ou moins à ne pas s'entraver. 

Tout cela, évidemment, s'améliorera avec 



L'INDIVIDU ET LA. SOCIÉTÉ 235 

la pratique des choses, et la nouvelle forme 
de société engendrera, certainement, l'esprit 
de sociabilité qui lui est propre. Mais rien 
ne se crée de rien ; et cet état social lui- 
même ne peut être rendu réalisable que si 
les individus ont été préparés à le concevoir, 
par une large dilTusion des idées, par un dé- 
sir intense de réaliser cet idéal. 

Et quand je dis les individus, j'entends 
toujours la minorité agissante. 



Or, rien que l'énoncé des facultés qui se- 
ront requises de ceux qui seront appelés à 
réaliser l'état social que nous désirons, nous 
démontre que la révolution seule, ne peut dé- 
terminer l'état d'esprit qui doit la faire triom- 
pher; que, tout au contraire, c'est cet état d'es- 
prit qui doit déterminer la conflagration. 

Et cet état d'esprit, c'est la propagande in- 
tégrale de notre idéal social qui doit la déter- 
miner. C'est en soufflant à l'individu le souci 
de sa dignité, en ramenant à avoir besoin 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTK 



231 



Scu|iuiis-iiyu3 (Jonc de faire la révoluLion. » 
tils s'imaginent l'avancer ainsi, nu B'ajicr- 
Bvatit pas que le meilleur moyen de marcher 
iia révolution, c'est de stimuler l'évolution, 
ï rappelant l'ôtre humain à sa dignité, à la 
^melé de caractère, susciter son initiative et 
i volonté. 

[Mais ceux qui ne se paient pas de mois, qui 

Balysent les faits, tout en se rendant compte 

pe la crise révolutionnaire est Totale, que, 

t ou lard, la marche des événements pous- 

fera la foule dans la rue, ceux-là disent : « La 

Evolutionl Ijoni nous savons qu'elle est iné- 

;able, nécessaire, mt^me, rien de mieux que 

se préparer pour ùtve en mesure, lors- 

j'elle éclatera, de lui faire rendre tous les 

lits que nous pu espérons. » 

s cette révolution ii'esl pas une l'ée dont 
[pouvoir efticace doit agir par lui-mi'mo; 
tie révolution ne sera que ce nous saurons 
i faire, rendons-nous donc bien compte, au- 
u-avant, de toutes les nécessités qu'elle com- 
, afin que, le jour venu, nous ne soyons 
ias pris au dépourvu. 



238 L*INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

de procéder, que nous savons nous passer 
d'elle et faire mieux. 

iXous voulons une société basée sur la to- 
lérance, la réciprocité, l'estime mutuelle : 

No laissons pas les autres empiéter sur no- 
tre activité, mais sachons aussi ne pas empié- 
ter sûr les activités voisines. Lorsque nous 
ne sommes pas partisans d'une idée, sachons 
en donner les raisons, mais sachons écouter 
celles do ceux qui ne pensent pas comme nous, 
habituons-nous à agir, en toute franchise, selon 
notre propre conception, ne demandant aux 
autres qu'une égale sincérité. Ne nous occu- 
pons jamais de ce qu'ils font, lorsque leur ac- 
tion ne peut en rien se mêler à la nôtre. Si 
nous en faisons la critique que ce ne soit que 
])uur en tirer les leçons que cela comporte 
pour nous. Etre tolérant c'est un gr^'ind pas 
do fait vers la hicMivoillanco, vers la solidarité. 

Nous affirmons qu'il peut exister une so- 
ciété où les individus sauront pouvoir s'orga- 
niser on groupes producteurs ou consomma- 
teurs sans avoir besoin de maîtres, de chefs, 
ou de surveillants : 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 339 

D'ores et déjà, dans nos façons de procéder 
actuellement, commençons donc à démontrer 
que cela est possible. Eliminons de tous les 
groupements auxquels nous pouvons par- 
ticiper, — lorsque nos coassociés pensent 
comme nous là-dessus ■— tout ce qui peut res- 
sembler à un chef, à une autorité tacite ou 
avouée. 

Dans les groupements où n'auraient pas pé- 
nétré nos idées, que notre initiative toujours 
en éveil, s'exerce en dépit des entraves; que 
notre tolérance apprenne aux autres que l'au- 
torité n'est qu'une superfétation, lorsque les 
individus savent s'en passer. 



Notre initiative pourrait, ainsi, s'exercer en 
mille occasions. On pourrait, dans la pratique 
courante, faire entrer cent façons d'agir qui se- 
raient un pas fait vers la société future et qui, 
une fois adoptées, ne pourraient rétrograder. 

Et cela, non seulement en nos relations 
avec ceux (jui pensent comme nous, mais 



240 



L'INDIVIDU ET LA SOCIETE 



aussi avec ceux que l'idée n'a pas entamés. 
Dans nos relations avec l'autorité, avec le pa- 
tronat, avec les indilférents, il v aurait mille 
moyens de leur faire; malgré eux, compren- 
dre qu'un nouvel ordre social se forme, et les 
forcer de l'accepter. 

Que l'individu arrive à se persuader forte- 
ment de la légitimité de ses desiderata, qu'il 
se convainque bien que son di-oit de vivre et 
de se développer n'est inférieur en rien au 
droit de ceux qui l'entourent, et il agira 
comme s'ils lui étaient acquis. Etre bien con- 
vaincu de ce Ton veut, c'est là toute la force 



XV 



LA PANACEE-REVOLUTION 



Jiîi iiï<U;ii)liysi(iU(î révolutionnaire. — Déviation de I)ut. 
La unVutu. et l'individu, leur action réciproque. — 
L'exploitîition ne subsiste que par la tolérancQ d«»s 
(»x|)loitMS. — Les désirs et la réalité. — L'évolution 
de l'idée amène la lutte contre l'autorité. — Gercl<; 
vicieux. — Et<u'nité de la révolte. — Div(H'gences de la 
mentalité humaine. — Ji'enseigneuHîiit. — L'évolution 
mûrissant, (die assure d'autant le succès de la révo- 
lution. — C'est contribuer à la révolution en aidant 
à transformer les cerveaux. — La révolution n'est 
(ju'un muy»'n. — Los autoritaires ojit intérêt à l'igno- 
rance. — L'idée anarchiste comporte la lumière. 



Kn traitant de l'initiative dans le chapitre 

précédent, j'ai été amené à parler de l'erreur qui 

faisait envisager la révolution comme capable 

de transformer à elle seule, toutes les concep- 

14 



^.jix 



tirais. Il est bon de traiter le sujet plus aiii- 
plenient, cac c'est cette erreur qui motiva l'iu- 
coinpréheiîsion de cliacunsur le véritable rôle 
qu'il a à remplir en l'évolution humaine, et 
la sienne propre. Ou s'est tellement habitué à 
attendre les bienfaits de puissances surnatu- 
relles, que lorsqu'il s'agit de s'émanciper, sur 
cette terre, on attend cette émancipation de 
bienfaiteurs inconnus. 

Après l'avoir attendue deDieu, on l'attendit 
du Itoi ; les rois étant mis à terre, un plai,'a 
sa confiance en l'Etat, raison anonyme des 
gouvernants; puis ce fut en le journaliste du 
coin que l'on espéra, après avoir perdu con- 
fiance en l'orateur d'à côtiS ; parfois c'est du dé- 
puté de demain que l'on attend lemilleniutii; 
chez nous c'est en la révolution que d'aucuns 
l'espèrent. On pose sa coniiance où l'on peut, 
quand on ne l'a pas en soi-mOuic, 

Forts de cette constatation que l'ortj.-inisa- 
tion sociale actuelle ne cédera que devant un 
soulèvement des déshérités, ils s'imagineut 
que le seul but àpoursuîvre est la révolution. 
— Violente, iijouleut-ils, par amour des qua- 



I 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 243 

lificatifs redondants, comme si l'emploi de la 
force n'était pas la violence. 

Absorbés par cette pensée unique : la révo- 
lution nécessaire, l'essentiel, selon eux, est de 
la hâter, de la provoquer toute affaire cessante 
et l'ordre de choses actuel renversé, tout irait 
pour le mieux dans le meilleur des mondes 
possible. 

Leur raisonnement est celui-ci : « Si nous 
attendions que chaque individu ait accompli 
son évolution, nous en aurions pour des siè- 
cles avantde voir s'opérer une transformation. 
L'homme est dans un milieu qui le rend mau- 
vais, il faut changer ce milieu pour lui per- 
mettre de devenir apte à comprendre notre 
idéal d'harmonie ». 

Or, c'est retourner les termes de la question, 
mais ce n'est pas la résoudre. 



Le milieu dans lequel nous évoluons rend 
les individus fourbes, insociables, rapaces, es- 
claves on dominateurs, cela est de toute évi- 



dence; il fautle changer, cela est encore vrai: 
i^l si nombre de nous autres avions en notra 
jiossession, un de ces bons vieux talismans 
des contes de fées qui ont charmé notre en- 
fance, à l'aide desquels il ny avait qu'à for- 
muler son souhait pour que a cela fût »,. 
vieux monde, cela est certain, aurait vécnij 
Mais, génies et fées ne sont, hélas t exista 
que pour la crédulité enfantine; le^ soroîeii 
s'il en reste quelques spécimens en qnelqûaj 
bourgades reculées, sont en train de dispâri 
, tre devant l'instruction; et les talismans, s'^ 
ont cédé la place aux tables tournantes, 
n'ont pu leur transmettre lour puissance.- 
suffit d'un incrédule en leur présence pour lei 
■éduire à l'inertie. T/est sur les seules fûrces™ 
humaines qui se trouvent en ce milieu pour- 
, risseur qu'il nous faut compter pour le changer. 
Or si le milieu impulse l'individu; s'il est 
Ivrai que ce dernier ne peut échapper complè- 
Itement à son influence, il est également vrai 
I^ILG c'est l'individu qui crée, en le transfor- 
, le milion en lequel il se ment, 
Quello que suit la puissance que notre éiA 




L'IN'DtVIDtJ ET L\ SOCIÉTÉ 



soda! fournisse au capitalisme, si ce dernier 
ne trouvait pas dans l'ensemble de ceux qui 
subissent ses effets un appui moral qui lui 
permet de perdurer, celte puissance lui coule- 
rait dans les mains, car les forces dont il dis- 
pose refuseraient de le servir plus longtemps. 
Et, quelle que soit notre impatience, quels 
que soient nos désirs, ce ne sont pas nos ob- 
jurgations révolutionnaires qui enlèveront au 
capital ses défenseursi mais la compréhension 
— vaguement intuitive sinon nettement for- 
mulée — qu'ils font métier de dupes en assu- 
rant à i^leurs exploiteurs la tranquille jouis- 
sance de ce que, à eux, spoliés, il a été enlevé. 
Si, après tant de révollitions, les anciens, 
abusont persisté, ouontréussi, dans le nouvel 
état de choses, à se faire jour sous de nouvelles- 
formes, c'était, il faut bien le reconnaître, ou 
J.5ue les initiateurs du mouvement, trop en 
ffancG sur la foule, n'avaient pu réussir à l'en- 
ttaîner dans leur marche en avant, ou — ce qui 
test plus probable— leur avance sur la masse 
plus apparente qu'effective, laissait en réalité 
leurs conceptions au niveau de la moyenne et 




I.'INDIVIDU ET LA SOf.II'yrÉ 



917 



tiôiis vers le mieux, écrase les volontés les 
bIus fécondes. 

■•Mais, quels que soient nos désirs, queUeque • 
Bit notre volonté ardente d'en finir avec un 
milieu corrupteur, il nous faut compter avoc 
la réalité, et la réalité est que, quelles que 
soient les vertus bienfaisantes dont notre ima- 
gination ail doté la révolution, quelle que soit 
la puissance que nous lui attribuions en nos 
désirs, elle ne pourra ^tre que ce que seront 
ceux qui l'accompliront. 

La révolution n'est pas une entité dont la 
■puissance agit en vertu d'une force secrète 

fl'elle tirerait d'elle-même. Ce n'est pas un 

irsoiniage métaphysique doué de toutes les 
lyîi'tu alités. C'est un fait qui s'accomplit sous 
l'impulsion d'individualités qui ne pourront 
opérer autour d'elles que les transformations 

j'elles auront su, au préalable, déjà opérer 
lans leur cerveau, 

C'est ressasser une vérité reconnue en répé- 
lant que la révolution s'accompîira sous la 
pression de circonstances locales. 

Quand ceux qui, à l'heure actuelle, subis- 



L'INDIVIDIT ET LA SOCIË 



Si de tous temps, ils ont «té majorité ceux 
qui avaient à souffrir de l'ai-bitraire social, 
ils n'étaient que ininorité très intimes ceux 
qui avaient cuinpns i]ue le mécanisme social 
foiiclioiinail à leur détriment. 

De tout temps aussi, cette minorité a existé. 
Toujours ily a eu des individusqui étoutFaient 
sous l'état do choses existant, et voulaient 
élargir le cercle dans lequel se mouvait 
riiumanité. Mais, bti temps ordinaire, ces in- 
dividus restaient isolés, incompris de l'énorme 
masse. Ce n'était que lorsqu'un noyau plus 
important d'individus était parvenu à s'as. 
similer quelques-unes de leurs vérités, que 
ces vérités devenaient aptes à commotionner 
les foules. 

Or, à l'heure actuelle, l'idée anarchiste remue 
fortement certains cerveaux; par certains cô- 
tés elle a prise sur la masse, elle commence 
à vouloir entrer dans les faits, mais force nous 
est bien de reconiiaitre que, si l'on accepte 
certains de ses détails, elle est loin d'être com- 
prise en son ensemble, et qu'elle a encore une 



J 



n 



L'iNmVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



longue période évolutive à accomplir avant 
d'être toute-puissante sur les foules. 

Mais cette évolution des idées nous prouve 
que quelle que soit l'influence du milieu, il y 
a des organismes qui y sont plus ou moins ré- 
i'nictaires; quelle que soit l'ambiance, il y a 
des aptitudes qui s'acquièrent et se transmet- 
tent d'une génération à l'autre. Unissant par 
amener ceux qui en héritent !i-suivre une voie 
évolutive différente de ceux qui, continuant à 
subir les influences premières, se modèlent 
plasliiiueiiienl Jius coiulilious (l'e\istoiice qui 
leur sont laites. 

Ce qui se passe dans rrudre physiologique 
se passe également dans le domaine inlellec- 
tuel. 11 y a — je néglige les nuances — ceux 
qui, croyant raulorilé et le capital les deux 
assises nécessaires de lout ordre social, les 
suliissent ou les iléfendiint sans clierclier à 
les analyser, ao conforment passivement aux 
enseignements de la morale qu'on leur incul- 
i[ue dès leur naissance; il yaceuxqui veulent 
lesmitiger en yapportant quelques perfection- 
nements; et ceux, enfin — dnni nous faisuub 



252 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



partie — qui, trouvant tout le système mau- 
vais, veulent le détruire de fond en comble, et 
cherchent à réagir contre les conditions d'exis- 
tence qu'on leur impose. 

Analysant les préceptes qu'on leur ensei- 
gna, ces derniers n'acceptent qu'après mûre 
délibération ce que leur raison leur fait trou- 
ver juste, et repoussent tout ce qui ne leur pa- 
raît pas absolument démontré. Et si cet esprit 
critique ne se transmet pas toujours d'ascen- 
dant à descendant comme certaines aptitudes 
physiologiques, il se transmet par l'exem- 
ple, par l'enseignement, au sein des géné- 
rations, vivantes, et à celles qui suivent. 
Chaque progrès qui s'accomplit, est un pas de 
fait vers la possibilité de la révolution. 



Lorsque j'ai déjà traité ce sujet, quelques- 
tius ont cru que je désirais voir reculer la ré- 
volution pour que chacun eût le temps de 
transformer sa mentalité. C'est là une erreur. 
En parlant du rendre les individus conscients, 



L'INDIVIDU ET LA SOClKTli; 



253 



j'ai toujours en vue la minorité agissante, la 
minorité qui, pai- son exemple, doit exciter la 
masse plus réfraclaîre, n'attrapant que des 
Ijribes des idées jetées au vent. Mais il ne 
faut pas oublier que ce sont ces bribes qui 
germeront plus tard sous la poussée des évé- 
nements, et qu'il faut les semer pour qu'elles 
germent. 

Il est, je crois, un l'ait indéniable plus 
l'idée aura le temps d'évoluer et de se déve- 
lopper, plus la i-évolutiou qu'elle engendrera 
sera mûre, consciente et profonde ; mais il ne 
dépend de personne d'avancer on de reculef 
les événements à la réalisation desquels con- 
courent des milliers de causes. Chacun da 
nous, par notre action, y entrons bien pour 
une pai't, mais sî infinitésimale, que cetto 
part d'action disparaissant, le cours des évé- 
nements n'en serait pas sensiblement modilié. 

Donc, à quel point de vue, que nous envisa- 
gions la révolution, il n'en reste pas moins 
acquis qu'elle est nécessaire, inévitable. Kt 
alors, quand nous demandons aux individus 
qui travaillent à sa réalisalion, de ne pas se 




k 



Itoriier à de simples, désirs, à de vagaes aspi- 
rations, à d'indécises formules que l'ou ré- 
pète sans savoirce qu'elles signifient, ce n'est 
pas ajourner la révolution, ni la diminuer, 
mais bien au contraire lamplifier en la dési- 
rant plus grande, plus profonde et plus fé- 
conde. 

Bien mieux, si chaque individu, en ses ac- 
tes, dans son entourage, dans sa sphère d'ac- 
tion, dans la mesure de ses moyens, selon 
l'inLensité de ses convictions, ai'rivait déjà à 
L'urriger. à supprimer ce qui lui semble cho- 
quant de la façon actuelle de procéder, il au^ 
rait contribué à avancer la révolution en 
jiidant à créer un état d'esprit en désaccord 
avec les institutions présentes. 

N'est-ce pas l'aire œuvre révolutionnaire des 
pins rationnelles que d'essayer d'apporter, ou 
nos relations présentes, un peu de ce que de- 
vront être nos relations futures? Et comme 
une nouvelle manière d'agir amène insensi- 
blement ceux qui sont en contact avec elle à'" 
une nouvelle iat^on de penser, c'est, eu agis- 



t L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

)• sant ainsi, agrandir les possibilités révolu- 
[ tioniîuires. 




La révolution n'est pas une idée, ce n'est 
pas uue couception sociale. C'est un fait, une 
nécessité, un moyen. Elle doit déblayer le 
terrain dusobstacles gui empêchent l'évolution 
humaine; rien de plus, rien de moins. Elle 
- n'apporterait pas un facteur nouveau à l'évo-, 
-lution sociale si ceux qui l'accomplissent, 
n'ont pas, en puissance, en leur cerveau, une 
idée qui les fasse agir. 

Ausai, dire que l'on veut grouper les indi- 
vidus pour faire la révolution, c'est parler pour 
ne rien dire ; car, sauf exceptions des plus 
rares, on n'est pas révolutionnaire pour le 
seul plaisir de se battreoude culbuter un gou- 
vernement. On groupe des individus autour 
d'une idée; si cette idée, pour sa réalisation, 
comporte les moyens révolutionnaires, ces in- 
dividus se préparent à la râyolution en déve- 
loppant IcTiï idéal, voilà tout, 
Lea autoritaii-es qui ont la prétention i\<: 





858 fINDIVIDU BT I.A SOCIÉTÉ 



s'emparer du pouvoir et de s'en servir pour le 
bien de tous, peuvent, eux, considtîi'er comme 
secDndaii'es leurs idées de transfurmation so- 
ciale. Qu'importent que les individus sachent 
plus ou moins ce que l'on attend d'eux, si on 
espère s'en servir pour assurer l'autorilé à 
l'aide de laquelle on opérera les transforma- 
tions que l'on aura décrétées. L'objectif étant 
de s'emparer du pouvoir, il suffit de grouper 
les individus désireux d'un simplechangement 
polilique, sans notion sur ce que devra ^tre 
le nouvel ordre de cboses, puisque l'on se 
charge de penser pour eux. 

Lorsqu'on a la volonté de couimaudar aux 
autres, 11 est inutile — même dangereux — de 
chercher à les instruire sur ce qui leur serait 
le mieux. Pourvu que les chefs sachent ce 
qu'ils am'ontàdécréter au lendemain de la vic- 
toire, inutile de perdre son temjis à fourrer 
des idées dans la têle de ceux qui auront à 
obéir. Kt encore, cela ne réussit-il pastoujours ; 
car il arrive que ceux que l'on aenrôlés échap- 
pent à votre commandement pour aller A un 
chef qui leur semble plus aptes. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



HP } 



Mais c'est pour les anarchistes, qu'il n'en 
va pas de même. II faut que ceux qui partici- 
peront à la révolution aient la conscience 
claire de ce qu'ils veulent eux-mômes, et ce 
n'est que la compréhension nette d'un idéal 
qui peut la leur donner. C'est donc à fourrer 
.■des idées dans la tête des individus que cou- 
le la vérilahle besogne révfilulionnaini. 
En temps normal, c'est la masse ignorante 
qui impose ses volontés, retarde l'évolution et 
travaille au maintien des vieilles institutions. 
îte suffrage universel, ce recruteur de médio- 
'ités, est bien l'inslrument approprié au rè- 



Mais, au sein de cette masse, se créent des 
fentres d'agitation qui, graduellement, arri- 
vent à lui communiquer une partie de leurs 
trépidations, àl'entrainer dans leur orbe. C'est 
wih où la minorité intelligente prend sa re- 
Epanche sur l'ignorance, en l'entraînant, mal- 
5 elle, au progrès et à l'alTranchisjiement. 
kSi l'évolution avait le temps de s'accomplir, 
i révolution serail fécondeen résultats; mais 
■y ades circonstances politiques, compliquées 




258 l'individt: et la société 

de causes économiques, qui poussent parfois la 
minorité dans les rues avant que les idées 
aient accompli leur lent travail d'évolution. 

Malgré cela, si elle a bien compris son rôle, 
la minorité agissante peut avoir une influence 
sur le cours de cette révolution. Qu'elle ac- 
quière dont une conscience nette de l'idée. 

Mais, si, comme dans les révolutions i)oJiti- 
ques passées, elle n'a, elle-même, aucune idée 
dans la tête; si tout son révolutionnarisme 
n*est que de surface, en les mots, en une atti- 
tude plus ou moins belliqueuse, c'est la masse 
qui la submergera encore en retournant à son 
point de départ. C'est pour qu'elle ne se laisse 
noyer ni déborder que je voudrais la voir 
consciente. 



■ 



XVI 



NE CRAIGNONS PAS LA VÉRITÉ 

T. a création de Dieu. — C'est la crainte qui donne nais- 
sance aux concepts divins. — Après avoir ctcmî Dieu, 
riionune en arrive à douter de son existence. — Il le 
démolit pour en créer d'autres. — Transposition d'at- 
tributs. — L'homme n'est qu'une quantité négliçfeable 
en l'univers. — L'humanité n'est qu'une abstr.iction. 
— Les leçons de l'état social actuel. — Développons 
notre individualité. — L'âme. — La matérialité de sa 
conception. — Relativité de l'immortalité. — L'effroi 
de la mort. — Le doute a détruit toute rénovation reli- 
gieuse. — Notre idéal. 



Comme nous avons eu maintes fois l'occa- 
sion de le constater au cours de ce volume, ce 
qui a surtout contribué à ravaler, chez Têtre 
humain, le sentiment de son individualité, ce 
sont toutes les entités, sorties de Timagina- 
tion humaine. 



2»;0 L'IXIUVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



ToQS les phénomènes cosmiques atmosphé- 
riques et physiques que l'homme voyait se 
déruuler sous ses yeux- sans pouvoir s'en 
expliquer la raison ni le mécanisme, lui don- 
iièirnt rillusion d'une volonté cachée, supé- 
rieure îi la sienne. 

Soumis à leurs effets, ils devinrent p^jur lui 
les actes d'un être supra-terrestre doué d'une 
gnindt' puissance, puisque sa volonté se tra- 
duisait eu actes d'une grandeur terrifiante par- 
fois. 

Les éclairs, le roulement du tonnerre, la 
pluie, le vent, les tempêtes, furent les signes 
de l'activité d'êtres invisibles manifestant 
jiirisi leur existence à l'homme terrifié. Et 
coriinie l'homme ne donne essor à son ac- 
tivité qu'en vue d'un but déterminé, l'action 
de ces êtres inconnus ne pouvait avoir d'au- 
\rr mobile que de nuire à l'homme, puisqu'il 
était sensible aux manifestations de leur acti- 
vité! Il fallait donc les calmer ou se les ren- 
dre.* propices. 

(]() ne fut que par une autre évolution en- 
con;, que chaque élément fut anthropomor- . 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉÏK 



N 



phisé et devint une entité abstraite, le com- 
mencement d'une Divinité qui prenait place 
en l'Olympe qui se développait en l'imagina- 
tiun humaine. 

Et l'esprit religieux de l'homme a évolué 
ainsi d'une absurdité à l'autre, variant ses 
dieux, ses conceptions. Nous avons effleuré, 
en passant, le mal qu'il accomplit dans l'évo- 
lution humaine. 

Mais l'homme prenant de plus en plus la 
conscience exacte des forces qui l'entouraient. 
Dieu eut, à son tour, à suhir les attaques de 
la critique, sur ses attributions d'abord, puis 
finalement sur son existence. 

Seulement, tout en attaquant l'existence de 
'Dieu, l'espritanthropomorphisateurde l'hom- 
me ne pouvait disparaître ainsi, brusquement. 
Dieu n'existait pas, cela fut entendu; mais la 
Nature, les Forces, la Matière, les Lois Natu- 
relles, toutes les attribnlions do la Divinité 

ifunte héritèrent chacune d'une part de son 
nipotence et devinrent autant d'entit(5s, 

lissant et voulant, se substituant aux aulo- 

ilé mortes en le cerveau de l'homme, s'y 




.llrallii.- ,-, lliïrl.-r ,|ll 
^nS, l'I II' |:ii'^-;:iil IDIII ;lll-i^i r^cl 

,nill(.Jj,Li iiui .T.n:nl s-,.|ivlil„'.,v! I 

' ^''1" "'•'■ -'■ l'r"l"'sr .vl! 

Tel but^J^ffmnliilr ' » — » l,r^ I.nis iiatuR' 
Mit. (VJKté telle r:rn.]ii il'i'lir! ( i'rsl coiilr; 
,n,«T^.,l:,,i,-,|,.|,.||,.f,,,n,M, 
"l,.i TOière^^^fti. !.■- l'nnvs ilisoiU cel^ 
|.~ . i|.l9 devenaient am-i (li'sr;iiisi's; ^'l. i 
Jniir-.- I homme s'afjiMtniiilhiil iIim-miiI les Du 
(|ii"il .■»v;iil ^os! 

'lli' rcl i's[)i'il iiiL'l:i|iliysiqn('. ce qu'il ;il ^. 
{':iii '!>' iiril ;i I liiiiiciiiilé ! Aiijuiii'd'hiii. enct^^H 
|..niiii niix iiin ;uvr|,l,.iM li'xplicmion ^'a^^J 
l>>niii-l<' >{r riiniM'!'^ I>irn riivi>^;igen^H| 

V^phllr 1 |-:v.i|lllinli r ,1,'srllrS vlvfil HB 

llrllllllTh,lllh[ll';iV.rilllr\n|olllr|VlUVllif.V 

i(tiliiil(|i'|i'nMin<i.i|.'.;r.'l:iiil|..^,nHnlilintis(r 
liviJ.' ili- Iti iiKili.MV nii Uni ilViirtn 

1,1 l'iiiin;uiiiiil('ii-.>iic.un'.il siiriiUlécnr 

1,1 II. 1 lliiiii,ilii[i\;i\'r. iiNf r;ij)i(;il(' puur qu' 

'■ -' ■ bonni mes e grecg tête ceinte' /.' 

-~ iil 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÈTfc Sef, 

tre fait le centre de tout, Thoninie. ne peut 
consentir à se confondre avec la matière en 
l'espace ; qu'on lui accorde au moins, une 
transmission vague de sa pensive j'i travers le 
temps et l'espace i 

Eh bien, non. Quelqne décevant que cela 
soit pour notre înfatuation. quelque mortifiée 
en suit notre vanité, il faut en rabattre de cette 
prétention qui, à toute force, veut faire gravi- 
ter l'univers autour du genre humain. 

Ce que nous voyons, ce que nous sentons, 
ce que nous entendons, ce que nous décou- 
vrons, existe parce que des forces en contact 
ont donné naissance à tel ordre de phénomè- 
nes qui, ayant trouvé des conditions d'évolu- 
tion favorables à l'éclosion de ce que nous 
constatons, l'ont poussé en cette direction. 
Mais, si les forces en présence avaient été au- 
tres, si les conditions d'évolution avaient été 
modifiées par la présence d'agents nouveaux, 
cet ordre de phénomènes que nous consta- 
tons aurait pu être tout dillérent, sans que 
riiarmnnie universelle en fût bouleversée, 
l'homme aurait pu ne pas naître, sans que 




lii marche du système solaire en fût inodifiée 
I.'huïiianité — sans grand H — n'est dfjiic 
qu'un accident des forces naturelles, elle ntt 
marche vers aucun but défini. Son évolution 
n'est que la résultante des individualittîs qui 
la composent, et, pour celles-là, le bnt c'est 
de s'accommoder de leur miens aux coiidilhins 
prfeeiites de la vie Et la vie vaut assez par 
elle-mi!me, pour que ceux qui en jouissent 
. cherclient à se la rendre la plus agi-éable pos- 
sible, essaient de la d^ban-asser, en la mesure 
de leurs forces, des entraves apport<^es 
l'ignorance géni5rale. 



« Alors, » nous dira-t-on, o c'est la lutte 
' pour la vie en toute son horreur que vous pro- 
clamez, c'est le déchaînement dos appétits les 
.plus grossiers, la mort de tout idéal? » 

Pas le moins du inonde, la société actuelle, 
^produit séculaire de l'égoïsme étroit qui, 
l n'ayant en vue que la satisfaction immédiate,, 
r sans s'occuper des conséquences nltérieurei 



I 

nie '-"H 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



267 



cherche à se satisfaire, même s'il est néces- 
saire', au détriment d'autrul, nous montre que 
les individus ont suivi une mauvaise voie 
pour trouver le bonheur sur la terre. 

Elle nous démontre qu'un bien présent peut 
avoir pour conséquence un mal futur plus 
. grand; elle nous enseigne que la satisfaction 
égoïste, isolée, d'un besoin, au détriment d'un 
semblable peut en empoisonner le souvenir 
enînotre^mémoire alors que le besoin est passé 
et nous n'y trouvons plus qu'amertume. Les 
faits nous apprennent que, pour être complet, 
le plaisir ne doit pas être pris au détriment de 
ses semblables, mais être partagé avec eux. 
Anneaux d'une chaîne ininterrompue, les 
individus subissent l'impulsion de ceux qui 
les ont précédés, comme ils impulsent ceux 
qui leur succéderont. Notre activité, nos actes, 
voilà ce qui nous rattache à ceux de notre es- 
pèce et fait, avec des individualités éparses, 
un tout continu. 

Si nous voulons nous survivre, faire que 
notre souvenir ne meurej pas avec notre indi- 
vidualité, faisons quelque cbose d'ulile à nos 




> 



268 L'INDIVIDU ET- LA SOCIÉTÉ 

semblables, faisons en sorte que notre exis- 
tence ait été utile à l'espèce, et la meilleure 
façon de lui être utile est de développer nos 
virtualités. 

Chacun de nos actes se répercute dans notre 
milieu, sur les actes de ceux qui nous entou- 
rent, modifiant les conceptions de ceux qui 
nous survivront, et ainsi de suite en l'espace 
et le temps, absolument comme les ondes que 
fait vibrer la pierre jetée à l'eau. Pour que 
ces ondes se multiplient, que leur cercle s'é- 
largisse à notre œil, il suffit de multiplierje 
jet des pierres à leur centre. Que notre action 
se répète et se multiplie de façon à laisser une 
empreinte durable. 



Ainsi, nous nous rattachons aux généra- 
tions; plus nos actes utiles, à nous et aux 
autres auront été répétés, plus vivace restera 
notre souvenir, plus d'espace il embrassera. 
Mais écartons, une bonne fois pour toutes, ces 
fantasmagories métaphysiques, produit de 



1 



. . -..- \^r^ 



L'iNDlVlniJ lïT LA SOCIÉTÉ 



|..,_ 

^^H# pas de même. 11 faut que cqux qui partici- 
^^^nei'ont à la révolution aient la conscience 
^^Klaire de ce qu'ils veulent eux-mêmes, et ce 
• n'est que la compréheusion nelte d'un idéal 
■ qui jjcut la leur donner. C'est donc à fourrer 
s idées dans la tête des individus que cou- 
rte la véi'italtle besogne révoluliunnaire. 
En temps normal, c'est la niasse ignorante 
impose ses volontés, retarde l'évolution et 
iïavaiUe au maintien des vieilles institutions. 
i suffrage universel, ce recruteur de médio- 
, est bien l'instrument approprié au nV 



Mais, au sein de cette masse, se créent des 

Centres d'agitation qui, graduellement, ai-ri- 

L lui communiquer une partie de leurs 

ÈF^pidations, à l'entraîner dans leur orbe. C'est 

, où la minorité intelligente prend sa re- 

nche sur l'ignorance, en l'entraînant, mal- 

fté elle, au progrés et â rafrranchisseraent. 

, Si l'évolution avait le temps de s'accomplir, 

t révululioii sarait fécorideeii résultats; mais 

By adescirconstances politiques, compliquées 



L'INDIVIDU KT hk SOCIËTâ 



venir plus sobtiie. Et comme celte dernière, 
elle a passé par tontes les métamorphoses. De 
chose vague, imprécise, confnse, se ilégageairt 
(l'an vague sentiment de crainte, elles étaient 
devenues entités subjectives ans contours 
arrêtés. Attaquées par la science qai démon- 
Ire leur irréalité, elles s'atténuent, redevien- 
nent flou, imprécises, sans contours ni con- 
sistances, impalpables, jusqu'à ce qu'elles 
s'eiivolenten la fumée dont elles sont fonnées. 
Et comme cette création de notre cerveau 
nous échappe, on voudrait aujourd'hui les re- 
trouver en une vague conscience de Vhuma- 
nitéensonévolntion ; tout cela c'est un besoin 
fie notre espril ruttapliysique, et rien de plus. 
L'humanité disparaîtra lorsque disparailxont 
les causes qui assurent son existence. Xotre 
■système planétaire disparaîtra un jour, lors- 
que disparaîtra l'équilibre des forces qui l'ont 
produit. 
Les matériaux dont il est formé se désagré- 
, gsrout pour former de nouveaux systèmes. 
rMais avanl que s'éteigne la vie sur notre pla^vf 
[ Hùli^, nnusavfiiis. pnrail-il. encoredes mniioj 




t'INDlVinO ET LA SOCIÉTÉ 271 

d'années devant nous. K'es-t-ce pas snffisant 
pour contenter encore bien des ambitions? 
Que savons-nous de ceux qui vécurent il y a 
cent mille ans? Nous ont-ils laissé le nom de 
quelque individualité? Nos souvenirs ne vont 
pas au delà de dix mille ans. Qn'avez-vous 
dune besoin d'immortalité! 



« Il était consolant pour l'homme, nous 
(lit-oti: d'espérer revivre en une autre vie où 
il retrouverait ceux qu'il avait aimés! Pour- 
quoi lui enlever cette illusion qui lui faisait 
accepter les misères de la vie sans murmu- 
rer, alors que nous n'avons rien à lui offrir 
en place? » 

Parce que le catholicisme nous a inculqué 
un elTroi incompréhensible de la mort ; parce 
que, trop iufatués de l'importance de notre 
espèce, nous ne voulons pas accepter ce que 
nous appelons une déchéance, il nous faudrait 
■ donc respecter les illusions nées de notre ima- 
gination? Pourquoi? Le doute les a atteiiites. 






'■'€.• 



■: quVlJi-. --niil l'iMiniuni M' iiMu^; 

TplusT^liiiil <\w. \\\ (■('■;ililL-? alui 
'l''llnitive nous n";iiiîvniis nn'iiir ji;!.-! 
l'iiii'^r. Çomiiir iMiii ,v (lui \il. l'I 

V 'nrf. .■!! l.-iiil rru-inilividii. v 



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Ixniii'til 11 -r iuiiihiiiniL ni Ay miuv 
^<iL'î,iiii(iis (jni III' jti.rtiMLl iiiK-iiiie Ir. 
CMiii|,iiiiii^^nii-.ri!H.-riruivs ; telle est laj 
-M:iis cfl.il rlioiiuniolfo snil' d'éternité 
viiiiilriniis |iiT(luivf- nous survivre, el 
'■■■niMH ;i rivr luiili.' ui'tli' raiitiisiiia, 

i.iiw-. A |.|v-,_ (IMiiirs <'\ iresprils. 

■ ■' ■ ■ . ■ . ■ ilivriil,;. ,U.s 1 



co, lé à \h lulion lôrf 



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mi^ »*** I 



^ 



L'INDiViDU ET LA SOCIÉTÉ 



Nous voulons de l'idéal? — La vie sociale 
ne compurte-t-elle pas assez de grands siînti- 
ments pour nous y tailler des idéaux assez 
grands encore pour dépasser nos forces, et que 
nous restions longtemps encore au-dessous de 
leur réalisation ? Alors que nous vibrons de 
jeunesse, que le sang circule impatient en nos 
veines, allant activer nos cerveaux, u'avons- 
iious pas assez de la vie telle qu'elle est, pour 
l'airaer et la vivre sans avoir besoin de cher- 
cher au delà? Sachons donc rester toujours 
jeunes. 

Nous voulons que. après notre mort, il s«L- 
siste quelque chose de nous ? — Sachons nous 
rendre utiles à nos semblables en la vie. 
Soyons gi-ands par le ca'ur, soyons forts par 
notre action sur noire propre individualité 
pour l'être sur celle de nos semblables; soyons 
utiles par le peu de beau et de bien ipie 
nous iiouvous accomplir, et alors notre indi- 
vidualité ne disparaîtra pas complètement ; 
nous nous survivrons par l'iiiOuence de ce 
que nous aurons fait par l'exemple donné. 
Notre souvenir surnagera d'autant plus long- 



274 L'INDIVIDy ET LA SOCIÉTÉ 






temps que notre action aura été plus pj 
fonde. 

Ceux qui viendront après nous, plus < 
moins influencés de l'impulsion que nous a 
rons pu produire, nous rattacheront, par leu 
œuvres, aux générations qui les suivron 
N'est-ce pas là la véritable survivance de l'e 
prit plus que ce grossier spiritualisme qu 
tort un qualifie ainsi, puisque, en fait, il n'e 
que la matérialisation de nos concepts, et qi 
Ton n'a jamais pu nous le représenter qu'hî 
bille de cette « vile matière » tant conspuée 



xvn 



RETOUR A LA SIMPLICITE 



a Non possuniiis ». — Eternels recommencements. — 
I/amour du merveilleux. — Les complications de l'es- 
prit humain. — Ce n'est qu'à l'usage des choses 
que nous apprenons à les simplilier, sauf le gouver- 
nement qui, lui, va toujours se compliquant. — Im- 
perfection do nos sens. — L'ignorance engendre le 
merveilleux. L'esprit anthropocentrique. — Substitu- 
tions d'entilés. — Origine animiste de l'esprit reli- 
gieux. — « Subjectivisation » de la matière. — Retour 
au point de départ. — Pauvreté de l'imagination hu- 
maine, malgré sa tendance à amplifier. — Première 
déviation de l'évolution. — Contribution de la littéra- 
ture à l'erreur. — Tyrannie de l'habitude. — Les amé- 
liorations compliquent mais n'améliorent pas. — Un 
rêve. — Aveu de lâcheté. — Les petits effets peuvent en 
produire de grands. — Abdication de Tindividualilé. 
— :\lan(|ue d'initiative. — Notre action comporte sa 
propre sanction. 



Toutes les critiques que Ton puisse faire 





'■'f,- 



ir i.;t la société 
■ l'inilividll iMi rétatsjjoial J 
tre ^ili' ^ ■■lii;nici]ni|.itni.lniit col;i i^^^ft^^^J 

lt.<\ liM'Il.s^ir.U llJllis. l,irSC[tt'î} S'iHH 

:rs sm !.'i ii'r.'vsii^' il,. iV'alisor li'^^Bar- 1 
■liep^lilurli'iiii iNvirnjioiil Jup^^^^ J 
■ni nii sr i-L'tr;ilirlient -C(| 

Tue n'a^ulô Jj:)^ 1111 iiiiuiviiis Vûlllj 

iiialiiiue est dpTiii i i 

«i^ilIlil'S Sl.lll licllis. iiiiiis 
[ii'iilii'iilili's, t'ipur liai' liîl poSHibli' la soci 
qui' viiiis iii\ is[i;^u/. il î'iiiidniit ilB^Bite j 

1" i-ii »H|fll 

Knviir .'nnniir. Il t'iiuilni. cehi HMSI 
Mil", iiMHil i^viilui;. ayiinl a^»| 

llinil.liili' Ml|iiTii'll|Vii tdl,. qli,. uol " 

i|ii.' l.iM.i'h'l.i :,r Ilr. iiiiiis iir iHllf 

i^M'iillrlIniiiiil ilrs rires iirluels. ni 
iiiiivlili.ii! .1 Miriélù liiimiiii 

: • : , . ., I,- ,],. rrxrr m 

.r __.itunii,il uu. aos cln-^ia; i 

:,5)Ci »E^ Bas K| 

■s pi)S' \-A s libi-e y\\ (tes tMJLl 




soius et lies passions do l'être humain que 
nous voyons reposer la bonne marche de l'or- 
ganisation sociale entrevue. 

« Vos idées sont belles, mais ne sont jias 
réalisables! » nous répète-t-on. 

Kt vous voilà forcé de reprendre an ;i un 
tous vos arguments, vous voilà revenu à volro 
point de départ, recommençant la discussion, 
absolument comme si elle n'avait- pas eu lieu. 
Ahl c'est que l'humanité a été tellement me- 
née en laisse, tellement asservie, tellement ha- 
bituée au mensonge, ù l'illusion, qu'elle croira 
plutôt au monde des fées, jï la puissance des 
dénies, des Djinns, des Elfes, des Korrigans, 
qu'à la possibilité de marcher un jour sans ses 
entraves. 

Des hommes s'organisant entre eux, de fa- 
i;on h vivre sans les mille liens du formidable 
appareil social d'aujourd'hui. s'enti;iuianl ré- 
cipruqui'iiieiit sans la masse d'inlérmédiairiL's 
parasitaires actuels, cela e&l bien trop simple 
pour notre entendement faussé. L'habitude des 
choses compliqaées est si bien ancrée en no- 
Ire cerveau, qu'il ne nous est plus possible 



I 



Uë peiisef , de priiue abord- anx choses sîmp] 
qui ne&QUs paraissent plus qn'eufaiiiiliagi 
à preuiière Tne. La \én\è sera là. sous n( 
yeus, les crevant par soa évidence m*>ine,c'ci 
au loin, en des explications «uchevétrêes qn 
nous allons'la chercher. 

Et cette aberratioii est portée en loates 
branches de notre activité. Ainsi, en mécaiu 
que, lorsque se crée une invention, cela débuj 
par une machinerie compliquée de rouage 
multiples, pour lie produire, le plus souveni 
qu'nii travail inédioci-e, lent et avec uu 
yranile dépense de forces, gi-àce, justement, à* 
la complexité des rouagos. 

Mais, peu à peu, lorsque la machine est 
entrée en la pratique, lorsque l'usage eu a 
l';iit connaître les défauts, lorsque, passant de 
mains en mains chacun y a apporté , une 
petite modilication, la débarrassant, ici d'un' 
rouagii inutile, !;^ de leviers compliquant sans 
profit sa inarche, le monstre grossier et com- 
pliqué s'allège, prend une marche plus régu- 
lit'iro, produit un travail d'autant plus pai-fait, 




J 



L'INDIVIDU ET LA SOr.ll';TE 279 

exigeant d'autant moins de force, qu'elle est 
plus simple. 



Il on est de nit-me pour les opérations intel- 
lectuelles: notre cerveau, en aucun ordre d'i- 
doL^s. ne -conçoit primitivement les raisonno- 
Toent simples. Il va d'abord à l'abstrait, au 
confus, à l'exagération; oe n'est que par un 
énorme et lent travail de réflexion qu'il se 
débarrasse des aberrations, en rc\'ient aux 
explications rationnelles. 

C'est qu'il est très difflcile à l'homme de 
voir les choses telles qu'elles sont, sous leur 
véritable aspect, de saisir les rapports qu'elles 
ont entre elles, d'en démêler chaque, élément. 
Ses sens, par lesquels il est en rapport avec 
le milieu où il s'agite, sont, déjà, des plus 
imparfaits; ce n'est que par une longue édu- 
cation qu'il arrive à s'en servir; ce n'est qu'en 
les exerçant continuellement qu'il arrive à les 
développer. Et, même au degré d'évolution 
l-attfiintpar nous et dont nous nousenorgueil- 





uuQvolonté; après les avoir anthromorphisés. 

Son intelligence s'élargissaiit, il arriva à 
concevoir plus rationnellement les choses : 
mais qu'il est loin encore d'une explication 
absolument scientifique, débarrassée de tout 
esprit métaphysique! 

Les entités divines s'étaient évanouies gra- 
duellement dans l'explication matérielle des 
faits, mais pour donner naissance à de nou- 
velles, en « faisant des petits ». Chassées d'un 
domaine, dépouillées d'une partie de leurs at- 
tributions, elles renaissaient sous d'autivs 
noms ou avec des frères et sœurs ayant hérité 
des fonctions qu'on leur enlevait. Une divi- 
sion du travail s'opéra dans l'Olympe au fur 
et î'unesure que s'élargissaient les conceptions 
humaines. Les Dieux s'idéalisaient, on cher- 
chait à les débarrasser de leur gangue hu- 
maine, à faire oublier leur origine, mais 
comme il est impossible à l'homme de conce- 
voir rien en dehors de lui, ces Dieux et entités 
eurent toujours dfs formes anthi-opomorphi- 
ques, malgré qu'elles devenaient moins nettes, 
moins précises, au fur el â mesure que 




l'homme voulait les idéaliser. Lear origiin! 
terrestre n'en resta pas moins toujours flot- 
tante en l'imagination humaine: Jupiter, 
Mars, Apollon, Vénus, et tous les habitants 
de l'Olympe ne devinrent plus que les direc- 
teurs des phénomènes terrestres, physiques 
ou atmosphériques qu'ils avaient incarnés 
primitivement, après avoir été les forces natu- 
relles elles-mêmes. Il suffit d'analyser leur 
légende pour y retrouver leur identification 
avec l'animisme le plus grossier. 

Plus tard, on trouva ces Dieux trop encoiu- 
hrants, on voulut les hiérarchiser pour finir 
jiar mettre tous leurs attributs, toute leur puis- 
sance, eu la main d'un seul. 

Dans son ignorance l'homme ne puuvait 
croire à son existence et à celle des choses, 
sans une volonté préconçue, directrice, sans 
an but à atteindre. Il pleuvait, il tonnait, 
C'ât^t l'oauvre de quelqu'un, en vue d'qbou- 
L un dessein prémédité i Et la fondre, -la 
pluie, les vents, après avoir été déifiés rede- 
vinrent, par sélection, simples manifestations 
de l'activité divine, I.fS partisans des causes 




r. 'INDIVIDU ET LA SOCIETE 



383 



finales tendent à en refaire des êtres. Tout en ■ 
se transformant, l'erreur reste toujours la 
même. 

Oui, encore aujourd'hui, malgré que l'idée 
du supra-uaturel commence à disparaître mal- 
gré que s'efface l'idée de Dieu, combien qui, 
acceptant la théorie des forces matérielles, 
identifient encore inconsciemment ces forces 
enactivité à des entitésrégissantleurs propres 
, phénomènes. Pour combien encore la Nature, 
le, Transformisme, l'Evolution, la Sélection, 
sont des personnes qui conçoivent, veulent et 
dirigent l'application desforcesenniouvement. 

Notre esprit est fauss6 par toute une méta- 
physique issue de notre ignorance, nous ne 
savons pas encore voir les choses sous leur 
véritable aspect. Nous nous débattons toujours 
au milieu de l'erreur et du préjugé I Notre es- 
prit semble parcourir un long cycle où ayant 
égrené toutes les fausses conceptions, il re- 
vient à son point de dépai't. Heureusement que 
à force de recommencer ce petit manège, il 
finit toujours paréliminer définitivement quel- 
que petite erreur, à acquérir quelque nouvelle 



I 



284 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

vérité. Mais que de travail encore, avant de 
noiis iHre débarrassé de tout notre bagage 
d'erreurs, avant de connaître la vérité complète. 



\ 

\ 



En sociologie notre imagination ne s'est pas 
comportée autrement. Les sociétés ont bien 
commencé par les formes les plus primitives, 
l'autorité ne s'y montrant d'abord que très 
anodine, sous l'aspect d'obéissance à un chef 
qui dictait directement ses volontés. Ce n'est 
qu'au fur et à mesure du développement hu- 
main que s'est compliqué le système gouver- 
nemental, que les fonctions se sont spécialisées 
en executive, législative, judiciaire, etc. ; que 
la pieuvre a développé ses innombrables 
tentacules qui ont nom : armée, police, ensei- 
gnement, bureaucratie, etc. 

C'est que, à l'origine, le cerveau de l'homme 
était trop pauvre de notions pour imaginer 
une organisation aussi compliquée que celle 
de nos jours, ce n'est que a progressivement» 
qu'il pouvait y ajouter un rouage nouveau; 



i/ivnivinn et la socihité 

mais n'était-ce pas déjà une complication sur 
la simplicité primitive que de se donner un 
maître. Et le premier pas fait, a déterminé les 
autres. 

Une fois déviée de son évolution naturelle 
par l'intrusion de l'autorité en son soin, la so- 
ciété devait continuer fatalement à se hérisser 
do complications ; une institution devait en 
amener une autre , les hommes naissant ainsi 
au milieu d'une société compliquée par leurs 
prédécesseurs, renchérissaient sur ceus-cî, lé- 
guant à leurs descendants une organisation 

plus lourdoencore. et chaque génération s'iia- 
bituail ainsi à accepter l'état social de plus. 
en plus oppressif. 

Celte façon d'envisager les choses ne pou- 
vait qu'çmpirer sous l'influence de la litérature 
qui amplifiait encore les récits qu'elle avait 
recueillis sous forme de légende, aussi les hu- 
mains s'évertuèrent -ils à chercher aux choses 
les plus simples des explications de plus on 
alambiquées. Et chaque génération ajoutait 

^^Mîisi quelque rouage ii ceux déposés par les 

^^Kiérations précédentes. 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



287 



nemeiit du système actuel, tous s'accordent 
à en accuser la multiplication des rouages, 
mais lorsqu'ils sont parvenus à en démontrer 
l'inutilitL^, ils s'empressent de les rétablir 
sous de nouveaux nomsj et les systèmes se 
superposent ainsi les uns aux autres, redou- 
blant le mal au lieu de le détruire. 

Et l'idée d'une société où personne n'aurait 
à obéir, ou chaque lîtrc pourrait dé\eloi)per 
son initiative, sans avoir à en rendi'e compte à 
personne, n'ayant à accepter d'autres limites 
(]ue celles qu'il s'imposerait lui-mtoie, s'abs- 
teiiant d'empiéter sur le champ .d'activité de 
ses voisins,., afin que ceux-ci ne viennent pas 
entraver sa propre initiative, celte sociûté-lû, 
tout en étant admirée pai" la plupart, ils ne 
veulent l'envisager qu'il l'étal de rêve. — Un 
beau rêve lorsque, par excès d'amabilité, on 
veut bien nous.faîre des concessions — mais 



fVotre idéal est beau, mai*L n'est pas réa- 




dB8' 



L'mDlVtDO ST L* SOCIÉTÉ 



lisablr- h; et quand ou a dît cela on Ci-oif 
ootisfaté une réelle impossibUilé, nlovê qu 
n'est qu'aveu d'impuissance par apathie. 

Le plas grand obstacle à la vision Jiell 
ce que peut la valoiit6, c'est que. p:ir suif 
l'oppression séculaire qui pèse sur eux, 
individus ne peuvent comprendre tout ce 
peut l'activité individuelle quand eJJe est 
service d'une volonté bien arrêtée. 

Est-ce que les mœurs ne se transfonn 
pas sous la poussée des individualités q 
progressivement, abandonnent la manière 
vivre des ancfitres? Est-ce que les plus gra 
des transformations sociales ne sont pas 
produit de tous les petits changements in 
viduels qui s'opèrent cliaque joui- ? 

L'individu se transforme insensiblement 
inconsciemment, le plus souvent— le nQ 
veau jour sous lequel il coui^oit les chô^ 
Ventraine, à son insu, à transformer ses ta 
ports avec elles et avec ses semblables. C'a 
l'accumulallon de ces petits changements gi 
jirtipare les bouleversements sociaux. 

Alors, pourquoi se retrancher derrière cet; 




L'INUITIDU Eï LA SOCIUTË 289 

%^Q: « Ce n'est pas possible I » quand les 
Sis nous démontrent qae cette possibilité ne 
dépend que de la volonté de chacun. La trans- 
formation n'est lente que parce que les idées 
nouvelles passent en notre cerveau sans l'im- 
prégner fortement, que parce que peu, parmi 
les individus savent se passionner fortement 
pour un idéal. Si l'on savait vouloir ! 

Ecrasés pai' le pouvoir de l'Etat, les in- 
dividus n'ont pas encore compris que l'omni- 
potence de ce dernier est faite de l'abdicaMon 
' de leur volonté; que la toule-puissance de 
l'ogre n'a d'action que-par l'aide que lui prê- 
tent ses victimes en lui prêtant leur force; 
qu'il ne sera rien du jour où ils voudront être, 
eux t 

On a tellement masturbé le cerveau des in- 
dividus que l'on a tué chez eux l'esprit d'ini- 
tiative. Lorsque quelqu'un a trouvé une fa- 
çon d'agir plus conforme à ses désirs, au lieu 
de la mettre résolument en pratique, il s'in- 
quiétera d'abord de ce que pourront en pen- 
ser ses voisins; ce n'est plus sa volonté qui 
dicte sa conduite, mais l'opinion de ceux dont 




2i)0 L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 

il ihî devrait pas avoir à s'inquiéter, sine 
pour obtenir leur concours s'il en a besoii 
mais en marciiant sans eux, en la mesurée 
ses possibilités, s'ils ne le comprennent pa 
Toujours, au lieu de chercher à réaliser ui 
chose juste on veut savoir, à l'avance, si !'( 
sera blâmé ou approuvé. 

lié î bonnes gens, qu'avez-vous à vous i; 
quiéter de ce que les autres veulent ou i 
veulent pas? Que doit vous importer Topinic 
(hî coux qui se cantonnent dans les choses d 
passeV? Lorsqu'une idée vous parait belle, tr; 
vaiiiezdoncà la réaliser, —- dans la mesui 
(le vos moyens d'action, s'^entend, — mai 
dans la plénitude de sa conception et de v( 
tre personnalité. 

Hé! certainement, si vous n'êtes qu'un pe 
tit nombre à opérer, vous ne transformerez pa 
instantanément la société; mais, par vos ef 
forts, vous en convaincrez d'autres. Agiî 
comme tu penses, selon la possibilité qu( 
t'en laisse l'organisation sociale dans laquelle 
lu te débals ; transforme tes propres mœurj 
et lo i)(Mi ([Mc toi. individu, tu auras fait, ei 



L'INDIYIDU ET LA SOCIÉTÉ 



291 



r»w>tii> <ii>'WHi« r ■ Ti ■ Mfc I .If» 



entraînera d'autres. Et, ainsi, graduellement, 
de transformation individuelle en transforma- 
tion individuelle, tu auras aplani la voie, 
préparé la route aux transformations qui te 
paraissent les plus irréalisables. 

« Que nous importe cela, » répondent cer- 
tains, « si nous ne devons pas le voir! où sera 
notre récompense ? » 

Dans le contentement d'avoir, autant que 
possible, mis vos actes d'accord avec vos pen- 
sées; la satisfaction d'avoir été utile à votre 
espèce, d avoir développé vos virtualités, d'a- 
voir développé votre personnalité en élargis- 
sant vos facultés. N'est-ce pas déjà vivre son 
idéal de travailler à sa réalisation? 



XVIll 



ET LA FEMME ? 



L'être humain sans distinction de sexe. — L'affran- 
chissement de la femme ne peut s'opérer qu'avec celui 
de l'homme. — Inanité des réformes partielles. — Tra- 
vail d'écureuil. — C'est l'impuissance à s'élever qui fait 
s'attarder aux réformes. — Rapetissement de la ques- 
tion. — Choisir son maître n'est pas s'affranchir. — - 
Les leçons de l'expérience. — Toujours plus haut. 



Et la femme ? vont me demander les féminis- 
tes, me voyant terminer cette étude sans que 
j'aie seulement nommé cette moitié de l'hu- 
manité. 

La femme, je ne l'ai nullement oubliée ; si 
j'ai parlé de l'être humain continuellement 
au masculin, c'en est la faute aux lacunes de 
notre langue, mais en parlant de l'être hu- 



L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



Toute réforme qui s'opère au sein de la so- 
ciL'té actuelle est condamnée d'avance à l'im- 
puissance, car elle ne peut s'opérer qu'à con- 
dition de ne tonclier à aucune des fonctions 
vitales de l'organisme social. 

Si elle amène, dans le sort de ceux en la- 
veur de qui elle est opérée, une amélioration 
partielle, celte amélioration ne peut ^tre, en 
plus de son infimité, que temporaire, car le 
capitaliste qui a la force s'occupera de suite 
à trouver le moyeu d'en éluder les elfets. 

Par conséquent, poursuivre la réalisation 
d'une réforme c'est tourner comme l'écureuil 
en sa cage, car, à peine une réforme obtenue, 
il faut en redemander une autre, et ainsi de 
suite jusqu'à la consommation des siècles, 
sans que change la situation de ceux qui sont 
censés eu bénéficier, puisqu'ils restent tou- 
jours sous la coupe de leurs exploiteurs. 

Certes, il y aura toujours des gens qui trou- 
veront plus pratique de demander une petite 
concession à leurs exploiteurs. Le bon sens 



courant, ne dit-il pas qu'il ne faut jamais se 
montrer trop exigeaitU si l'on veut obteDlr 
quelque chose ! 

Le rflle de ceux-là est utile, puisque, quand 
ils réussissent à faire appliquer une de leurs 
panacées, ils nous démontrent par le fait, œ 
que nous affirmons : l'inanité des réformes. 
Puisque lois, décrets, règlements nouveaux 
n'empêchent ni l'exploitation, ni les chôma- 
ges, ni la misère, ni la faim. Chaque réforine 
tuée par son application est une démonstra- 
tion de la nécessité d'une transformation 
complète. 

Mais s'attarder à demander des rôforinos, 
c'est rapetisser l'idéal humain, c'est reconnaî- 
tre la légitimité des abus dont l'on ne 
pai'Ie pas, c'est reconnaître que l'état social 
actuel est parfait en ses bases fondamentales 
puisque l'on ne demande que la réforme de 
(pielques-nns de ses détails. Et les féministes, 
de même, rapetissent la question de la femme, 
reconnaissent et approuvent, de fait, toutes 
restrictions à l'activité humaine que con- 
sacre la société actuelle, en ne demandant 




L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ 



qu'une toute petite place, pour la femme, au 
sein de l'exploitation actuelle. 

Quand même la femme aurait, dans la 
société, le droit de participer à la confectiou 
du réseau légal qui nous enserre, en quoi 
son émancipation aui'a-t-elle avancé d'un pas 
pour celles qui seront toujours parmi ceux 
qui subissent la loi ? — Lorsqu'elle aura le 
droit de donner sa voix au chef ou à la chef- 
fesse politique de son choix, cela lui donnera- 
t-il du pain, si elle n'a toujours que son tra- 
vail pour vivre? 

L'homme a tous les droits politiques que 
l'on réclame poui' la femme, la majorité d'eus 
en est-elle moins misérable ? 

Puisque ces prétendus droits sont ineffica- 
ces entre les mains de l'homme ; puisque 
l'expérience qu'il en fait tous les jours en dé- 
montre l'inanité, que la femme profite de la 
leçon et porte ses vues plus haut. 



iQue ceux qui ne peuvent embrasser mit 
lés en son ensemble s'attardent à réclamer 



TABLE DES MATIÈRES 



I. -m- L'Inditiwu kt L4l Société 1 

Antagonisme de l'individu et de la société. — Déviation 
du progrés, r- L'àme : conscience de soi. — L'associa- 
tion spontanée. — Infiltration de l'autorité, de l'ex- 
ploitation. — Apparition de la révolte. — li'autorité 
assise. — J^e mal découlant d<^ l'exercitNî d«' Tautoiifé 
attriJiUé à ceux qui la détiennent. — On cliangt* ».*n- 
suit*3 les formes. — Plus d'autorité. — Les détenteurs 
de l'autorité doutent de la légitimité de leur rôle. — 
La ])e.ur de l'inconnu. — L'idée marche 



JL — Dks ohigixes de l'autoritk. 



15 



L'individu sacrifié à la société. — Qui u l'antéiiorité, 
de l'individu ou delà société? — A nuelh* épO(|ue s'est 
faile l'association dans l'espèce humaine? — L'indi- 
vidu n'est pas une cellule. — L'association s'opère à 



TABLH DES HATIâRES 



tous les degréaJe l'Avolntiôn. — Diverailé des fortnef 

Je groupements. — Diversité des iastitulions gouver- 
nementaleB. — Unitfi de Ili matiâre. — L'asGQCÎatiDa 
lioit suivre l'évolulion indiviJaelle. — L'aulorltiî sV- 
tiiblft ptir lu inunque irinitiative. — L'babUode [s- 
çODUc les curaclêres à lu servitude. — Commune ori- 
gine de l'uutorltâ etde la |iropriilé. — Asservissement 
iloB faibles. — L'»utoritâ se fortiâe par la guerrn. —• 
La religion lui prèle son uppui. — La hiérareliie sa 
complique. — Les revenditutiona Uevleaneut ausst 
liconomlipies. — Nouvelles idoUe. — Les maîtres eh ao- 
t'pnt, mais l'autorité reste. 



m, 



- Ni.ISSANCB [ 



r CHiTjQui;: 



l.Vaprlt critique naît avec la comjjt fission. — D'inslioc- 
tive, la révolte devient consciente. — Elle est justïSd^ 
par les maladroits défenseurs de l'antorité. — L'as-^ 
luce, la foro.Ë et le nombre étaient le pouvoir. — La' 
flugorDËFle aux puissances donne nsissance k Y&aam- 
mie politique. — On s'occupe de l'origine des sociétés. 
— La légende se crée, et l'entité ae forme. — Le con-" 
trat social t — D'aucuns trouvent que les privilégiés 
l'ont faussé. — L'imprévoyance du pauvre. — L'im- 
itinabilité sorluk contredite par ses transformatloDs 
iiontinuelles. — La religion se montre. — Influence 
néfaste du Cbrîstlanisme. — Souffrei sur la terre pour 
gagner le cioll — Matérialisme du spirituaHsine. — 
L'esprit réhabilité avec la matière. - Agonie de l'es- • 
prit religieux. | 

IT. — L* SOOIftTfl-OilOAHieME, iii ] 

Le peu de consistance des arguments tendant k la jus- 
tlfluation df l'oppression. — On appelle la 8i>leiic| & 



TABLE DES MATIËRES 



- La Métaphysique. — La Société marâtre. — 
3 [aut iloa l'icliPS pour fairû (raTaillti' les panvrps. — 

e sont ceux qui Iravailledt i^ni sont dos f.ilnt^ant» I 
- Lq Irioinplie do l'enlité. ^ L'indiviîiu TÔilnil iiu 
fîôle d'abalraction. — Antériorité do l'Uniti^. —Adap- 
tation naturelle et conipreasion ni* sont pus hi mdiiic 
chose. — Les bienfaits do la révolte, 

DES LOISUE l'évolution- 67 

tnand il n'y en a plus, il yen a encore. — Elles sont du 
^'JilaB en plus cyuiqTies. — L'eitibo item uni des germes. 
^-- Les • omholtemGnts » da l'histoire. — Antres faits. 

^utrcs causes. — Connnis-toi toi-Tiiénie. — Déteriiii- 

- Imprévu des causes dâferminantea de la vo- 

- La volonté humaine et son arbitraire en 
"histoire do l'évolution humaine. — A force de se 

ïépfirôwlci- à tfavrtrs .les ineonmifs, Isa lois «volutivt's 
sont loin d'aboutir à des résultais idi^ntiqucs. — La 
loi oxpliquc mais ne gouvcrno pas. — Eneoru la mé- 
taphysitiue. — Les résultats de l'évolution peuvent 
varier sans cesser d'êtru le fait do lois Absolues 

VL — Altehnancb des rbobès et proorès db h 

PEHSËR , T9 

Les réclaniations commençant k so préciser. — Ghassé- 
eroisé d'arguments. — Et la question s'embrouille en 
^'éclaire issant, — On peut demander la disparition du 
Etat tout en restant fortement autoritaire. — • Le sel 
e la terre i. — L'aristocratie intelle etuelle aide à ta 
démolition de l'autorité. — Pas plus de }n sienne que 
de tonte aulTLi. — Les bourgeois eus-mêmea veulent 
détruire l'Etat. — Action et réaction. — On dépasse le 

Iut lorsque l'elTort n'est pas mesuré, — Entité conlro 
ntlté. — Sainte inélaphysique I ^ Conception nette. 




TA-BI.E DES MATIKKKS 



iôtûa faussni'D les compliqQaatl(;siiotioD5derhomme. 
1^ Immoralité de la morale ofûcioUe. — L'bomiïiH 

'est exploitable qu'A cause des faussas DOiioDa de ma- 
qu'or lui iocalqne. — L'âtre se sacrifiant par 
Igoorance. — L'iUnt aorial organisé pour rendvn 
l'homme mauvais. — Il pose les iadivitlus en aiilii- 
goniame les uns hvph li's iiulres. — Lu oraJntfl ilu gi'n- 
liarmc. — Les POtitrastos Jp l'o-rdpe soeial. — L'intérêt 
iudividuel pronioteur des crimes. — DégénBru3i''!iic(i 
de tii ilignilé Immainp. — La moralo-gendarmo. — 
L'hoiuiae ne fait pas le mal pour lo mal. — Kveil de 
Itx dignité cheK l'étro. — Résistance df ia nature liu- 
inaine. — Rappel à la dignité bumaiue, 



- La il 



UÛ 



ffiHcntion do lit murale, — Lu r«lig[on s'en mêle. — 
Mervenlidn do la i-ouscieocfl. — Timidité tic l'espi'ii 
feilifjue. — Luoioralitèdfl l'iioiiiiup. — Contradiciions, 
BDûSniliou ilu hieii et du mal. — CuinpiiRations -les 
RiBalicins. — Réporcussion du nos actes, — Pnsili- 
t idéalité. — Lu morale étant née, n'est qux 
— L'état social entendre la morale. — 
^uste milieu >. — Lu murale on conllil avec le«liiun . 
i l'individu. — Con&it entre la luoralc ft l'individa. 
I L'esprit iné ta physique partout- — Lob actes n'en- 
todrentni nVuinpi'Dsu ni cliAtiment^ eu sont doa faits 
Htériels ([ui eugendreut des répHrcuBsionii mati^riel- 
u moraliti'' se dessine en les conséquences de 
Mte par rapjiort & d'autres ^Irus. — La théorie ne 
bit qni! In praliquc. — Ce n'est pas amoindrir t^i-n 
Irtonomîe di) sulmrdonner son action i In niitui'<< du 
n ôlre. — L'enchulnaïucnt dus l'iitw. — L'individu 
I proprs lin. — Le Imou île l'espèce découle du 
le l'individu. — Le bien immCdiul n'est pus lou- 



TABLE DBS IfATIÂRES 



jours un vrui bien. — Gomjiloïité île* s<.-usaUoii$. - 
Harinouisalion ilo Vélal social avnc ]es JDdîvHui 
Vors l'hnrmoni''. 

XI. — L'Strr aociA-L 

TransformutJon tins conceptions Eocinles. — L'onafclil^ 

sour'l lie loates paris. ~ Les inco)l<irents. — B 
nouvuiiu sous la soleil. — Ln culture tlu < Itfc 
Rnpetassagi- île vieilles nonnepllons. ~' Tûujodfb las à 
abstractions. >- ni ogisme (la raisounement. — EboIsidu, ! 
iiltruîsnic. — Lee extrOmes se tontbnnt. — VurinbflilA 
Je nos tendunceB. — Relaliiilù de l'absolu. — La hf 
giqucméiic àTu-hsiirilitù lorsiiii'oii nf lient jias conifiU 
lies CDntingeaces, — J.'lioiiiiiii.' iloit son intelligencu i 
l'iStiit âoi'iul. — Où !'■ Lîpn peut proiliiii-e li. miil . 
Méraits (ie l'ahstrsiction. — J)êli:irrnssi)ns-nous iIp I» 
luotaphysiiiuo. 

XII. — La liberté et L'AssoniATio;* l!l 

L'ossocîatîon pour le uiiou'x. — Divagatîuns dos aatori 

tairns. — Inalililé de récriminer sur le paesé. — L'* 
voluliou -Viirin avec Itia conditions de départ. — Cooi^ 
donner, n'est pas abdiquer. — Liberté n'est pai 
extravagance.-' L'asservÎEsemnDt engendre lemaurali 
vouloir. — Génfiralilô de l'.Uat d'eaprU anarchUto. — i 
On ne veut le pouvoir iine contre les nuttes. — Lf 
peur do l'inconnu. — L'iiomnie en revient toujours i 
Ini-mânie. — L' iipprentissago delà vérité. 

Sm, — L'enuGATios ne la volonté. ....... 213 

Apalliiecheïlcs individus.— La pour duqu'endiru-t-on. 
— Inanité An In coercition. — Les progrés acquis ne 
l'urit i^té qac par la r<5bellioii. — Apprenons à, itoâBjT 
__ (lonnaltri). — La société porte en elk' les causes de bi 



k 



TABLE DES MATIÈRES 



(Instruction. — RéTolulion des cerveaux. — Lo traviiil 
lie (îiaque jour.— Ignoranet de rtiidivitlu sur sa propcu 
tocaa. — L'uuto-affrancliissoment. — No rattendons 
de pnrsonne. — Prônons conseicnce de noiia-roâmes. 

X2V, — L'tsiTiATiVE 233 

L'Etut ni! s'est (tèveloppé ijiie grâce à l'inertie ladivi- 
duelle. — La révolutioa émaacipatrice. — Elle ne le 
sera qun si les individua sortent do leur torpeur. — Le 
travail dea minoritca. — Réveil de l'initiative. — Du- 
rée de la révolution, — La révolntion est fatale mais 
ce que la feront les individus qui l'accom- 
^iront. — Le ijlus silr moyen d'activer la révolution 
bt d'opérer le travail qu'elle doit accomplir. — L'in- 
Hvtdu n'ayuiit i. coiripter sur porsonno doit se rendre 
fiwupte du riile qui lui i ne oni liera. — Itieu no auciiée 
e rien. — Montrons i>ar nos hcIgb qun nous pouvons 
r do ce (jue nous voulons détruire. — 
Sophisme itu. vol. — ToWraoec, — La conviction est 
e force. 
XV. — L*. PANlflÉli-aeVOLUTlON 241 

La métaphysique révolutionnaire. — Déviation de but. 
Le milieu et l'individu, leur action réciproque. — 
L'e:(ploitatîon ne subsiste que par la tolérance des 
exploités. — Los déHÎra et la réalité. — L'évolnlion 
léna la lutte contre l'aulorité. — Cercle 
Flcieux. — Eteroité do la révolte. — Divergences de la 
lentalité humaine. — L'enseignement. — L'âvolution 
mûrissant, elle assure d'autant le succès de la révo- 
lution. — C'oBt contribuer à la révolution en aidant 
à transformer les cerveaux. — La révolution n'est 
moyen. — Los iiutoriliiires unt iotér^l ù l'iRno- 
— L'idée anarchiste comporta la lumière. 



L'( 

1^^^ CXI 

^^^mi 



TABLE DES MATIÈRES 



307 



XVIII. — Et la femme? 293 

L'Etre humain sans distinction de sexe. — L'affranchis- 
sement de la femme ne peut s'opérer qa'avec celui de 
rhomme. — Inanité des réformes partielles. — Tra- 
vail d'écureuil. — C'est l'impuissance à s'élever qui 
fait s'attarder aux réformes. — Rapetissement de la 
question. — Choisir son maître n'est pas s'affranchir. 
— Les leçons do l'expérience. — Toujours plus haut. 



Impriii:ei'ic (Jéncralo de Chàlillon-sur-SoiDO. — A. ricUal. 




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