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Full text of "Atticos [microform]: fragments de son oeuvre"

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M ASTER NEGATIVE 

NO. 93-81550- 




MICROFILMED 1993 
COLUMBIA UNIVERSITY LIBRARIES/NEW YORK 



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as part of the 
"Foundations of Western Civilization Préservation Project 



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would involve violation of the copyright law. 



AUTHOR: 



ATTICUS, THE 

PHILOSOPHER 



TITLE: 



ATTICOS: FRAGMENTS 

DE SON OEUVRE. 

PLACE: 

PARIS 

DA TE : 

1931 



COLUMBIA UNIVERSUY LIBRARIES 
PRESERVATION DEPARTMENT 

BIBLIOGRAPHIC MfrWOFQRM TARHFT 



Master Négative # 

% ' 8i550'Z 



Original Material as Filmed - Existing Bibliographie Record 



Restrictions on Use: 



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^ Atticus, philosophus. 

•••Atticos: Fragments de son oeuvre, avec intro- 
duction et notes. Thèse complémentaire... par J. 
Baudry. Paris, Société d'édition "Les belles 
lettres", 1931. 

Ixiii, 33 £i.e. 66^ p. 20^- cm. 

At head of title: Un conmentateur de Platon 
adversaire d'Aristote au II© siècle de notre ère. 
Bibliography, p. flx^-lxiii. 
Baudry 's complementary thesis, Paris. 

l'i^^'n P^Ê^^^^ion double in main part of work. 
* • 'y )n Greek text with ^. French translation* 



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REDUCTION RATIO: /AV 



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UN COMMENTATEUR DE PLATON ADVERSAIRE D'ARISTOTE 
AU IP SIÈCLE DE NOTRE ÈRE 



1932 



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FRAGMENTS DE SON OEUVRE 

AVEC INTRODUCTION ET NOTES 



THÈSE COMPLÉMENTAIRE 
POUR LE DOCTORAT ES LETTRES 

PRÉSENTÉE A LA FACULTÉ DES LETTRES DE l'uNIVERSITÉ DE PARIS 



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J. BAUDRY 



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PARIS 

SOCIÉTÉ D'ÉDITIOiN « LES BELLES LETTRES » 

95, BOULEVARD RASPAir. 

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FRAGMENTS DE SON ŒUVRE 



AVEC INTRODUCTION ET NOTES 



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UN COMMENTATEUR DE PUTON ADVERSAIRE D'ARISTOTE 
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ATTICOS 

FRAGMENTS DE SON OEUVRE 

AVEC INTRODUCTION ET NOTES 



THÈSE CCMPLÊMENO'jLÏIII^. : :, 
POUR LE DOCTORAT È&.i:.BTTaJ:S 

PRÉSENTÉE A LA FACULTÉ DaS.I«l5Tr|^ES I^E-u'uîîiyEllSITè JDE. PARIS 

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INTRODUCTION 



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ATTICOS : SA VIE ET SON OEUVRE 

Il y eut, dans le monde gréco-romain, au dernier 
siècle avant J.-C. et durant les deux qui suivirent, plu- 
sieurs personnages importants du nom d'Atticos. Sans 
parler de Tami et correspondant de Gicéron, dont le nom 
indique assez l'origine grecque, Tun des plus connus est 
celui d'Athènes, le père d'Hérode, et sur lequel Phi- 
lostrate* nous a transmis des renseignements assez 
complets ; contemporain de Trajan, célèbre par sa for- 
tune et ses largesses abondantes, il eut une certaine 
réputation pour sa science et sa sagesse, mais il n'a rien 
de commun, bien qu'on les ait parfois confondus, avec 
celui qui fait l'objet de ce travail, Atticos le philosophe. 
Nous ne possédons sur sa vie aucun document précis. 
Nous savons seulement qu'il vivait dans la seconde 
moitié du ii* siècle, vers la fin du règne de Marc-Aurèle. 
D'après la chronologie d'Eusèbe^ conservée par Syn- 
kellos% il devint célèbre aux environs de la 289* olym- 

1. Vie des Sophistes, II, i. 

2. Edit. Schoene, II, 172. 

3. 666, 19. 



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IV 



piade, c'est-à-dire vers 176-180 après Jésus-Christ, peu 
de temps avant que Commode fût associé par son père à 
Tempire. Il dut connaître probablement dans sa jeunesse 
le platonicien Tauros, et fut contemporain des péripaté- 
ticiens Alexandre de Damas et Aristoclès, maîtres 
d'Alexandre d'Aphrodisée. 

Comme son nom nous porte à le croire, et d'ailleurs 
il le déclare lui-même, il naquit et vécut en Grèce*. 
Etait-il Athénien et descendait-il comme son homonyme 
du i" siècle, de la vieille famille des Eacides, illustrée 
par Miltiade et Gimon ? C'est possible, mais rien ne nous 
permet de l'affirmer. Cependant il passa probablement 
sa vie à Athènes. L'antique cité de Périclès était alors 
bien déchue de sa splendeur et de sa puissance politique ; 
elle n'était plus qu'une petite ville dans une province de 
l'immense empire des Césars, tandis que Rome était 
devenue la capitale du monde civilisé, et que se déve- 
loppaient rapidement des villes opulentes comme Milan, 
Alexandrie, Byzance. Elle n'avait même plus le privilège 
d'être le centre de la culture intellectuelle, car l'Italie, 
l'Egypte, la Syrie possédaient de nombreuses écoles où 
l'on enseignait la littérature et la philosophie grecques. 
Athènes ne pouvait cependant, malgré' l'éclat de ses 
jeunes rivales, renoncer à son glorieux passé et gardait 
toujours jalousement, avec les traditions, les doctrines de 
l'Académie, du Lycée et du Portique. Chaque école, 
dotée de larges revenus, y avait ses représentants et ses 
chefs. Nous connaissons les noms de quelques-uns, tels le 
platonicien Calvisios Tauros, les péripatéticiens Aspasios 
d'Aphrodisée, Herminos, Alexandre de Damas, Aristoclès 
de Messine, les stoïciens Coponios Maximos, Aurélios Héra- 
clidès Eupy ridés, lulios Zosimianos. Leur renommée 

I. Préparation Evangélique 801 d. 



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devait attirer un certain nombre de disciples désireux de 
s'initier à la sagesse antique, en suivant les leçons d'un pro- 
fesseur de leur choix et en s'instruisant dans la doctrine 
de leur goût. Chaque maître alors en vogue expliquait 
sans doute l'enseignement des grands penseurs anciens, 
car on était professeur de Platonisme, d'Aristotélisme ou 
de Stoïcisme. C'est de là que durent sortir les nombreux 
commentaires, premiers essais de scolastique, qui pen- 
dant plusieurs siècles furent à peu près les seuls ouvrages 
philosophiques rédigés en langue grecque ; on commen- 
tait ainsi de Platon, le Phèdre, le Phédon, et surtout le 
Timée dont l'exposé cosmogonique répondait encore aux 
préoccupations du monde savant, en attendant de se livrer 
à de longs développements sur les Catégories, le Traité 
de C Ame on la Métaphysique d'Aristote. Partisans de l'une 
ou l'autre école ne pouvaient naturellement s'ignorer, et 
une influence réciproque ne pouvait manquer de rap- 
procher plus ou moins insensiblement les unes des 
autres des doctrines opposées ou tout au moins fort dif- 
férentes. La lutte et la discussion ont été de tout temps 
un excellent moyen pour maintenir les croyances et 
fortifier les opinions. Aussi, Ton peut se figurer ces 
maîtres et ces élèves se rencontrant fréquemment au 
cours de leurs promenades, sur les places ou les jardins 
publics, sous les portiques des anciens temples ou des 
monuments vénérables et discutant durant des heures 
entières comme au temps de Socrate. Il n'est pas étonnant 
qu'après cela, les doctrines s'atténuent et se mélangent 
plus ou moins : les savants sont des éclectiques et font 
même du syncrétisme. 

Atticos fut l'un de ces philosophes les plus remar- 
quables. Représentant et probablement chef de l'école 
platonicienne, il dut jouir en son temps d'une grande 
autorité. Une centaine d'années après lui, Eusèbe de 



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Gésarée * le déclare l'un des plus illustres défenseurs des 
doctrines de Platon et c'est même à ses ouvrages qu'il 
emprunte l'exposé des idées principales du fondateur de 
l'Académie. Proclus^ le cite plusieurs fois dans son 
commentaire au Timée, et à une époque où l'on vit en 
Orient et spécialement à Alexandrie de véritables confréries 
de zélés ou laborieux, apiXoicovoi\ il déclare Atticos 91X0x0- 
vwTaxoç*, ce qui porte à croire qu'il dut avoir une grande 
renommée. Philopon, devenu chrétien, se réclame en 629 
de son autorité pour soutenir que, d'après Platon, le 
monde a commencé d'exister^ ; par deux fois le même 
auteur cite l'opinion de ceux qui constituent l'entourage ^ 
de notre philosophe. Il y a donc tout lieu de croire 
qu'Atticos fut, vers la fin du second siècle, l'un de ces 
chefs d'école, successeurs de Platon, comme l'avaient été 
bien avant lui les Speusippe, les Grantor, les Xénocrate, 
et plus récemment, peut-être immédiatement auparavant, 
Tauros. En tout cas, il est à cette époque un des rares 
philosophes dont l'histoire ait conservé le nom. 

Il fut, d'après Proclus', le professeur d'Harpoc ration 
d'Argos. Gelui-ci était un grammairien, qui composa, 
au dire de Suidas, un long commentaire en vingt livres 
et un lexique en deux livres, des ouvrages de Platon. Le 
genre des travaux auxquels se livra l'élève, nous laisse 
entendre déjà ce que durent être ceux du maître. Por- 
phyre déclare, en effet, dans sa vie de Plotin*, que 

I. P. E. 5o9 a. 

a. I, 3o, 21-97, ^^ î ^72» ' j ^7^' 3' j ^^^» ^7' ®'^' 

3. Migne, Patrologie Orientale, Nau. I. Vie de Zacharie le sco» 
lastique, p. 2. 

4. In Tim., III, 2^7, 12. 

5. De Aeternilate mundi, 519, 22. 

6. Id.y 606, 17 ; 211, II. 

7. Corn, in Tim., I, 3o5, 6. 

8. 109, 46. 



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celui-ci lisait les uTuoîxvr^pLaia, c'est-à-dire les commen- 
taires, peut-être les résumés de cours d' Atticos, en même 
temps que ceux des platoniciens Gaios et Tauros, des 
péripatéticiens Adrastos et Sévère. Atticos fut donc un 
professeur et, conformément à une tradition déjà longue 
dans les écoles de philosophie grecque, un commenta- 
teur. Il dut écrire, à ce titre, plusieurs ouvrages assez 
importants. Proclus cite de lui un commentaire du 
Phèdre \ Mnée de Gaza^ et Stobée^ un autre du Timée; 
il est probable qu'il expliqua aussi Phédon. Tous ces 
écrits destinés à exposer la doctrine de Platon devaient 
avoir également pour objet de réfuter Aristote ; il est 
même très vraisemblable qu'Atticos ait composé un 
ouvrage spécialement destiné à combattre les idées du 
fondateur de Técole péripatéticienne. Œuvre immense, 
sans doute, dont il ne nous reste que des fragments assez 
courts conservés par Eusèbe. G 'est seulement par ces 
extraits que nous pouvons connaître l'enseignement de 
notre auteur, en les contrôlant ici et là par les témoi- 
gnages de Proclus, Philopon, vEnée de Gaza, Théodoret 
et Stobée. Ges quelques textes nous permettent cependant 
de nous rendre compte des tendances intellectuelles du 
philosophe et nous renseignent un peu sur son caractère. 
Atticos se présente au premier abord comme un 
commentateur. D'après la division, probablement clas- 
sique de son temps, il distingue trois parties dans la phi- 
losophie : la logique, la physique et la morale. S'occupa- 
t-il de la première ? Sans aucun doute, mais il ne nous 
reste rien de son enseignement. Nous n'avons que ses 
interprétations des principales questions de physique et 
de psychologie, de métaphysique et de morale. Pour 

1. O. c, III, 2^7, i5. 

2. Theoph., p. 53. 

3. Lexicon, I, p. 375. 



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chacune il se pose comme un défenseur fidèle de la pensée 
de Platon, et en même temps comme un adversaire 
résolu des théories d'Aristote, et toute sa méthode consiste 
à opposer les deux systèmes ; il nous invite par là même 
à en faire la comparaison ; mais ce serait un travail 
considérable, qui dépasserait de beaucoup les limites de 
cet ouvrage, et qui d'ailleurs a été fait bien souvent par 
les historiens de la philosophie. Nous nous contenterons 
donc de voir dans quelle mesure il reproduit exactement 
la doctrine du fondateur de l'Académie et dans quelle 
mesure sont fondées ses critiques du système péripaté- 
ticien, en étudiant successivement le commentateur 
platonicien et le polémiste adversaire d'Aristote. Nous 
nous apercevrons de bonne heure qu'il n'y a pas lieu de 
faire d'Atticos un auteur de premier plan, mais il marque 
une étape dans l'évolution de la pensée grecque, et 
représente le type du commentateur peu original et sou- 
vent éclectique, doublé d'un polémiste étroit dans ses 
idées, vers la fin du ii* siècle de notre ère. 



II 

ATTICOS PLATONICIEN ÉCLECTIQUE 

Atticos est un fervent disciple de Platon. A l'encontre 
de beaucoup d'autres, qui se sont plus ou moins écartés 
de l'enseignement primitif de l'Académie, ou en ont 
abandonné çà et là quelques éléments, il prétend main- 
tenir la doctrine de son maître dans toute sa pureté. Il se 
fait gloire d'appartenir à cette école et revendique l'hon- 
neur d'en exposer les opinions. Aussi avec quel enthou- 
siasme il parle de celui qui est, à ses yeux, le plus grand, 
le seul philosophe I II lui décerne les plus beaux éloges : 
Platon est le véritable fondateur de la philosophie 



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grecque*. Après les essais partiels de Thaïes, d'Anaxi- 
mène, d'Anaxagore, de Zenon et des Éléates, c'est lui qui 

^ a élaboré en un système complet et harmonieux les plus 
belles inventions de la pensée de l'homme. Il est apparu 
comme un envoyé du cieF, chargé par les dieux d'ac- 
complir un travail surhumain, comparable aux exploits 

f d'Hercule ^ Partout on sent en son œuvre l'inspiration 

divine, qu'il s'agisse de la théorie du bonheur, de la 
Providence et de la production du monde, de la matière 
et des éléments, de Timmortalité de l'âme et du rôle des 

f Idées : sur toutes ces questions de la plus haute impor- 

tance pour la science et la conduite de la vie humaine, 
Platon a dit le dernier mot, et ses affirmations, même 
dans les moindres détails, sont indiscutables. Enfin son 
système est tellement bien ordonné, il est conçu avec 
une telle rigueur logique qu'on ne saurait en détacher 
la moindre partie sans qu'aussitôt le tout menace de 

s'écrouler. 

Avec cette admiration sans borne et cette foi sans 
réserve, Atticos est persuadé qu'il ne saurait mieux dire 
que son maître. Aussi, tantôt il se contente d'exposer la 
doctrine ou du moins ce qu'il croit être la doctrine de 
Platon ; tantôt il la résume pour en dégager les idées 
principales ; tantôt il s'applique, bien rarement il est 
vrai, à en montrer la vérité par des arguments plus ou 
moins originaux : c'est alors qu'il ne tarde pas à laisser 
apparaître des conceptions puisées à d'autres sources que 
l'enseignement de l'Académie. Ce platonicien, qui se 
prétend intégral, est souvent éclectique : nous n'avons, 
pour nous en rendre compte, qu'à reprendre les questions 
abordées dans les fragments qui nous sont parvenus. 

1. P. E. 5o9 e. 

2. là., 5ioa. 

3. là., 797 b. 



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La constitution Les questions de physique et de 

de Vunivers. cosmologie n'avaient plus au i*"^ siècle 
l'importance que leur avaient donnée les premiers philo- 
sophes de la Grèce, ainsi que Platon, Aristote et même 
les Stoïciens. Cependant elles restaient encore, si Ton 
peut dire, au programme des écoles, puisqu'on y commen- 
tait toujours le Timée. L'influence des traditions 
hébraïques, introduites dans le domaine de l'hellénisme 
par Philon, avaient-elles donné un regain de vie à ces 
vieilles discussions ? c'est possible. Ce qui est certain, 
c'est que les philosophes s'occupent encore de la consti- 
tution de l'univers, de Torigine et de l'éternité du monde. 
Atticos se contente de relever sur ce point les opinions 
de Platon, sans beaucoup s'y attarder. 

Il rappelle que la lumière est du feu pur de tout 
mélange, ou tout au moins une propriété du feu^, et 
qu'elle est produite par émission. Le soleil est aussi 
de feu^; il décrit un double mouvement^, sur lui-même 
et sur l'écliptique ; s'il garde toujours la même grandeur 
apparente, c'est qu'il récupère une quantité de substance 
égale aux déperditions produites par le dégagement des 
rayons et des vapeurs brûlantes*. Les astres sont des 
vivants. Atticos reprend les arguments de Platon pour 
affirmer que tout être, qui ne reçoit pas le mouvement de 
l'extérieur, possède en lui-même un principe de mouve- 
ment, qui ne peut être qu'une âme^. Gomme les corps 
célestes sont des êtres divins, ils doivent se mouvoir du 
mouvement le plus beau, qui est le circulaire®. De plus, 
fixés dans leurs orbites, ils décrivent un cercle autour 

I. P. E. 806 c. 

2. Id., 806 c. 

3. Id., 806 d-e. 

4. Id., 806 d. 

5. Id., 807 b. 

6. Id.t 807 c. 



XI 



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de la terre. Enfin, il y a dans l'univers une direction 
absolue, un haut et un bas, qui sont des propriétés 
extérieures aux éléments * . Toutes ces opinions sont 
conformes à la lettre même de l'enseignement du Timée. 
Platon regardait l'univers comme un immense vivant 
doué d'un mouvement spontané, et lui accordait un 
principe immanent semblable à celui qui entretient en 
nous la vie et le mouvement, c'est-à-dire une âme qui 
dirige le monde et maintient en lui l'harmonie^. Atticos 
se range évidemment à cette opinion et proclame lui- 
même la nécessité d'une âme du monde. Mais s'agit-il 
bien d'une âme identique à celle décrite dans le Timée ? 
Gelle-ci, constituée selon des proportions mathématiques, 
était seulement cause motrice, principe d'organisation. 
L'âme dont parle Atticos est surtout raisonnable ^, car 
la disposition admirable de l'univers fait éclater partout 
l'influence de la raison qui y brille ; elle est cause ordon- 
natrice, joue le rôle de Démiurge, de dieu créateur. Or 
n'est-ce point précisément la fonction de cette raison 
séminale dont parlent les Stoïciens, ce feu artiste qui 
parcourt l'univers, lie et enchaîne toutes choses, main- 
tient la tension entre les diff'érentes parties de l'ensemble ? 
Gomme Ghrysippe, notre philosophe compare justement 
le monde à une ville*, gouvernée par un chef unique. 
Ge principe unique qui gouverne le cosmos, n'est point à 
proprement parler une âme, mais une force matérielle, 
une nécessité, une eîjjLapixsvr;, le destin, qui domine tous 
les êtres et les événements. Pour en prouver l'existence, 
Atticos emprunte précisément ses arguments aux écoles 
stoïciennes ; comme Zenon et Gléanthe, il parle de l'âme 

1. P. E. 807 d. 

2. Id., 809 a-b. 

3. Id., 8i4b. 

4. Id., 8i4b. 



XII 



universelle*, à moins qu'il ne devance sur ce point les 
conceptions de Plotin. Cette âme organisatrice est de 
plus une Providence, mais non point au sens où l'enten- 
dait Platon ; celui-ci avait, en efifet, placé son dieu au 
sommet de la hiérarchie des êtres, et déclaré que la divi- 
nité occupe le milieu, le commencement et la fin de 
Tunivers organisé par un acte de bonté. Ce dieu-Provi- 
dence est bien distinct de l'âme du monde ; c'est le 
Démiurge du Timée, qui, après avoir produit son œuvre, 
ne l'abandonne pas à elle-même, et continue de veiller 
sur elle par une sorte de création prolongée. En somme, 
Alticos a réuni dans une même notion et dans un seul 
être l'âme du monde, le Démiurge, du système de Platon 
et la raison universelle des Stoïciens : le dieu créateur 
est devenu une nécessité, une sorte de destin organisa- 
teur et coordinateur des parties de l'univers : Atticos 
a mélangé des conceptions d'origine stoïcienne ou plato- 
nicienne, et exposé une opinion de Platon avec les idées 
de Chrysippe. 

Cependant il n'insiste pas sur le rôle cosmogonique de 
la Providence : il la regarde plutôt comme une sorte de 
divinité qui répond assez bien aux aspirations de l'âme 
populaire, vit parmi nous, au milieu de nous, s'intéresse 
à nous, et qui, pleine de bonté, ne peut manquer de 
nous témoigner sa bienveillance. Elle a ainsi un rôle 
moral de la plus haute importance, car elle garantit 
Tordre dans l'individu et dans la société, en assurant le 
respect de la justice : on la sent prête à châtier le 
coupable qui se soustrait aux lois du devoir^. N'est-ce 
pas un retour aux dieux de la mythologie ? Car cette 
divinité si proche de nous, si attentive à notre manière 



1. P. E. 809 b. 

2. Id., 799 b sq. 



XIII 



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d'agir, a une personnalité plus nette que n'avait le 
Démiurge de Platon lui-même. 

La matière ^^ question de la matière est l'un 

et les éléments, des points les plus obscurs de la cos- 
mogonie du Timée. Platon l'avait traitée pour suivre une 
tradition déjà ancienne dans la philosophie grecque ; les 
premiers Physiciens s'étaient, en effet, appHqués à retrou- 
ver, sous les formes multiples de la nature, l'élément primi- 
tif dont sont formés tous les corps. Atticos déclare que son 
maître n'a fait que suivre l'opinion de ses devanciers * et qu'à 
leur exemple il n'a admis que quatre éléments, dont tous 
les autres corps se sont formés par suite de transforma- 
tions et de combinaisons selon des proportions définies : 
ce sont la terre, Teau, l'air et le feu, qui occupent dans 
Tespace des positions déterminées par la constitution 
même de l'univers. Ces éléments sont sortis d'une matière 
unique, homogène et indifférenciée ^ Il s'agit sans doute 
de ce que Platon, dans son Timée, appelait troisième 
genre, cause errante, étendue, réceptacle. Nous avons 
vu ailleurs' qu'il entend probablement par là ce en 
quoi ou sur quoi se dessinent les figures et les corps, 
mais jamais il ne la regarde comme une réalité ou une 
matière corporelle. Atticos a été à une autre école que 
celle de Platon. 11 a dû fréquenter Plutarque*, et c'est 
chez lui, à moins que ce ne soit chez Albinos, qu'il a 
pris cette conception. Celui-ci entendait, en effet, le 
troisième genre dans le sens d'une réaUté corporelle et 
sensible, une sorte de chaos indifférencié, dans lequel 
sont confondus tous les éléments de l'univers : comme 

1. P. E. 8o4c. 

2. Id., 8o5 b. 

3. De V Origine et de VÉlernité du monde, p. 65 

4. De an. procr., 5 ; Placita, I, 9. 



XIV 

Platon, il rappelait encore « réceptacle, nourrice, mère, 
substrat, insaisissable par les sens, n'ayant comme propriété 
que le pouvoir de recevoir les formes, tout en étant par elle- 
même sans qualité, sans figure ; matière, qui n'est corpo- 
relle ni incorporelle, qui n'est corps qu'en puissance » * ; 
mais il la regardait bel et bien comme une matière, 
notion à laquelle n'était point parvenu Platon. Notre 
platonicien n'aurait-il pas subi également l'influence de 
Posidonius ou du péripatéticien Galien, qui, à la manière 
de Posidonius, admettait aussi une matière universelle 
dans laquelle vont se résoudre tous les éléments, 
« substance première qui fournit la base de tous les 
corps nés et périssables » ^ ? Toujours est-il qu'en faisant 
du troisième genre une réalité matérielle, Atticos semble 
avoir de beaucoup dépassé la pensée de son maître Platon. 
De cette matière se sont formés les éléments. Atticos 
prétend encore se conformer sur ce point à l'enseigne- 
ment de Platon et soutient qu'il n'y a que quatre élé- 
ments. La chose est d'ailleurs facile à prouver ; il n'y a 
pour cela qu'à faire appel au témoignage des sens ou 
plutôt du seul sens qui nous fait connaître la nature 
intime des corps avec leurs qualités premières, le tou- 
cher ^ Or, celui-ci fournit quatre sensations primitives et 
irréductibles, le chaud et le froid, le sec et l'humide, ce 
qui nous permet de distinguer quatre éléments hétéro- 
gènes, car les autres qualités, mou et dur, léger et lourd, 
clair et dense, peuvent coexister avec les premières. 
Platon ne faisait point reposer sa classification sur des 
données aussi simplistes, mais sur des notions mathé- 
matiques, des rapports entre des nombres et la disposi- 
tion de figures géométriques, les polyèdres réguliers. 

1. Frgt. 8. 

2. Dehyp. et platonicis placitis, IX, 7. 

3. P. E. 8o4d. 



XV 



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L'argumentation exposée ici est bien d'Atticos et non 
point de Platon. 

De plus, est-il bien vrai, comme le prétend Atticos, 
que l'auteur du Timée admettait seulement l'existence de 
quatre éléments primitifs? Cette question avait suscité 
pendant des siècles de graves discussions entre ses suc- 
cesseurs, preuve que son enseignement n'était point 
d'une clarté aussi évidente que le déclare notre auteur. 
Sans admettre l'authenticité des textes attribués à Philo- 
laos, nous pouvons croire que celui-ci concevait les corps 
primitifs sour la forme de polyèdres réguliers, lesquels 
sont au nombre de cinq*. Or, Platon a subi l'influence 
de l'école pythagoricienne, particulièrement dans le 
Timée. Et lorsqu'il énumère les éléments, il nomme seu- 
lement les quatre corps reçus communément^ qui cor- 
respondent aux figures régulières, le feu au tétraèdre, 
l'air à l'octaèdre, l'eau à l'icosaèdre, la terre au cube ; 
la disposition des angles dans les différents polyèdres 
devant rendre compte de la propriété fondamentale de 
chaque corps. Cependant les Pythagoriciens connaissaient 
aussi un cinquième polyèdre régulier, le dodécaèdre, et 
logiquement devaient admettre un cinquième élément, 
ce qu'ils firent. Platon les a-t-il suivis sur ce point et 
a-t-il admis lui aussi l'existence d'un cinquième élément .î^ 
Atticos soutient que non*. Cependant il y a dans le texte 
du Timée une phrase qui porterait à croire le contraire. 
Après avoir exposé la composition des quatre premiers 
éléments, l'auteur ajoute * : « il restait encore une seule 
et unique combinaison ; le dieu s'en est servi pour le 
tout, quand il en a dessiné l'arrangement final. » Que 

1. Philolaos, 82, 12. 

2. Timée, 55 b. sq. 

3. P. E. 804 c. 

4. Tim., 55 c. 



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— XVI 

faut-il entendre par cette dernière combinaison ? N'est-ce 
point un corps de nature spéciale? Aristote* prétend bien, 
en effet, avoir trouvé la notion d'éther dans Platon lui- 
même, et son affirmation semble fondée. Nous lisons 
dans PEpinomis^, qui, s'il n'est pas de Platon lui- 
même, fut composé ou simplement rédigé par l'un de 
ses auditeurs, Philippe d'Opos, et qui par conséquent 
est un des derniers échos de l'enseignement du maître : 
(( Il existe vraisemblablement cinq corps, dont on peut 
composer les choses les plus simples, les plus belles et 
les meilleures : ces cinq corps sont le feu, puis l'eau, en 
troisième lieu l'air, en quatrième la terre, en cinquième 
lieu enfin Téther. » Et un peu plus loin ^ : « Après le 
feu, nous placerons l'éther et nous admettrons que, de 
cet éther, l'âme du monde forme des êtres animés, qui 
tirent de cet éther la plus grande partie de leur 
substance. » Les autres disciples ne sont pas moins 
expHcites : ainsi Speusippe*, le successeur immédiat de 
Platon à l'Académie, et Xénocrate % et Plutarque% auquel 
il faudrait joindre le témoignage de Théophraste \ et 
d'Aétius ^ : tous sont unanimes à reconnaître que, d'après 
Platon, il y avait cinq corps élémentaires. L'acharnement 
du seul Atticos à soutenir qu'il y a seulement quatre 

1. De Caelo, III, 3o6 b 3 sq. 

2. 981 b. 

3. 98A b. 

4. Frgt. éd. Lang, 53. 

5. Frgt. éd. Heinze, 53. Simplicius, De Caelo, 22-24. In Phys., 
ii65-35, Ilept nXa-rojvoç ^iou... "Ew; et; TcévTg a-or/sia àçtxETO twv 
^tiitov, à 8t) tz^vtc ayrljjLaia xaî atotiaTa tovd[A<£v. dç atôépa xat 
xup, xat CiSwp xat y^v xat àspa. 

6. De Defec. Orae., ^23 a ; Qaaest. Plat., ioo3c. 

7. <î>uatxtov 8d^ai, Aetius, 32 a i5. 

8. Plac, 336 a, IlXa-ctov îzup rzpwxov, eT-ra alGepa... Ix 8s Toi3 
StoSsxasSpou TfjV tou ravToç açaipav. IIXaTwv os xat èv xouioiç 
TzuBaYopt'^st. 



XVII 



/ 



f 



éléments, et que c'est bien là l'opinion de Platon, ne 
serait-il pas encore dû à une influence stoïcienne? Les 
disciples de Zenon n'en admettent, en effet, point d'autre, 
et pour eux il ne peut y en avoir aucun en dehors de 
l'air, l'eau, la terre et le feu^ Une fois de plus, Atticos 
reflète la doctrine du Portique. 

Le monde Zenon et ses disciples immédiats 

a commencé et ne enseignaient que le monde, formé de 

doit point finir. f^^^ ^^^^-^ retourner en feu, par suite 

naissait et mourait alternativement. Mais bientôt, sans 
doute sous l'influence de l'école péripatéticienne, les 
Stoïciens du 11* siècle n'admirent plus les embrasements 
ni les restaurations du monde, tout en continuant à lui 
attribuer un commencement, ce qui, du moins en appa- 
rence, semblait en conformité avec la doctrine de Platon. 
Atticos affirme à son tour que, d'après le fondateur de 
l'Académie, le monde a eu un commencement mais 
n'aura point de fin. A-t-il bien compris le mythe du 
Timée ? Il avoue que, sur ce point, il est en désaccord avec 
beaucoup de membres de son école. Platon avait bien 
dit^ que le monde est né, vsyovev, mais entendait-il par 
là un commencement temporel, comme semble l'indi- 
quer le sens obvie du terme employé ? Ses disciples 
immédiats ne le comprenaient point ainsi. Est-ce parce 
qu'ils n'osaient plus, comme le dit Atticos ^, soutenir la 
doctrine intégrale de l'Académie, contredite par la 
logique irrésistible d'Aristote, proclamant l'éternité du 
monde ? Toujours est-il qu'à leur avis Platon ne pensait 
pas que le monde avait eu un commencement. D'après 



I. Arn., II, p. i36, 4i3 sq. 
a. Tim., 28 b. 
3. P. E. 802 d. 



t 



I 



XVIII 



Xénocrate*, la formule de Platon n'est qu'un procédé 
d'enseignement; d'après Grantor^, elle indique que 
l'univers tient l'être d'une cause distincte de lui. Deux 
siècles après, Plutarque^ entendra par là que le monde est 
composé et organisé ; Albinos *, que le monde est dans un 
devenir perpétuel, mais que, en tant que composé de parties 
nombreuses et dissemblables, il doit son existence à une 
cause autre que lui-même et plus ancienne que lui. 
Tauros^ y voit simplement l'affirmation d'un rapport 
causal entre l'univers et Dieu son principe ; Sévère * 
reconnaît que, si Platon a déclaré que le monde est né, 
c'est uniquement parce que le monde actuel succède 
à un autre avec une disposition nouvelle. Malgré ces 
interprétations, Atticos soutient que pour Platon le monde 
a commencé d'exister. Il croit pourtant qu'avant l'uni- 
vers actuel il y avait une matière et un temps désor- 
donné^, car le mouvement est éternel, qu'il soit produit 
par une âme déraisonnable ou une âme raisonnable : ce 
qui n'est point l'opinion de Platon. N'a-t-il pas été amené 
à cette conception sous l'influence de Posidonius et 
n'est-ce point pour cela qu'il déclare avec tant d'assu- 
rance que le monde a commencé d'exister dans le temps ? 
Pour lui il n'y a pas d'autre interprétation naturelle de 
l'affirmation de Platon ^ Atticos n'est pas seul à entendre 
dans ce sens l'expression du Timée : c'est bien ainsi que 
le comprenaient Aristote et Théopbraste ®. 

1. Plut., De Proc. an. 3 ; Aristote, De Caelo, II, 299 b Sa. 

2. Proclus, m Tim., I, 277. 

3. De Proc. an., i-3. 

4. Proclus, in Tim., 1,2x9; Frgt. 10. 

5. Philopon, De Aetern. Mundi, VI, i45, i3 ; i48, 8 ; 520, 5 sq. 

6. Proclus, in Tim., I, 227, i5. 

7. /d., I, 391, Ssq., III, 37, 12 sq. 

8. Proclus, in Tim.t I, 276, 3i et 277 ; Philopon, De Aeier. Mandi, 
VI, 2X1, 16. 

9. Cf. Tauros cité par Philopon, De Aeier. Mandi, VI, 1^3, i3sq. ; 



^ 



XIX 



/ 



D'ailleurs, à ses yeux, supprimer toute origine à 
l'univers serait le rendre indépendant de Dieu, le 
soustraire à l'action de la Providence, car si la divinité 
n'a point créé toutes choses, elle n'a point à intervenir 
dans le cours des événements ; et nous savons qu' Atticos, 
tout autant qu'un stoïcien, tient à maintenir le rôle de la 
Providence dans le monde. 

Si le monde a commencé, il ne doit point pour cela 
périr. Aristote a beau poser son fameux raisonnement : 
tout ce qui est né doit avoir une fin, l'expérience seule 
montre l'inanité d'une telle affirmation*. Pour le prouver, 
Atticos se contente de reprendre les arguments usités 
dans les écoles durant les trois siècles qui l'ont précédé. 
Pour dissoudre le monde, il faudrait une cause plus 
forte que celle qui l'a fait exister. Où trouver une cause 
semblable? Ce n'est point dans le monde lui-même, 
puisque tous les éléments qui le constituent ont été 
soumis et restent soumis à l'action divine. Ce ne peut 
être non plus en dehors du monde, puisqu'il n'existe 
rien. Ces sortes de preuves ne sont point nouvelles^, car 
nous les trouvons déjà chez les Platoniciens^ des deux 
derniers siècles avant notre ère et elles seront utilisées 
pendant des siècles encore*. Ce sont des thèmes clas- 
siques dans les écoles, et Atticos en garde la tradition. 

Où trouver la véritable cause de la permanence de 
l'univers ? Un être qui ne doit point finir ne tient point 
nécessairement de lui-même son immortalité. Atticos se 
rappelle que, d'après Platon, les dieux inférieurs, c'est-à- 

au même passage, Philopon donne les divei:ses opinions admises par 
ses prédécesseurs. 

1. P. E. 80X c. 

2. De l'Origine et de l'Eternité du Monde, p. 265 sq. 

3. Philop., De Aetern. Mundi, 5, 20. 

4. Au début du vi« siècle, Philopon et JEnée de Gaza n'en utilise 
ront point d'autres. 



XX — 



I 



dire les astres, ne sont pas éternels par nature, puisqu'ils 
ont été créés, mais ils doivent durer éternellement par 
un effet de la bienveillance divine*. C'est la volonté de 
Dieu qui, après les avoir produits, leur conserve l'existence. 
Chose impossible, ont déclaré successivement tous les 
Péripatéticiens. Erreur, réplique Atticos, sans quoi la 
volonté divine n'aurait pas autant de puissance que la 
volonté humaine. Comparaison n'est pas raison, c'est 
vrai, mais notre auteur n'en va pas moins chercher des 
preuves pour sa croyance en empruntant des exemples 
aux productions de l'art ou de l'industrie des hommes. 
Le bâtisseur de maisons, le constructeur de navires, 
peuvent bâtir et construire quand ils le veulent. Et Dieu, 
l'architecte suprême, n'aurait pas ce même pouvoir ? Mieux 
que cela. L'architecte humain peut conserver indéfini- 
ment son ouvrage en l'entretenant et en le réparant : et 
Dieu ne pourrait en faire autant pour le monde P Enfin, 
les productions humaines continuent d'exister même 
après la disparition de leur auteur ; à plus forte raison 
doit-il en être ainsi pour les créations de Dieu, puisque 
celui-ci leur reste toujours présent. 

L'argumentation est simpHste et quelque peu naïve : 
on dirait qu'Atticos s'adresse à des auditeurs peu instruits 
ou peu exigeants, et qu'il veut surtout frapper leur ima- 
gination ; il a tout à fait la méthode d'un orateur popu- 
laire, disons plus, d'un vulgarisateur qui essaie de mettre 
un enseignement trop élevé à la portée des intelligences 
les moins érudites. Il reprend l'affirmation de Platon : 
le monde subsiste par un acte de la volonté divine et 
c'est pourquoi il durera toujours. Ce Dieu garde encore 
une parenté très étroite avec ceux de la mythologie, il a 
une personnalité très nette et une volonté toute puis- 

I. Tim.y 4i a-b. 



/ 



XXI 



santé ; voilà pourquoi son mode d'activité est semblable, 
bien que transcendant, à celui des hommes. Et n'est-ce 
point ainsi que le vulgaire se l'imagine facilement ? En 
exaltant cette volonté, aussi puissante et rigoureuse que 
l'£[(ji.apj;ivY;, Atticos satisfait les aspirations humaines et 
reste en accord avec l'enseignement du Portique, qu'il 
confond plus ou moins consciemment avec la doctrine de 
Platon. 



Vâme immortelle. 



Sur la question de l'existence et de 
l'immortalité de l'âme, Atticos répète 
et suit assez fidèlement, du moins au premier abord, 
l'enseignement donné par Platon. Celui-ci, héritier des 
traditions populaires et des croyances mythologiques, 
imbu assez profondément des doctrines pythagoriciennes 
et des dogmes religieux de l'Egypte, croit d'emblée à 
l'existence de l'âme ; cette opinion est, d'ailleurs, étroite- 
ment unie à bien d'autres questions importantes de son 
système. Notre auteur juge bon d'en donner une démon- 
stration que n'avait point fournie le fondateur de l'Aca- 
démie. Où l'a-t-il empruntée ? Reproduit-il des argumen- 
tations classiques dans les discussions d'école? L'a-t-il 
inventée lui-même? Nous n'en savons rien. Le raisonne- 
ment qu'il expose est encore usité aujourd'hui. Après 
avoir déclaré que l'âme est invisible, et que l'intuition 
sensorielle ne peut nous la faire connaître, il constate que 
l'homme accomplit certains actes intellectuels qui ne 
peuvent l'être par la matière, tels que raisonner, penser, 
délibérer, vouloir. Ces fonctions sont donc le propre 
d'une substance qui n'a rien de corporel: l'âme*. L'ar- 
gument sert à prouver que nous avons un principe spi- 
rituel, distinct du corps, en tant que principe de pensée, 
mais non point en tant que principe de vie. 

I. P. E. Sogd-Sioc. 



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XXII — 



Cependant Atticos rappelle que Platon attribuait Tim- 
mortalité à rame tout entière % sans distinguer le principe 
de pensée du principe de vie, et répète après lui que 
l'âme est tout entière immortelle. Il devrait même la 
déclarer éternelle, puisqu'elle existe avant son incorpo- 
ration, comme l'indique la théorie de la réminiscence. 
Evidemment, ne pas admettre que l'âme est éternelle et 
divine, c'est renverser toute la doctrine platonicienne de 
la connaissance : notre philosophe s'en est bien rendu 
compte et se contente d'énoncer les funestes conséquences 
auxquelles aboutirait la négation d'une telle croyance. 

Est-il bien vrai que Platon admettait l'immortalité de 
l'âme tout entière ? Les arguments du Phédon tendent à 
prouver surtout que Tâme ne doit point périr en tant que 
principe de vie ; mais de l'ensemble du dialogue se dégage 
l'impression qu'elle doit survivre avec les mêmes facultés 
auxquelles elle était unie durant son passage dans le 
corps humain. Platon est resté fidèle sur ^.e point à la 
tradition des poètes et des mythographes, et comme eux 
il termine son acte de foi à l'immortalité personnelle par 
un récit imagé et légendaire ^. 

Cependant Platon n'était-il pas arrivé à concevoir l'im- 
mortalité du seul principe pensant? C'est assez probable. 
Un fragment du dialogue d'Eudème^ nous apprend 
qu'Aristote avait reproduit dans cet ouvrage les argu- 
ments par lesquels le fondateur de l'Académie démon- 
trerait que l'âme survit au corps, mais seulement en 
tant qu'esprit. Platon n'a-t-il pas en effet proclamé que 
cet esprit est divin, de race divine*, que sa fonction est de 

1. Phhdre, a^Q b ; Id., 2^5 c 'J'u/^y) Tzoioa. àOavaxoç, 3^6 a àYSvyjTOv 
T£ xat àôàvaxov tj/u//) av eVrj. 

2. Phédon, Mythe final. 

3. Frgt. 33, i48oa 34 sq. 

4. Alcibiade, I, i33 c. Toi Oâicu ïoixev, Phédon, 8o a, Rép. X, 
6ii e auYTEVTjç tû te dgita xal âÔavdT(|) xat zîf> àei ovii. 






^f^ 



XXIII 



connaître l'éternel * et l'être en soi ; et si l'on osait appli- 
quer l'adage scolastique, savoir que l'opération suit l'être, 
on conclurait que l'organe destiné à connaître l'éternel 
est lui-même éternel. De plus, n'est-ce pas le Démiurge 
lui-même qui a formé le principe pensant, tandis que les 
facultés sensibles sont données par les dieux inférieurs au 
moment de l'incorporation? N'est-ce pas cet esprit qui 
aspire à retourner en haut^, qui s'applique à se purifier 
des souillures contractées par son union avec le corps et 
qui finira peut-être un jour par s'aflranchir de l'obliga- 
tion de s'incorporer^? Et l'on ne voit pas, en effet, pour- 
quoi les autres facultés désireraient se séparer de leur 
enveloppe charnelle, sans laquelle elles n'ont pas de raison 
d'être, tandis que l'esprit qui se suffit à lui-même, doit 
tendre ardemment à reprendre le chemin du ciel d'où il 
est tombé par sa faute. C'est bien pour lui seul que la 
mort est une délivrance. La purification se fait par la 
dialectique, laquelle est vraiment le chemin du salut, si 
bien que Socrate peut dire que philosopher c'est appren- 
dre à mourir*. Si la philosophie est pour nous le déve- 
loppement de Tesprit et de l'intelligence par le contact 
avec les réalités suprasensibles, la mort sera le couron- 
nement de la vie intellectuelle, en assurant à l'esprit seul 
une activité parfaite dans un monde divin. La doctrine de 
Platon sur la nature et les fonctions de l'âme devait donc 
aboutir logiquement à reconnaître l'immortalité du seul 
principe pensant ; mais le philosophe n'est point explicite 
sur ce point : il reste malgré tout poète et théologien, et 
accorde à l'âme ou à l'esprit, on ne saurait bien le dire, 
une immortalité personnelle qui rappelle les fables 

1. Phédon, 76 d, 79 a sq. Tim. 90 c. çpov£Ïv àSavata xat 6eïa. 

2. Rép.t 517 b TT)v £tç Tov vorjTOV tdzov T^ç 't'U/.^Ç avoSov. 

3. /d., 517 b. 

4. Phédon, 64 a, 67 e. 



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XXIV 



d'Homère et d'Hésiode, en même temps que les légendes 
orphiques; il garde la croyance que Tâme entière est 
immortelle, sans se soucier davantage d'accorder sa foi 
avec son système philosophique. 

Atticos ne l'a point senti et s'en tient à cette idée que, 
pour Platon, l'âme est en nous le principe de vie et de 
pensée, que l'esprit ne peut subsister sans l'âme, c'est-à- 
dire le principe de pensée sans le principe de vie. Il 
reconnaît, il est vrai, qu'Aristote est d'accord avec Platon 
pour attribuer l'immortalité à l'esprit, mais il n'a point 
l'air de croire que Platon attribuait l'immortalité au seul 
esprit. Et lui-même n'en était-il pas venu à cette concep- 
tion qu'il reproche si violemment au Stagirite? Les frag- 
ments conservés par Eusèbe nous portent déjà à le croire. 
Nous avons vu, en effet, que notre auteur a surtout prouvé 
l'existence en nous d'une substance spirituelle distincte 
du corps. Si nous pouvons nous fier aux témoignages de 
Proclus et de Stobée, il n'aurait admis en réalité que l'im- 
mortalité de l'intelligence. A propos de la composition de 
l'âme du monde, dont il est fait mention dans le Timée, 
il supposait que le Démiurge avait mélangé les éléments 
de l'âme dans un double cratère*, sans doute pour expli- 
quer sa double origine et sa nature à la fois raisonnable 
et déraisonnable, l'élément déraisonnable précédant le 
raisonnable et lui servant de substrat sans avoir été créé 
par Dieu. La naissance de l'âme serait une simple pro- 
duction de forme nouvelle ^ imposée par le Démiurge... 
Il en serait de même pour l'âme humaine ^ Celle-ci 
n'entrerait point tout entière dans le corps ; le vivant 
posséderait de lui-même une âme déraisonnable, maté- 
rielle et désordonnée, sans doute principe de vie, laquelle 

1. Proclus, in Tim., III, 2^7, 12. 

2. /rf.,I, 187 b; III, a34, 17 sq. 

3. Ed. Phys.,l, 379; I, 375. 



XXV 



ne deviendrait ordonnée que par son union avec l'âme 
raisonnable venue de l'extérieur ; et comme celle-ci 
domine le tout, il en résulterait l'harmonie dans l'être 
humain. Dès lors, faudrait-il attribuer l'immortalité à l'âme 
entière ou seulement à l'intelligence ? Cette dernière hypo- 
thèse serait seule logique, puisque l'esprit, ayant une ori- 
gine différente de celle du corps vivant, pourrait reprendre 
son existence séparée, au moment de la mort de l'homme. 
Atticos est-il allé jusque-là ? et aurait-il subi l'influence 
d'Aristote qu'il déteste .►^ Il est permis d'en douter, malgré 
les affirmations de Proclus et de Stobée, car les passages 
cités par Eusèbe contiennent une déclaration très nette 
. que l'âme entière est immortelle et qu'elle est destinée à 
une survivance personnelle. 

Cependant nous pourrions nous demander à ce propos 
si Atticos ne se serait pas contenté d'exposer dans ses 
commentaires ce qu'il croit être l'opinion de Platon tout en 
enseignant par ailleurs une doctrine personnelle différente 
de celle de son maître. La question que nous venons 
d'examiner nous porterait facilement à le supposer ; mais 
nous n'avons pas de documents suffisants pour admettre 
chez lui un tel dédoublement de pensée, surtout lorsqu'il 
s'est proclamé le gardien fidèle de l'enseignement de 
Platon. Tenons-nous en donc à son propre témoignage et 
reconnaissons que pour lui, comme pour Platon, l'âme 
entière est immortelle. 



Les Idées. 



L'âme, en tant que principe pensant, 
a pour fonction la connaissance des 
Idées. Si l'âme est antérieure au corps, si la science n'est 
que réminiscence, les Idées sont des entités et existent 
en tant qu'essences séparées des choses. Cette interpré- 
tation de la doctrine de Platon a été contestée par cer- 
tains critiques en Allemagne et en Angleterre, mais la 



/ 



XXVI 



XXVII 



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t 



réalité spirituelle des Idées ou des formes a été démontrée 
comme étant une opinion strictement platonicienne par 
des savants autorisés comme Rivaud, Diès, Frutiger. Il 
y a corrélation entre la nature des Idées et la nature de 
l'âme, Texistence éternelle des âmes et la réalité immuable 
des Idées. Atticos s'est rendu compte que cette notion 
est véritablement la clef de voûte du système de Platon et 
en affirme l'importance. Mais les Idées sont-elles distinctes 
de ridée du Bien, véritable Dieu d'après Platon ? Notre 
philosophe affirme qu'elles sont les pensées de Dieu, et 
en fait ainsi l'objet de l'intellect divin. Est-ce bien là 
l'opinion du chef de l'Académie? Il ne le semble pas. 
Dans le Timée\ les Idées servent de modèles pour la 
création de l'univers : elles constituent le vivant intelli- 
gible, à l'image duquel sera formé le vivant sensible. Que 
le Démiurge soit distinct seulement par abstraction du 
modèle des choses, c'est possible, mais les Idées ne sont 
point désignées comme les pensées de Dieu. D'après 
Proclus ^, Atticos aurait seulement hésité pour savoir si 
le Démiurge est inférieur ou supérieur à son modèle le 
vivant intelligible, et il lui prête le raisonnement suivant : 
« Il semble que s'il (le Démiurge) l'entourait (son modèle) 
il ne serait pas parfait, car les vivants contingents sont 
imparfaits, et pour cela les choses qui leur ressemblent de 
près ne sont pas belles ; s'il ne l'entourait pas, l'être en 
soi ne saisirait pas tous les intelligibles ». « Et dans son 
embarras, ajoute Proclus, Atticos établit facilement que 
le fait d'être démiurge était supérieur à celui d'avoir l'être 
de soi». D'après ce témoignage, notre auteur aurait 
donc seulement reconnu la supériorité de Dieu par rapport 
au modèle de l'univers. Mais où donc a-t-il pris cette opi- 
nion que les Idées sont les pensées de Dieu.î> Une telle 

I. Tim., 28 a, 29 a-d. 
a. In Tim., I, 43 1, a^ sq. 



^ / 



t 



conception est déjà celle d'Albinos * ; celui-ci déclare, en 
effet, que par rapport à Dieu, les Idées sont ses pensées, 
par rapport à l'homme le premier intelligible, par rapport 
à la matière la mesure, par rapport au monde les modèles 
en soi des essences séparées. N'aurait-il pas subi égale- 
ment l'influence de Philon qui avait distingué le 7.ocr{^.oç 
V5YJTCÇ et le yiajAsç aitrÔTjTsç, les deux étant produits par 
Dieu à des degrés différents : le créateur aurait pensé 
son verbe comme paradigme de l'univers et l'aurait 
ensuite réalisé dans les choses ? Toujours est-il que, sur ce 
point encore, Atticos semble avoir dépassé la pensée de 
Platon. Que celui-ci n'ait pas exposé nettement les rapports 
qu'il y a entre le Démiurge et le vivant intelligible, c'est 
possible, mais il n'a point déclaré que les Idées sont les pen- 
sées de Dieu. L'erreur ne viendrait-elle point de ce que 
notre auteur aurait identifié Dieu, le Démiurge et l'Idée du 
Bien? C'est vraisemblable. Mais alors, que ce soit de lui- 
même, ou sous l'influence d'auteurs qui avaient déjà 
interprété en ce sens la doctrine du Timée, il aurait été 
bien plus explicite que ne l'avait été Platon. 

Toute philosophie comporte une 
et \e bonheur. conception de la vie et le plus sou- 
vent un plan d'organisation de l'exis- 
tence humaine. Est-ce son unique but? Les anciens sys- 
tèmes étaient avant tout spéculatifs et semblaient avoir 
comme objet principal de résoudre les graves problèmes 
de la connaissance, de la valeur de la science, de la 
constitution du monde. Platon, il est vrai, s'était présenté 
comme un réformateur social, moral, politique et reli- 
gieux ; mais il restait la plupart du temps dans les hautes 
spéculations purement théoriques, d'oii il tirait quelques 

I. Frgt. 9. 



il 



XXVIII — 



applications pratiques pour la conduite de la vie et Tad- 
ministration de la cité. A partir du m* siècle av. J.-G. 
la philosophie était devenue essentiellement pratique avec 
Zenon, Epicure, Ghrysippe. Mais pour Platon et tous 
les disciples de Socrate, les spéculations rationnelles ont 
pour but de procurer la science, de guérir l'esprit de 
l'erreur, et comme toute faute est d'abord ignorance, de 
guérir par là même le cœur de ses passions. Notre plato- 
nicien, en déclarant que la philosophie doit avoir unique- 
ment pour but de procurer le bonheur aux hommes*, suit 
la tradition stoïcienne, voire même l'opinion populaire 
plutôt que l'enseignement de la primitive Académie. 

Cependant, partant de ce principe, Atticos prétend 
résumer toute la philosophie morale de Platon dans cette 
formule " : « Le plus juste est le plus heureux ; la vertu 
suffit par elle seule à assurer la félicité de l'homme ^ » La 
formule se trouve, en effet, dans les ouvrages de Platon. 
Celui-ci reconnaît que c'est dans l'âme même qu'il est 
possible de trouver le bien, non point le bien en soi, 
mais ce qui s'en rapproche le plus, c'est-à-dire l'ordre, 
la mesure, l'harmonie, éléments qui constituent le bien*. 
Or, la vertu est précisément une harmonie'^, une manière 
d'être conforme à la raison^; elle en est la beauté, la 
bonne santé', c'est la mesure*, la connaissance de la 
justice^, la probité, l'honnêteté. « Dans l'âme, l'ordre et 
l'harmonie s'appellent la discipline et la loi, qui font les 

1. P. E. 79^ c. 

2. Id., 794 d. 

3. /îcp.. VIII, 5Ma ; id..IX,58ob. 

4. PhiL, 61 a, 65 a. 

5. PhiL, 64 e, Phédon, 98 c. 

6. Phédon, 69 b. 

7. Rép., IV, 444 d; Gorgias, 479 b, 5o4 c. 

8. Phil, 64 e. 

9. Rép., IV, 444 c. 



» 



> 



XXIX 

bons citoyens et les honnêtes gens ; c'est cela quî constitue 
la justice et la sagesse». » La vertu ne s'enseigne point, 
elle arrive par une influence divine à ceux en qui elle se 
rencontre". 

Par suite, nous ne devons point nous occuper des consé- 
quences de nos actes, du moins de celles qui ne dépen- 
dent point de nous, telles que la gloire, les honneurs, les 
récompenses et les châtiments. « On peut être souffleté, 
mutilé, volé, réduit en esclavage, c'est dommageable 
pour l'auteur, beaucoup plus que pour la victime ^ » 
L'homme qui a la possession pleine et entière du bien, 
ininterrompue durant toute sa vie, n'a besoin d'aucune 
autre chose, le bien lui suffit parfaitement, car il porte 
en lui le vrai bonheur*. 

L'homme vertueux possède donc en lui le Souverain 
Bien. Cependant Platon admet que nous ne pouvons nous 
passer du plaisir, et la science à elle seule ne saurait don- 
ner le bonheur parfait : « Quelqu'un de nous voudrait-il 
vivre ayant en partage toute la sagesse, l'intelligence, la 
science qu'on puisse avoir, à condition qu'il ne ressentît 
aucun plaisir, ni petit, ni grand, ni pareillement aucune 
douleur, et qu'il n'éprouvât aucun sentiment de cette 
nature''? » Non certes, car nous ne sommes pas des dieux, 
et notre cœur a ses exigences. Aussi faut-il que le Sou- 
verain Bien soit un heureux mélange de raison et de 
plaisir, de plaisir et de science. Il n'y a point de bonheur 
sans la vertu, mais il n'y a point de vertu sans bonheur, 
car la vertu est ce qu'il y a de meilleur, et rend plus heu- 
reux que le vice. Impossible qu'elle nous trompe: les 

I. Gorg., 5o4 d. 

3. Ménon, 70 a, 99 d. 

3. Gorg., 468 c-d, 5o8 e ; Rép., X, 6ia e-6i3 a. 

4. Rép., VI, 498e; X, 6iab-e. 

5. PhiL, 21 d. 



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— XXX — 

dieux ne peuvent négliger* ceux qui s'efforcent de leur 
ressembler ^ Encore est-il qu'ils doivent nous accorder 
leur bienveillance et leur protection. Et, à y regarder de 
près, notre bonheur ne dépend pas uniquement de nous. 

Atticos le croit cependant. Mais lorsqu'il déclare que 
son maître essaie d'élever les âmes vers les régions supé- 
rieures du divin, de les persuader d'associer la vertu et 
le bien, en méprisant tout le reste, que la morale a pour 
but d'apprendre à se dégager de toute préoccupation 
humaine, est-ce bien encore la pure doctrine de Platon? 
Ne reproduit-il pas plutôt l'enseignement de Cléanthe, 
pour qui la fin de l'homme, Tobjet de tout effort moral 
est de retrouver en soi le divin, de s'associer à la tension, 
à la raison séminale, à la Providence qui régit le monde, 
en un mot de s'harmoniser avec le destin, Vti\j.y,p'iLvrr,. Il 
insiste sur celte idée que la vertu à elle seule assure le 
bonheur parfait ; mais n'est-ce point pour avoir été à 
l'école de Ghrysippe tout autant, sinon plus, qu'à celle de 
Platon ? Cette vertu austère qui a son but en elle-même, 
est-elle bien différente de la tension d'une raison séminale 
particuhère qui s'efforce de se mettre en harmonie avec 
la raison universelle? C'est sans aucun doute chez les 
Stoïciens qu'il a appris que l'homme doit rechercher 
avant tout et uniquement la vertu, laquelle doit suffire, à 
elle seule, à assurer le bonheur et la réalisation de la 
justice. En un mot, Atticos expose la morale du Portique 
tout autant et plus que celle de l'Académie. 

Ainsi nous apparaît Atticos, disciple et commentateur 
de Platon. Il reproduit au premier abord l'ensemble de 
son enseignement, lui emprunte ses formules principales 
et les énonce à son tour sans les expliquer ni les éclaircir. 
De plus, il prend ses affirmations dans leur sens le plus 

I. Phédon, 62d; Rip., X, 6i3d, 6i3e-6i4a. 
a. Banquet, i8o b. 



[il 



XXXI 



obvie, sans dégager les nuances d'une pensée souvent 
subtile, qu'il faudrait chercher ailleurs que dans les 
déclarations trop catégoriques. S'il se mêle de développer 
la pensée de son maître, il a recours aux écoles voisines, 
s'inspire de Plularque, des commentateurs qui l'ont 
précédé, comme Albinos, ïauros, Sévère, de Philon et 
surtout des Stoïciens. Telle est bien l'impression qui se 
dégage des fragments de son œuvre, dans la mesure du 
moins où la comparaison des textes nous permet des 
rapprochements de doctrine. 

Oserions-nous aller jusqu'à dire qu'Atticos a subi 
l'influence du christianisme ? Sans doute il parle encore 
des dieux, comme un tenant du paganisme, mais en 
insistant sur le rôle de la divinité organisatrice et conser- 
vatrice du monde, en proclamant contrairement à tant 
de Platoniciens que l'univers a eu un commencement, bien 
qu'il ne doive point finir, est-il seulement disciple de 
Platon, de Chrysippe ou de Posidonius ? En affirmant 
que les Idées, qui ont servi de modèles à la création, sont 
les pensées de Dieu, n'annonce-t-il pas l'exemplarisme 
divin d'un saint Augustin? De même, quand il soutient 
avec vigueur la nécessité pour l'âme d'une immortalité 
personnelle et totale, d'une Providence comme fonde- 
ment et sauvegarde de la morale, ne laisse-t-il pas appa- 
raître une conception de la vie toute différente de celle 
des anciens philosophes ? L'hypothèse est impossible à 
vérifier, car il n'est pas toujours facile de faire le départ 
entre certaines notions platoniciennes et stoïciennes et 
certains principes chrétiens, et il est difficile de démêler ' 
une telle influence au milieu de beaucoup d'autres. 
Cependant, la chose n'est pas invraisemblable : nous 
aurions là le motif pour lequel des auteurs chrétiens 
comme Eusèbe, Philopon, yEnée de Gaza, Théodoret se 
réclament d'Atticos ; n'auraient-ils pas reconnu en lui 



*i 



Il 



II 

il 



I 



. — XXXII — 



l'un de leurs coreligionnaires ou du moins quelqu'un de 
très favorable au christianisme, pour en avoir subi l'in- 
fluence ? La chose serait d'autant plus intéressante à 
savoir que nous aurions là un document de première 
valeur, nous montrant qu'à ses origines l'enseignement 
chrétien s'accommodait bien mieux avec le platonisme et 
le stoïcisme qu'avec le système d'Arislote. 

Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'Atticos est bien le 
commentateur, disons le professeur, qui, ayant sans doute 
un cours à enseigner, une sorte de manuel imposé par 
l'école, ne le développe point par des réflexions person- 
nelles, mais l'éclairé par des ouvrages composés dans un 
esprit tout autre, si bien qu'il finit par donner un ensei- 
gnement assez différent de celui qu'il voulait ou croyait 
faire ; tellement les affirmations qu'il met au compte de 
Platon, et qui parfois sont discutables, sont mélangées 
d'éléments d'origine diverse : Atticos est bien un modèle 
de platonicien commentateur éclectique, vers la fin du 
11* siècle après J.-G. 



III 

ATTICOS POLÉMISTE. ADVERSAIRE D'ARISTOTE 

Atticos est aussi farouche adversaire d'Aristote que 
partisan fanatique de Platon. Quelle est la cause d'une 
telle hostilité, et ne serait-il pas permis de supposer qu'elle 
est née de motifs tout autres que de raisons d'ordre 
doctrinal ? Tauros, l'un de ses prédécesseurs, avait déjà 
exposé les différences principales entre le système de 
Platon et celui d'Aristote, mais sans attaquer celui-ci, du 
moins qu'on le sache. Atticos ne se borne point à une 
simple comparaison, mais se pose en ennemi déclaré du 
Stagirite. Peut-être avait-il eu, en tant que chef d'école, 



< 



XXXTII 

quelque démêlé avec les représentants d'une école rivale 
de la sienne, car nous le voyons s'en prendre à certain 
péripatéticien^, qui pourrait être un de ses contempo- 
rains. Nous avons vu, en effet, que ces sortes de conflits 
étaient à peu près inévitables entre les partisans de doc- 
trines différentes dans l'Athènes disputeuse du n'' siècle. 
Cependant nous ne connaissons point le nom de ce 
péripatéticien et il est possible que ce ne soit qu'un 
terme générique pour désigner Aristote lui-même avec 
une certaine note d'ironie : d'ailleurs, qu'il s'agisse de 
combattre un contemporain partisan d'Aristote ou sim- 
plement Aristote en personne, la chose importe assez 
peu, car l'attaque est dirigée contre l'école tout entière. 

Sur certains points, Atticos se borne à signaler les dif- 
férences entre l'enseignement de Platon et celui d'Aris- 
tote : il constate ainsi que, pour le Stagirite, la lumière 
n'est point produite par émission de matière ignée*, que 
les astres ne décrivent qu'un seul mouvement autour de 
la terre ^, que le lieu est une propriété des corps eux- 
mêmes *, que les Idées n'ont aucune réaUté ^ ; notre 
auteur ne s'arrête pas à discuter et n'esquisse pas même 
un essai de réfutation. Il en est tout autrement quand il 
s'agit des questions plus importantes en apparence, du 
cinquième élément, de l'éternité du monde, de la Provi- 
dence, de l'immortalité de l'âme et du Souverain Bien. 
C'est dans la discussion de ces graves problèmes qu'At- 
ticos se révèle à nous avec tous les caractères du polé- 
miste, prêt à recourir aux procédés les plus divers pour 
faire déprécier un adversaire. 

1. P. E. 795 c, 8o4d. 

2. Id., 8o6 c. 

3. Id., 807 a. 

4. Id., 808b. 

5. Id., 8i6b. 



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XXXIV — 



Et que reproche -t-il donc à Aristote ? Tout naturelle- 
ment de n'être pas du même avis que Platon ; il est telle- 
ment fanatique de renseignement ou du moins de ce qu'il 
croit être l'enseignement de Platon, qu'il ne conçoit pas 
que l'on puisse avoir des opinions différentes des siennes. 
Déjà en notant les différences de doctrine, il donne 
évidemment tort au Stagirite et proclame qu'il est dans 
l'erreur, sans essayer le moins du monde de le montrer*. 
Imprégné des principes stoïciens, notre auteur exagère 
même l'opposition entre les deux systèmes. Aristote 
admet cinq éléments, mais est-il sur ce point très éloigné 
de l'opinion de Platon ? Nous avons vu que ce n'est point 
aussi évident qu'Atticos le prétend. Mais Chrysippe 
n'admet que quatre corps primitifs ; voilà sans doute le 
motif principal pour lequel le péripatéticien Ini semble se 
tromper. Platon croyait-il vraiment que le monde a eu 
un commencement et ne doit pas avoir de fm ? Atticos 
oppose cette conception à celle d'Aristote pour critiquer 
cette dernière. Il est vrai que le Stagirite avait le premier 
violemment critiqué l'enseignement de Platon et démontré, 
contrairement à la lettre du Timée, que l'univers est 
éternel ; mais si les membres de l'Académie s'étaient à 
peu près tous rangés à cette opinion, était-ce unique- 
ment, comme le déclare notre auteur^, par peur d'Aris- 
tote? D'autre part, où donc avait-on soutenu contre le 
Stagirite que le monde, qui ne doit point périr, a cepen- 
dant commencé d'exister, sinon dans les écoles stoïciennes 
des trois siècles précédents et particulièrement dans celle 
de Posidonius ^ ? 

De même, y a-t-il opposition radicale entre Platon et 
Aristote sur la question de l'immortalité de l'âme ? Nous 

I. P. E. 806 csq. 

3. ïd., 80a a. 

3. De l'Origine et de l'Éternité du Monde, XII, p. 298. 



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XXXV 



avons vu que, logiquement, Platon devait en venir à 
admettre l'immortalité du seul principe pensant, et n'est-ce 
point ce qu'Atticos reconnaît lui-même ? Sans entrer 
dans les détails, nous pouvons dire qu' Aristote croyait à 
la survivance, peut-être même à l'éternité de l'intellect. 
Dès lors, en quoi s'éloigne-t-il tant de Platon ? Et l'on 
peut se demander pourquoi Atticos lui cherche querelle 
sur ce point. En somme, il ne veut reconnaître aucune 
ressemblance entre les opinions des deux philosophes, et 
sur les questions où ils semblent d'accord, comme 
l'immortalité de l'esprit, il soutient que l'accord est 
purement verbal, car les deux ne l'admettent point dans 
le même sens*. A ses yeux, l'opposition est irréductible 
et, selon sa comparaison^ empruntée à Homère, il n'y a 
entre les deux aucune entente possible, pas plus qu'entre 
les lions et les hommes, les loups et les agneaux. Lui 
qui va accuser Aristote d'être un contradicteur systé- 
matique et de parti pris, ne l'est-il point le premier dans 
son acharnement à retrouver partout des oppositions ? 

Le plus étrange, c'est de le voir après cela reprocher 
aux partisans d'Aristote de ne point défendre et fortifier 
l'enseignement de Platon l Une telle réflexion de sa part 
nous semble vraiment de la naïveté puisqu'il reconnaît 
qu' Aristote contredit perpétuellement Platon. Ce n'est 
point l'habitude des représentants de doctrines aussi 
opposées que l'est à ses yeux celle du Lycée par rapport 
à celle de l'Académie, de défendre les idées de leurs 
adversaires. Aveuglement de la part d'un platonicien qui 
ne saurait comprendre que l'on puisse penser autrement 
que lui-même et les membres de son école ! 

Dans un tel état d'esprit, Atticos n'est guère disposé à 

1. P. E. 810C-811 a. 

2. Id., 798 a. 

3. Id., 795 c, 797 b, 799 a, 8o3b, 80^ d. 



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XXXVI 



discuter avec son adversaire ; il n'y a pour lui qu'un seul 
argument auquel se ramènent à peu près tous les autres, 
l'argument d'autorité. Le grand tort d'Aristote, la raison 
capitale pour laquelle il est dans Terreur, c'est d'avoir 
émis des opinions contraires a celles de Platon, ou du 
moins de n'avoir pas professé la même doctrine que lui. 
Il se trompe quand il affirme que la vertu ne suffit pas 
au bonheur, parce que Platon déclare qu'elle suffit, quand 
il reconnaît qu'il y a cinq éléments, parce que Platon 
n'en admet que quatre. Aristote contredit Platon sur le 
mouvement des astres, la théorie du lieu, la nature de la 
lumière et les Idées, Aristote a tort : dès lors toute dis- 
cussion serait bien inutile. C'est le magister dixit dans ce 
qu'il a de plus intransigeant. 

Qu'Atticos s'applique parfois à réfuter son adver- 
saire, il met en œuvre tous les procédés du polémiste 
vulgaire. Il suspecte d'abord la bonne foi du Stagirite. 
Celui-ci contredit Platon, c'est du parti pris, car il n'avait 
aucune raison de le faire : « Parmi les contradicteurs, 
nombreux pourtant, qui ne sont pas d'accord avec Platon, 
c'est lui qui est le plus acharné* ». « Il se pose en 
contradicteur, persuadé qu'il faut culbuter toutes ses opi- 
nions ^. » « Lui seul le premier se pose en contradic- 
teur l » Il n'admet pas que l'âme sorte du corps, parce 
que Platon l'admet, il force l'esprit à se séparer violem- 
ment de l'âme, parce que Platon reconnaît que c'est 
impossible *. Voilà bien le contradicteur systématique qui 
contredit uniquement par principe et sans réflexion. Au 
fond, il cherche à se distinguer, à se faire passer pour un 
esprit original, et se donne ainsi des airs de supériorité''. 

1. P. E. 794 c. 

2. Id., 8o3 c. 

3. Id., 809 c. 

4. Id., 8n) d-8ii a. 

5. Id., 8o5 b. 



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XXXVII — 



Et pourtant, dans la plupart des cas, il ne dit rien de 
bien extraordinaire ! Il s'inspire souvent de Platon lui- 
même, lui emprunte des affirmations, d'ailleurs mal 
comprises, et présente comme une nouveauté, ce qui 
n'est que du plagiat*. Aristote prétend qu'en plus des 
quatre éléments reconnus par Platon il en existe un cin- 
quième, d'une nature privilégiée, immuable, éternel, 
vraiment divin ; une telle notion n'est qu'une grossière 
transposition. Il a lu dans Platon qu'il existe une essence 
intellectuelle en elle-même, incorporelle, incolore, intan- 
gible, sans naissance ni corruption, sans changement ni 
transformation ; puis que les corps célestes sont impas- 
sibles et indestructibles ; il réunit ces deux notions qui 
ne s'accordent point et le voilà inventeur d'une belle 
trouvaille, alors qu'il n'est qu'un mauvais plagiaire, un 
plagiaire dénué de bon sens, puisqu'il accole ensemble 
deux conceptions absolument contradictoires. Aristote 
n'en était point là, et peut-être n'avait-il eu qu'à suivre 
simplement l'enseignement de Platon lui-même. Notre 
philosophe n'a pas l'air de s'en douter. Ce qui est certain, 
c'est qu' Aristote était obligé, par sa manière de concevoir 
la constitution de l'univers, d'admettre l'existence d'un 
élément totalement différent des quatre autres ; il lui 
fallait, en effet, pour expliquer le mouvement du premier 
ciel, qui pour lui est éternel, sans autre changement 
possible que la révolution circulaire, admettre une matière 
qui ne puisse s'altérer ni se transformer. L'éther, qui n'a 
pas de contraire et n'est soumis qu'au mouvement local, 
réalise parfaitement cette condition et explique par là- 
même l'éternité du premier ciel. La confusion grossière, 
qu'Atticos attribue à Aristote, ne serait-elle pas son propre 
fait, car il n'y a rien dans le système péripatéticien qui 

I. P. E. 8o5c-d. 



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XXXVIII 



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puisse autoriser un pareil reproche. Le polémiste aurait 
donc usé d'un procédé déloyal pour déprécier son adver- 
saire, et c'est lui qui serait vraiment de mauvaise foi : 
une telle méthode, employée consciemment ou inconsciem- 
ment, est bien de tous les temps. 

Mais voici qu'Atticos semble discuter à fond la doc- 
trine d'Aristote. Celui-ci a dit : « Tout ce qui est 
né doit périr et tout ce qui ne doit point périr n'a pas 
pas eu de commencement'. » Ce dilemme redoutable, 
qui semble avoir effrayé les disciples de Platon, n'est 
point de nature à faire peur à notre auteur. Aussi, le 
voilà qui s'acharne à montrer que la position de son 
adversaire n'est pas irréductible. Pour cela, il a recours 
à des comparaisons ^ banales, vulgaires, tout au plus 
comme il le dirait lui-même, à la portée des enfants et 
des femmes. Aristole prétend que tout ce qui est né doit 
périr ! Voyez donc autour de vous. Les objets faits de 
main d'homme durent autant que le veut leur auteur et 
continuent d'exister même apiès la disparition de leur 
producteur. Gomment oser dire que la volonté divine n'a 
pas autant de pouvoir que la volonté humaine .» Atticos 
ne s'aperçoit pas que la question est plus compliquée 
qu'il ne le croit, car l'éternité ou la non-éternité du 
monde dépend de l'idée que l'on se fait de la divinité 
Tandis que Platon attribuait à son Démiurge une per- 
sonnalité douée d'une volonté libre, Aristote concevait 
son premier moteur comme un être de raison, pure intel- 
ligence, sans aucune volonté, pensée de pensée qui 
domine toute chose, vers laquelle l'univers aspire, qui ne 
le produit point et même l'ignore : c'est bien là le fond 
du différend. Atticos ne s'en soucie guère, son auditoire 
et lui-même n'ont probablement plus le goût ni le sens 

i. Oe Coeto, I, 281 b 26, 282a 3i, etc. 
2. P. E. 8o3 a-b. 



XXXIX 



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de ces hautes spéculations métaphysiques et il se dérobe 
par un argument qui frappe peut-être Timagination mais 
ne prouve point. On ne saurait, en effet, comparer un 
travail humain quelconque avec cette œuvre immense, 
au-dessus de toute puissance humaine, qu'est l'univers, 
avec son ciel, ses astres fixes, ses planètes et la terre qui 
en occupe le centre. A moins d'admettre que ce qui est 
vrai pour une infime partie peut être vrai également 
pour le tout ; dès lors, ce serait simplement recourir à un 
argument d'origine stoïcienne. Et de quel droit comparer 
l'activité productrice de Dieu avec le pouvoir créateur de 
l'homme? Platon s'en était bien gardé et même avait 
marqué entre les deux une difierence profonde*. Du 
moment qu'il s'agit d'attaquer son adversaire, Atticos 
feint d'ignorer l'enseignement de celui dont il se croit 
l'interprète. 

C'est par un procédé semblable qu'il va essayer de 
réfuter la notion du cinquième élément. L'éther est un 
corps, et tout corps doit tomber sous les sens ; les 
données sensibles, spécialement celles du toucher, qui 
fournit les qualités premières de résistance et de pesan- 
teur, sont le seul critérium de l'existence d'un corps ^. 
Or, voici un prétendu corps qui n'est l'objet d'aucune 
sensation, qui n'est ni léger ni pesant, ni dur ni mou, 
ni clair ni dense, ni chaud ni froid ; il ne peut être saisi 
par le tact, ce ne peut être un corps, et si l'on veut 
soutenir que c'est un corps, il faut avouer que c'est un 
corps incorporel ^ L'éther n'a donc aucune réalité et l'on 
ne saurait en admettre l'existence. L'argument fait encore 
appel au gros bon sens populaire ; il étonnera sans doute 
le vulgaire et le convaincra, tout en montrant que 

1. Soph., 265 c-e. 

2. P. E. 8o^d-8o5a-b. 

3. Id., 8o5 a. 



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XL 

Tadversaire déraisonne : cela suffit aux yeux d'Atticos. 
La notion de cinquième élément est contraire au sens 
commun, c'est une véritable contradiction, une absur- 
dité ; notre polémiste ne se contente pas de ce mode d'ar- 
gument, il en connaît un autre usité chez les polémistes 
de tous les temps, et qui consiste à tirer d'une théorie 
les conséquences les plus ridicules ou tout au moins dan- 
gereuses et funestes, par un ensemble de déductions 
étranges: n'est-ce point même la méthode qu'il préfère? 
Aristote avait placé le Souverain Bien dans la per- 
fection^; il avait reconnu, en même temps, que l'homme 
qui s'applique à réaliser cette perfection est heureux 
d'une joie intérieure, car l'acte fait par vertu entraîne 
comme conséquence le plaisir inséparable de l'action. La 
vertu apporte donc le bonheur, un bonheur qui ne vient 
point du hasard, qui n'est point conféré uniquement par 
les dieux-, mais que l'homme se procure par ses efforts 
personnels. Sans doute nous passons par bien des vicis- 
situdes^, nous sommes successivement heureux et mal- 
heureux. Qu'importe, « ce sont les actes de vertu qui 
seuls décident souverainement du bonheur, seuls les 
actes et la pratique de la vertu sont stables. Lliomme 
qui a la vertu est vraiment heureux, car il pratique et 
considère ce qui est conforme à la vertu... L'homme 
vertueux, parce qu'il est honnête, ne sera jamais mal- 
heureux... vînt-il à tomber en des malheurs semblables 
à ceux de Priam » *. Le vrai bonheur ne dépend point 
des circonstances extérieures et la vertu donne l'eùBaiixc- 
vav, la ;j.a7.ap'.sTy;Ta, c'est-à-dire la félicité qui résulte du 
bien vivre et du bien agir Sur ce point, Aristote semble 

I. Eth. Nie, I, 1098 a 7 sq. 

a. Id., I, 1099 b 12-18. 

3. Id., I, iioo a 5. 

4. Id., iioo a 8. 



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— Xlî — 
rejoindre Platon, en proclamant l'indifférence de la vertu 
par rapport aux avantages ou aux malheurs extérieurs, 
et la réalisation complète du bonheur par la seule vertu. 

Cependant, parvenu à cette hauteur, le Stagirite se 
rappelle, comme Platon, que l'homme n'est point un pur 
esprit, que le corps a ses exigences et ses besoins impla- 
cables, que le cœur réclame aussi la satisfaction de ses 
tendances ; aussi n'hésite-t-il pas à déclarer * « que, pour 
jouir d'un bonheur parfait, l'homme doit avoir des amis, 
des richesses, une certaine noblesse de naissance, la 
beauté, et même une certaine stabilité dans le bonheur, 
avec la santé du corps, et la nourriture suffisante. » 
Faut-il de grandes ressources? Ce n'est pas nécessaire. 
Solon disait avec raison : « Les gens heureux sont ceux 
qui, médiocrement pourvus de biens extérieurs, savent 
faire les plus nobles actions et vivre avec sagesse.!»^ 
Tant de conditions ne dépendent plus de la volonté ni 
de la raison humaines, et c'est aux dieux d'accorder ces 
avantages. N'est-ce pas sur eux également que Platon se 
reposait pour obtenir ces biens? Et Aristote croit que les 
dieux ne peuvent manquer de combler de leurs bienfaits 
ceux qui pratiquent la vertu ^. 

Platon et Aristote ont donc bien placé le Souverain 
Bien dans la vertu; mais, pour le premier, celle-ci est 
innée dans l'homme, elle est un don gratuit des dieux 
et, par suite, elle tient ses prérogatives de Zeus lui-même ; 
pour le second, elle est acquise par un effort constant de 
la raison et de la volonté, lesquelles peuvent tout aussi 
bien s'appliquer à acquérir la gloire, la santé, la beauté. 
Atticos ne remarque point que les deux conceptions sont 
assez voisines ; il ne retient rien de la morale d' Aristote, 

I. Eth. Nie, I, 1099 a i5 sq. 

a. Id.. X, 1179 a il sq. 

3. Id., 1179a 23-32 et b aa. 



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— XLII — 

Sinon qu^en définitive la vertu ne sufBt pas à nous pro- 
curer le bonheur*. Voilà une affirmation dangereuse qui 
aboutit à ruiner la morale elle-même. Déclarer aux jeunes 
gens que la vertu ne peut procurer à elle seule le bon- 
heur, que, pour y parvenir, elle doit être associée à la 
richesse, à la beauté, à la naissance noble, n'est-ce point 
les encourager par là même à chercher d'abord ces 
biens accessoires? Si la vertu ne vaut pas mieux que la 
richesse, la gloire, la naissance, la santé, ce qu'Aristote 
n'a point dit, pourquoi ne pas essayer d'acquérir au plus 
tôt ces biens qui satisfont plus rapidement notre sensi- 
bilité.3 Dès lors c'est la ruine de la vertu. On aura beau 
mettre celle-ci au-dessus des autres biens, du moment 
qu'elle a besoin d'avantages secondaires pour procurer la 
félicité, elle n'est plus la fin unique de la vie morale, qui 
par là-même manque de principe et de fondement ; et il 
n'y a plus qu'à faire du plaisir le but de l'activité 
humaine. 

Admettons même que la vertu soit associée un jour au 
bonheur I Comme ce bonheur dépend de beaucoup d'au- 
tres circonstances extérieures, il ne peut être que pas- 
sager. « Plus facilement que les feuilles, il naît et dis- 
paraît, sans même attendre le cycle de l'année. Ce n'est 
point dans la même année, ni dans le même mois, mais 
dans le même jour, dans la même heure qu'il naît et 
disparaît » -. Pour un bonheur aussi éphémère, qui donc 
voudrait faire des efforts continus et des sacrifices aussi 
pénibles que ceux qu'exige la pratique de la vertu ? Le 

I. Théodoret, Cur. Graec. AjJ., XII, Sa, p. 3i3, 3. « Aristote 
avait coutume de dire que Ton n'est pas heureux sans la santé du 
corps et l'abondance des biens extérieurs, sans lesquels la vertu ne 
sert à rien. C'est ce qu'a montré clairement le platonicien Atticos 
dans ses écrits contre Aristote. » 

3. P. E. 796 d. 



4, 



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XLllI 

commun des hommes abandonnera la recherche de la 
perfection pour le plaisir et tous ses agréments*. 

Atticos a bien senti que la doctrine morale d'Aristote 
était trop élevée pour le vulgaire et qu'elle ne pouvait 
avoir prise sur les âmes ordinaires. Par conséquent, elle 
ruine la morale tout entière et conduit finalement à l'im- 
moralité, tout en ayant pour but d'organiser la vie 
humaine : les conséquences de cette formule, « la vertu 
ne suffit pas à procurer le bonheur par elle-même, » mon- 
trent l'inanité de tout le système. 

Il y a dans la philosophie d'Aristote deux autres 
conceptions qui contribuent, aux yeux de notre auteur, à 
ruiner toute morale. Le Stagirite rejette, en effet, son 
Dieu en dehors du monde, probablement au delà de la 
sphère ultime des étoiles fixes. Son premier moteur est 
cause et principe de l'univers, mais il ne le connaît pas. 
Evidemment il peut le connaître en lui-même, en tant que 
cause finale de toutes choses, mais peut-il atteindre les 
choses contingentes ? Absorbé dans la contemplation de 
son essence, il ne semble point devoir s'abaisser vers le 
monde des êtres imparfaits. Dieu n'intervient pas dans 
l'organisation de l'univers. Les choses célestes, dit Atticos, 
sont régies par le destin ^ ce qui n'est point d'Aristote, 
mais plutôt l'opinion des Stoïciens; pour les êtres 
sublunaires, c'est la nature, pour les choses humaines, 
c'est la prudence et la réflexion. D'après Atticos, Aristote 
n'admet point l'immortalité de l'âme, du moins au sens 
où l'entendait Platon: erreur grave et, de plus, dangereuse. 
Sans entrer dans les détails de cette importante question, 

I. Com. an. à la Morale à Nie. In Arist. Graeca, XX, p. a48, 
18. Aspasios parle des Platoniciens, parmi lesquels Atticos, qui ont 
attaqué la morale d'Aristote et montré que, d'après lui, la justice est 
sans utilité. 

a. P. E. 8i4 b. 



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XLIV 



ce qui nous entraînerait trop loin de notre sujet, nous 
savons que le Stagirite se sépare nettement de son maître 
sur la manière de concevoir la nature de Pâme. Il la 
regarde en effet, comme une substance, si Ton veut, 
mais seulement en tant que forme substantielle; incor- 
porelle, immatérielle, elle ne peut habiter dans un corps 
quelconque*, elle est seulement Tactualisalion d'une puis- 
sance de vie qui réside déjà dans un corps organisé, elle 
est Tentéléchie première d'un corps où la vie est en puis- 
sance-, Pacte et la forme essentielle de ce qui possède le 
pouvoir d'être teP. Si on la distingue des corps, ce n'est 
que par abstraction, car les formes n'ont pas d'existence 
séparée, et en fait on ne peut les séparer de l'organisme. 
L'âme comporte bien trois fonctions, végétative, sensitive, 
intellectuelle, mais ces fonctions ne sont point des entités 
séparées ni superposées, ce sont les trois degrés d'une 
hiérarchie dans laquelle les éléments inférieurs peuvent 
exister seuls, tandis que l'existence des éléments supé- 
rieurs nécessite toujours l'existence des inférieurs \ En 
tant que spirituelle, l'âme est de nature' et d'origine sur- 
naturelles '\ car elle pense et conçoit, et ce qui tient de la 
matière ne saurait ni abstraire ni généraliser; elle existe 
avant le corps, elle n'est pas née, ni créée, elle vient du 
dehors' comme une étrangère, elle pense sans organe, 
n'a aucune influence sur le corps et ne peut en subir une 
influence quelconque. Semblable au premier moteur qui 
dirige l'univers tout en restant en dehors de lui, l'âme 
spirituelle est transcendante au corps, elle meut sans être 

1. De An., I, ^07 b 13. 
3. Id., 4i2 a 27. 

3. Id., 41/4 a a5. 

4. Id., II, ^82 a 22. 

5. Id., III, 43ob 25. 

6. Id., ^29 a 24. 

7. De Gen. an., II, 786 b 27. 






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XLV — 



mue; impassible, sans mélange, essentiellement en acte*, 
elle ne peut logiquement être atteinte par la mort qui 
dissout l'organisme. Elle survit donc à la destruction de 
notre corps, et cela sans subir la moindre altération. 
« Une fois séparé, l'intellect est seulement ce qu'il est, et 
cela seul est éternel et immortel » ^ Mais alors Tesprit 
garde-t-il sa personnalité individuelle? Aristote n'a jamais 
donné de réponse bien nette à cette question. Il semble- 
rait que l'âme réduite à un pur intellect devrait aller 
s'abîmer dans l'universel d'où elle est sortie, et jouir sim- 
plement d'une immortaUté inconsciente, comme certains 
textes nous porteraient à le croire'. Aristote refusait-il 
d'admettre toute espèce d'immortahté personnelle.^ Grave 
problème qui a donné lieu à de longues et terribles dis- 
cussions. Atticos le résout sans hésiter: Aristote n'admet 
point la survivance de l'âme tout entière et, par suite, sup- 
prime toute espèce d'immortalité personnelle. Et de 
même que sa théorie sur la nature de l'âme amena 
le péripatéticien Dicéarque à nier l'existence de tout 
principe pensant distinct de la matière*, sa conception 
sur le sort de l'âme après la mort conduit aux pires 

1. De an., III 43o a 17. 

2. Id., 43o a 20. 

3. Aristote déclare, en effet (De an., I, 4o8 b aS sq.) : « Quant à 
la pensée discursive, à l'amour, à la haine, ce ne sont point des 
modes de l'inteUect, mais du sujet qui le possède ; c'est pourquoi, 
lorsque le sujet est détruit, l'intellect n'a plus ni souvenir, ni 
amitiés. Ce n'est pas à lui, en effet, qu'appartiennent ces états, mais 
à l'ensemble qui a péri. • Et ce texte célèbre (De an., III, 43o a 
23 sq.) : « (Après la mort ?) nous n'avons point souvenir de notre 
existence antérieure, parce que ce qui subsiste ainsi est impassible, 
tandis que l'intellect passible est périssable et que sans lui l'individu 
ne pense rien. » Sur le sens de cette phrase cf. Rodier (Corn, au 
De an., 43o a 23) qui reproduit les différentes interprétations données 
et conclut qu'après la mort l'intellect perd le souvenir de l'identité 
personnelle. 

4. P. E. 810 a. 



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XLVl — 



conséquences'. Les partisans d'Aristote ne croient point 
à l'intervention de la Providence dans le monde, ni à la 
vie future ; dès lors, quelle sauvegarde peut-il y avoir 
pour la morale ? L'homme qui ne se soucie pas des dieux, 
pas plus que ceux-ci ne s'occupent de lui, qui est persuadé 
qu'après sa mort il tombe dans le néant, va bientôt s'aban- 
donner à ses tendances mauvaises et devenir l'esclave de 
ses passions-. Tout le monde sait bien qu'il est possible 
d'échapper à la justice terrestre, la crainte des sanctions 
humaines est impuissante à nous arrêter sur la pente du 
mal, seule la crainte des sanctions divines en serait capable : 
s'il n'y a plus lieu de les redouter, pourquoi s'appliquer 
à pratiquer la vertu plutôt que de rechercher le plaisir, et 
le plaisir le plus proche ? 

Mais n'est-ce point mettre Aristote au même rang 
qu'Epicure^? Celui-ci assignait comme demeure aux 
dieux une sorte d'intermonde où ils vivaient heureux 
sans se soucier des affaires humaines, en dehors de l'uni- 
vers qui ne peut être leur œuvre : c'était leur donner au 
moins une sorte de loge au théâtre d'où ils peuvent assis- 
ter impuissants à un drame perpétuel. Au fond, Epicure 
ne croyait point à l'existence des dieux, mais avait gardé 
cependant les traditions populaires à leur sujet. Aristote 
est aussi athée et même plus athée qu'Epicure*. Nous 
savons pourtant qu'il était profondément religieux et 
qu'il avait élaboré son système de l'éternité du ciel, des 
astres et de l'univers, pour rendre ses croyances plus 
conformes à la raison. Atticos reconnaît son attitude res- 
pectueuse, mais pour la qualifier, ou à peu près, d'hypo- 
crisie. Le Stagirite rejette la divinité en dehors de l'uni- 

1. P. E. 799 a-b. 
a. Id. 

3. Id., 799 d sq. 

4. Id.y 8oo b-c. 



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XLVll — 

vers après avoir déclaré qu'il n'existe rien au delà du 
premier ciel : il est donc purement et simplement athée *. 
Une fois de plus, notre auteur n'a pas osé s'attaquer de 
front à des opinions solidement établies, il lui a paru plus 
efficace pour les réfuter d'en tirer certaines conséquences, 
peut-être logiques, mais qu'Aristole était bien loin d'ad- 
mettre ^ 

La polémique ininterrompue ne tarde pas à dégénérer, 
le ton s'élève, on en vient aux qualificatifs malsonnants 
et même aux insultes. C'est le cas pour notre Atticos. Il 
déclare qu'Aristote a une morale grossière, des opinions 
mesquines et viles, des idées vulgaires et triviales, bonnes 
tout au plus pour des jeunes gens niais et des femmes 
sans esprit ^ Ce savant, qui se prétend minutieux obser- 
vateur de la nature, s'est laissé tromper par ses sens* et 
commet des erreurs grossières : c'est qu'il s'abandonne à 
son imagination, à sa folle ambition, et à ses préjugés. 
Comme s'il ne devait pas, en tant que greffier de la nature, 
se contenter d'en décrire et d'en analyser les lois, sans 
vouloir lui en imposer de sa propre autorité^. Oh l'ex- 
cellent homme qui ne comprend peut-être pas tout ce 
qu'il dit«, qui divise, subdivise", s'amuse comme l'on 
dirait à couper un cheveu en quatre, et se perd dans un 
vain bavardage! 

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I. P. E. 8oo d. 

a. Ce raisonnement d'Atlicos a été repris par un polémiste chrétien 
du VI- siècle, Théodoret (Curât, graec. Affect., VI, 58, p. i68, i5) ; 
« Parce que la perversité des hommes sera augmentée du fait de ne 
pas croire que la Providence maintient l'univers dans l'ordre, le 
platonicien Atticos s'écrie : « La négation de la Providence conduit 
tout droit à l'injustice. » 

3. P. E. 795 d. 

4. Id., 807 a-b. 

5. Id., 8o4 c-d. 

6. Id., 810 d. 

7. Id., 797 c-d. 



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XLVIli — 

Pour jeter le ridicule sur son adversaire, Atlicos 
emploie à son endroit des comparaisons parfois bles- 
santes. Âristote est par rapport à Platon comme le renard 
qui du fond de la vallée regarde les petits aiglons perchés 
sur la pointe d'un rocher* : il voudrait bien les atteindre, 
et le Stagirite égaler son maître : que ce renard astucieux 
attende que les ailes lui aient poussé et que les plumes 
lui recouvrent le corps ! Passe encore pour le renard, 
car, après tout, l'animal est sympathique, mais voici 
qu'Aristote avec sa morale du Souverain Bien et son 
mépris des dieux, ressemble à ce médecin -, qui, du vivant 
de son malade, ne se soucie point de lui appliquer un 
remède salutaire, puis, une fois la mort survenue, se 
vante d avoir trouvé un moyen de rendre la santé au 
défunt. N'est-ce point stupide? Qu'une question embar- 
rassante se présente, le Stagirite, incapable de la résoudre, 
s'arrange de manière à l'embrouiller comme à plaisir, 
semblable ace mollusque de nos côtes, la seiche^, qui 
pour se défendre d'un adversaire puissant et inévitable, 
émet au-dessus d'elle un liquide noirâtre et se dérobe. La 
comparaison est d'autant plus blessante, que l'image est 
empruntée à Aristote lui-même. Et tout ceci n'a qu'un 
but : faire rire d'un adversaire, car l'homme dont on rit 
est pour longtemps discrédité. Et le Péripatéticien le 
mérite bien, car, au fond, ce n'est qu'un vaniteux inintel- 
ligent, un hypocrite, un fourbe, un athée, un mauvais 
plagiaire, un faux savant : tels sont, en effet, les qualifi- 
catifs qui résumeraient à peu près le jugement d'Atticos 
sur son adversaire. 

Et encore, s'il justifiait ses assertions, le lecteur pour- 
rait en discuter la valeur! mais il ne n'en soucie pas le 

I. P. E. 795 a-b. 
a. Id., 799 c. 
3. Id., 810 d. 



XLIX — 



moins du monde ; il se contente d'affirmer avec vigueur 
sur un ton qui n'admet pas de réphque, et quand il 
devrait raisonner, s'esquive souvent en lançant une insulte 
ou une boutade. 

Voilà bien le polémiste au sens le plus disgracieux du 
mot. Ne jurant que par Platon, cet homme, qui a de sa 
valeur une très haute opinion, ne s'aperçoit pas qu'il 
tombe dans l'erreur et donne des interprétations fausses 
de l'enseignement de son maître. Mais surtout, il a l'es- 
prit étroit, ce qui le rend hargneux, injuste, persifleur, 
intransigeant jusqu'à la violence; et il se taille un triom- 
phe facile en essayant de tourner son adversaire en ridicule, 
ou en lui décochant des épithètes malsonnantes et des 
comparaisons blessantes. Chez Atticos, la polémique ne 
s'élève guère au-dessus de la querelle, inspirée par une 
véritable passion de dénigrement. 



IV 

L'ÉCRIVAIN 

Atticos emploie le grec commun. A peine relève-t-on 
dans les fragments de son œuvre quelques termes qui lui 
sont propres, tels que ab'otxd, ai»To:j.Y3v{, «piXoTTAortovaç, 
des mots d'origine récente, comme zxfjiacùeuç, iTueiaxpt- 
v6[i.evoç, ou qui ont un air de vétusté, comme SiBa-j" 
[/.aia et àpKTTOTeyvYjç. Il fait un usage fréquent du mot 
at'peŒiç dans le sens de doctrine philosophique, ce qui 
n'est plus le sens classique ; il répète à plaisir le mot 
lb^\t,2, mais avec le sens d'opinion comme dans les 
dialogues de Platon. C'est, d'ailleurs, à celui-ci qu'il 
emprunte la plupart de ses tournures, ainsi qu'à Aristote 
et aux Stoïciens. Mais, dans l'ensemble, sa langue n'a 
plus la précision ni la vigueur de la belle prose classique. 



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Elle est familière, et plus proche de celle de Plutarque 
que de celle du fondateur de l'Académie. C'est pour cela 
qu'on y trouve une grande abondance de particules dont 
un certain nombre sont à peu près inutiles. 

Dans la mesure oii nous pouvons nous en rendre 
compte, la composition n'est pas toujours des plus claires ; 
l'auteur se répète, rabâche même, a l'air à chaque 
moment de finir sa discussion, qui recommence et se pro- 
longe en des longueurs. Telle est surtout l'impression 
produite par le chapitre qui traite du bonheur et de la 
vertu. Après avoir déclaré que la question du Souverain 
Bien est capitale en philosophie, Atticos dit que, sur bien 
des points, Platon et Aristote sont en désaccord, et spécia- 
lement sur la question de la vertu ; puis il affirme que la 
doctrine du péripatéticien est incapable de conduire les 
jeunes gens à la pratique du bien, car elle met la vertu 
au même rang que les richesses ; le bonheur qui dépend 
de tant de circonstances extérieures peut varier rapide- 
ment ; c'est une occasion de donner une classification des 
biens. L'auteur revient aux différences entre Platon et 
Aristote, attaque ce dernier et termine en déclarant 
qu'entre les deux il n'y a pas d'entente possible. Tout cela 
est long, traînant, embrouillé ; arrivé à la fin du chapitre, 
le lecteur n'a guère pu retenir qu'une chose : Aristote est 
dans l'erreur, et il a une morale grossière. Cinq longues 
pages n'étaient pas nécessaires pour le dire sans le prouver. 
La phrase est parfois lourde, peu claire et peu cor- 
recte. Lorsque l'auteur disserte, analyse ou résume, il le 
fait pesamment, sèchement, et non sans une certaine 
monotonie. Ici et là, il interrompt son développement 
pour faire des citations, empruntées à Pindare ou à 
Homère, et plus ou moins bien appropriées au passage*. 

I. Cf. 795 a, 796 a et d, 798 a et d, 806 a, etc. 



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Est-ce pédantisme, à peu près inévitable chez un pro- 
fesseur? Peut-être. Cependant Atticos fait songer davan- 
tage à l'écolier, dont la mémoire est remplie de textes 
d'auteurs classiques, et qui saisit le moindre prétexte 
pour étaler ses connaissances. A moins que ce ne soit un 
moyen de soulager l'attention de l'auditeur ou du lecteur : 
Plutarque n'avait-il pas écrit au début du n* siècle un 
livre sur la « manière de lire les poètes », où il présentait 
assez agréablement des citations d'auteurs anciens? Il 
n'en est pas moins vrai que ces citations nous font 
aujourd'hui l'effet de remplissage, bon tout au plus pour 
allonger le développement ou suppléer au manque 
d'inspiration. 

Deux ou trois fois, l'auteur se laisse emporter par sa 
haine d' Aristote ; il prend alors un ton âpre, même dans 
l'emploi de ses images et de ses métaphores. Au cours 
de sa carrière de professeur et de chef d'école, Atticos dut 
rencontrer souvent des auditeurs qui ne partageaient 
point sa manière de voir, n'admettaient point les idées 
de Platon ou osaient se déclarer partisans d' Aristote. Le 
voici qui vient d'exposer une doctrine qui n'a pas recueilli 
l'approbation unanime, et il nous semble l'entendre 
prendre à partie son interlocuteur. « Et toi, Péripaté- 
ticien, comment donneras- tu un enseignement aussi 
élevé que le mien.^ Gomment guideras-tu vers le même 
idéal les amis de Platon? Oii donc se trouve dans ta 
doctrine un langage capable de nous montrer le chemin 
du ciel? Gomment vas-tu instruire la jeunesse et la 
pousser à la vertu? Ce n'est point certainement avec les 
enseignements d'Aristote^ » Et, fort des arguments de 
Platon, il s'écrie : « Je t'autorise même à mentir si, cela 
te fait plaisir, pourvu que ce soit pour nous dire quelque 

I. P. E. 795 c-d. 



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chose de solide. » « Mais non, je ne le crains point, car 
avec ta formation, tu en es bien incapable. » Puis il se 
fait ergoteur, recourt à l'ironie, prend en pitié son adver- 
saire, l'accuse de mauvaise foi ; enfin, à bout d'arguments 
fatigué peut-être de parler, et se rendant compte que 
malgré son ardeur il n'a pas réussi à convaincre, il laisse 
entendre à son interlocuteur qu'il ne sait point raisonner 
ou même qu'il ne comprend rien. 

Atticos est donc bien le commentateur qui résume son 
auteur, le cite de temps en temps, développe rarement sa 
pensée, en même temps le polémiste qui attaque vigou- 
reusement son adversaire et l'insulte au besoin. Le polé- 
miste, par son allure vivante et même dramatique, enlève 
heureusement ce que le commentateur aurait de trop 
monotone ou de trop didactique, et laisse finalement 
1 impression d'un style parlé où les gaucheries et les répé- 
titions paraissent presque naturelles. 



TEXTE. MANUSCRITS. ÉDITIONS. 

Les seuls textes que nous possédions d'Atticos nous 
ont été conservés par Eusèbe dans son important ouvrage 
de la Préparation Evangélique. Ils forment dans les édi- 
tions modernes un chapitre du livre XI et sept du 
livre XV. Le premier est probablement tiré d'un commen- 
taire aux Catégories', car un platonicien du ii« siècle 
commente parfois les ouvrages d'Aristote tout aussi bien 
que ceux de Platon. Les derniers sont extraits à peu près 
sûrement des commentaires dont parle Porphyre \ sans 
doute d'un commentaire au Timée, sorte de résumé de 
la doctrine de Platon, à moins que ce ne soit d'un traité 



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composé spécialement pour réfuter les points principaux 
du système d'Aristote. 

On sait avec quelle précision* Eusèbe présente dans 
son livre les nombreuses citations qui donnent à son 
ouvrage un intérêt tout particulier et sont de précieux 
documents pour la connaissance d'un grand nombre 
d'auteurs de l'antiquité : il indique les ouvrages auxquels 
il emprunte ses extraits, renseigne sur les passages d'où 
ils sont tirés et analyse les pages qui précèdent. C'est 
bien ainsi qu'il procède pour les fragments d'Atticos : il 
prend soin de les annoncer en mentionnant le nom de 
l'auteur \ ou en rappelant qu'il l'a déjà nommé anté- 
rieurement ^ Le plus souvent, il termine sa citation par 
des formules comme celle-ci : u Ainsi parle Atticos » \ 
S'il omet un passage qui ne lui semble pas convenir à 
son sujet, il en fait mention en ces termes : « Et après 
d'autres choses, il ajoute^ )),ou bien : ce Et un peu plus 
loin^ », selon la longueur de la coupure. 

Nous sommes donc renseignés très exactement pour un 
bon nombre de passages, tels ceux qui traitent du Sou- 
verain Bien et du Bonheur, du cinquième élément, du 
mouvement des astres. A la fin du chapitre ix% le 
compilateur cite, à la suite du texte d'Atticos, des pas- 
sages de Plotin et de Porphyre, puis, sans nous avertir, 
revient à notre commentateur, et termine le chapitre xni« 
par la formule habituelle : « Ainsi parle Atticos » et 
ajoute cette déclaration : « Il nous eût été facile de donner 
des citations plus étendues de cet auteur. » Ceci nous 

1. Cf. Valkenaer, Eusebii CaesariensU opéra. Praef., p. xviii. 

2. XI, 2 j XV, 4. 

3. XV, 5, xoîî 8r)Xfo6évTo;. 

4. Toiauxa ô 'Atxtxoç, XV, 5 et 8, in fine, xauTa ah oFÔs XV 
8, xotauxa ô 'Axtixd;, XV, i3, in fine, 

5. XV, 4. 

6. XV, 5. 






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montre qn'Eusèbe avait bien entre les mains les ouvrages 
d'Atlicos et qu'il cite des textes authentiques. Le chapitre 
précédent, parle style elles idées, donne aussi Timpres- 
sion d'être du même auteur; aussi, nous le lui avons 
attribué, conformément d'ailleurs à l'opinion unanime 
des copistes. 

Eusèbe composa son livre environ un siècle et demi 
après notre auteur et nous pouvons donc admettre sans 
hésitation l'authenticité de ses extraits. Elle nous est 
confirmée par un auteur du vi« siècle, Jean Philopon, 
qui, en 629, dans son ouvrage fort prolixe, De l'éternité 
du Monde contre Proclus, fait appel à l'interprétation 
d'Atticos pour affirmer que, d'après Platon, le monde a 
commencé ; et faisant allusion sans doute à ses commen- 
taires, il ajoute : a Nos maîtres en ont donné de longs 
extraits dans leurs propres écrits, dont Eusèbe de 
Gésarée* » ; c'est pourquoi il juge inopportun de les repro- 
duire lui-même. 

Quelques années auparavant, Proclus ^ dans son 
commentaire au Timée. cite plusieurs fois les opinions 
d'Atticos. Au VI* siècle, .^née de Gaza' en fait mention 
en son Théophraste, et Simplicius^ en son commentaire 
aux Catégories. Théodoret ' cite son nom par deux fois à 
propos de la Providence et de la Vertu. Enfin, Stobée « 
rappelle ses opinions sur la nature de l'âme. Gependant 
tous ces auteurs se contentent de résumer son enseigne- 

1. Ed. II. Rabe, VI, an, i5; 606, 17. 

2. Ed. Dichl, I, 3o5, 6 ; III, 2/17, 12 ; III, 28^ ,7 ; I, 20, 21 ; 
97, 3i ; 272, , ; 276, 3i ; 283, 27, etc. 

3. Ed. Boissonnade, p. 53. 

4. Loc. cit. De même dans le Commentaire anonyme de la Morale 
à Nicomaque, in ArisL Graeca, XX, 248, 17 sq. ; Scol. in ArisL 
Syrianus. m 892 b 3. 

5. Car. graec. AjJecL, VI, 58, p. 118, i5 ; XIII, 52, p. 3f3. 

6. Ed. Phy., ï, 375-379. ' ^ 



4 i 



4 lià^ 



— LV 



ment ou de faire appel à son autorité comme interprète 
de Platon, mais aucun d'eux ne cite intégralement un 
passage quelconque de son œuvre. Se réfèrent-ils eux 
aussi, comme Philopon, aux extraits conservés par Eusèbe.î> 
c'est possible. Gependant des païens comme Proclus et 
Simpliclus ne devaient point connaître la Préparation 
Evangéligue, ou, s'ils la connaissaient, ils ne pouvaient 
guère y renvoyer leurs lecteurs ; d'autre part, les opi- 
nions qu'ils rapportent comme étant d'Atticos ne 
concordent pas toujours avec celles que nous font connaître 
les passages d'Eusèbe : ce qui est plus évident encore 
pour les affirmations de Stobée. Admettons, si l'on veut, 
que tous ces auteurs avaient encore à leur disposition 
d'autres ouvrages de notre auteur, c'est fort probable. 
Toujours est-il qu'actuellement nous sommes réduits à 
ne connaître d'Atticos que les passages contenus dans la 
Préparation Evangéligue. 

Le livre d'Eusèbe nous est parvenu dans un nombre 
assez considérable de manuscrits, pour la plupart de date 
assez récente. Les plus anciens, qui sont du xi« siècle, le 
45 1 A de la Bibliothèque Nationale, et le 343 H de la 
bibliothèque Saint-Marc à Venise, ne contiennent que 
les cinq premiers livres : le Moyen âge semble avoir peu 
connu ou même ignoré l'ouvrage \ Nous n'y trouvons 
donc point les fragments d'Atticos. Le Parisinus B. 405 
est du xni« siècle, mais d'une rédaction fort défectueuse, 
avec des lacunes qui s'étendent parfois sur un chapitre 
entier. Les trois autres exemplaires conservés à la Biblio- 
thèque Nationale, G. 466, D. 467, E. 468 datent, le 
premier du xiv« siècle, les deux autres du xv« siècle : ils 

I. Molinior. Sources de l'histoire de France, I, p. 36. « La Praepa- 
ratio Evangelica et la Demonstratio Evangelica d'Eusèbe sont des 
ouvrages de polémique et d'apologie cpie le Moven âge n'a point 
connus. » * ^ 



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— LVI — 

sont beaucoup plus complets et plus exacts que le B. 465: 
aussi, ont-ils été publiés plusieurs fois par les différents 
éditeurs de la Préparation Evangélique. Nous pouvons en 
dire autant du Manuscrit d'OxJord édité par Gaisford. 
Les Florentins G. 34 1 et F. i343, du xiv* et du xv« siècle, 
le Venetas T. 3/ii du xv% ont été également utilisés. Il 
ne semble pas en avoir été de même pour le Bononiensis 
0. i643, copié au xm* par Nicéphore et d'une rédaction 
excellente. C'est à celui-ci que nous avons emprunté 
notre texte en grande partie. La Bibliothèque Vaticane 
contient également quatre exemplaires de date récente et 
sans grand intérêt: le Vaticanus graecus i3o3 L. porte 
sur les marges des annotations et analyses en latin, 
d'ailleurs sans importance pour l'explication du texte ; il 
doit provenir de la même source que VUrbinas graecus 
6 M, car ils présentent tous les deux les mêmes variantes. 
Les Ottohoniens 266 N. et 266 P. sont de la même 
famille que le Parisinas 468 et le Venetas 34 1. Tous 
datent du xv«-xvi« siècle et n'offrent guère d'intérêt. 

Enfin, nous avons trouvé des manuscrits spéciaux, 
contenant les extraits d'Atticos, preuve que l'on a pensé, 
il y a déjà longtemps, à en faire un ouvrage à part. Ce 
sont : le Parisinas, supp. Gr. 907, du xv* siècle, le 
Parisinas 1730, qui contient seulement le chapitre xiu 
sur les idées, au milieu d'autres compilations du 
XV* siècle. Le f" ii,5 de VEscuriaL p. 200 v. à 207 r. 
contient notre texte intercalé entre un discours de César 
et quelques questions de Plutarque. La rédaction comparée 
avec celle de l'édition Gaisford offre quelques variantes 
relevées par E. Miller, p. 11 8- 126 de son catalogue des 
manuscrits grecs de VEscuriaL Toutes ces copies sont 
tirées des manuscrits grecs de la Préparation Evangé- 
géllque et probablement du Parisinas 465 ou d'un exem- 
plaire similaire, car elles reproduisent certaines omissions. 



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4 m^ 



— LVII — 

particulièrement celle du chapitre vi du livre XV. Cepen- 
dant elles ont été faites avec soin et présentent des 
corrections importantes qui nous ont été fort utiles. 
Nous n'avons pu consulter l'exemplaire de Naples 
(xvi« siècle) ni celui de la bibliothèque du marquis de 
Rosembo, dont la précieuse collection a été dispersée 
pendant la guerre. 

Les différentes éditions et traductions de la Prépara- 
tion Evangéhque sont assez connues pour qu'il nous 
suffise de les mentionner dans notre index bibliogra- 
phique. Les textes d'Atticos ont été publiés par Mullach 
dans ses tragmenta philosophorum graecoram, tome III, 
avec traduction latine et quelques notes ; il n'en existe 
point d'autre édition, du moins que nous le sachions. 

Après les nombreuses éditions de l'ouvrage d'Eusèbe, 
nous n'avons point la prétention de fournir des fragments 
d'Atticos une édition foncièrement originale ; nous 
n'avons pas eu besoin d'y introduire des variantes d'une 
grande importance ou d'y faire des remaniements pro- 
fonds. Les modifications portent la plupart du temps 
sur des points de détail : en un seul endroit, un change- 
ment de substantif transforme complètement le sens et 
la portée du passage'. 

Pour la traduction, nous nous sommes appliqué à 
rendre le plus exactement possible le sens du texte grec, 
en sacrifiant parfois l'élégance à la précision ; si quelques 
phrases paraissent embrouillées ou confuses, qu'on veuille 
bien en faire retomber la faute sur Atticos lui-même 
autant que sur son traducteur. Certains passages nous 
ont même paru impossibles à rendre, si bien qu'il a fallu 
suppléer à un texte trop concis ou à une pensée trop 
vague. 

1. P. E. XV, 7, 8o5c. 



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LVIII 



Nous espérons cependant que celte édition suffira pour 
faire connaître un auteur, sans grande originalité, il faut 
bien le reconnaître, mais qui jouit à son époque et dans 
les siècles suivants d'une assez grande réputation. Bien 
que chef d'école, ce ne fut qu'un commentateur, disons 
si l'on veut, un professeur de Platonisme, à l'époque de 
Marc-Aurèle. Fervent disciple de Platon, en un siècle où 
Aristote dominait à peu près toute la pensée philoso- 
phique, il a interprété la doctrine de son maître et 
combattu avec chaleur, sinon avec beaucoup d'intelli- 
gence, les enseignements péripatéticiens sur Téternité du 
nionde et le Souverain Bien, affirmé sa foi dans l'existence 
d'une Providence nécessaire pour gouverner le monde, et 
défendu sa croyance à l'immortalité de l'âme et à la vie 
future. A cette époque assez peu connue, où se produisit 
une véritable renaissance de la littérature et de l'ancienne 
philosophie grecques, Atticos nous fournit l'un des 
exemples les plus remarquables d'un premier essai de 
scolastique pour qui l'argument décisif en toute discus • 
sion est déjà : magister dixit. Mais le maître pour lui 
c'est le divin Platon, l'inspiré des dieux, le créateur de 
la philosophie, le rénovateur de la piété et de la morale à 
Athènes, celui qui le premier sut réconcilier la science et 
la religion. Parler d'Atticos, c'est encore parler de Platon, 
et cela seul, était un motif suffisant pour essayer de le 
faire connaître. 



1 



MANUSCRITS 



Praeparatio Evangelica. 

B 465 Parisinus, xiii« siècle. 
C 466 id. xiv« siècle. 
I> 467 id. récent. 
E 468 id. id. 

F i343 Florentinus, xv^ siècle. 

G i344 id. xiv« siècle. 

I 34 1 Venetus, xv* siècle. 

L i3o3 Vaticanus, xv^ siècle. 
M 6 Urb. Graecus, xv« siècle. 

N 265 Ottoboniensis, xvi« siècle. 

3643 Bononiensis, xiii« siècle. 

Atticos. 

X 907 Sup. Parisinus, xvi'' siècle. 
Y 1739 id. id. xv« siècle. 

Z F" 1 1 ,5 Escurial, xvi« siècle. 



Itîî 



If 



h 



I 









BIBLIOGRAPHIE 



I. ÉDITIONS QUI ONT SERVI A L'ÉTABLISSEMENT DU TEXTE. 

MuLLACH, Fragmenta philosophorum graecorum, Paris, 1887, 
tome III, p. 182 et sq. 

EusÈBE, Praeparatio Evangelica, éd. Robert Estienne, Paris, 
i544 ; id., Paris, i58i, avec notes manuscrites de Huet; 
éd. Yigier, avec traduction latine et index, 2 vol., Paris, 
1628 ; éd. Heinischen, avec notes de Vigier, 2 vol., Paris, 
1842-1843; éd. Gaisford, 4 vol., Oxford, i843; éd. 
Migne, Pairologie grecque, tomes XX-XXI, Paris, i843 ; 
éd. Dmdorf, Teubner, Leipzig, 1867- 1871 ; éd. Gifford, 
4 vol., Oxford, 1906. 

a TR..DUCTION DE LA PRÉPARATION ÉV ANGÉLIQUE. 

Latine, par Georges de Trébizonde, Paris, i542. 

Id. par Jean Dadrée, Paris, i58i. 

Id. par Carreau et Guillon (coll. Migne), Paris, i83o. 
Française, par Séguier de Saint- Brisson, Paris, 1842. 

3. AUTEURS ANCIENS QUI ONT FAIT MENTION D'ATTICOS. 
Porphyre, Vie de Plotin, éd. Mùller, Berlin, 1878. 
SiMPLicius, In Caiegorias, Commentaria in Aristotelem Graeca, 

éd. de Berl. VIH. 

Commentaire anonyme à la morale à Nicomaque, éd. de l'Ac. 
de Berlin, X\. 

EusÈBE, Chroniques, t'd. Schône, 2 vol., Berlin, 1866-1875. 
Proclus, In Platonis Timaeum commentaria, éd. E. Diehl, 

3 vol., Leipzig, 1 890-1 901. 
Philopon, De Aeternitate Mundi contra Proclam, éd. Rabe 

Leipzig, 1904. 



LXI — 

Theodoret, Curalio graecarum affeciionum, éd. J. Raeder, 

Leipzig, 1904. 
Stobée, Eclogae physicae, éd. Wachsmuth, 2 voL, Berlin 

1884. 
Suidas, Lexicon, éd. Bernhardy, 2 voL, Halle, 1 835-1 855. 

H. PRINCIPAUX AUTEURS CONSULTÉS. 

Platon, éd. Didot, Teubner, Burnet, les volumes parus dans 
la collection Budé, Ast. Lexicon platonicum, 4 vol., Leipzig, 
i835-i838. 

Aristote, éd. de l'Académie de Berlin. Avec index de Bonitz. 

Stoîcorum veterum fragmenta, éd. J. ab Arnim, 3 vol. avec 
index, Leipzig, 1903 et sq. 

Speusippe, Fragmenta, éd. Lang, Bonn, 191 1. 

Xénocrate, Fragmenta, éd. Heinze, Leipzig, 1892. 

Philon, De Aeternitate Mundi, éd. Fr. Cumont, Berlin, 1891. 

Plutarque, Moralia, éd. Bernardakis, Leipzig, 1886- 1896. 

Albinos, éd. Diels, Berliner Klassiker texte, Heft 2, XXVIL 

Hermès Trismégiste, éd. Ménard, Paris, i858. 

Id. éd. J. Kroll. Munster, 1914. 

5. AUTEURS MODERNES». 

Apelt 0., Zu Plutarch und Plato, lena, 1905. 

Baeumker Kl., Zum Platoniker Tauros, Jahrb. f. kl. Philol 
(1887), 388 sq. 

Bénard, L'Esthétique d'Aristote, Paris, 1889. 

Bergson, Quid Aristoteles de loco senserit, Paris, 1889. 

Berthelot, Evoluiionnisme et Platonisme, Paris, 1908. 

Carrau L., Etudes sur les preuves du Phédon de Platon, en 
faveur de l'immortalité de l'âme humaine, séances de l'Ac. 
des Sciences morales, 128 (1887), 5o-i20. 

Cazac H.-P., Polémique d'Aristote contre la théorie platoni- 
cienne des Idées extrait du Bulletin de la Société acadé- 
mique des Hautes-Pyrénées, Tarbes, 1889. 

Elfes, Aristotelis doctrina de mente humana ex commenta- 
riorum graecorum sententiis eruta, Bonn, 1887. 

I . Nous ajoutons seulement quelques noms à la bibliographie plus 
complète donnée à la fin de notre ouvrage sur Le problème de 
V Origine et de V Éternité du Monde. 



k I 



V» V 



; 



. 7 ■ 



LXII 



Favre (M'"^ J.), La morale d'Aristoie, Paris, 1889. 

Faye E. de, La Christologie des Pères apologètes grecs et la 

philosophie religieuse de Pluiarque, Paris, 1889. 
Fouillée A., Esthétique, morale et religion platoniciennes, 

3® éd., Paris, 1900. 
Freudenthal J., Hellenische Studien, Heft I et II. Alexander 

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Frjsch, De compositione libri platarchei qui inscribitur : Tcepl 

"IcriSiç xat 'OfftpiBoç, Leipzig, 1907. 

GiESEN K., De Plutarchi contra Stoïcos disputationibus, Philos. 
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Gréard, De la morale de Plutarque. 6« éd., Paris, 1902. 

Hartmann J.-J., De Plutarcho scriptore et philosopho, Lyon, 
1906. 

Kaufmann N., Philosophie naturelle d*Aristote, Élude sur la 
cause finale et son importance, traduit de l'allemand par 
A.-E. Deiber, Paris, 1899. 

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Lackeit Conr., Aion, Zeit und Ewigkeit in Sprache und Reli- 
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Leisegang, Die Begriffe der Zeit und Emgkeit im spàteren 
Platonismus, Munster, 1913. 

Lévesque, Les mythes et les légendes de VInde et de la Perse 
dans Aristote, Paris, 1880. 

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1849. 
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NiGGETiET Fr., De Cornelio Labeone, Munster, 1908. 

Nourrisson J. -F., De la liberté et du hasard. Essai sur 
Alexandre d'Aphrodisée, suivi du traité du destin et du 
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antique et le christianisme naissant, Lyon, 1878. 

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Sachs E., Die fûnf platonischen Kôrper, Berlin, 1017 
ScHAEFERs A De Porphyrii in Platonis Timaeo commentario, 
Bonn, 1868. * 

Simon J., Histoire de l'Ecole d'Alexandrie, Paris, 1 846-1 85 1 
SouRY J., Théories naturalistes du monde et de la vie dans 

l antiquité, Paris, 1881. 
StocklA., Die Ideenlehre und Schôpfungstheorie bei Plato 

Aristoteles und dem heiligen Thomas, Der Katholik. U 

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Munster, 1904. ' 

Tylor Primitive culture. Researches in to the development of 
mythology, philosophy, religion, language, 2 vol., 5« éd 
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Whittaker, The neoplatonists. A study in the history of Hel- 
lenismus, Cambridge, 1901. 



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I 



Vigier 
508 d 



509 



Eusèbe. P. E. XI (5o8cl-5ioa). 
I [1. Eîç Tpta SisXdvTo; lAspiri tou riXattovo? tôv ;ravTa t^ç ©iXoao- 

9taç Xdyov, £fç çuctxdv, rjOtxo'v, Xoytxdv, six* au jrûtXiv xdv çuatxov ^te- 
XojAsvou, eI'ç te Tr]v twv at'aerjTcov Geo^pt'av xaî x^v xwv àawfjiaxtov 
xaxavdrjatv. Cette division se trouve aussi chez les Hébreux. 

2. ripwxov 8s xwv 'E6pattov €rtcxo;:T;aai, 07faw 8è xà âpioxovxa 
nXaxwvc ârô xôîv xà aùxou Tzpsaeeudvxwv, wv 'Axxixôç Siaçavr); àvTjp 
ttov^ nXaxwvtxtov «piXoadçojv wSÉ jrr) xà Soxouvxa x^i àv8pt StéÇetatv, 
èv oiç t'axaxat 7:pdç xoù? otà xwv 'AptaxoxÉXou; xà FlXocxtovo; Gîctayvou- 

(AEVOUÇ.] 



b II 1 Tptxfj ToCvuv ôiaLpounévT]ç xfjç IvteXoOç <|)iXoao- 
<f>faç, eïç TE TÔV ]^8lkôv RaXcû^ievov t6ttov Kal tôv (f>uaiKÔv 
Kttl Iti tôv XoyLKÔv, Kal toO ^lèv TTpci>Tou KaTaaKEudt2;ovToç 
/jlicâv iKaaTov KaXôv Kal àyaSév, Kal toùç oïkouç bXouç eIç 
TÔ SpioTov lTiavop8oOvToç, fjSri ôè Kal Sf^^ov aii^noLvioL 5 

C TToXlTEta Tfî SLa(|)EpOt3aT] Kal VÔIIOIÇ TOÎÇ écKpiÔEaTàTOLÇ 
KOatloOvTOÇ, ToO ÔEUTépOU 8è TTpôÇ Tl^jV TTEpl TÔV BEtoV 

yvôaiv 8i/)KovToç, aÔTÔv te tôv TipcûTov Kal tôv aÎTCwv 
Kal TÔV atXXov, »aa ek toi3t«v ytvETai, 5 h^ TiEpl <})tiaECôç 

IcTOpCaV ô nXàTOV àvônaKEV 2 eIç Se T^JV TTEpl TOÛTOV lO 

àticjjoTépcûv ÔidiKpLatv TE Kal EÔpEQiv, ToO Tp(Tou TTapaXa- 
BoiiÉvou, »Ti nèv nXdtTCûv TtpÔToç Kal n^XiGTa auvayECpaç 
eIç £v, TtdcvTa Ta Tfîç <|)LXoao(f)£aç ^kp^, tÉcûç laKESaaiiéva 

Kal ôlEppi^léva ÔOTTEp Ta ToO nEv8£(0Ç ^éXt], KaSdcTTEp EÎTté 

d TLÇ, aôiidc Ti Kal 2;Çov ôXÔKXtipov àTCÉ<|>Tive ti^v <f)tXoao(|>£av, i5 
ôf^Xa TiavTl XEyôiiEva. 3 Oôte yàp ol TTEpl ©aXfjv Kal 
'Ava^HiévTiv Kal 'Ava^ayôpav, Kal ôaoL KaTà toOto ysyô- 
vaat ToyiToiç àyvooOvTat TTEpl ti6vTiv tî>)v ÔTrèp Tf]ç (î)t3aEQ<; 

8 xa? afxt'wv B || g èx xo^xou y^cxai I || lo wvd^xaxsv B omet jusqu'à 
oxt {Aàv nXaxwv II i8 iyvoouvxai B ...cm. jus Zïivwv 8e xat. 

I . La division tripartite de la philosophie est surtout l'œuvre des 
Stoïciens, qui furent les grands logiciens de la philosophie ancienne : 



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LES DIVISIONS DE LA PHILOSOPHIE SELON PLATON 

L;ensemble de la philosophie se divise donc en trois 
parties S savoir: l'éthique, la physique, et la logique La 

vertueux, d ordonner complètement nos maisons dans l'ordre 
le meilleur, ains, que d'organiser le peuple entier par un 

conduit à la connaissance des choses divines, des causes nre 

iistoire de la nature. Les moyens de parvenir à l'internré- 
tation et à la découverte de. deux premières fait iSde 
la troisième partie. Platon le premier, et supérieurem nt ! 
ramené à 1 unité toutes les parties de la philosophrZu'à 
ui dispersées, et jetées çà et là, comme lis meml 'iX 
hee ^ de manière, on l'a dit, à faire apparaître la philosophe 
comme un corps et un vivant parfait : ce qui est év^d nt^ p^^^^^^^ 
tout le monde. . . Ce ne fut point, en effet, l'œuvre des iL'ès 

Z cel 17'"^' "' ''' ""^^^^^-^ "^ '^ ^-- ^^^s 
"1^'' "^'"''''^ ^•" ^'^ «-* q-'il« s'occupèrent uniquement 

a. Penlhee, petit-fils de Cadmos et roi H^ Tkk 
l'introduction du culte de DionTsos dans son ' ""^'^'^ * 

Agave, égarée par le dieu, u^uZlslnp^^^ZZl '"'^'r' 
Bacchantes, d'Euripide. '^ ' ^® *"J®* ^«s 

3. Thaïes et Anaximandre furent ^n t^ir^t j« ui . 

cien.. Anaxagore s'occupa ausrde C fol 'tit S! r^'" ^""''^ 
son grand mérite est d'avoir I» • °'^""'"°" <"« ' univers, mai» 

intelUgence dan, l'orga Jsau'on d 77' "T ''•'"«"«°«°° ^'-e 
leçons^danssaJeunercrDlVo;':::..'""'' "^"' '""' '" 



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Tôv SvTCûv OKÉvpLV SiaxpiipavTEÇ* oô ^ifjv oôSè riiTTaKèç Kttl 
n£p(av5poç Kal Z6Xcov Kal AuKoOpyoç Kal ol TrapaTiX^aioi 20 
ToÛTOiç XavSdvoual Tivaç ti?|v aÔTÔv ({>LXoao(]>(av sic TtoXi- 
TE£av KaTaeévTeç. Zi^vwv 8è Kal -nav t6 'EXeutik^v toOto 
SiSaaKttXEtov Kal aôxô yvci^pi^iov ânl xfj xé^vr) xôv Xôyov 
510 iiàXtoxa OTTouSàaav. 4 Toùxolç Se Ittiyevôjaevoç flXàxtov, 

àvi?|p Ik <J>ùaEcoç àpXLXEXi?|c; Kal noXù oTa ôiEVEyKclûv, Kaxà- 25 
TiEiiTixoç 6ç àXT]8cù<; Ik Seûv, ïv* ôX6kXtipo<; Ô<î>8fi f\ IC 
aôxoO <f)iXoao<|)£a, napf^Ké xe oôSèv Kal ^Kaaxa f^Kp(6cûaE, 
jifjXE IXXeCttov TTpàç x6 àvayKaîov ^ii^xe TTp6ç x6 ôc)(pr|axov 
e^eve)(9eC<;. 'EtteI xotvuv rtàvxov l<{>a^EV (lEXEtvai xÇ 
nXaxwvLKÔ Kal <j)uaioXoyoOvxL Kal TTEpl f\8o5v Xéyovxi Kal 3o 
SLaXEyo^iévcp, <|)épE KaB' iKaaxov lTTiaKEv)j<iû^E8a. [TaOxa 
jièv h 'AxxLKÔç.] 

a a xal ;:av 16 xoioijxov SiÔaoxaXeïov B || 26 noXù ôtsveyxwv oîa 
DEFO II 3o xat çuatoXoyouvT'. om. DFGK. 



de 1 étude de la nature ; ce ne fut point non plus de l'œuvre 
de Pittacos, n. de Périandre, ni de Solon, ni de Lycurgue» 
n. de leurs successeurs, car nul n'ignore qu'ils consacrLni 
leur philosophie à la politique. Zenon et toute l'école éléate ^ 
est surtout connu pour s'être appliqué spécialement à l'étude 
de 1 art oratoire. Leur successeur, Platon, homme d'un génie 
parfait et de beaucoup supérieur, on pourrait dire en vérité 
qu 11 fut envoyé des dieux pour faire briller la philosophie 
dans toute sa perfection, n'omit rien, mit chaque chose à 
point sans rien retrancher d'essentiel, sans rien ajouter 
d mutile Puis donc, comme nous l'avons dit, qu'il appartient 
au disciple de Platon de connaître toute chose en dissertant 
sur la nature, en traitant des mœurs et en donnant les règles 
de la dialectique, abordons l'examen de chacune des parties. 

Mylilene et Solon le législateur d'Athènes étaient du nombre des 
«ept sages auquel on joignit aussi plus Urd le nom de PériTnd« 
a. L école eleate n'enseigna point la rhétorique, mais traita son» 






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Eusèbe. P. E. XV (79^ c-798 b). 

III [Mwaéwç xat twv Tcap* 'E6patot$ ;:poçr)Twv téXoç etvai xou 
jAaxapiwç î;t|v ttjv tou twv oXwv Ôeou yvwat'v is xat çtXtav 8t* eùaeSgtaç 
auvTeXou{ilvr)v GnoOsjxévtov, eùaiSeiàv ts sTvai àXTjÔ^ 5t8aÇavTwv Ty)v 
794 8tà ::a(jy)ç àpeTTjç tw ôeô 6Ùap£(jTr,(jtv (tauTTjv yàp elvai xtov aya^oiv 
ahi(xy, ïnl |xdvw yoip x^i ôetS ta Tïavxa xeiaôat xat rcap' auTou xà 
TCavxa xoiç 6so(ptXéat yopyiyeitjeat) xou lIXaxtovoç xà auvtoSà xouxotç 
ôpiCojAÊVou xat xéXoç eù8at(xovtaç xt)v àpexrjv aTcoçpatvojASvou, xyjv éxepav 
ôSeuaaç ô 'AptaxoxiXiQç oùx aXXwç eùàatfjiovà xtva çrjatv eaeaÔat ^ xat 
8tà x^ç xou (joSfxaxoç e'j;ra0£taç xat xyjç xôîv èxxôç ::€ptouaiaç, wv aveu 
(XT)8è xy)v àpexTjv w^eXeiv. IIpôç ov o;:ri>ç èvEaxTjaav StetJ/suajxsvyjv aùxou 
b xrjy u;:oXri'|tv à;:6X£Y)(^ovxeî o( IlXaxojvoç Yvwpt{xoi ;:ap6axt {xaBeiv 8tà 
xouxwv.] 

794 c ^^ * "'"fl<î Y*P <yvtiTTàaT)ç <})iAoao<|)ta<;, Koivfj Yvcî)^!?^ 
TÔv <|)iXooo<|)T)aAvTG)v, Tf|v àv9pcùntvTiv EÔSaijjiovtav ôm- 
oxvounévT^ç, Tpixfj Se SiaipoujiévTiç ««'^à xfjv tôv SXov 

TTOlT]TLKf)V ÔiavÉtiT^GlV, TOCoOtOV àTTOÔÉCÙV Iv TOtJxOLÇ TOO 
SlSAaKELV Tl TÔV nXàTCOVOÇ ô nEpiTTaTT^TlK6ç Ô<ï)6l«|CTETai, 5 

ôaxE, ttXei6vcùv Svtcov oï Sia<|)£povTai PIXAtcûvi, jidtXicTa 
IvavTioûtiEvoç aÔTÔc; <J>avEÎTai. 2 T6 npôx^v yc àTT6 
ToO KOLVoO Kal jiEytaTou Kal KupioTÀTOu Tf|v TTp6ç nX<4- 
Tova TTapaXXayi^v âTToi/|aaTo jif) Tr|p/|aa<; t6 jiéxpov Tflç 
d EÔSa^iovlaç, ^iT^ôè Tf|v àpETfjv aôxdtpKT] -npiç toOto auyxo- 10 
p/|aaç, àXX' àîioXiaSàv xfjç Suvé^Ecx; xfjç Kaxà t^v 
àpETi^v, Kal i^yriaàjiEvoç aÔTfj iipoah^lv tôv Ik xf^ç T^XH^î» 
tva jiETà TotiTcov IXr| Tfjv EÔSaniovtav eI 8' Itt* aôxf^ç 
XTi<|)6Etr|, 6c; àS\!»vaTov Kal oôk I<|)ikt6v Tif)v EÔÔaniovtav 

^lEtllpàjlEVOÇ. j5 

3 T6 jièv oSv àyEvvèç Kal SiT^^apTruiÉvov Tf)c; yvcbjiT^ç 

3 9tXoaoçyi{xàx(ov El || 3 xûv om. 1 1| 4 xoaouxov à;ro8£ov El : om. Iv El 

Il 5 8t8aax£iv xtç xc5v a>ç Ilfiptraxrix... EIN jj 7 Kai Tzpwxov 

BGDEFGIKOMiNZ : aùxôç çatv^xat BGDMNO || i3 ^izk xoùxfov 
om. IN : Ef 8' èç' £«uxr)ç BI || i4 T^ç ey8at{xoviaç BGDEFGIKMNO 

16 ouv om. B II 17 xe om. Z. 






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II 

DE LA VERTU ET DU BONHEUR 

La philosophie tout entière, de l'avis commun des philo- 
sophes, a pour but de procurer le bonheur aux hommes, et 
se divise en trois parties par une distinction naturelle des 
choses. Or, en ces matières, le Péripatéticien est à première 
vue tellement loin d'enseigner quelque chose des idées de 
Platon, que, parmi les contradicteurs, nombreux pourtant, 
qui ne sont pas d'accord avec Platon, c'est lui qui se mon- 
trera l'adversaire le plus acharné. 

La première fois, c'est sur la question la plus générale, la 
plus étendue, la plus capitale, qu'il a opéré son revirement 
contre Platon : il ne garde point la condition du bonheur, 
et il ne convient pas que la vertu soit suffisante à cet effet, 
mais il rabaisse le pouvoir que confère la vertu, il croit que 
celle-ci a besoin des avantages de la fortune, pour pouvoir 
avec eux accéder au bonheur ; qu'elle soit réduite à elle- 
même, il lui reproche son impuissance et son incapacité à 
conduire au bonheur. 

Ce qu'il y a de vil et d'erroné dans sa manière de voir 

^ 10. Platon, Dc/.^ 4i3 c : auxàpxYiç npoç, £Ù8at{xovtav; 4i3 a : Suvautç 
aùxapxyjç 7:p6ç xô £u Çfjv. L'expression est aussi dans Aristote, Éik, 
Nie., X, 1097 b 8 : xo x^eiov àyaGov aî»xapx£ç, mais elle est surtout 
stoïcienne, v. g.; Zenon, Arn., 1, 46, 33 : aùxa'pxriç ^ ipexr) izoàç 
£Ù8ai(iov^avj I, 46, 37: d ^ àpEXT) auxapxrjç npàç eùSatjxoviàv ; 
I, 86, 38 : £u8at{Aovta âaxtv rj x^ç «j'u^^ kpezt]. 

1 3 et 32. Aristote a énoncé plusieurs fois cette idée. Cf. Eth. Nie, 
I, 1096 a I, 1099 a 3i, iioi a 6, i5, 22 ; VII, ii53 b 17 ; x' 
1178 a 23, H78b33. 

i4. Èçixxôv employé dans un sens actif semble exiger Paccusatif 
comme l'indiquent X et Z. 



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<v T0ÛT9 TE kS„ xoîç SXXotç oô ToO TiapivToç aciKvOvoc, 
K«tpoO- iKcîvo «è oV«t np68nXov, «xt toO c.ottoO k«1 xflç 
=u8a.(,ovt«ç oÔK ïacov ïvtov oô8â -côv «ôtûv .„à nxi- 
Tov„ ,„i ,„à •Ap.cToxéXnv, 4XAà TOO ^èv (Joûvtoç ,o 
ÉKàoTOTE ical K^pÙTTovToç 8t. eôS«ci.ové<rt«Toç fi 8tK«i6- 
T«Toç, xoO 8è Hi^ ént-rpérxovToç É.,.a8«t ,f^ àpcxA xAv 
eo8«c,ovt«v, av t.^ K«l Yévoç .ôxux^ar, k«1 kAXXoç; àXU 
Kal )^pva6v 

8c -cal xpuaiv ëx^v nàXefiàvS' ïe«, «)6te Koùp^, 
4v,4yKn -caTi Tf,v 8.«l>opàv xoO xéXouç k«1 x#,v ènl toOto 
«rooaav <paoao<ptc<v 8.i<fopo« .tv«.. 4 M.Ç yip fi8û 
lic.8.^;ovT«, fJT.<: fi^e^v ^é.fuKe« l„£ X. Tôv i.iKpav ..l 
T«ns.vav, oÔK gcx.v IXe.îv inl .* i.sU;„ .«l Iv S+.. 
icetjiEva. " 

*P?<; ïv" Ictt' iKeîwoç «i|jr)X6<; nàyoç 

tpHXÛ»; Te Kttl nocXly-KOToç 

*v tÇ K<49TjTai IXa(f)ptia)v H'^XI»'- 
b 5 -Enl toOtov xiv û+^Xiv nirov t6 8piH6 k.I navoOpyov 
«..vo e^ptov dvEXeeîv àSOvaxov ïv« 8à sic TaÔT8v Je, 35 
TO.Ç &X0O r.vv^,«a.„ àX<àn,^. fi T^xn .cvl 8eî xpna«- 

oUhUv «otoîç teapévTov, f( ,,,^.cca«v «ôt^v, S ,,, né^,^,, 

Xaiv(;T]pà KUKXôaai TiTEpà, 
K«l 06TOÇ àp9EÎa«v éK rfjç 4v(nT«ae«. npiç ,6v û+^Xiv 
î3-35 àUà xai j^puTOv ?x<ov EIN : ;:o'X6ao-v8' «xcv E • ai J„ IN 11 .R 

l»T.v â«rvo; oT'^L" DXLMO IM? "r^ """' '^^''^ ^ " 3' -' 



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sur ce point, comme sur bien d'autres, ce n'est point ici le 
moment de le montrer ; mais voici ce qui me semble de 
toute évidence : ni le but de la philosophie, ni la nature du 
bonheur ne sont identiquement les mêmes selon Platon et 
selon Aristote. L'un crie à chaque occasion et proclame que 
le plus juste est le plus heureux : l'autre n'admet pas que le 
bonheur suive la vertu, sans les avantages de la naissance, 
de la beauté et même de la richesse 

Il s'en allait à la guerre chargé d'or comme une jeune fille. 

De la divergence de but, il résulte nécessairement une diver- 
gence dans la philosophie qui y conduit. En suivant une 
route faite pour mener à quelque chose de mesquin et de 
vil, il n'est pas possible d'arriver à ce qui est meilleur et 
plus élevé. 

Voyez-vous celte roche élevée ? 
C'est là que, féroce et sauvage, 
il repose agile pour la bataille. 

Sur cette pointe élevée, la bête rusée et pleine d'artifice est 
bien incapable de parvenir ; pour que le renard se ren- 
contre avec les petits de l'aigle, il faut qu'un sort funeste 
les frappe et les fasse tomber après la mort de leurs parents, 
ou bien que lui-même, s'étant fait pousser ce que la nature 
ne lui a point donné, « un cercle de plumes légères », se soit 
ainsi soulevé de terre pour voler jusqu'au sommet du rocher. 
Tant que chacun reste à la place qui lui est propre, il ne 

19-21. Rép., I, 354 a : ô Sixatoç apa eùBatfxwv ; id : o yt eu Cwv paxapidç 
ce xaî eù8a{(ia>v; IX, 58o b : Hxi.. tov à'pKJxdv te xa? StxatdTatov 
eiîSa'.jxovidxatov Ixptve ; VIII, 544 a : ef ô à'pioroç tù^ai^ovéaiaxoç ; 
Lois, XII, 961 d : ipeTT) rcavxl r.apéyei ÇoSw atoTriptav. L'expression 
est aussi stoïcienne, Arn., III, i4, 36: ^ ttjç J/uy% kptxh eùSataovia. 
25. Homère, Iliade, II, 87a. a. . 4 r 

3 1-33. Pindare, Néméennes, IV, i55-i56, on lit : 
(xaXaxà {xèv (ppovéuiv IdXotç 
Tpayùç 8è jcaXtYxoTotç 6©e8poç. 

4o. Gomme ci-dessus, les mots semblent empruntés à Pindare, mais 
le vers doit être d'Atticos lui-même. 



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C 6 [Kal née- «TEpa InaévEi] 

nx,.„, ,,^ ,^„ ^,^^ ^^^^^^ ^^^ ^^^ H 

^P-fl .0.1 .Ç .O.XÇ, .av 8é SXXcov .n.v..v àv.ireov,2 

Tovaç • 7 noO ,7'''"'^ "" «"^* ^"^«î fXonXd- 5o 
H ,■ \ \ ^^"^ «tpécE».; TocroOTov 6u.oç Xévov 

TO Tflv AXoaSov <|.pév^t.o. iCT.^a«aeo.i .«l .^v ^tc 

r rt"" '"'''^'"'"' ^^ <f1- nXW 8 Tlç 1 55 

T.Ç Kd tSc^xp, ,„l dnatSevxoç k«1 ,e.pà..ov k.I ,„v^ 65 

.ao9«. CFG : xov.v .. ".wLo^F II "fi "ir-t"'" i*^"' ^^^'^ ^ 'f^- 

53' [T,'*Il °"/'t"'' '^'' '""""J^' <^« 1" /f</».«.?«e livre Vil 
53. Les Aloades, Otus e. Ephiahes, géants o:h4,:fiin>I}oeu, 



— 5 - 

zii Lr'"' '^ "'''^'"■' '•'"•^ '^' *^^"^"^ ^* '- "--- 

[Et un peu plus loin il ajoute :] 
Les choses étant ainsi, Platon s'efforce d'élever les èmes des 
eunes gens vers es régions supérieures du divin, de façon à 
les fa.re assoc.er la vertu et le bien et à les persuader de m^ 
pnser tout le reste. Et toi, dis-nous. Péripatéticien, cor^^n" 
donneras-tu ces enseignements? Comment guideras-tu ve^ 
e même but les amis de Platon ? Où est dans ta doctrineu" 
ngage elevé, capable de faire acquérir l'audace des Aloades 
et de chercher le chemin du ciel? Ceux-ci croyaient pouvoir 
se le frayer en entassant montagne sur montagne, tandis 
que cela ne se peut faire que par le retranchement des pré- 

apS:t Ïr""' '^"'"'"^ ''««"-« Pl«to"- Q-1 seco'urs 
apportes-tu.a la jeunesse pour une pareille entreprise? D'où 

Urer un discours quelconque comme auxiliaire de la vertu ? 
Sq^tiSl^''"^'^"^^ '-'»--——? 

Je t'autorise même à mentir si tu veux, pourvu que ce soit 
pour d.re quelque chose de solide. Mais tu ne s'aurai en 
citer aucun, et aucun chef de cette école ne saurait t'v auto 

Zltion"* '?'/' ''-'''' d'Aristote se rapportant ri" 
question, n, les discours à Eudème et à Nicomaque ni ceux 

m t. u es « Grandes ^lorales », n'exposent sur la' vertu"" 

des Idées mesquines, basses, triviales, tout juste ce que pour- 

raU^en^d^n homme du peuple ou sans éducation^ un 

NatarelU vî Tj ? exlraordmaire (Pline, Hhloire 

lyamiette, Vi, i6, 25, raconte qu'on retrouva le sauelpllp H'n. ! 

serpents. Cf. Pau^^t^'a^Vutt^Toir""^ «* a"ach.s par des 
55. Phidre. 249 d : L'homme vertueux est semblable aux iniUés: 
eïi5Ti(iEv05 TtDv àvOpw;:;vwv «JtouSaojiaTwv. 
Criton. 46 c : àsaf.osais ypij.aa'Twv. 



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— 6 — 

T6 iièv Yàp SiASti^ia, â>ç eItteîv, Kal t6 aKfJTiTpov tô (5aai- 
Xiic6v, 8 Tiapà ToO Al6ç Ixei XaÔoOaa àva<f>atpETov ^ àpcTf), 

oô TTaXivdtypETov, 8tti kev oîÎtoc; xf] KE<}>aXf] InivEtiaTi 
toOto aÔT]?|v à<|)aipEÎa8ai ToXiiôaiv. 10 Oô yàp èrn- 
TpéTTouaiv aÔTf|v ttoieîv EÔôat^iovac;, ôiiolav 5è aÔTf)v 70 
KaStaTSaL ttXoûtcj) Kal S6^r| Kal yÉVEi Kal ôyiElot Kal 
KécXXEi, Kal 8aa &XXa Koivà tî^ç KaKtaç. 'Oç yàp toOtov 
ÔTioOv TTap6v xcoplç àpETfjc; oÔk aûxapKEç EÔSat^ova t6v 
KEKTTitiÉvov &TTocj)fjvai, Kal fj àpEti] Kaxà Taôxà xû)pl<; 
TOÛTOV oôx iKavi?) TToif^oai t6v ixovxa auT^v EÔSattiova. 76 
3 11 riôç oSv oô Ka8f|pETai Kal KaTa6É6XtiTai t6 xfjç 
àpETf^ç àÇtojia; va£. 'AXXà ttoXù tôv &XX<av àya8ôv 
ÔTTEpéxEiv Tf|v àpETf)v XéyouGL. Tt ô^ ToOxo ; Kal T^V 
ûylEiav ToO TiXoÔTou- àXXd 16 yE x«pl<; àXXt^Xov ixf) àpKEÎv 
TTp6ç EÔÔainovlav, TTSat koivôv. 12 'OnÔTav oSv tlç Ik 80 

TOÔTQV TÔV SoyildcTCÛV Kal TaÔTT^Ç Tf^Ç atpÉaEOûÇ, 8i8<i^Ti 

Tèv Iv aÔTf] Tjî ipuxfj t6 ttôv àv8p(i)7Tivov àya86v 2;r]ToOvTa, 
EÔÔatiiovdc (^r]aiv IttI Tpox6v oôk àvaBatvEiv, oôôè à xaîç 
npiajiiKaîç Tôxatç ouvex^^evoç Sôvaix' &v EÔSa^iôvov Kal 
^laKaptcùv EÎvai. 13 Tàv Ôè tiPjv àpETi^jv Ixovxa toioôtoiç 85 

Tial TTEpmEaEÎV oôk àîTElK^Ç. 

ToÔTOlÇ S' ^TTETai t6 tlf|TE àKoXou8EÎV EK TTaVT^Ç T^V 

EÔSac^iovlav toîç Tf|v àpETfjv 1X0"^^ til^T, El yévoLTO, 

TTapa^lÉVELV àeI, 

<»>ôXXa Ta tiév t' &VE110Ç xa^iciSiç X^^^ «IXXa Se 8' îiXT) 90 
Tr^XE86oaa <(>ôei 

5ç àvSpôV yEVEf) f) Jlèv <f)ÔEL, f) S' àîToX^yEi. 

67 ivaç^pexat DE || 68 Invsiaet GDEIFLM |[ 70 jxt'av 8è aÙTrivà 
XZ l! 71 xaxtcjTolai Z : xat^ yÉvet xat SoÇrj OGFGLM : Oysta MNLOI • 
ayevet'a Z || 76 xa6atpe-rai XZ || 77 àXXà t6 jioXî, DI || ' 78 tt Bl 
GGM : TÔ 8è F II 79 ip/av BGDIO || 81 5t5aÇetç F : ÔtSofÇete 

nS?Sv^^^ " ^^ *^*^°'' '^ ""^ '^^"^^-^ rriToSvta XZ II 83 EÙSaitxovt'a 
GFGOXZ : çaaiv El : àva5atv£t CFG || 8t^ €Ù8at{xa>v BGDXZ II 
85 fiaxaptov G : |xaxaptoç BGD || 88 xoiç è'-^ouai t^v àpetrlv XZ • 
TTjv apexTjv xoiç e'xouat GFGO. 



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— 6 — 

jeune homme, une femme. Cependant le diadème, si j'ose 

dire, et le sceptre royal que la vertu tient Hp 7. 

cadeau inaliénable, "^^ ^'"' '^"^^^ 

C'est irrévocable, tout ce qu'il accorde d'un signe de tête. 
Voilà qu'ils ont l'audace de le lui enlever î Ils ne lui accor- 

tent aT 1 '"^ ^'^'^ '' ''f '' '^''^ '^ ^^ ' ^'^ ^-el 
a santé iT T'.^"' ' "''""' '' ^'^^^^> ^^ '^-^«nce, 

™J ^! "'T' ^" \"^^" ^« ^- -^ntages présents, sans 
^ vertu, ne suffit a rendre heureux celui qui le possède, de 
m me la vertu, sans tout cela, n'est pas suffisante'pour ;««! 
dre heureux son possesseur. N'est-ce pas détruire et ren- 
verser la valeur de la vertu P Certes. Cependant, ils déclarent 
mettre la vertu bien au-dessus de tous les autres biens 

Mais les unes sans les autres ne suffisent point pour le bon- 
heur, ceci leur est commun à toutes les deux. Chaque fois 
que d après ces opmions et cette école philosophique, on 
vient donner une leçon à celui qui cherche dans son Le 
tout ce qu'il y a de bonheur pour l'humanité, on lui dédale 
que 1 homme heureux ne monte point sur la roue, que celui 
qui subirait les malheurs de Priam ne saurait êt;e'mis au 
nombre des heureux d'un bonheur parfait. Or, il n'est point 

Il s'ensuit que le bonheur peut très bien ne pas être en 
partage a ceux qui possèdent la vertu, et si cela venait à se 
produire, ce n'est pas pour durer toujours. 

Le vent répand les feuiUes à terre, mais bientôt la forêt 

en fait pousser de nouvelles en abondance • 

amsi en est-il des générations humaines, l'une naît, l'autre meurt. 



68. Iliade, I, 626-527. 

70. Eth. Nie, I, 1099 a i5 sq. 

H. Eth, Nie., I, 1,01 a i5-i6, iioo a 8. 

00. Voir p. 4, lignes 21-22. 

90-91-92-94. Iliade, VI, 147 sq. 



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d 14 "Eti aoi t6 TrapàSEiy^ia jiiKpèv Kal &toXjiov, S tioit^tA* 
a lapoç 5' iTTiytvETai &pr] » 

TToXùç ô HETa^ù XP<5voc; $ ^if) ylvETai. El SéXeiç &Kpi6ô<; 96 
t6 iTxtKT^pov Kal aa8p6v Tf^ç àvQpcuTiiv^c; yevEac; àTiEiKàaai, 
TTapdcSoiXAE T^v 'ApiaTOTÉXouç EÔSai^ioviav. 'PSov tôv 
4>t3XXov, aî5TT]'Kal <|>ÙETai Kal àrtoXElTiEi oôk àva^iévouaa 

TTEpiTEXXô^lEVOV t6v EViaUT<5v, OÔS' ttÔTOETEt, 0Ô8' ttÔTO- 

HTiv(, àXX' aÔTf^ç i^tiépaç, aÔTfjç ôpaç Kal ylvExai Kal 100 
797 àTr6XXuTai. 15 HoXXà Se àTToXXùvTa, Kal TiàvTa ek i:î\q 
'^^Xn^- Kal yàp al toO aQ^aToc; KfjpEÇ, ^luptai 8è aSTat, 
Kal TTEvta Kal Àxnita, Kal baa ToiaOxa, Kal Ttp6c; oôôèv 
aÔTapKEÎ Ta Tî\q <pCkr)ç (ipETf)ç Ttpèc; [ioi^8Eiav oôx Uayà, 
Tr)v jièv yàp KaKoSai^iovtav EÏpyEiv, Tf|v Se EÔSai^iovlav io5 
Siaa<£>tEiv àa8Ev/|<;. 16 Toûtoiç oSv tiç £VTpa(|)Elc;, Kal 
ToÛToiç àpEaK6\jie\toç toîç X6yoiç, xtva Tp^nov f) aôxbc; 
ouvàCTExai Toîq nXdcToavoç, fj êtXXouç irpôç aÔTà ETiippàaEi 
TioTé; oô yàp loriv Sttqç &v tlç Ik to\jtcov ôp^icbjxEvoç 
b 7TapaSé£,aiTo xà 'HpàKXEia Kal SEÎa EKEÎva Séy^iaxa, àq no 
iaxMpàv XL Kal «nàyKaXov XPflt^a A <SipEx/], Kal, oôxe jioxè 
EvSÉouaa TipSç EÔSai^iovlav, oÔte TToxè aôxf^c; à<{>aipou^évT^, 
àXXà Kfiv TTEvta, k&v voctoç, k&v àSo^ta, k&v (iàaavoi, kÔv 
TTixxa Kal axaup6ç, kSv xà Ik xfjç xpaycpStac;, &jia xtàvxa 
èTTLppufj, EXL ô SlKaioç EÛSatticûv Kal jiaKàpioç. 17 'Etti- ii5 
KTipuKEÙEi yoOv aôxô xÇ iiEyaXo<})cûvoxàx9 Kf|puKi, KaGàîTEp 
à8Xr|xf|v xivà vtKT)<f>6pov, x6v SiKaiéxaxov, bxi o(5x6(; laxtv 

95 ypâvoi xat {xr, BGDEFGIO : ptetaÇuç B : ÔiXrj; G || 99 auTOExéç 
GFLZ : 0Ù8 ' aÙTO èoTÊ DE : aÙTOixrJvâ X : aùxT)? trjç -^jij... X || io5 Ipysiv 
om. DZ II 106 suxpaçeîç E || 109 07:a>v à'v BGDFIO': àXXwç F |f iio 
TcapaSsÇaTo DFI : r.oipzU^oiTo G || 112 où'tcotê GDZEIO || ii3-ii4 
àSoÇta xàv TCtxta XZDE || 116 uîïÔ xr^prixi XTipyxtet BGDFGO. 

II 3. Low, IV, 709 a : Tux.at... xat aujAçopal TcavToiat 7:tîCTou<jai j 
709 b : Tuya; 8' elvat ay eSov a;:avTa Tàv6pto7:tva 7rpaY{jLata, par oppo- 
sition aux biens des dieux ; Rép., X, 6i3 a : èotv t' èv r.evia yi^vrixat Idcv 
T*iv voaotç Ti xtvt àXXw xwv Boxouvxtov xaxwv ; Prot., 353 ': oxt fiSovr;) 
vo'jouç x£ TCOieT xaî 7:evta? xal àXXa xotauxa 7:oXXà ;:apaox6ua;£t. 



— 7 — 
uLideT *' ''"P^""""' P^^*^' ^«^ ^ien pâle et bien 

« Avant que ne revienne la saison du printemps, » 
un long intervalle de temps s'écoule dans lequel il n'y a 
nen S, tu veux représenter exactement la caducité et la 
mortal.te de a race humaine, tu n'as qu'à la comparer au 
bonheur d Anstote. Plus facilement que les feuilles! il naU 
et disparaît sans même attendre le cycle de l'année : ce n'est 
point dans la même année, ni dans le même mois, mais dans 
le même jour, dans la même heure, qu'il naît et disparaît. 
Noinbreuses sont les choses qui périssent, particulièrement 
tou ce qui vient de la fortune : il y a les maux du corps et il 
sont innombrables, il y a la pauvreté et le déshonn;ur et 
nombre de choses semblables, contre lesquelles la vertu qui 
s y jomt apporte des avantages qui ne suffisent pas, et un 
secours impuissant : elle est trop faible, en effet, d'une part 
pour repousser 1 adversité, de l'autre pour conserver la féli- 
cite Gomment un homme nourri dans ces idées et satisfait 
de tels discours, pourra-t-il se mettre d'accord avec les prin- 
cipes de Platon ou fortifier les sentiments des autres à leur 
égard P 11 n y a pas moyen, en effet, en partant de tels prin- 
cipes, d accepter ces dogmes herculéens et même divins de 
Platon, savoir : la vertu est chose ferme et de toute beauté 
jamais i ne lui manque rien pour donner le bonheur! 
amais elie n en est dépouillée, et quand même la pauvreté 
la maladie la torture, la poix brûlante et la potence, les 
supplices décrits dans les tragédies viendraient, tous ensemble, 
s abat re sur lui, le juste aurait encore le bonheur et la féli' 
cite. 11 lui fait donc annoncer à lui le héraut à la voix puis- 
sante, comme s' il proclamait un athlète vainqueur à la lutte, 

cf 'Lf;s^Xn\'°'^^''^V' *'''"' ^*''"^°^ ^^'^^ ^« ''-' <i Veuve - 

comt; te d^lToix'"' '' ''"^"^^^ ''' ''' P^^*- ^^^'--- 
Ii5. Rép.. IX, 58o b : ô 'Apt'axcuvoç ulèç xov «ctaxdv xe xal Scxatd 

117. Hép., X, 621 d : (uarsp oi vtxri<pdpot reptayEtpoVevot... 

6 



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— 8 — 

C côSaiiiovéoTaToç, h 1^ aÔTf^ç xfjç 5i.KaioativT]ç t6v Kapirôv 

AiaipoO Totvuv, El (îoûXei, Kal ttoIkiAXe xpixfî Kal 120 
XExpaxfl Kal TToXXaxf^ xà àyaSà SiaaxEXXénEvoç- oôÔèv 
yàp xaOxa Ttpèç x6 -npoKEltiEvov. Oô 8f| 7x06' fj^ifiç 5i' aôxéiv 
TTpoadc^Etç x^ nXàxcDvi. 18 T{ yàp eÎ tôv àyaôûv, cbç 
<î)iF|<;, xà iièv xt^ita, KaGATiEp ol 8eo(, xà 8è ETtaivExà, <£)ç at 
dpExaC, xà 5è 8uvàiiEiç, càç Kal lox^ç, xà Se <2>(|>ÉXnia, 6ç ia5 
al GEpaTCEÎaL ; xt 8' eI xaOxa IXàxxovi 8taipéaEL 8iaaxEXX6- 
liEvoç XéYOLç; Tôv àyaSûv xà ^lèv EÎvat xéX^, xà 8è oô 
d téXt xéXti nèv 8voiià^;ov Sv xàptv xà &XXa, oô xéXti ^^ "^à 
Tôv &XXov IvEKa XajiBavdtiEva. 19 T£ S', eI iiàGoi xiç 
8x1 xà iièv &7tXôc; àyaOà, xà 8è oô TTSaiv f) 8x1 xà ^lèv i3o 
ipuXfl«; àyaSà, xà 8è a^jiaxoç, xà Se Ikx6ç- f) -rràXtv 8x1 
xôv àyaSôv, xà ^èv SuvàiiEiç, xà 8è SiaOEaEiç Kal f^Eiç, 
&XXa Se EvépYEiat, xà Se xéXt], xà Se CXai, xà Se Spyava; 
icôv xàç SéKa Kax^yoptac; napà aoO nàBr] xlç SEKax^l 
StavéïiEiv xàya86v, x( xaOxa -nphq xi?)v HXàxovoç yv<i>^iT]V i35 
xà StSàyiiaxa; "Ecoç oS yàp au ^lèv eïxe ôiicovôjiax;, eïxe 
bnoç (ioôXEi, KaXôv àya8à xà xf^ç 6Lpzi?^ç; &XX' Sxxa -npSç 
xf|v EÔSat^ovlav ôç àvàyKaiç TTapaXaiiBàvEiç, x6 UavSv 

118 oj-coç ô £Ù8at|xov£çy.. DPXZ : âÇ ou 8txaioauvr)ç DEI : cm. XZ II 
lao oiatpet BEIZ : roixiXe X || 122 où 8^6' ^fxaç Z : oùSs || 126 S 
8£ El : (î)çlXri;xa BGDO i| 126x1 8s tauxa I|| 127 X^yecçD || 129 svexevlH 
i3i-i32 oyt xà {i£v xôîv àyaOtuv El || i33 xà 8' ajxà opyava El || 
i34 Tàç 8£xa 81 xax... D : xaxà xàç Ssxa om. 1 : ~ap' ou (laOr) El : 
T.<x^d aou (Aàeoi EFGZ || i36 xà So^maxa XZ: "Ewç \hp ou au' El 
137 àXXà xà DFGIZ II i38 Xa{jL6dtv£iî DFG. 

I20. Platon lui-môme a divisé les biens: i*» divins et humains, 
Lois, I, 63i b ; 2^ a) biens de l'âme ; 6) biens du corps ; c) la fortune 
et la richesse, Lois, III, 697b. De même dans Gorgias, Ix^i c: 
uytaiveiv, xaXôv yEviaOai xaî 7:Xoux£rv ; 3o la santé, la beauté, la force, 
la richesse, Lois, I, 63i b j II, 661 a. Aristote distingue : xàyaeà 
Tp7^^- âxxdç, repî atoaa, Tcspf ^u^riv, fi"//». Nie, I, 1008 b 12; 
TayaSà xà {x£v xaô' auxa, exepa 8e 8ià xauxa, xà [lév laxi x^Xt), xà 8* 
oûxar), Eth. Nie., I, 1096 b i3. La division en trois ou quatre 
espèces est donc admise par Platon aussi bien que par Aristote. 



< ib^ 



— 8 ^ 

ramèneras à Platon A «„«; 1 ^ l. ^®" *" »* «ou» 

con.me tu l'affirmes Z ' '" *""**' " P"™ '« '"•«"«. 

dieux, les au rtTouJe;,era,rT ''""'"" '""""« '- 

-oyens d'agir comm Ï, 1 ï:» Ï r'^Y"''''''' ^^ 
comme les soins ? A „„„• T °'^"^' ^ autres utiles 

en venir à Tr^ pLn' t" ""'.'"""" P'"' ''^^^ P°« 
autres ne sont pas deTfiiTp "' 'l ""' ^°"' ^«^ fi-' '«s 
qui les autres S stel^': ^^Vl^f "' «^ --- vue de 

qu'en vue des autres  m k '"""^ 'I'""' "« ^«Ç°it 

absolus, que te f le, Ton't Ï ,7°" ''T **"^ '''^"^ -"' 

biens de iLe, les aul:: dulrpt*;^:'^^;!^ ^ T ""' '" 
encore aue i^U hi«r,c * j ^ ' "*^®^ extérieurs ; ou 

tions et'des habïud , t^L r r'r' *^'' '""^' ■»- «^-P»- 
-x-là des mat t,'S ee;7:;'"'"'""-^•'*«'«"^• 
n>ême vous m'apprendrLiÏ ', '""'^-^^nt^? Quand 
«elon les dix catéSs T T" '" '''^"^ «° ^'^ ««Pè<=e» 
pour entrer danXpUe'I 'r/^T^ ^"^^'^"^'"^"»' 
homonymie, soit commeTule tuS a lu n ^ T' "" ^^^ 
tout ce qui tient à la vertu Z, ^ fP""'' P"' '''«'' 

ments comme étant néce^s!L, , K '\"''''" '*'''"'^«» ^'^ 
1 "ccessaires au bonhpur in ,i ' «ni 

:::::^^-^uquei eue suffit - piat";;rheXtt:; • 

i3a-i33 T' f\ " ^ 



1 



— 9 — 
798 Tfjç àpET^ç à<poLipo<}\jiE\foç' nXdtTûav S' Ik TiEpiouotaç nepl 

TÔv SXXcùv ^T]TEÎ t6 IkttXeov elç EÔSaniovtav àir' aôxî^ç i^o 
Tflç ÀpETfjç E)(Cûv, oôSèv &v ôjiîv eït] Kttxà toOto Koivév. 
*'AXXtov ooi ÔEÎ X6Yûav, &\Xcûv toÎç toO nXàxcdvoc; 

21 *Clq Y<^P o^K ^<^'^i' Xéouai Kal àvSpdiaiv ïipKia TiiaTÂ 
oôSè Xt^KOi TE Kal âpvEÇ byià^povoL 6u^6v ëx^^^*-^ 

oÔTCDc; oÔK laxi flXdixcavi Kal 'AptaxoxÉXEi (]>iXia TTEpl xoO i45 
b Kopu<|>aioxdixou Kal Kupicoxdxoxj xf^ç EÛSai^ovlaç Sôyjiaxoç. 
Aia^TTEpèç Y<^P» £Î t^^ KaKà (|>povÉouaiv &XX/|Xolç, t6l yE 
ÛTTEvavxta TTEpl xôv EÎç xoOxo Sia(|>Ep6vxcov c{>atvovxai 
XéyovxEÇ, 

i4o TÔ TT) Êx;cXeov O : tzXéov XZ || i^i s/ov GO : av f^jjLîv GO : t6 
xotvo'v GG II il!i2 aXXwv où 8st XoYwv aXXtov toiç IIX. EIO : tou om. 
GDEFIZ II i45 oux l-ci D || 1^7 et [xr) xai xaxa FGIO : çpovrlouaiv G. 



— 9 — 
que comme un surcroît, car il place la condition suffisante 
au bonheur dans la seule vertu - il ne saurait y avoir rien 
de conimun entre vous sur ce point ; il te faut employer un 
autre langage, différent de celui de Platon : 

« de même qu'il n'y a point entre les hommes et les lions de trai- 
tés auxquels on puisse se fier, » 

Ainsi, entre Platon et Aristote, il n'y a jamais accord sur 

a question capUale et fondamentale du bonheur. D'un bout 

à 1 autre, en effet, s'ils ne sont pas animés de sentiment, 

host, les 1 un contre 1 autre, il n'en est pas moins vrai qu'ils 



lii-iil,. Iliade. XXII, a6j-263. 



I' 



il! 



Il 

i I 

II 




799 



P. E. XV (798 C-801 a). 
C y [IlaXtv Mwaewç xai xâiv rap' 'ESpaloiç 7cpo(p7)Twv, où {jLyjv iXXât 
xai nXatwvoç Iv toùtoiç aujxçoivwç, xov ;;6pt' x^ç toiv oXwv ' rtpovotaç 
Xo'yov EÙxptvwç StaTeeetfxivwv, ô 'AptaxoT^XTiç {xiypt «Xr^vriç «y-^^t^aç 
t6 ôeTov TàXoiTcà xoy xoajxou fxépT) Kgpiypi^gt x^ç tou Oeou StocxT^aetoç 
l<p' olç xat ârsXe'yysxat 7:pô? xou SyjXwÔivxoç, w8i tct) 8t£Çiovxo;.] 

2 "OvToc; S' Itl jiEYtaxou kolI KupioTdtTou TÔv eIç EÔÔai- 

d iiovtav ouvteXoùvtov toO iTEpl Tf)<; Tipovotaç TTEtonaToç, 8 

ôf| Kttl ^làXiaxa t6v àv8p<;bTiivov (îtov àpBol, eX \e ji^ jiéXAo- 

TTÔTEpOV SIkOC TEÎ)(0Ç tîlpLOV, 5 

fj aKoXiatç àTTàxaLç &va6atvEi 
lTTt)(8ovtov yévoç àvSpôv, 

•O iièv nXAxcûv eIç 8e6v Kal Ik 8eoO ndtvxa àvàirxEi. <l>Tial 
yàp aôx6v àpxV te «cal ^kaa Kal xeXeuxi^v xôv 8vxov 
fXovxa EÔ8Eta TTEpatvEiv rrEpiTiopEu^nEvov. Kal aS ttAXiv io 
<pr]aiv aôx6v àya86v ETvat, àYa8Ç 8è nT^Séva (|>86vov lyyt- 
YVEa8ai TiEpl tiTiSEv6<;- xoûxou 5è £kx6ç 5vxa, Tràvxa 8xi 
liàXtoxa àYa8à ttoieîv, eIç xà^iv &Yovxa ek xf^ç àxa^taç. 
riàvxov ôè etti^ieXoùhevov ical -ndcvxa Kaxà 8\3va^iv 

KOOJloOvXa, 7TEpL<f>pOVXLKÉvai Kal XÔV àv8pG)TTOV. i5 

3 [Kal jiExà Opaxéa*] 

Kal ô jièv nXàxov oôxoç. 'O ôè xi^v Ôaniovtav çûaiv 

I ;ip6ç eù5at{xov.. D : ovxoç 8e {jLey.. G:6xt jcouZ || 3 jBtov ôpôoi... B 
passe à jxsxà Ppax.éa || 5 îrdxepov St) xax' r/voç uf ov DEIXZ || 8 ô 8è 
nXaxwv El II 9 xeXeuxriv ocTcdtvxeov 2/ ovxa DOZ : â;iavxa BEI || 1 1 
aùxov om. XZ II 12 Tcapà |jLr,86vdç GFGXZ : t:ouxov 8' è;:i xà ovxa GF 
Il i3 àYaOèvEI || 17 xrjv eùSaijxoviav GDXZ || i8 xauxYiv BGDEFIO: 

èXTCOtOUfX... DI. 



5-7. Pindare, frgt. 2i3, cité par Platon, Rip., 365 b. 

8. Lois, 715 e-7i6a. 

13. Timée, 29 e. 

i3. Timée, 3o a. 

i3-i4. Low, X, 905 : oxi àvOpoSrcov InifjLgXouvxai (Ôeot) ; Phhdre, 



III 

SUR LA PROVIDENCE 

Le plus important et le plus puissant des moyens pour 
arriver au bonheur est la croyance à la Providence, croyance 
qui dirige principalement la vie humaine dans la voie droite, 
à supposer toutefois que nous ne devions pas ignorer 

Si la race des hommes mortels s'élève vers les hauteurs en ligne 
droite ou par des sentiers détournés et trompeurs. 

Ainsi, Platon ramène tout à Dieu et fait tout dépendre de 
Dieu. Il déclare, en effet, que Dieu occupe le commen- 
cement, le milieu et la fin de tous les êtres, et par suite 
décrit une ligne droite en en faisant le tour. Il dit, d'autre 
part, que Dieu est bon et que l'être bon n'a aucune envie sur 
aucun objet, qu'étant étranger à ce sentiment, il rend toutes 
choses bonnes dans la mesure du possible, en les amenant du 
désordre à l'ordre : et en prenant soin de tout, en ordon- 
nant toutes choses selon sa puissance, il veille aussi sur 

l'humanité. 

[Et un peu plus loin :] 

Telle est l'opinion de Platon ! Et l'autre, en mettant la 

a46e: Siaxoa^xôSv uavxa xa\ l7ci{j.£Xo^{X£voç ; Phédon, 62 d: Osov 

thoLl TÔV £7;i[JL6X0U|J.eV0V 7)(JLWV. , 

17-26. Gicéron faisait à peu près le même reproche à Aristote 
(De Nat. Deor., i, 3o sq., 1, 85 sq.) : « Quanquam video nonnullis 
videri Epicunim in offensionem Atheniensium, verbis reliquisse 
deos, re sustuHsse. Itaque in iUis selectis ejus brevibusque sententiis 
quos appellatis Kupfaç 8dÇaç haec, ut opinor, prima sententia est : 
quod beatum et immortale est, id nec habet nec exhibet cuiquam 
negotium.In bac ita exposita sententia sunt qui existiment, quod lUe 
inscitia plane loquendi fecerit, fecisse consulto. De homine mmime 
vafro maie existimant. Dubium est enim, utrum aliquid esse beatum 
et immortale ; an, si quod sit beatum id est taie. » 






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IkttoScSv TioLoti^evoc;, Kal xfjv yc eloaOStç IXirlSa Tf)c; 

+^X^^ àTIOTÉ^VOÛV, TfjV TE EV tÇ Ttap6vTl 7Tp6ç tSv 

KpEiTTÔvcdv EÔXàÔELav à<J>aipot5^evoc;, xtva Tipèc; nXàxova 20 
Ixe»- Koivwvlav ; fj ttôç Sv I<|)' & (ioùXETai nX<JiTCûv -rrapa- 
KaXéaaL Kal TTtaToaaiTo Ta Elprj^éva; 4 ttSv yàp 
TouvavTiov ouvEpY^ç &v o0t6c; yc «xl <JUvayovLCTTf|ç tôv 
l9eX6vTCùv àSiKEÎv <|)avEtr|. flfiç yàp tiç &v6pcùTTOc; ôv Kal 

b àv8pcûTttvai<; ôpé^Eat KaTaa)(6^iEvoc;, &v KaTa<J>povf|ar| tÔv 25 
8eôv Kal jir|5èv vo^ilaT] Ttp6<; aÛT6v &te nappa jièv aÔTÔv 
àTTcoKia^iÉvoç Iv TÔ ^f^v, àTTo8avàv Se oôSèv eti Ôv, 
fTonioç àv IXBoi Tipèç t6 xapt^caSai Taîç ETtL8ujitaL<;. 5 
ntaTLV yàp XaÔEÎv TiEpl toO XaBEiv àSiKoOvTa oôk àSû- 
vaTov, Sv yE àv8pci>TT0u<; Sér| Xav8dLVEiv' oô \ji^v àvayKaiov 3o 
Ik TtavTàç Xa8EÎv ^^rjTEÎv, 8ttou yé tiç tôv 'nE<J>opaK6Tcov 
icpaTELV SuvaTÔç Igtiv. "OaTE éToi^6v ti XP^t^« Tipèç àSi- 
Ktav f^ Tf|<; TTpovotaç àTxdyvcoaiç. 

6 'EkeÎvoç \xèv yàp Kal Ttàvu )^pr]aT6q loriv tioTiq Tfjv 

C f)5ovf)v i^jiLv TTpoTEtvac; àç àya86v, Kal Tf)v ek 8eôv aSEtav 35 
Tiapaax<SiiEvo<;, eti ^iî^xavi^v npbç t6 ^^ àSiKEÎv nopt^^Eiv 
otETat, S^oi6v TL TToi£àv laTpÇ Tf|v jièv Itl ^Ûvtoç toO 
Kà^vovToç fioi^8ELav TTapévTi, ^lETà 8àvaTov Se tiXekelv 
Tivàç jiTixavàc; TiEipcû^évo TXpSc; acDTi^plav toO te8veôtoc;. 

7 napaTTXrjatcùç Sa toûtcj) Kal S fl Ep nTaTr|TLK6<;. Ou yàp 4o 

0Î5TOÇ f) TTEpl Tf)V fJSovfjV OTTOuSf) ê)Ç T^ TTpSç t6 8eÎ0V Sti 

k/|Seito àTTiorta Tf)v àSiKtav tnippàv^ai. 
d Tt oQv, (f>/|aai tiç &v, ev TaÔTÛ TàTTEiç 'ApiaTOTâXT^v 

Kal 'ETTLKOUpOV *, TtàvU Jlèv oSv, ttC; yE Ttpèç t6 TTpOKEi^EVOV. 

8 Tt yàp SLa<|>épEL TtpSç f\\i8ic; ÎJ toO Kéaiiou to Selov 45 

21 rapaxeXeuaT) El || aa ravra yocp BGDEOXZ|| a3 oGxwçD: yeom. 
B II 24 av çavst'r, B : taiç àv6p(o;rivatç DE || 25 xaTeayrijjLévo; DEM : 
xaTaçpovrJaetc GZ || a6 vo{JLta£t£ Z : otTe om. El: |jLèv aùxôç Z || 3i 
Cttitsiv àvaYxaîov XZ || 33 ;:povota? àçatpeaiç XZ : aoi y.p^jAa Z || 87 
ÇôSvTO B : Ttvàç ^£v BEI II 4o xaî om. Z || 4i ajcouBr) o)ç'r);i£pi GEIO || 
42 xr[$oiTO EIO II 43 Iv Taù-cw Oriaet; E: xauTa et; BGDIO |l 44 w; ts 
DEFIOZ II 45 xaî xou G : ^ xo ôsîov xot3 xda;jLOu D. 






— Il — 



divinité en dehors de la nature, en retranchant, par là 
même, l'espérance des âmes, en détruisant pour le présent 
les bonnes dispositions vers le meilleur, est-il sur un point 
quelconque en accord avec Platon ? Comment porterait-il à 
ce que veut Platon, et confirmerait-il ses déclarations ? Bien 
au contraire, il passerait plutôt pour un complice et un 
compagnon d'armes de ceux qui lui veulent nuire. Qui- 
conque, en effet, est homme, est par là même en proie aux 
appétits humains ; qu'il en vienne à mépriser les dieux, à 
croire qu'ils ne sont rien pour lui, parce qu'il habite loin 
d'eux durant l'existence, et qu'après sa mort il tombe dans 
le néant, il serait tout prêt de s'abandonner à ses passions. 
Se persuader que l'on passera inaperçu en faisant le mal, 
n'est pas impossible, s'il est nécessaire toutefois d'échapper 
aux regards des hommes ; cependant il est bien inutile de 
chercher à se cacher lorsque l'un de ceux qui ont pris sur le 
fait est le plus fort. Aussi, la négation de la Providence est 
un motif tout prêt à entraîner au mal. 

Et cet excellent homme, qui nous a présenté le plaisir 
comme un bien et qui nous a donné l'indépendance à 
l'égard des dieux, s'imagine encore fournir un moyen pour 
éviter le mal : il agit à peu près comme le médecin qui, du 
vivant de son malade, néglige de le secourir, mais une fois 
la mort passée, essaie d'inventer des procédés pour sauver le 
défunt. C'est absolument la manière du Péripatéticien, car 
la recherche du plaisir ne fortifie pas autant le vice que le 
scepticisme à l'égard de la bienveillance des dieux. 

Et quoi, dira-t-on, vous mettez au même rang Aristote et 
Epicure? Parfaitement, au moins en cette matière. Quelle 
différence y a-t-il pour nous de loger la divinité en dehors 



25. DéJ., 4i3b: opeÇtç î^oyoç. 
3i. Rép., 365 d-e. 

33. Platon emploie le terme Tcpovota dans le Timée, mais dans le 
sens d'acte de prévoir. 

34-35. Eth. Nie, X, 1177a 23 ; VU, ii52 b 6 : fjBovrjv Ssiv 7:apa- 
{lEfiiy^ôat x^ 6Û8at{xov^a. 



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l^oïKlaaoSai Kal (iT^Se^ilav fj^tv np6c; atib Koivoviav 
àttoXltteÎv, îJ ev KÔa^c^ toùç 6eo{)ç Ka6Eip£,avTa tûv ItiI 
Y^lç irpay^iàTCûv ànoaTfjaai' Kax' ïaov yàp nap' &^(f>oTépoiç 
t6 Ik 8EÔV Â^sXèq eIç toùç ÂvSpcibTTouç, ical lai] toîç 
&8LicoOaLv ]^ Â'n6 xâv Seôv &S£ia. T6 Se ^keIvov ^Ev6vTCdv 5o 
Kax' oôpav6v Kal t'I^ôç ti xp^t^'^^v àTioXai^Ei (idiXiaTa ^lèv 
Koiv6v Kal &X6yc>>v Kal &ip\Li)(Qv, f{8i] hè xaÙTT] y^ *^^^ 
KttT* 'ETrUoupov SvT^atç toÎç ÂySpcSbiroiq àttô Beôv ylvExai. 
800 9 Tàç yoOv (^£XT(ovaç ÀTioppolac; aÔTÔv <J)aai toÎç 

(lExaaxoOai ^EydcXcùv &ya6ôv TiapaiTtac; yivEaBai. 'AXX' oOte 55 
toOtov otÏT* èKELVOv ôtKaiov EV npovolaç àptS^iEiaSai Xéy^. 
ETriEp yàp Kal Kax' 'ETitKoupov t6 xf^ç Trpovolac; ot)^Exai, 
Kalxoi xôv 8eôv Kax' aôx6v Trâaav KT]5Ejiovtav ÔTièp xfjç 
aoxT^piac; xâv oIkeIcùv &ya6âv Ela({>£po^évCk>v, otixcoc; &v 
ol)(oi.xo Kal Kax' 'ApiaxoxéXT]v x6 xf^ç TTpovotaç, eI Kal xà 6o 
Kax' oôpav6v Iv xà£,EL xtvl Kal KÔa^icù SioiKEtxai. 10 
np6voiav yàp ^rjxoOiiEv f\\iXv Sia<|)£pouaav fjç ot> ^éxEaxi 
tÇ (JLi^TE Sal^ovac; ^/)te fjpoaç ^i^te bXoç èniSia^évEiv 
$()vaa6ai xàç ipu^àç auyKEXcûpT)K6xi. 
b 11 'EkeÎvo Se iioi KpLxfj Kal alaxuvxr|X6x£pov S 'EttI- 65 
Koupoq SoKEt TTETToiTiKÉvai* ÔCTTTEp yàp àTToyvoùç Si^vaaBai 
xoOç Seoùç ànoa^kaSai xf^ç àvQpàiKùv KrjSE^ovlac;, eIç 
xaôxS £X66vxaç aôxoLÇ, KaSàiTEp eIç àXXoSaTtf|v ànâiKiaE 
Kal I^CD TTou xoO K6a^ou KaStSpuaE, x6 ÀTràySpcoTiov aôxôv 
xfj àTioaxàaEi Kal xfj Tcp6ç &'navx' àKOivQvla Trapaixoù- no 

C lAEVOÇ. *0 Se TTEpLXXSç ]?)^IÎV oCxOÇ xf^Ç (|>l6aECd(; EÔpEXf)Ç Kal 

xôv BeIov irpay^àxcdv èmyv(i>^Qv &Kpi6/)<;, ôtx' aôxf|v xi?|v 

46 Tzpoç auTto D II 47 àvanoXixeïv F || 48 xat xt ouv yàp àjxçox... BEIO 
Il 5o r) om. DEI : àôixi'a I : tô Se xtvoujxévtov ttjv xat' oùpavôv xai 
El II 5 1 rj{iàç Tivwv y(^pTjaTà>v ix;:oXa6eîv B: Ttvûv à;:oÀau£tv X : xà {Aev 
xoivûv D II 5a ^ 8e xaûir) El || 53 YtyvETai XZ || 55 yiyveaeat XZ : 
veviaeat BI |i 58 ty); om. El || 59 xal ojtwç Sv BD || 60 xi om. CFG || 
62 oîç où(jLET..GFG||66à7roydvouçI||67Tr]ç,Tc5vàv0.... F || 68 èXOov- 
xaç auxouç I : aTuoSxtaav D || 70 ajcavxa xotvtovi'a DEGZ : àxoivto- 
VTjata I. 



du monde et par là même de ne pas lui laisser la moindre 
relation avec nous, ou bien de la renfermer dans le monde et 
de l'écarter des affaires terrestres ? Dans les deux cas, l'insou- 
ciance des dieux est la même envers les hommes, et égale 
aussi chez ceux qui font le mal, l'absence de crainte des 
dieux. Que, tandis qu'ils restent dans le ciel, nous en retirions 
quelque profit, c'est principalement ce qui nous est commun 
avec les êtres sans raison et sans vie, et c'est précisément de 
cette manière que, d'après Epicure, les dieux viennent au 
secours des hommec. On dit que les meilleures émanations 
de ceux-ci sont causes de grands biens pour ceux qui y 
prennent part. Mais ni ceci ni cela, bien que juste, n'est à 
mettre au compte de la Providence. Dans le système d'Epi- 
cure, l'action de la Providence disparaît, et pourtant, d'après 
lui, les dieux portent tout leur soin sur la conservation de 
leurs biens personnels ; ainsi s'évanouirait dans le système 
d'Aristote l'action delà Providence, bien qu'elle gouverne les 
corps célestes dans un certain ordre et avec harmonie. Nous 
cherchons, en effet, une Providence supérieure à nous, à la- 
quelle n'a point part celui qui se laisse aller à dire que ni les 
génies, ni les héros, ni d'un mot les âmes, ne peuvent sur- 
vivre. 

A mon avis, Epicure semble sur ce point s'être 
comporté d'une manière plus respectueuse : comme il déses- 
pérait de parvenir à empêcher les dieux de veiller sur les 
hommes, tant qu'ils se rencontreraient avec eux, il les relégua 
pour ainsi dire sur une terre étrangère, et fixa leur demeure 
quelque part en dehors du monde ; en les éloignant et en 
les mettant dans l'impossibilité de communiquer avec qui 
que ce soit, il leur enlevait toute hostilité envers les 
hommes. 

Et voici que notre habile observateur de la nature, ce 
connaisseur minutieux des choses divines, place sous les 
regards des dieux les actes humains, privés de tout soin, de 
toute préoccupation, réglés par une vague nature et non 

58. Rép., V, 463 d : aiSoyç x£ ;:ept xaî xrjÔEjxoviaç. 



'il 




— i3 — 
Sipiv Tôv 8eûv Ta àvepcûTTiva TTpdcytia'ïa ôtto8e(c;, EÏaaEV 
àTTi^éXTiTa Kal à<t>p6vTi<rra, <|>ùaEi Kal oô 8eoO XoyiaiiÇ 
SioiKO^HEva. "OBev elK6TOc; Sv Kal aôxoq oôS' IkeIvo t6 76 
lYicXTitiaèKct>ÛYOL, 8 KaT^'EniKoûpou Tivèç ^lavTE^JOvxai, &c; 
âpa iif| KttTà Yv«linv, ^^à Sià TÔ Tipbc; àvBpttTTCùv ÔÉoç 
Toîç Beoîc; KaTévELiiEV Iv tÇ TcavTl x<i>pav ôoTTEp âv 8E<kTpcû 
8éav. 13 TEK^i^ptov Se TToioOvTai xf^q Yv<^tin^ "^^^ 
àvSp6<;, »Tu aÔTÔv àc|)EîX£ t^v Txpbç ifjiiSc; èvépYEiav, è^ ?)(; 80 
d li^vT^q t6 EÎvai toùç Beoùç I^ieXXe Tf]v ôiKalav -ntaTuv 
IH,ELV. T6 Y^P a^*^^ toOto ical 'ApioroTÉXTiq tioiei. 'Atto- 
aTi]aoLÇ Y^p Kal •napa8o{)ç 5+ei \ii6vr\ Tf)v "n^^^^v TipaY^aTE^ 
KplvEiv àaSEVEÎ Ta Ik ToaoOSE ôiacTf^iiaToç t^x' ^v alSoî 
SoKotTi XÉYEtv èvTaOBa EÎvai Qeo<)ç, Oô y^p à-noXmày lE,o 85 
Tt ToO Kàa^ox), àXX' oô8è toîç IttI y^<; TTpoaaYaY<i>v toùç 
8eo6c;, àvàYKTiv ^oxev fj navTcirnaaLV &8eo<; EÎvat ô^ioXoyeîv, 
f\ Tf)v ToO 80KEÎV àxtoXiTTELV Beoùç S6E,av àvcLoàiCEiv, 

èvTaOBà TTOU TOÙÇ BeoÙÇ àTTOlKtaaÇ. 'O Se T^^V TÔV KpElT- 

Tévcûv àKpiÔEiav napaiTTiaànEvoç tt) àiii^ta, eolkev 90 
EÔaxT^ii^vttc; àîTtaTEÎv Totç Beoîc;. 

801 [TauTa ô 'Att'.xÔ; r.pàç 'AptaTotsAriv ypeoxorcouvTa xôv nepî 
7:oovo{aç Xo>v. 'O aùxô; Ïti xaî xauxa xoiç etprijAivoi; 7:poaT':6r,Tt, 
4oç xôv aùtov à7:o-:£tvo>evo$ ^r\ pouXdiisvov ^ewriTov elvot tÔv xôa{j.ov.] 

73 OîioTiesiç B 11 7^ çuasi xtvl xa? DEIXZ : où Oeiw I || 76 o0£v 
àp* oùx CFG : èxei TÔ s'YxÀr.jia DF || 76 èxç^YSi DEI : xat* 'Er,i- 
xoupov BDEIXZ |1 78 èv ::àpovtt Z || 80 TavBpdç || 8a àroarriaa; 
(Yào) om. BGDEFGIOXZ || 83 npdy^axi DEI || 84 idesvrj DX : 
ta èxtd; BGE r Ixtô; oùôl CFG : èxxd; B : S t6 yhp aCooT Soxotr. Xsy^'.v 
E 11 85 Tauxa slvai GEFCIOXZ : ar.oXoir.t,^ B H 87 soyjv {xriTcavt.. 
BGXZ : à'66to; BXZ |1 88 aTcoXetxreiv BGXZ 1| 89 Oeoùç où Tcoirjaa; B 11 90- 
91 ar.'.axeXy rapai-:Yiai[ji€voç "crj à{j.iÇia toî; ôeoîç Z. 



' «^ 



— i3 — 

point par la raison divine. Par conséquent, il est vraisem- 
blable qu'il n'éviterait point non plus cette accusation que 
l'on porte contre Epicure, savoir : que ce n'est point par 
conviction, mais par crainte des hommes, qu'il assigna aux 
dieux une région dans l'univers comme une place au 
théâtre. Comme témoignage que c'est bien là l'opinion de 
l'auteur, on montre qu'il a enlevé aux dieux toute action sur 
nous, seule preuve qui devait lui fournir une croyance ferme 
à leur existence. Aristote fait absolument la même chose. Il 
les met à l'écart et s'en rapporte à la seule vue pour 
contrôler sa foi, et comme celle-là est bien faible pour des 
objets si éloignés, il se pourrait bien que, par une crainte 
respectueuse, il déclare que les dieux sont là. Car il n'a rien 
laissé en dehors du monde, et ne fait point intervenir les 
dieux dans les choses terrestres ; par suite, il se voit réduit 
à la nécessité ou de s'avouer complètement athée, ou de gar- 
der sa réputation de passer pour négliger les dieux après les 
avoir relégués dans un lieu quelconque. Aussi, après leur 
avoir enlevé le soin de ce qu'il y a de meilleur, en suppri- 
mant tout rapport avec eux, il a tout l'air, malgré sa mine 
décente, d'être incrédule sur l'existence des dienx. 

82. Aristote n'identifie point le premier moteur avec l'âme du 
monde et rejette son Dieu, premier moteur, au delà de la dernière 
sphère céleste. Cf. Le problème de l'Origine et de l'Éternité du monde, 
chap IX, p. 195 sq. 

83. napaÔoù; 0'}st, cf. De Caelo, I, ch. i-ii. 



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'■«îW'swBJWsr:; 



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p. E. XV(8oib-8o4a). 

801b [IldXtv Mojaswç Y^^^^"^^^ ^'^*' *^*^^ xdajAOv ôpiaa[iévou, zoitittîv te 
xai 8ir]{jLioupYÔv xoiç oXoi; xôv 0£Ôv £JctaTr|aavxoç , xou t£ IIXàTfovoç 
Ta taa Mtoaei atXoaoçouvTo;, ttjv âvavxtav xàv toutw ô 'ApiaTOT^Xrjç 
ôBeuaaç h.Tzikiffji'zai zpô; tou SyiXwôsvtoç auyypaçéwç, àÔe 7:p6ç p^{Aa 
YpaçovToç.] 

C 2 ripÔTOV Ôf) TtEpl Y^VÉGEOÇ KÔQ^IOU GKOTIÔV, Kttl t6 

Tfjç TTpovotaç t6 ^i^Ya toOto Kal TioXua><|)EXèç S6Y^a nàvTa . 
^r|TEÎv àvayicatov f^y^^l'^^^oÇ» ^^^ AoyiadciiEvoc; ÎSti tû ^ifj 
YEvo^évG) oiÏTE Tiv6c; TToiT^ToO oÛte Tivèç kt^Se^i^voç TTp6c; 
t6 Y^vÉaSai KaXôq XP^^^' ^^* V^ àTXoaTEpi^ar| t6v k6oiiov 5 
Tf^ç TTpovotaç, &()>elXe t6 àY^WT*^®^ aôxoO. 3 flapai- 
Toù^EGa Se vOv ^f\ e^ttoScSv fj^îv toùç àirb xf^ç aôxfjç 
êaTlaç EÎvai, oTç àpécKEi Kal Kaxà PlXATova t6v K6a^ov 
&Y^vvT^Tov EÎvat, ôtKaioi Y<ip eIqiv fj^iîv auYYV*^^^^^ vé^Eiv, 

eI TtEpl TÔV SOKOÛVTCOV PIXAtCOVI TTIOTEI&O^IEV oTç aÔT^Ç lO 

d "EXXt^v Ôv, TTp6c; "EXXr^vaç i^iliSç, aa<})EÎ te Kal xpavÇ tÇ 
axé^iaTi, StElXEKxai. 4 « napaXa6d>v y^P» ct)Tiolv, ô 8e6<; 
ttQv ÎJctov îjv ôpaT6v, oô^ f)aux^«v ^^ov^ ttXt]^^eXûç 8è Kal 
àxAKTOç Kivoù^iEvov eIç tA^lv fJYaYEV Ik Tf^ç ÀTa^taç, 
f)YTlC76i^£voq toOto ekeIvou TxdvTQÇ &(iEivov. » "Etl ôè Kal i5 
^âXXov ÎSti ^if| Si' alvLYjiATcov, ^it^ô' IttI toO aa(|>oOç XP^W 
Tf)v Y^VEffLV TTapESé^axo, St^Xoi Si' Sv ô TTaTfjp aôxÇ tôv 
nAvTCÙV SlEtXEKTaiTtEpl TOÙTOU JlEXà TfjV TÔv bXcûv Sr^^ioup- 

Y^«v. 5 « 'ETTEiSf) Y<^p» «t^n^^» Y^Y^^n^^^ (^^Y^*- ^^ T[p6c; 
Toibç Seoûç), &6dcvaToi ^lèv oôk âorè oôS' âXuxoi TÔTràjnrav, ao 

Tout ce chapitre manque dans BXZ. 

2 TtoXuoçeXsç D II 5 î'va àTcoaTEpTjcnr) El || 6 tô yev^Tdv El || 8 oiç 
hL^vÀQZi D : xaî cm. F || 9 vijietv eljie D || 10 aÙToç 'EXXrfvojv Tcpôç 
"EXXyiv fi[xaç DFG II II ripô; "EXXrivaç fjfxaç àçtXETO xaWpavw EIO : 
oaipsi (te) cm. CDG j| la raparXïJaiov y*P I^ Il '4 ^lY^^ BGDEO 
Il i5 TîavTsXwç à'ixetvov GDFG || 17 Y^wriaiv D : ô zaxrjp auTwv tûv 
TcdtvTtov D II 18 Tcept TOU {i.6v ôcTcàvTCDV oXtuv DGFG II 19 £7:et Y*p ^r\(si 
CD : Ysy^vYÎaôat GDFG. 



IV 

LE MONDE A COMMENCÉ 



D'abord, comme il examinait la question de l'origine du 
monde et croyait nécessaire de s'appliquer à trouver partout 
ce dogme important et très proHtable de la Providence, il se 
rendit compte que ce qui n'était point né n'avait besoin 
pour une existence parfaite ni d'un producteur ni d'un pro- 
tecteur : aussi, pour ne point priver le monde de la Provi- 
dence, il lui enleva son caractère d'incréé. Nous prions 
aujourd'hui de ne point nous contredire, ceux qui sont de la 
même famille que nous et qui admettent que, selon Platon, 
le monde était incréé : il est juste qu'ils nous pardonnent, si, 
pour les opinions de Platon, nous croyons à ce que lui-même, 
en Grec qu'il était, nous a exposé à nous qui sommes des 
Grecs dans un langage clair et éloquent! « Dieu, dit-il, 
ayant pris tout ce qui était visible, sans repos, agité d'un 
mouvement confus et sans ordre, l'amena du désordre à 
l'ordre, persuadé que ceci était supérieur à cela ». Et mieux 
encore, comme preuve qu'il n'admet pas la génération d'une 
manière symbolique, ni pour raison de clarté, il expose en 
quels termes, le père de toutes choses s'exprime à ce sujet 
après la production de l'univers : « Puisque vous êtes nés, 
dit-il, en s'adressant aux dieux, vous n'êtes pas immortels ni 
du tout indestructibles ; cependant vous ne serez pas 



8. Gf. Introduction, p. xviii sq. 
12-1^. Timée, 3o a. 
l5. Gf. Introduction, p. xvii sq. 
19-21. Tim., 4i b. 



jm 



^ * 



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3o 



35 



— i5 — 

802 oCti jièv 8f| \\)Qi]aEaQz 'zf\q è\k?iç (iouXi^acoç tux^vteç. » 
6 'AXX' bTTEp Ict>Tiv, -npôq ^lèv toùç IvSov f^^lv ô'no<î>eEYYO- 
^lévouç, &TE ct)aouç IJvtok;, <î)lXo(; te ical iieS' fjouxtaç 
•npaéaiv eXéyxolc; 5LaKpi8EÎiiEV &v. "Eolke yàp «cal toùtouç 
•AptaTOTéXTiç iiETaSELvai, xf) ^lèv KaTTiYoptot toO SéYfciaToq 25 
àvTioxetv àSuvTiT^avTaç, t6 8è àXôvai 86^av ôç ^^eOSoç 
oô (iouXTi8ÉvTac; àva8EÎvoL nXdTovi. 7 Kaxà 8è xfjv 
fj^iETépav àKof|v, à£,ioOvTOc; flXATCùvoç t6v K6atiov y^Y*»- 
vévat KàXXioTov IpYOV ôtt6 toO KoXXtcTou tôv 8Tiiiiov}pYÔv, 

b Kttl TÏEpiSâvTOC; TÔ ToO TTaVTèç TXOlTlTfl h<}VCi\llV bl fjq Kttl 

oÔK 8vTa Tip6TEpov ETiotTiaE t6v KÔa^iov, KalTioL/|aaq ElaaEl 
|iouX6iiEv6ç YE <^ûov 8ia<t>uXà£,Ei, Kal TatiTr^ 8f) y^vv^toO 
Kal àq>8<ipTou Kax' auxôv ôttokeiiiévou xoO Kéa^iou, xtç 
fj^iîv xôv nEpinaxrjXiKCûv xaOxa liEBaîoi ; 

8 Ael 8è TTapatiu8i^aaa8ai x6v auvaYCûviaxfjv xo\3xov, 
ÎSxi oô TiàvToç EÏ XL YÉyovEV, aôx6 àvdiYKTi <|>8apf^vaL, -nàXiv 
8' oô8' Et XL ^if) <î>8apfiaExai xoOxo àvaYKaîov àYÉvvTixov 
EÎvai. OCfxE Y^P l^^«v alxtav xÇ à(t)8dcpxç) xi^v Ik xoO 
àYEvvfjxou ouYX^PTT^^oV' ®^'^^ "^^ y^vo^iévc*) xfjv eIç 8Xe8pov 
C nExaÔoXfiv à6of)8Tixov KaxaXEiTixÉov . 9 n68£v oQv Ik 
xôv 'ApLoxoxÉXouç Xdcôoi^iEv &v (io/|8ELav eIc; xaOxa; àvBpbq 
oô XTivAXXwç oô8è Ka8' aûxèv TCEpalvovxoç x6v TXEpl xoùxwv 
X6yov, àXX' eE, Ôp8oO -npôc; nXAxova Ivauxiou^évou, Kal x6 
XE YEvà^iEvov eIç àvàYKTiv xoO àTToXéa8aL -nEpilaxàvxoç, x6 
XE jif) à-noXXùiiEvov ek ii6vou xoO ^if) Yev£a8ai Xéyovxoç 
KpaxûvEa8ai x6 ai<|)8apxov, oô \i^v oô8è 8ùvaiiiv âttoXeI- 
novxoç aôxoO TiEpl x6v 8e6v, fj xP^^l^evoc; àY«0^v ^^ "^^ 

21 ouTt Sri D: tJ.riv oyj G || 22 çOeyroH-evouç CE H 24 8iaxpi6einH.£v 
G : 8iaxptej>ii.ev El H 25 \ih om. F || 82 xs awov El : xe xaî GFG : 
TauxT) oè El': Yevr)Xou G || 35 auvaYwvtaxYjv xouxov çGapriva'. D || 36 
àvariri xoiSxo BGD : xouxo av çOaprivai FG|| 87 aYevrixouGIZ || 89 xou 
Yivoaivou El : où'xe Y^voti-ivu) D || 4o xaxaXr,;:xéov GDEFIG || ^ i Xa6oj{x6v 
BElb Xà€oH.£v GFG 1| /ia xax' aOxov GDFG : xepaivovxoç D || 45 
àroXXoijxsvov I II 46 où jJLÎiv (î)ç E II 47 av xt roietaOat D. 



40 



45 



— i5 — 
détruits, par un effet de ma volonté. r> Mais comme je le 
disais, avec ceux de la maison qui ne parlent que timidement 
à VOIX basse, en tant qu'amis, nous pourrions trancher le 
débat amicalement et avec calme par des arguments très 
«aciles. Il semble bien qu'Aristote les ait fait changer d'avis 
parce qu'ils ne pouvaient pas résister à Paffirmation de son 
dogme et qu'ils ne voulaient pas attribuer à Platon une opi- 
nion condamnée comme fausse. A notre sens, Platon juge 
que le monde a été produit, œuvre la plus belle par le 
meilleur des démiurges ; il accorde au père de l'univers une 
puissance capable de produire le monde, qui n'existait pas 
auparavant, et après l'avoir fait, par un acte de sa volonté, 
Dieu le garde éternellement intact : c'est ainsi qu'il établit 
que le monde est né et impérissable ! Quel est celui des 
Feripateticiens qui nous garantirait cela? 

Il faut faire remarquer au défenseur de ces idées que, du 
fait que quelque chose est né, il ne s'ensuit pas nécessai- 
rement qu il périsse. D'autre part, si quelque chose ne doit 
pas pcrir, il n'est pas nécessairement incréé. Il ne faut pas 
admettre que la seule cause pour un indestructible lui vient 
du fait de n'être pas né, et pour ce qui est né il ne reste 
plus que d en venir inéluctablement à la destruction. Où 
chercher des arguments sur ce point dans l'œuvre d'Ari- 
stote ? C'est un homme qui ne traite point ce sujet simple- 
ment en passant ni par une conviction intime, mais qui se 
pose directement en adversaire de Platon, qui réduit ce qui 
est né à périr nécessairement, qui déclare que ce qui ne 
pcrit point tient son indestructibilité du seul fait de 
n être point né ; il ne concède point même à Dieu ce pou- 
voir qui lui servirait à faire quelque chose qui n'existait pas 

29. Tim 68 e : ô xou xaXXc'cxou x£ xal àptaxou Sr.atoucYoç. 

35-40 Anstote pose ainsi le dilemme : to' xs àys'v.x'o SçOapxov 
xa. xo a^Oapxov ar^v.xov, De Caelo. I, 282 a 3,. De même d1 Cado 
1, 2«2 b I sq : xat yap avayxr), d çOapxôv Ycvrjxôv ^ ykp âWvrjxov rj 

.7:exetxo... xo yap ysvtjxov xal xô <p6apx6v ixoXouôouatv àXXrfXot;. 



55 



6o 



— i6 — 

Tioifjaai 8 yàp od-no TipéTepov y^vove, toOto, <^r]aiv, oôic &v 
d YÉvoiTo. 10 ToaoOTov 8è ànoSeî toO 8ià toût<ûv îioTiBEÎv 
tÇ nXdiTOvoç XéY<t) ôoTE fjÔTi Tivàç Kal TÔv Tcepl nX<k- 5o 
TCûvoç ecmou8aK6Tov <î)o6f|aac;, otç eÎtiev, àiTÉaTTiaE toC 
86YliaToc;, of> 8uvTi8ÉvTaç auvi8EÎv 8ti KaTà ^lèv aÔTÔv 
<|>tioiv Tôv Tipay^iotTCùv ?)v &veu 8eoO fiouX/jaEoc; Kal 8uvA- 
jiECûc; l7XLVof]aai o«te t6 yev6iievov &<t)eapTov oôte t6 ^if) 
<î>8apTia6tiEvov Y£vvtit8v Sv. 11 "Oxav 8è Tf)v àptaTT^v 
Tiç alxlav l-niaxfjaTi xfjv Ik BeoO, 8Et iol<)ij]v fiy(E\i6va tôv 
•nàvTttv Xa66vTa \ir\hev aÛTf|v toûv ètXXcov alxlav àTT04>alvELV 
XElpova. TeXolov y^P 8i6ti ^lèv y^Y^v^ tl 8ià toOto 
803 (t)8apf]vai, eI 8è 8 Beôç (iouXExai, ^t^ <J>8apfivaL, Kal 8i6ti 
^lÉv Ti àY^vvr|T6v ecti Ixelv lax^v toO \x^ c|>8apfivai, t^v 
8è Ttapà ToO 8eoO (iov>Xr|aLv ev8eîv Trpèc; tô &<|)8apTov 
TTipf^aal Ti Tôv Y^vo^iEVOv. 12 Kal 8 ^lèv oIko86iio<; 
lKav8ç oÔK oCaav oiKlav KaTaaKEudiaBai, lKav6ç 8é xiç 
Kal àvSpidcvxa ^f) Svxa •np6TEpov Svxa -notflaai, Kal vaOv 
b SXXoç èB, ^\r\q àpYoO TEKTr|vàtiEvoç napÉCTXE toîç 8eoiié- 65 
voiç, Kal TQV &XXcov TEXviTÔv EKaoToç, hooi Y^ '^^<i 
TioLTiTiKàç ^ETlaoi TEXvaq, Stiva^iiv TatiTT^V ^X^DOIV, &Ç Tl 
Tôv oÔK SvTCûv &Y^Lv eIç oùolav , 8 8è Tiaii6aaiXE{)c; Kal 
àpiaTOTéxvTiç, oô8' 8aov àvBpcD-ntvou texvItou 8\)vàiiECùc; 
^ieBé^ei, fi^oipoç 8' fjutv nàar^ç laTat Y^véoEoç, oCk, èàv 70 
YE Kal KaTà lipax^ 8Elaç alxlaç £TTiXoYiaii6v oTot te S^ev 

XaBEiv. 

13 'AXXà TToif^aai jièv iKavèc; Kal (JouXîiefjvai Ta KaXà 
(àyaBèq ^àp, ày^^Ç ^^ oô8eIç <J>86voc; TtEpl oô8ev8ç) 
TT)pf|aai. 8è Kal 8ia<î)uX(kÇ,ai Ta YEvé^iEva oô 8uvaT8<; ; Kaj^ 75 
c \x^yf Kal ol XoLTTol TEXvÎTai 7Tp6q S^Kf)» iKavot. 'O ^(o^v 

48 vào oGxw F : 0Ù8' àv DEI || 5o waxe Ssî El : Tzepl IlXà-ctova B || 
53 r?aYaix(ov ^iv à'v ti à'veu El || 55 ov ô DEI |1 69 Ôidii DEG || 60 
çOapfjvai X II 61 7:apà ôeou E : izipi xou D H 63 îxavwç D : xaxacxeuàaaaOat 
E |( 64 Kpdxepov ovxa om. I l| 65 xoi; Yevojxsvotç El 1| 68 ayeiv oùaïav 
CFG : 7capa6a(jtXeuç BGFG H 71 xa\ {j.exà Ppa/^u D : xaî om. E. 



^ 



t ^M'S. 



— i6 — 
encore : cela, dit-il, ne saurait être. Il est si loin de confir- 
mer les affirmations de Platon, qu'après avoir effrayé ceui 
qui s étaient attachés à Platon, par ses paroles il les a détour- 
nés de cette doctrine : ils ne pouvaient plus admettre, en 
effet, comme possible, en s'en rapportant à la nature et en 
depil de la volonté et de la puissance divine, de concevoir ce 
qui est né comme n'étant pas indestructible et ce qui ne doit 
pas périr, comme n'étant pas né. Lorsque quelqu'un a pré- 
posé la meilleure cause. Dieu, il ne doit point, s'il l'a prise 
comme chef de l'univers, la présenter comme une cause 
inférieure am autres C'est ridicule, en effet, que du fait 
qu une chose est née, elle doive par là même périr, quand 
même Dieu veut qu'elle ne périsse pas, et du fait qu'une 
chose est incréée, elle a la propriété de ne point périr et la 
volonté divine est incapable de rendre impérissable une 
chose qui est née. Et l'architecte est capable d'édilier une 
maison qui n'existait pas, un tel est capable de faire une 
statue qui n'existait pas, tel autre peut avec une matière 
brute construire un navire et le livrer à ceux qui le désirent' 
et ainsi de suite pour chacun des autres artisans : tous ceux 
qui exercent des arts producteurs ont le pouvoir de donner 
existence à une chose qui n'existait pas; et le roi suprême, 
le meilleur des artisans n'a pas autant de pouvoir qu'un 
artisan humain et, pour nous, ne participera à aucune géné- 
ration . Non, si du moins nous sommes capables de nous 
taire une petite idée de la causalité divine. 

Mais il était capable de faire et de vouloir le bien • « il 
était bon et l'être bon n'a aucune envie. » Et il ne serait pas 
capable de protéger et de conserver ce qui est produit ' Mais 
les autres artisans peuvent faire l'une et l'autre ' Le 
constructeur de maison et le constructeur de navires ne se 
contentent pas de faire des navires et des maisons neuves, 

52. Cf. Introduction^ p. xvii sq. 
^^^60-67. Tous ces exemples ont été repris par Philopon. De Aetem.. 

74. Timée, 29 e. 



■ t 



— 17 — 

oÎKoS^noc; Kal ô vauTiT^Y^c;, oô ii6vov icatvàc; KaTaOKEuA- 
2;avTai votOc; Kal oUtac;, àXKà kolI Tatç ûti6 xP<ivou 8ia<t>eei- 
po^iévaiç iKttvol (ioT^eEiv, êTcpa t«v TTe-novTiiiévcov àvTi- 
KaeicrrAvTEç aôxaîc;. l "HaTE ical tÇ SeÇ TràvTCx; t6 8o 
YE ToaoOTov auYXG>pn'ï^éov. 'O ^(àp tiç bXov TToif)aai 
Suvaxéc;, toOto ttôç &v Ik ^lÉpouç à8\3vaToç eït^ •noiEtv ; 
Kal Y^véaBai Totvuv ti 5eîv Kaiv6v, EcTTEp ^léXÀEi tiç 
bXcûc; TTOLTiT^ç, Kal t6 KaX6v IpYOv TTpi>c; &TTav 8iao6- 
^;Ea8aL- t6 y«P eS Y^^é^iEvov eBéXeiv X\3elv KaKoO. 15 85 
d tAziCcùv 8è aXXoç eIç ocoTTiptav xôv YEvotiévcov Be.o\ibq oôk 
laxiTrlçToO 8eoO fiouXf|aecùç. *H àvepco-nlvTic; ^èv <mou8f^ç 
Kal (iouX/|aECû<; iiETaXaÔévxa TioXXdc, Kal ïQvy] Kal TtdXEiç 
Kal IpYa, iiÉvEL xp<ivov à\ii]XOLVOv baov Y^vé^iEva ^itiket' 
SvToç ToO eEXVavToç, Ta 8è Tf^ç ToO 8eoO ^xETaox<ivTa 90 
Yv^iiT^ç Kal 8t' aÔT^v Kal ôtt' aÔToO Y^véïiEva, TaOxa 8è 
&\jiOL TTapévToc; toO TTOifjaavToç olxna^'^**'' ^^^ ^^ -napa- 
^EVEÎ ; 16 Tlvoç aiTlaç (itaaa^iÉvTiç ti?)v toO BeoO 
YV(i)iiT]v ; n6TEpov Tf|ç e£, aÔTÛv tôv yevoixévcùv àvàYKnÇ ', 
àXX' aÔTT] YE 'ï? -npoGÉaBai t6 Koatir|8fiva«- 't^v ek toO 8eoO 9^ 
Tipooco^ioXéYTiaEv oTTav. 'AXX' eE,cu8£v Tivoç alTtaç àvTa- 
804 y((ùVii:,o\ikvr]c; tÇ 8eô. 'AXX' oCt' IgtIv oôte Iv oTç &<^Qr] 

Kpax^aaç Kal Koatif|a«^ ° ^^^«î ^'^^ ^^^^"^ ^^ '^°^'^°'*^ *^'^^'' 
èXaTToOv Tivoç, EÏ Y^ l^^ TiavTàTiaai Xaveàvo^iEV fj^ac; 
aÔTo^ç TiEpl Tf]q ^lEYtaTTiq Kal BeiotAttiç 8uvAtiE«c; 8iaXE- 100 
Y6hevoi. 17 'AXXà Y^p eIç t6v nEpl xfjç àX^BEtaç X6yov 
loUaiiEv ûnô -npoBuiilac; EK<t>ÉpEa8aL. Af^Xov ^lèv Kal 8 
TipouBÉ^EBa, QÇ ouK âv eXev 8iS(4aKaXoi TiEpl K6a\io\) 
YEVEGECùç ol [xr]hè. Tfjv àpxV r^v^^'-v àTToXiT[6vTE<; aÔT$. 

77 où txovov xcvàç CD II 83 £l';:ep [xiXXoi BIO : eVye {xiD.oi E H 86 
ULS'Xov D 11 86-87 OSA iati tiç Toîi Oeou D || 88 [j.£TaXa6dvTeç El || 
ni tauxa 8}| El : xauTa 8È àpa CFG || gS tÔ TzpoaécrOat El : r.^ooioQat 
xat xoa|xri6fivai CFG : èx xou aùxoiS CFG || loi ntpi àXr.Get'aç D || 102 
lo'.xa jxyjv FG. 



'7 — 



i 



A 



mais ils peuvent les protéger contre les injures du temps, en 
remplaçant les parties endommagées. Il faut donc accorder 
à Dieu absolument le même pouvoir, car quiconque est 
capable de faire un tout, serait-il incapable d'en faire une 
partie ? Il faut que quelque chose de nouveau soit produit 
pour que quelqu'un soit producteur, et une œuvre belle se 
conserve tout le temps : car vouloir détruire ce qui est bien 
est un acte de méchanceté. Or, pour la conservation des 
choses produites, il n'y a pas de meilleure sauvegarde que 
la volonté divine. Bien des objets qui sont l'effet de l'acti- 
vité et de la volonté humaine, les nations, les villes, les 
monuments, durent un temps indéfini, en tant que pro- 
duits, alors que leur auteur n'existe plus, et ce qui parti- 
cipe à 1-intelligence de Dieu, ce qui est produit grâce à lui 
et par lui, disparaîtra et ne subsistera pas ? Quelle cause 
ferait donc violence aux desseins de Dieu ? Est-ce une néces- 
sité qui découle des choses elles-mêmes ? Mais celle-ci par le 
fait qu'elle s'est laissé organiser, a reconnu son infériorité 
vis-a-vis de Dieu ! Serait-ce une cause extérieure qui s'op- 
pose à Dieu ? Mais il n'y en a pas, et dans tout ce que Dieu 
a visiblement dominé et organisé, il croit qu'il n'y a plus 
rien auquel il soit inférieur. A moins toutefois de nous trom- 
per totalement dans nos notions sur la puissance la plus 
grande et la plus divine. Mais notre zèle nous entraîne, 
semble-t-il à parler de la vérité ; il est évident, comme nous 
1 avons etabh antérieurement, que ceux-là ne pourraient don- 
ner aucun enseignement sur la production du monde, qui 
ne lui accordent pas une naissance à l'origine. 

86. Timie, 4i c. 

Cf. De l Origme et de VEternité du Monde, p. 373 sq. 



-» m I I II m II » » ■ 



P. E. XV (80U-806 b). 

804 b [Kat {irjv xal Trcpi ^ç xôiv aw[i.àxa>v rJ^r.':T^; oùataç, rjv etcniYriaaxo 

'AptaTOTsXyi;, Tayxa rapaOexéov.] 

VII 1 riepl ^o^v TÔv icaXoujiévov aroixEtov tôv 

C TTpciûTCDV aC0Jl<5cTOV OUvéaTTlKE, nXAxCDV ^lèv ÉTTé^EVOÇ xf^ 

TTEpl aôxà IvapyEtot, KaSdiTTEp Kal ol Tip6 auxoO, Téaaapà 
TE I<f)r|aEv EÎvaL TaO-ra ô^ioXoYo^jiEva, nOp Kal yf^v Kal 
àépa Kal ôScop, Kal Ik xotixcùv ouy^P'-vo^iÉvcov Kal xpeno- 5 
^lévov xà Xomà yevvaaBat. 'ApiaxoxéXT^c; 8é, 6q Ioikev, 
èXntaaç TiEpixxàxEpoç <|)avEÎa6ai xô <f>povEÎv eï xi aû^ia 
Ik TTEpLXxoO TTpooBEtTi, TTpoaKaxTiplS^iTiac xoîq <()aivotiévoL<; 
xéxxapai aojiaai xfjv txé^tixtiv oôatav, -ndcvu ^lèv Xa^iirpôç 
Kal <))iXo8(i)poç xf] <|)t&<jei xpTl<J<itiEvo<;, ^ii?| auviSàv 8è ÎSxi 10 
d oô vo^ioeEXEÎv BeI cJ>uaLoXoyoOvxa, xà Se xf^ç <^<}ae<dq aôxf^c; 
âE,iaxopEÎv. 2 Elç xotvuv xf)v àîréSEiE^iv xoO xÉxxapaç 
EÎvai xàç TTpcibxaç xôv acdtiAxov cJ>i&aELÇ, î)ç 5i?| XP^^* ''^^^^ 
nXaxoviKOtç, oô ^6vov oôk &v ouvxeXoÎ xi ô nEpiiraxT)- 
XIK6Ç, àXXà oxeSôv Kal \ji6voç Ivavxioîx' &v. AEy6vx(*)v i5 
yoOv ifJiiôv 8x1 -nSv aô^ia î\ 9Epji6v f) vjjuxpov, f) £,T)p6v f) 
ûyp6v, f\ tiaXaK6v f\ qkXt^pôv, f\ koO<})ov f\ |iap\3, f) àpaièv 
f| TTUKv6v, Kal EÔpiaK6vxo)v bxi OÔK &v IxEpov eIt] xi x6 
^ie8é^ov xotixcov xiv6ç napà xà xÉxxapa* eI jièv yàp 8Ep^6v 

I. Ce texte est donné par tous les mss. La plupart des éditeurs 
ont ainsi corrigé : axoiyei'wv IÇ wv Trptoxwv atôtxaxa ouve'axrixc, ce qui 
est plus clair || 3 âvspYeta BGDEI || 4 tcuo (y.at) om. BGX : xéxxapa 
sTvai hf\az XZ |1 6 kXrdaixi w; eoixsv I : wç eotxe Se E || 8 T:ptjaxax. 
om. X II 9 xfjv oùai'av 7c^[x;cxyjv I || 11 vo;xoOexeîv /_pri B || la taxopelv 
X : xrjv om. F jj i3 xà; çjceiç XZ : oT; 8r) GDG || i4 auvxsXeî B : 
auvxsXo^Yl E : jxdvov FXZ || 16 ouv B || 18-19 oxt oùx sxepdv xt sI't] xô 
pcO^Çov BGFG. 



I. Aristote a traité la question du cinquième élément dans les 
chap. III, IV, V, du livre 1 du De Caelo. Il l'appelle éther, oùpavoy 



LE CINQUIÈME ÉLÉMENT 

Au sujet de ce qu'on appelle éléments, principes dont les 
corps sont formés, Platon cédant à l'évidence sur ce point, 
tout comme ses devanciers, affirme qu'il y en avait quatre 
admis communément : le feu, la terre, l'air et l'eau, et que 
tout le reste se formait de leurs combinaisons et de leurs 
transformations. Or voici qu'Aristote, dans l'espoir, semble- 
t-il, de passer pour un esprit supérieur, en ajoutant un 
corps extraordinaire, augmente d'une cinquième essence le 
nombre des quatre corps visibles : ce fut de sa part beau- 
coup de munificence et de générosité envers la nature ! Or, il 
ne se rendait pas compte que ce n'est pas au naturaliste d'édic- 
ter des lois, mais seulement d'analyser avec soin les phéno- 
mènes de la nature. A la démonstration usitée chez les Pla- 
toniciens du fait qu'il y a quatre éléments primitifs des 
corps, le Péripatéticien ne saurait contribuer en quelque 
chose, bien loin de là, il apporterait presque, et lui seul la 
contradiction. Nous disons donc, nous autres, que tout corps 
est chaud ou froid, sec ou humide, mou ou dur, léger ou 
lourd, clair ou dense : nous trouvons qu'il ne saurait y en 
avoir qui partici pe à ces qualités en dehors des quatre élé- 

xat à'axp.3v oCai'av aîÔs'pa xaXoufisv, 893 a 5. Premier corps, x6 ;cpâîxov 
aojjxa, ;^.. 287 a 3, 391 b 32. Le corps éternel, xô àfStov xô (ïv<o 
acofxa. De An.. Il, 4i8 b 9-13. Le corps divin, xô ôerov crà>j.a, xà Gaa 
aa,{..axa, aàS.aa ôscoxepov xcov xaXoufxivtov axot^^EtW, xà ç.pôasva 
Ôet« ao^^axa xaxa xov oJpavôv, De Caelo, II, 286 a 11, 202 b Sa 
391 b ,6. Meta., X, 1074 a 3o. C'est un corps dans lequel résidenî 
les dieux, et comme ceux-ci sont immortels, leur demeure Test 
aussi, xco aGavaxw xô àOavaxov auvT)pxr){jLivov, De Caelo, I, 270 b o 
4. Timee, 48 b. . ' ^' 



— 19 — 

f| TrOp f) àf|p, eI 5è ipuxp4v, (SSop ^ yf], Kal el ^lèv ^T]p6v, 20 
805 TiOp f) yf^- el Se ûyp6v OÔcop fj ài]p' Kal el ^lèv ^aXaK6v à^p 
f\ TtOp- el 8è aKXT]p6v SSop f\ yfj- Kal koO<|>ov jièv Kal 
àpaiév, TrOp Kal à/|p- fiapù 5è Kal ttukv6v, fib(ùp Kal yf|. 
Kal Ik tôv &XXqv 6è drtaaQv tôv àTrXcov ôuvdc^ecùv Kaxa- 
vooûvTCùv cùç oÔK &v ctr) napà TaOxà tl aô^a cTepov 25 
oOtoç ÀydicraxaL ^6voç, (|>($caKa>v Si^vaaBai acd^a eîvai 
TOi&Tov a^iOLpov aô^ia, ^ii^xe |iap\3, ^i^Te ko04>ov, lii^lTe 
jiaXaKÔv, ^if)Te QKXr^pôv, ^i/jTe ûyp6v, àXXà lirjTe £,r|p6v, 
^ovovou^l Xéycûv aô^a oô ooà^io. T6 ^lèv yàp Svojia Kaxa- 
XéXoiTiev aôxÇ, xàc; Se Suvà^eiç, Si' Sv aô^a Txé<|>uK6 3o 
b ylvea9aL -ndcaac; à(|>]f)pT)Kev. 3 "H toIvuv fjliaç &Tiep 
aÔTèç Xéyei ttcISov à<|)aip/)acTaL xfjq nXdcxcovoq yv6jir|ç, f) 
tA nXdcTCùvoç 3e6aio{)^evo(; tôv aôxÇ Sokoùvtcov ànocrTf|- 
CETai* ôaxe oôSajif] xpi^anioç Tipèç xà toO FIXàTovoç. 

4 "Etl ^lèv ô nXdcTcav TtdivTa xà aQjiaxa, &xe cttI ^it&ç 35 
ô^oiaq ôXriç 6ea>po\3^eva, ^oOXexai xpéTieaSat Kal ^lexa- 
BdcXXeiv elç &XXr|Xa* S Se ItiI ^èv xôv SXXcdv oôalav àTraBfj 
Kal &(|>8apxov Kal axpcTTXov ttAvxgx; à^tot, tva Si^ \x^ 
eÔKaxa(f>p6vr|x6v xlvoç npàyjiaxoq yevvr|xf|c; eîvat SoKfj, 
C Ti6pixx6v ^èv Kal tSiov TravxàTraat Xéycdv oôSév, xà Se ôtt6 4o 
nXàxcûvoc; Itt* &XXcûv ecûpa^éva KaXôç ^iexa(|>cpcov ènl xà 
\xf\ Tipoa/|Kovxa, KaSdiTrep xtvèc; xôv Oaxepov yevo^cvcov 
&vSpiavxoTTOi£dv. 5 'EKetvol xe yàp àno^i^T^aà^evoi 
xoOSe xoO àvSpiàvxoç Ke<J>aX/)v, SXXou Se xô axépvov, 
Ixépou Se xf|v ^<lbvrjv, elç xaôxSv auvBévxeq èvtoxe \Jii\ 45 
TTpoai^Kovxa Tcpày^iaxa àXXi^Xoiç, l-neLcav aûxoùç ûç xi 

a3 oTov r.up BGDEI || a5 qjx «v eIV, ti Tzapà DEOZ I| a8 àllk 
{i.r|T£ Çinpôv om. I II 3o 8t' wv tcsçuxs X || Sa à^arprlcsiat Soxouvttuv , 
BGFG : IlXa'xwvoç 5oÇt)ç XZ || 35 "Ext 6 [ih ô nXaxtov OZ || 36 
xaî om. GDFG || 38 Tcavifov àÇîot I : tvaSs B ]| 39 ècpeupr^xf,; BXZ : 
yevriTrjç G || 4o 6;:ô om. Z || 4a "^t^'v uoTipwv D || 44 "coù 8'= tou àvSpôç 
D II 46 coî Tl om. El : àXXo'.ç enstaav XZ. 



w*^ 



^ ÎQ — 

menls : s'il est chaud, c'est du feu ou de l'air ; s'il est 
humide, il est eau ou air ; s'il est mou, il est air ou feu.^ s'il 
est dur, eau ou terre, s'il est léger et clair, il est feu et air ; 
s'il est lourd, il est eau et terre. A la vue de toutes les autres 
propriétés simples, nous concevons qu'il ne saurait y avoir 
aucun autre corps que ceux-ci. Et lui, tout seul, se dresse 
en contradicteur et déclare qu'il peut y avoir un corps 
dépourvu de ces qualités qui ne soit ni lourd ni léger, ni 
mou, ni dur, ni humide ni sec, autant dire un corps qui 
soit un non-corps : il lui en laisse, en effet, le nom, mais lui 
enlève toutes les qualités qui font la nature d'un corps. 
Alors, ou bien il réussira à nous persuader par ses paroles et 
nous détachera de l'opinion de Platon, ou bien il nous affer- 
mira dans les idées de Platon et nous détournera de ses 
propres opinions, si bien qu'il n'arrivera à rien contre 
Platon. 

Platon prétend aussi que tous les corps, qu'il considère 
comme formés d'une matière homogène, se changent et se 
transforment les uns dans les autres : et lui, en plus des 
autres, admet une essence impassible et totalement im- 
muable : il ne veut sans doute point passer pour le père 
d'une invention méprisable. Et pourtant il ne dit absolu- 
ment rien d'extraordinaire ni d'original, et se contente de 
transposer, sur un objet auquel elles ne conviennent pas, les 
observations exactes de Platon en d'autres sujets. C'est tout 
à fait la manière de certains sculpteurs modernes : ceux-ci, 
en effet, ont reproduit la tête de telle statue, le buste d'une 
autre, le bas du corps d'une troisième, ils réunissent tant 
bien que mal ensemble des éléments qui ne s'harmonisent 
point les uns avec les autres, puis se persuadent eux-mêmes 
qu'ils ont fait quelque chose de personnel ; en réalité, l'en- 



43. Les éditeurs d'Eusèbc remplacent le terme àvSctdivTOç par 



avSpdç et le texte d'Atticos rappelle ainsi celui du début de VEpUre 
aux Pisons. Humano capiti cervicem pictor equinam, jungere si 
velit etc. Mais le manuscrit donne àvoptavxo?, ce qui fait d'Aristote 
un pagiaire et un vulgaire copiste sans originalité; c'est bien 
semble-t-il, la pensée d'Atticos. 



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►MWniiiiW'J'M*'* 






4 



— ao — 
ti£ttoit)k6t£ç tÔiov Kal SvTCDc; t6 ^èv îiXov, 8 8/| Ttç Ôv 
d àou^niéTpcûç Ix^*-^ alTiàaaiTo, IgtIv aôxôv, xà S' Iv aôxÇ 
ouvT)piatiéva icat xi KaX6v Ixovxa oôk «ôxôv. 6 'Cloaùicùç 
Ôè Kal *ApiaxoxÉXr|(; âkoi&ov flXàxovoç bxi laxt xiç odala 5o 
Ka8' aûx^v vot)x/|, àa(i)^ax6c; xe Kal àxp(«>^axo(; Kal 
àva<|>f|ç, oOxE yivojiÉVT] oCfxe (|)8EipoiiévT^, o{Jxe xpETTojiévT^, 
O0XE ^lExaôaXXojiévT], àeI 5è Kaxà xà aôxà Kal 6aaùxoç 
IXow<ya, TKÎiXiv S' aî5 TiEpl xôv Kax' oôpav6v âkoi&cov, àç 
Svxa 8EÎa Kal &<|)8apxa Kal àTTa8fj laxi a<i>jiaxa, auvé8r|KE 55 
Kal auvEKéXXr^QEv 1^ à^i<j)oîv Tipécy^iaxa \if\ auvcJLSovxa* 
TTap' ov jièv yàp x6 EÎvai aô^ia, -nap' Sv 5è x6 àTTa8Èç 
EÎvai Xaôcbv, oô^a à'na8è<; IxEKx/jvaxo. 7 'EttI jièv oOv 
xôv ÀvôpiAvxov, eI Kal ^if) KaX6v x6 Ik xôv Siac|)Ep6vxcûv, 
oCfxi yE àSùvaxov yEvéa8ai. AiSàaKEi yoOv xà xoiaOxa Kal 6o 
"Ojiripoç a S(i^axa ydtp, (^r]ai 

806 Kal K£(|)aX]p)v ïkeXoç Ail XEpTiiKEpaOvç) 

"ApEL Ôè CàvT]Vy axépvov Ôè floaEiSàcdvi. » 

T6 8à a5>\jL0L àTia8èç oôk &v ttoxe yévoLxo. na8r|xf] yàp 
Kal xpETTxfj cuvSeSe^evov <p<}aEi dvàyKT]v I^ei au(iTTa8Etv <^ 65 
ouvé^EUKxai. El Ôé xi &'na8èç eït), xoOxo &c{>£i(i£vov Kal 
£Xeil)8epov à7i6 xoO xtàaxovxoç EÎvai ÔeI* ôqxe X**^P^Ç ^^ 
eXx] xfjç OXt^ç, îjc; KExopia^iÉvov àacbjiaxov àvayKalcùÇ 
ôjioXoyoîx' Sv. 

48 xà 8' Iî:' aùtôi D || 49 «Juvrjpaatxéva GF || 5i vor^TT) xaô' auTTjv 
GDFGF jj 53 waautwç BiSaaxet youv B || 54-55 wç av xà ôcîa I || 62 
TxsXXo; B II 63 à'pTt Ss ^oSvtjv I || 65 I/ei (juaTraôï^aciv I passe à xai 
IXsiiO-. 






V 



— 20 — 

semble, dont on pourrait critiquer le manque d'harmonie, est 
bien leur œuvre, mais ce qui n'est point d'eux, ce sont les 
pièces ainsi rassemblées et ce qu'il y a de bien en elles. Voilà 
bien la manière d'Aristote : il entend dire à Platon qu'il 
existe une essence intelligible en elle-même, incorporelle, 
incolore, intangible, sans naissance ni corruption, sans chan- 
gement ni transformation, demeurant éternellement et iden- 
tiquement la même : et, d'autre part, il entend dire des corps 
célestes qu'ils sont indestructibles, impassibles : alors il 
réunit et accole ensemble ces deux objets qui ne s'accordent 
point. D'un côté, il prend la notion de corps, de l'autre, celle 
d'être impassible, et invente un corps impassible. Dans le cas 
des statues, le composé d'éléments hétérogènes n'est pas beau, 
je le veux bien, mais au moins son existence n'est pas im- 
possible.N' est-ce pas l'enseignement d'Homère à ce sujet? Il 
dit en effet : 

« Par les yeux, par la figure, il ressemble à Zeus qui se plaît à 
lancer la foudre, 

à Ares par la taille, à Poséidon par le buste. » 

Mais le corps impassible ne saurait exister uni à une nature 
passible et variable, il subirait nécessairement les impres- 
sions de l'élément auquel il est uni. Pour qu'il y ait quelque 
chose d'impassible, il lui faudrait être tout à fait séparé et 
délivré de ce qui est passible : si bien qu'il serait en dehors 
de la matière et ce qui en est séparé serait, de l'avis una- 
nime, nécessairement incorporel. 

^ 5o-53. Phhdre, a47 c : ^ yip à/paSjxatdç te xa\ oi<r/riiidz:<7xoç xaî 
avaçTjçouai'aovTûiî^u/^^ç oucra xu6£pvr[T7) [xo'vw Osax^ v^i ; Soph., a46b: 
V0T)Ta axTa xal cxaoijxaTa dBri ; 248 a : r.pàç tf^v ê^vxto; ojcrtav, ÇJv kd 
xaTa xauxà waautfoç eyetv opaié. 

54-55. Timée, 4ob': Sa* à;cXav^ tôv à'axpoiv ^Ga Ôeta ^vxa xa'. 
aîSta xa? xaxà xaûxà èv xaûxw <7xp£ço>eva ksi ^ivi; Lois, 886 d : 
ijXtov xe xal asXrfvrjv... ôyç Ôsoùç xai Oeia ^vxa ; Def. XII, û5o d • 
TjAtov e>a0at xat xoùç àXXouç 0£o-i;. 

61. Homère, Iliade, II, 478-479. 



806 b 



P. E. X V (806 c-808 c). 






["Etî y.ctl touTot; rpoV/ wucv tov votîv èv ojo'î àXXot; otaç£p£oOat tw 
nXatwvt TÔv 'AptoTOTsXriV raptatnaiv.l 



tatrjaiv.] 



C VIII 1 "'EireiTa toùtolç eTTÔtiEva TioXXà èv oTç SLa(f>É- 
povxai, ô jièv Y<ip <|)T^ac Ta Kax' oùpav6v t]?|v nXelaTT]v 
ISéav Ik 7Tup6çfx«^v, ô aè unSa^fj nEXEÎvai toîç oôpavtoiç 
TTupéç. Kal ô jjiÉv <|)r|OLV avariai t6v 8e6v <|)ô<; èv Tfj 
SsuTépa Tip6ç yf]v TTEptdÔo, tv' Sti nàAiora eIç &TTavTa 5 
4)atvoL xèv oôpav6v -nepl i^Xtou t6 toioOtov àTio<|>aiv6tievo(;* 
ô 5é, &TE oÔK IBéXcov TTOp eTvai t6v fjXiov, t6 5è <|)ô<; 
ElSàç TTOp ica8ap6v, fj ti TTup6ç Sv, oôk ettitpéttei <f>û<; 

d TTEpl aÔTàv àvf^<|)8ai. 2 "Etl ô ^év, kolt eTSoç à<î)8apatav 
ATTovéïiov Toîç koit' oôpavèv ôtTTaaLV, àTTox«pf)aEL<; xivàç 10 
aÔTÔv Kal TTpoaxcapriaELÇ au^^éxpouç <|>r|al Y^vEa8ai- 
àvaYK<i2;ouoL Se aÔTèv XéyEiv TaOxa, Tàç ^èv àTToicptaEiç, 

aï TE àKTLVEÇ ToO l^XtoU Kttl 8Ep^l6TTlTEi; KttTà àTT^ppUGlV 

aÔToO YLvé^iEvaL- tAç 8è TTpoaKplcEiç, i^ Xar] toO tiEYÉSouç 
aÔToO <|)<iCTLÇ- oô ^(àp &v fj8EXEv laa <|)atvEa8at ^r\Bèv i5 
àv8' ôv à<pir]ai XauBdvovTa. 3 'O 8è 'ApiaTOTéXT]c; 
ttAvtti ^lévEiv IttI tî^ç aÔTÎ^ç oôalaç aÔTà lîoûXETai, ^i]TE 
Tivôç aÔToîç àTToxopoOvToç, ji/|TE TipoaiévToç. 4 "Eti 

I xo-JTOu p : Èv oTç ;:oXXà ^taçspovTat D [| 3 ô 82 |xrî El || 5 ;rp6ç 
T^Y^ X : rpôç t;^ zsptoStoI || 6 oa:voi-:o EF ; çat'vei GX : u^ioyatvdaevoç 
CFG li 8 rup cicyov BGDEFGJOZ : kmr.pir.ei X |i 9 à-f GapatW B || 
10 àro/_(opricstv B II 1 1 a'^fxjxetpov G jj i3 or ts ax. GG || i4 xàç 8è à;:o- 
xpiaetç GX : ^EyiOou; aÙTwv GDFGZ || i5 oajtç BE : (pauaiç EIXZ || 
16 XafxSavovrai El : 6 |j.èv ABDE || 17 ;ravta (/ivety XZ. 

3. £X r.\jp6ç e'xs'v, TiWc, 4o a ; Aristote, De Caelo, I, 269 a 2 sq/ 

4. TiWe, 39 b: cpwç ô Oso; àv^'^sv sv x^ rpôç y^v SsuiÉpa tûv 
reptdStov, 8rj vov xexXTjxaasy f^Xiov. 

6-7. Dtf/., 4ii a: "Hl'.o; r,up oùpavtov ; Sop/t., aaod : To vuxxs- 
ptvôv rpôç TTupôç çw; ytyvoVevov ; T/m., 4oa: IIXiÉaTrjV iSe'av Ix Trupôç 
àrrjpÇaTO, or,o\; o -.i XatA^poTaiov ÎSstv Xc xaXXiaxov eVï). Les 
Stoïciens emploient aussi des expressions semblables, Arn., II, 



VI 

DU MOUVEMENT DES ASTRES 

En plus de ce qui précède, il y a bien des points sur les- 
quels ils diffèrent : l'un affirme que les corps célestes sont 
formés principalement de feu, l'autre, que les corps célestes 
n'ont absolument rien du feu. L'un dit que Dieu alluma 
une lumière dans le second cercle par rapport à la terre, 
afin de faire briller le ciel entier de l'éclat le plus brillant 
possible, propriété qu'il attribue principalement au soleil ; 
l'autre, en homme qui ne veut point que le soleil soit de feu, 
et pourtant il sait bien que la lumière est du feu pur de 
tout mélange ou une propriété du feu, n'admet point que la 
lumière lui soit inhérente. Plus encore : l'un attribue l'im- 
mortalité à tous les corps célestes, en considération de leur 
forme, et dit qu'il se passe en eux des déperditions et des 
augmentations en proportion égale. Voici ce qui le force à 
s'exprimer ainsi : pour les désagrégations, ce sont les rayons 
de soleil et les vapeurs brûlantes qui s'en dégagent ; pour 
les récupérations c'est sa grandeur apparente, toujours égale 
à elle-même ; il ne veut pas admettre, en effet, que des corps 
qui ne reçoivent rien en échange de ce qu'ils perdent puis- 
sent paraître égaux. Aristote, lui, veut que ces corps [gar- 
dent toujours la même quantité de substance, parce que 
rien ne s'en échappe et rien ne s'y introduit. 



i36, 33 : 'O TjXtoç rup EiXtxpivsç ; 199, 26 : xôv f^Xtov ^wov ovxa 
7:uptvov. 

7. Aristote, De Anima, II, 4i8 b 11 ; II, 4i8b 9, 419 a 11. De 
sensu, 439 a 18, etc. 

II. Tim., 4oc: yopeia; os xouxwv aùxwv, xai rapa^oXàç aXXrJXtov 
xaî ;c£pi xà; xûv xuxXwv ;;pôç âauxoùç âjcavaxuxXTjagtç xat ::poa)(^wprJaetç. 






Séx' 



♦<, 



il 



— aa — 
ô jièv Tipèç Tf| Koivf] KLv/|aci TÔv &aTptov, icaB' îjv Iv Taîç 
a<f)atpai<; IvSeSe^iévoi KivoOvTai TràvTeç ol ÀOTÉpeç oX te 20 
807 àTtXaveîç Kal ol TtXav<i>jiEvoL, ical iTÉpav aôxotç Klvr^aiv 
àTToStSttaiv, îjv Bi\ «xi àXAcûç KoXXtaTTiv EÎvai aujiBéÔriKE, 
Kal TTpoai^Kouaav aÔTÔv Tfj <p()a£i toO ao^iaToç' a<pOLipi- 
Kol yàp SvTEÇ ElKéTCdç a<|)aipiKi?jv &v Tiva Ktvr^aiv iKaoroc; 

KIVOÎTO TTEplSlVOlJJlEVOÇ. 'O 8è Ta\JTT]<; à<|)aipELTai Tf^Ç 25 

Kivi]aE<ùq aÔTotiç, fjv àq Ijiipuxoi KivoOvxai, ^6vr\v 8è 

ÀTToXeItTEI Tf]V ÛTX' &XX(*)V TÔV 1TEplE)(<5vTQV dSoTTEp ÀU/I^^OK; 

au^Batvouaav. 5 Kal Sfj Kal <pr\ai t^v ylvo^iévt^v <|)av- 
b Taalav /j^iîv àttô twv àaTÉpcov «ç kivou^iévcûv, ttABoç EÎvai 
'rf]ç fj^iETÉpaç ôvpEcoç àSuvaxotiaT^ç Kal oSonEpEl QEio^iÉvqç, 3o 
àXi^ÛEiav ôè oÔK etvaf ôoTTEp nXàxcûvoç àno xaûxr|q xf^ç 
<|)avxaata(; x]?|v ôrtèp xf^ç Kivl^aECûç nlaxiv XatiÔàvovxoc;, 
àXX' oÔK ànb xoO Xéyou, xoO SiSàaKovxoç 8x1 àvàyKi] 
xotixov êKaaxov ^ôov 8vxa, Kal ^^ux^^ ix®^*^* "^^^ aôjia 
KtvEÎaSai xf)v IStav KlvrjaLV -nav y^p aQ\xoL S ^lèv Iê^oBev 35 
t6 KivEÎaBai &4»uxov, xÇ 5è IvSoBev Kal 1^ éauxoO, 

20 èvBs^ujXc'voi DI II 24 st'xoto); om. D || 25 ô oï /.al tay-CTj; I || 27 
TYiv Ot:' àXXrJXfov DEFGIO H 3o o>; Tigptaeroasvyjî G || 35 {xlv yàp 
awfjia DFGO : xaî cj(3;/a o, {jlèv eÇwOsv B || 3*6 £v§oO:v aOiô èÇ aOiou 
DFGIXZ : aùxou èÇ auToj Êl. 



lauTw 



19. Tim., 38 e-d. 

ai. Tim., 4o a : x-.vrjas'.; 82 ouo ;:poaf;^j/ev éxàaTto, xrjv txev èv 

UTw ; Plotirij H, 12, i : Kai IIXaTtov 83 toiç aaipot;, où [jlovov ttjv 
{AEtà Tou oXou açatpixrjV xtvrjatv àXXà xaJ éxâaTto 8t8(oat ttjv Tcept xô 
xsvTpov aOiûv. 

22. Tim., 34 a. 

25. De Caelo, I, 274 a 2 sq. ; II, 289 a 17 sq. ; Aristote, De Caelo, 
II, 284 a 27 sq. : 'AXXà {ATiv où8' 6::ô «J/u/^^ç Ej).oyov àvayxa^ouar); 
[xsvsiv àt8tov oùo£ yàp xyjç «j/u^Tiç oTdv t' £ivat ttjv Totaûxyjv Çtof)v 
àXyxcov xaî {xaxaptav. 'Avày^Y) yap, xal xrjv xivr,atv, (xeià ptaç 

ouaav àa)(^oXov slvat, xal ra(j7)ç àîrr^XXayfxivTiv faaxojVTjç luçpovor 

erye. [atj8' a»a;:£p xr} t|;uyï5 x^ xwv Gvyjxwv Çojwv, éaxtv àva;:auatç, ^ 
Tcspt xov uTTvov Y'vofxsvr, xou aoS{xaxo; avsa-.;- àXX' ivayxarov *IÇtovd; 
xtvo5 [xotpav xaTe'yE'.v aijxr,v à(8iov xa? àxpuxov. 

29. De Caelo, II, 290 a 17 sq. : 'U yàp o«{*'.; à;:ox£ivo{x^vr) [xaxpàv 



— aa — 

L'un, en plus du mouvement commun des astres, mouve- 
ment selon lequel, fixés dans leurs orbites, tous les astres se 
meuvent, les astres fixes aussi bien que les planètes, leur 
accorde encore un autre mouvement, qui se trouve être le plus 
beau en même temps qu'il convient très bien à la nature de 
leur corps; comme ils sont sphcriques, il est naturel que 
chacun d'eux puisse se mouvoir d'un mouvement circulaire, 
en tournant sur lui-même. L'autre leur enlève ce mouve- 
ment qu'ils décrivent comme des êtres animés, pour ne leur 
laisser que le mouvement des autres êtres qui les entourent, 
comme s'ils étaient inanimés. Il dit même que l'imagination 
que nous nous formons des astres, en nous figurant qu'ils 
sont mus, est une illusion produite par la faiblesse de notre 
vue, pour ainsi dire vacillante, mais qu'il n'y a rien de réel. 
Comme si Platon avait fondé sa croyance à ce mouvement 
sur les données des sens et non point sur la raison, laquelle 
nous enseigne que chacun de ces corps, par le fait qu'il est 
vivant et possède une âme, doit mouvoir son corps d'un 
mouvement particulier : en effet, tout corps qui reçoit le 
mouvement de l'extérieur est inanimé, celui qui le reçoit de 
l'intérieur et de lui-même est animé, et s'il est mû, en tant 
que divin, il se meut du mouvement le plus beau: or le 
mouvement le plus beau est le mouvement en cercle ; c'est 



IXiaa£xat 8tà xy;v à<TO£v£'.av, ojcsp ai'xtov raw? xat xou axtX6£tv çatv£a6at 
xoùç iaxs'paç xoùç lv8s8£(jLévou;, xoùç 8e JzXavrjxa; jjlt] (jxtX6etv oî fxsv 
yàp TcXavrjXEç lyyùç E'.atv o'iax' £yxpaxr,î o-jaa r.pàç aùxoùç içtxvEixai fj 
o^iç. npôç 8è xoùç }i.£vovxaç xpa8aiv£xat 8tà x6 (J.rjX05, â7:ox£ivoa£vrj 
noppoi Xiav. '0 8È xpo{j.oç aùx^ç, tzoui xou àaxpou Boy.îh îhcn xrjv 
xivTjaiv où0£v yàp 8tao£p£t xtvEiv xf,v o<}tv, r| xô ôpoSuiEvov. 

33-3A. Lois, X, 896 a : izel^ y£ àvEçavrj ('|uyr)) {A£xa6oX^; X£ xai 
xivr)«oiç àrijT); atxia à;:aaiv j 896 e : "AyEt [jiv 8r) <[*u/7) jcavxa xà 
xax* oùpavov xal yfjv xa) OaXaxxav. 

34. Lois, X, 896 a : xtvrj(j£wç ànd'sriç atxfa aTcaatv («fuy^î). 

36. Phèdre, 245 e : w 82 ((jaSfxaxi) IvSoOev aùxô èÇ auxoîî (xo xtvEi- 
aÔat) ; 2^6 b : jcàaa f^ <|/uy rj Tcavxo; £;ct{jL£X£ixai xou àtj^uy^ou ; Tim., 
3o b : (xoapov) IÇtoov ejjLtj/uyov. Le ciel reproduit les mouvements de 
rame, qui se meut elle-même, x^ xaxà xauxà xal Iv xaùxw Tceptayo- 
{jL^vrj xivïjggt. 



it 

I 






11 



♦ 



'. 



— 23 — 
EtllpUXOV KIVOI&JIEVOV SE, &TE 8eÎ0V OVTa, T1?|V KoXXtaTTiv 

icivEîa8ai KlvT^aiv KaXXtaTT^c; S' oîiax]c; i^q Iv kIjkX^ 
c Kiv/|aE(aç, TaiL»TTi aôxôv KLVELa8ai. 6 *H ôè alaBr^atc; xà 
jièv EK ToO Xéyou ^lapxupoÎTO &v cbç àXT)8E\3ouaa, oô ^if]v ^o 
aÔTf) TiapEoxE Ti^v ttIotiv xf^ç Ktvf|aECûc;. flEpl 8è xfjç xoO 
Travx6ç Kivif|aECj<;, àç jièv oôk Iv kûkXo xlvI y^VExai, 
viK^^iEvoç ÛTiô xf^ç IvapyEtaç oôk Ioxev àvxEiTtEÎv nXàxovi, 
TTapEL^e Se KàvxaOBa Sia4)opàv aôxÔ x6 KocXèv E\5pT]^a xoO 
ocS^axoç. 7 *0 jièv yàp PlXdxciv, &xe 8vx©v XEXxàpov 45 
QCùjidxcùv Kttl TTdtvxttv, <|)\3aEi KLVoujiévcov à-nXfjv Kal EÔBEÎav 
Ktvr^aiv, Tiupôq ^làv ènl x6 lKx6q, yf]c; IttI xô tiÉaoç, xôv Se 
àXXcùv ItiI x6 ^lExa^tS, xf|v Iv KiiicX<}> «Ivï^aLv ànéScoKE xfj 
d v|;uxfî- ô S' fJTTEp &XXg) acbjiaxi &XXt]v, otixcû 5è Kal xfjv Iv 
kùkXû), KaSàTTcp a«jiaxLK/)v xLva, xô TiÉjmxcp TTpoaévEniE 5o 
a<i>tiaxi, Ttdcvx' eôk6Xcoc; aôx6v l^aTraxf^aac;. 8 Toîç jièv 
yàp Itc' EÔBElaç kivou^iévoic;, al (5ap\3xr)XEc; Kal koi)<}>6xtixec; 
x]?|v àpxi?iv xfjç Kiv/|aECùq napEtxovxo, x6 8è TTÉtATTXov 
oôjia, ^if)XE fiàpouç ^EXÉxov, tifjXE Kouc|)éxT)xoç, àKLVTiatac; 
^aXXov. 9 Oô xf)ç Iv kOkXw KLvf|aEoc;, xoîç Itt' EÔBElaç 55 
Kivou^iévoiç xô axf^^ia xf)v alxtav Ix^i xf^ç KivfjaECûç, 
àXX' f\ ^0711^' aô^a oô ^6vov xeBIv Iv ^égcd xlv6ç ê^iolou 
oôx t^EL Tif] kXiBt], àXX' Iv kùkXcù TiEpixEBèv ÔTiot9 xivl, 
oôx t^Ei xfjç IttI XL KXlaECûc; alxtav, 

808 eïx' IttI SeB,^ loat, Tipèç fj« x' fJEXiév xe 6o 

eIx' Itt' àpiaxEpà, 

EÏXE TTpéoco, eïx' ÔttIgoû. 10 "Exi xoîç jièv fiXXoiq Qcb^iaaiv 

37 Ocdvta CDEFGI || Sg aÙToxtvcïaOai DEFGIZ || 43 èvepyeiaç 
DEFGI II 44 ejpejxa I: Bta^opàv to zaXôv touto £Ûpr,ijLa O || 53 ttjç 
xtVTiaewç Trjv àpyyjv GDFOXZ || 57 àXXy) fo?:/) F : aoiijLa yâtp BX : où 
(xovov ÊV {xdvotç B : èv {i^ato têGev ôpioiou xivd; BGFGE || 60 èxi oeÇt'av 
ttojtv D : SsÇt'a BEIOZ. 

38. Tim., 89 a : tôîv 0* au xtvrlcctov y; Iv éauTto 09' éauTou àptaxT) 
xt'vTjatç* {j.aXtaTa yàp xr) oiavoYjTtx^ xai t^ tou ravxôç xivr|a£i auyY£VT)ç. 

39. f( 8è ataOricri;, etc., rappelle la formule aîaOrjaet... àXoYto, de 
Tim., 38 a, 69 d j P/k7.. 35 a. 



^ 



^ 



- 23 - 

donc sous cette forme qu'il se meut. Les sens pourraient 
confirmer les déductions de la raison, car leurs données 
sont vraies, mais ils ne fournissent pas par eux-mêmes la 
croyance ferme à l'existence du mouvement. 

Sur la question du mouvement de l'ensemble, lequel se 
fait en cercle, vaincu par l'évidence, il n'a pas osé contre- 
dire Platon ; et cependant, même sur ce point, sa belle décou- 
verte du cinquième corps lui fait trouver le moyen de s'en 
écarter. En effet, Platon, s'appuyant sur ce fait que les corps 
sont au nombre de quatre, que tous, par nature, se meuvent 
d'un mouvement simple et en ligne droite, le feu, vers 
1 extérieur, la terre, vers le centre, les autres, vers un point 
intermédiaire, attribue à l'âme le mouvement circulaire. Et 
l'autre, pour le même motif qui lui fait attribuer un mou- 
vement propre à chaque corps, attribue au cinquième corps 
le mouvement circulaire, comme si c'était un mouvement 
naturel à un corps : en tout cas, il s'est laissé facilement 
induire en erreur. Les corps animés d'un mouvement recti- 
ligne ne tirent point de leur forme le principe de leur mou- 
vement, mais de la pesanteur et de la légèreté. Or le cin- 
quième corps, qui n'a ni pesanteur ni légèreté, a plutôt, par 
là même, un principe d'inertie. Un corps enfermé dans un 
corps semblable à lui, non seulement ne pourra osciller 
d'aucun côté, mais, enveloppé dans une sorte de cercle, il 
n aura aucune raison d'osciller, 

« qu'ils aillcnl à droite, vers l'aurore et le soleil, 
soit à gauche », 

soit en avant, so it en arrière. Pour les autres corps, qui sont 

42. 7Vm., 33 b : 8t6 xat cr^atpoetSIç, Ix {xe'aou :uavTr) npoç tàç 
teXeuxaç tcroy «tcexov, xuxXoxepiç aùxôèxopvs;Saaxo... Tim., 34 a : 8tà Bh 
xaxa xauxa ev xôî auxco xa? âv lauxâi r.epia-^ayù^, «Jxô kKair^ae xuxXcu 

XlV6t<T0ai «TXpSÇOfJLSVOV. ' 

46. Tim., 59 e sq. 

47. Tim., 63b-c. 

48. De Caelo, l, 269 a sq. ; Tim., 36c-d. 

52. Le mot papùx1^ç n'est employé chez Platon que pour exprimer 

00. Ihade XII, 239-340. 

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— 34 — 
RSéTIOTE èK6«lvo«Tl TÛV «ÔToO xénov uév^rv aJ rrl T 

Tfiv TTAP»r. ^x »' . ^ * ETxeiôi»^ TaOxa Kaxà 

<p V ôiotveluavToç «al npi^ ^^ûtç &TTo5Et£««Toc 




68. r/m^e. 62 c : œiiasi vàr ;î,.' , 



— a4 — 
chassés de leur lieu propre, leur élan vers celui-ci, les y 
ramène à nouveau. Pour le cinquième corps, qui ne sort 
jamais de son lieu propre, il devrait rester en place. 

Et même au sujet des autres corps, le cinquième mis à 
part, Aristote semble, par hostilité, chercher à ne pas dire la 
même chose que Platon. Platon se demande, en effet, si un 
corps est lourd par nature ou léger par nature : et, comme 
ses propriétés semblent se dire selon les propensions vers le 
haut et le bas, il examine s'il y a oui ou non un haut et un 
bas par nature : or, il démontre avec précision que, selon les 
tendances des corps vers leur lieu propre, on a nommé bas 
le lieu vers lequel chacun se porte, et haut, le lieu étranger 
d où ils s'éloignent, et d'après cette manière il distingue le 
lourd et le léger, puis il démontre ensuite que ni le centre 
ni la périphérie ne sont à juste titre appelés haut et bas. Et 
l'autre se pose en contradicteur, persuadé qu'il faut culbuter 
toutes ses opinions, et il insiste pour qu'on dise lourd ce qui 
se porte vers le centre, et léger ce qui se porte vers la péri- 
phérie ; et il affirme que le lieu central est un bas, et le 
cercle, un haut. 



73. Tim., 63 e : toôê ye {j.yiv ev Tt 8iavoy)Téov Ktpi Tcavttov auiûv, 
(î); ^ (xiy Tz^àç x6 auYyevsç ôBôç kxâaxoiç ouaa, gapù [xèv t6 çepdjxevov 
jroieî, TÔv 8è xotcov eiç ov xô toioutov çépExai xotxw, xà Bï xouxotç 
ïyovxa wç Ixiptoç Ôatxepa. 

78. Tim., 62 d-e : ô (xsv yàp (xeaoç Iv aùxw xoko;, oïxe xoéxco 
^^9^^(jiy oij-cî ayo), Xlyea6at Stxatoç, àXX* aùxô Iv [xiato. 'O 8à n^piÇ, 
oO'xe 8rj (xéaoç, oux' e^ojv Sta^opov auxou jx^pos exepov, ôaxepov {xaXXov 
r.poç xô {j.iaov, rj xi xwv xaxavxtxpu. 

79. Aristote, De Caelo, I, 3o8 a i4 sq., reproche à Platon sa 

théorie du lieu : Ta {aÈv yocp, iei :re3uxev, kr.6 xou (;iaou çépcaÔai, xà 

8e àei Tcpôç XO {xlaov. Touxwv U xà jjlÈv olkô xou {A^aou fpBp6[nvov, àvo) 

X^syoj 9^p6a6at, xaxw Se xô r,p6; fxeaov. "Axo;:ov yip xô (ay) vo{xttetv, 

ehaixi êv xw oùpavw, xô {xÈv àva> xô 8e xdcxw, xaÔfcp xtvÈç àçîouatv! 

ou jàp elvai xô^{X6v à'vw, xô 82 xaxw çaatv, Êl'rep, ^cdcvxY) ofjiotôç l(jxt 

xat Jcavxa/^o'6ev àvxiTcouç eaxai TtopeuojjLevoç i'xaaxoç auxôç aux4). 'Hfxeiç 

81 xô xou ;:avxôç êa^axov, avto XéyofjLEv, xal xaxà xriv ôsaiv kaxlv 

«vw xaî XTJ çpticjgi rpcSxov. 'E;cet 8' Icrxt xi xou oùpavou lay^axov xai 

[t.é<Joyy 8^Xov oxi laxai xat avw xat xaxco, cSoTcep 01 ;:oXXoi X^yo'uat, ::Xy)v 

oùj(^ ixavûç. 



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P. E. XV(8o8d-8iia). 

IX 1 'Y-nèp 8è xf^ç ^^X^<^ '^^ »««^ XéyoïnEv &v ; Sf^Xov 
yàp TttOTa oô ^6vov toÎç <})iXoao<|>oOaiv, àXX' fjSi] oxeSèv 
809 Kttl Toîq IStclùTaLÇ &TTaaiv, ÎSti flXàTcov jièv A8divaTov xfjv 
vpuxV àTToXetTTEi, Kal TToXXoùc; ÛTrèp toutou Tie7Totr|Tai 
Xéyouç, tiolkIXcùç Kal TtavTolax; ànoSeLKvùç ÔTt IqtIv 5 
à9(kvaToç fj v|;i)xi^. 2 rioXXfj Ôè Kal toÎç ÀKpiBôc; 
ècmouSaK6ai Ta nX^Tcovoc; f\ <t)tXoTnila yéyove, auvayovi- 
Co^évotç tÇ te Sdy^iaTL Kal xû nXdtTCùvt. ZxeS^v yàp t6 
ouvé^ov TfjV Traaav atpEaiv TàvSpôç toOt' Iotiv. 3 "H 
TE yàp TÔv i^8iKcov Soy^iàTov ÔTT^OEaic; InT^KoXoùSTiaE Tfj lo 
Tfjc; +uxf|c; àGavaata, t6 ^lÉya Kal Xa^npèv Kal vEaviKèv 
Tf|c; àpETfjç Sià Ta Tf^ç t^X^^ ^^"^^^ aôaai 6uvr|8ElaT]<;, tA 
b TE Tf^ç <|)<3aE«c; Tipày^iaTa TxétvTa KaTà t^jv Tf)ç ^^^X^^î 
StolKT^aiv laxE t6 KaXôç ôioiKEtaSai Ô{»vaa8ai. 4 H^^X^ 
yàp naaa, cf>Tia£, -navTÔq èTiniEXELTai toO àv^ûx®"' TràvTa i5 
8è oôpavèv tiepittoXeî &XXot' Iv &XXoi<; eTSegl yivojiÉVTi. 
*AXXà ^f)v Kal Ta Tf^ç ImaTruitiç Kal i?\q ao<î>tac; zlç Tf|V 
à8avaatav Tfjç ^ux^^ç àvfJTiTai tô FlXàTovi. nfiaat yàp 

a TOiç çiXoadçoi; B : àXXà §7) El || 4 à;:oX6trr) F : TCOtitTat D : 
TOUTOU XÔYouç GFGIE |I 7 Tcspi Ta BGFGEI ij 8 tw toutou 8oY{iaTi 
BXZ II 9 Tr,v cm. DZ : tout' laTtv cm. XZ || 10-11 tJ «[/u/J B : to 
{x^ya TTÎ? ipsT^; B |I i4 6<ï/.e i:« xaXàiç GDFG || 17 xa\ aoçiaç I : xai 
TTjv etç TTjv à6avaaiav El. 



4. Phèdre, a45 c : t|/u)(^rj Tcàaa otOàvaTo;, xô y*? à£txtvr,TOv à6a- 
vaTOv ; 246 a : àyévirjTo'v t£ xaî àOavaTov <|'y/_'l av et'n ; Aa?., 365 e : 
^(letç (A£v yap è<j{j.£v «J'y/.»), ^wov à0avaTov ; Lois, XII, 969 b : tov 8a 
ovTa yjaîov £xaaT0v ovTfoç àOàvaTOv fiivat, «j'y/^Tjv £7:ovo{a<o'[ji£vov ; Rép., 
X, 608 d : oxi iÔavaTo; f,{Awv tj «j^u/tj xai ouSc'tcote aTcrfXXuTat ; Ménon, 
81c: oct' ouv r| «J*uyy| àôavaTo; Te ouaa j Phidon, 78 a : àOavaTo'v Ti 



•i 



VII 

DE L'AME 

Au sujet de l'âme, qu'aurons-nous à dire? C'est une chose 
évidente pour tous les initiés à la philosophie, que dis-je, 
même pour tous les hommes du vulgaire, que Platon laisse 
l'âme immortelle. Il a, à ce sujet, de nombreux dialogues, où 
il démontre brillamment et sous des formes variées que 
l'âme est immortelle. Il s'est même élevé une grande émula- 
tion entre les partisans de Platon pour défendre ce dogme et 
Platon lui-même. C'est, il est vrai, presque à lui seul, le 
résumé de toute la philosophie du grand homme. Tout l'édi- 
fice des principes moraux repose, en effet, sur l'immortalité 
de l'âme, car la vertu ne peut garder sa grandeur, son éclat 
et sa valeur que par la divinité de l'âme, et la nature entière 
tient sa belle organisation du pouvoir organisateur de l'âme. 
L'âme universelle, dit-il, prend soin de tout ce qui est ina- 
nimé, parcourt le ciel entier sous les formes les plus 
diverses. Bien plus, les lumières de la science et de la 
sagesse ont leur source, selon Platon, dans le fait que l'âme 
est immortelle. Toutes les connaissances apprises sont, en 
effet, des réminiscences, et il croit qu'il n'y a pas d'autre 

12. Phidon, 81 a : TÔ Geio'v T£ y.al àôavaTov xa? 9po'vi|jLOv ; Lois, X 
6 II e : ô,ç ÇuYyevTiç ouaa tû t= 0etw xa? iOavdtTw xat T^i kd ovti • 
V, 726 a : îcavTwv... twv eauTou XTrjaaxtov uigTât Oeoùc J/uv^ 6eio'- 

TaTOV. ' T /. i 

i4. Phhdre, 246 c: TCcJvTa tov xdafjiov Siotxsi (^uy^rf) ; LoU, X, 
896 d : «fuy^TjV Siotxouorav. 

i4-i5. Phèdre, a46b : Tcàaar^ tfuyj) ravTÔç iTctjxeXeÎTOti tou ^{t'^QM 
i5. Phldre, 246 b: TcavTa... oùpavôv JCEptTcoXei (ttuvrl). La for- 
mule est aussi stoïcienne. 



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— a6 - 
cl Hcfli^oetç, 4vo^vy,aEi<;, Kal oôk SXXoç oïexai SivacBai 

5 Et 8è n/, loTtv ij ^^ux'l AflAvatoç, oôSè à«4i.vn<,iç. 
tt Se (if, toOto, oô8è nAer,ciç. nivTov oCv tÛv nX<4- 
Tfflvoç 8oy(.,4T«v &Texva<; èÇ^pT^févcov <«l licKpeitccfévov 
ttlÇ KaTà TV q,ux1« est^T^T^ç T£ Kal àeavaataç, 5 ^f, 
<~rX»pÛv toOto tV Txaaav àvaTpénei «fiXocrottocv HAA- a5 
J«»voç. 6 Ttç o8v loTiv 6 ixp&Toq è^f^eipi^oaç àv-tiTà- 
ti«ae«i ànoSetÇect, k«1 t^ t„xV At^^éaSci Tfiç d8«- 
v«al«<: K«l SXXnç dnAanç «"vAi^eoç ; Ttç 8' êTepoç T,p6 
ApiaxoTéXouç ; Tûv Se yip SXXov ot ^èv intStauévEiv 
cr«vEx.ip^c««, ot 8é, et (.^ k«1 toOto, Sûvajxtv ve Iv tû 3o 
a&t.„t K„l Ktvnatv TCV.X k„1 fpya Kal npiÇe.ç iné.^^u^, 
^JÇ t^XlÇ. 7 -O 8é, gaçnep nXdcTc^v àTT£aéi.v„v.\6 
^IÇ t"Xf]«; npavua, 4pxf,v yevéaeaç k«1 esoO •naWcuua 
K«l Tûv àTTivToav npocTàTiv ànotnvài.evo<:, Toaû8c l<i>ao- 
vstKn« K«eeX.îv Kal 4xt(,fîa«l i..KpoO 8eîv i^^Sèv &ne<pflv«. 35 

-V+«XV- 8 Oax. yàp „v,o,<,, oÛT. nOp, oa« 8Xoç 
CÔH», àXX oô8è 4c<ii.„Tov, oîov .Tv«t xe éd." «ûxoO kJ 
-vcîafla, 4XX- 008" 8aov ItxI xoO a^H-xoç âKtvnxov .tv«. 
^«l iç ctTTeîv S+uxov. Oîov yàp x68h âxéX^naHv, fl k«1 
An^v«Y..<,en, <Sç ,„i ,,, np.xoupyoi<: K.vVe.ç A<,,e- 4o 
Aéa8«i xfjç ^,oxf1ç x4 BooXEÙc«a8«t, x8 SiavonSfivat x6 
T.poa8oK(^a«t, Ta (.v^HovEOcai, t8 XoytaaaSau 9 Oô'yAp 

Il 37-38 xg, x..,ea . I II 40 xtv,i«.ç àfAx.,».. D. ^ 



— a6 — 

moyen de sauvegarder le désir de chercher et d'apprendre, 
dont la science est le fruit. Si l'âme n'est pas immortelle, il 
n'y a pas de réminiscence, et sans celle-ci, il n'y a pas d'in- 
struction. Tous les dogmes de Platon sont rattachés et sus- 
pendus à la divinité et à l'immortalité de l'âme: par suite, 
celui qui ne l'admet pas renverse toute la philosophie de 
Platon. Qui donc a entrepris le premier de se poser en 
contradicteur dans ses démonstrations, d'enlever à Tâme son 
immortalité et toute autre propriété de ce genre? Quel autre, 
si ce n'est Aristote ? 

Parmi les autres philosophes, les uns reconnaissent qu'elle 
subsiste, les autres, s'ils n'admettent pas cela, attribuent du 
moins à l'âme un pouvoir sur le corps, un certain mouve- 
ment, les œuvres et les actes. Autant Platon avait rendu 
vénérable l'essence de l'âme en la proclamant principe de la 
génération, élève de Dieu, régente de toutes choses, autant 
celui-ci s'est efforcé de rabaisser l'âme, de l'avilir, de mon- 
trer presque qu'elle n'est rien. Elle n'est ni un souffle, ni du 
feu, ni un corps quelconque, mais elle n'est point une chose 
incorporelle, incapable de subsister et de se mouvoir par 
elle-même : elle n'est point ce qui commande au corps ; elle 
est immobile et pour ainsi dire inanimée. Et tout cela à tel 
point qu'il a eu l'audace ou même a été forcé de retirer à 
^'âme jusqu'aux mouvements premiers, comme la délibéra- 

^aÔTJaewç Xoyoç ; Phédon, 96 b : sx 65 {iLVTÎ{xr^ç xaî SoÇyjç ).a6ouaïi; z6 
;Qp£(xerv... yt^veaGat £;i;icTT[u.if;v. 

33. Lois, 896 b. 

34. Tim,, a4d. 

36. Arist., De An., I, 4o5 a, b 18 ; De Part. An., 65a b 12 : 
f, tfux^TÎ où Tcup j De An., 4i4 a 20 sq. ; Soxst {jirjTg avsu (Tc6{iaToç elvai 

37. Zenon, V, Arnim., I, 38, i4; 39, 16: awjxa î] (J^u^^j I, 38, 33: 
oua^a xf]ç <{;u/^ç yîcapy.ei tÔ ;:v£U(JLa; II, 218, 34 : :cv£U{xa auYX£t(x£vov 
r.uii.kx rupôç xai àspoç; II, ai8, a6 : nup y] ;rv£U{j.a X£7rT0|jL£p£ç 8ià 
;cavTÔç SiTJxov xoS £[a4»ux.ou aaifiatoç ; I, 38, 8 : ^ «{.u/^yj <joS(xaTa xiveT. 

4o. Lois, 8966-8973: ayfii jxàv 8r] tj^u/r) Tcivxa tatç autriç 

xtv/faEatv aîî ôvo'iAaxà âaxt goOXfiaOat, axo;c£îa0at, £ret(x£X£ra6ai, ^ou- 
Xfiufiaôai, ôpôwç SoÇaCfitv, k^iMa^iytaç xat jcaaatç oaai xouxwv 



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47. L'âme ne se meut pas, Arist., De An., I, 4oi4 a ai ; hféta., 
IX, 1071 b 3i ; Cal., i4o b 4; Arist., De An., I, 4o3 a 7 sq. 

48. Dicéarque, élève d'Aristote, fut historien, musicien, philo- 
sophe. Il écrivit beaucoup d'ouvrages, entre autres : « De antiquo 
Graecorum modo vivendi », cf. Fabricius, I, III, a. Il n'aurait pas, 
à proprement parler, nié l'existence de l'âme, mais seulement refusé 



55 



— 27 — 

+uXflÇ TaOTA <pr\ai tA Kiv/niaTa 6 Tf)ç 4)ûaEwç, &q c^aai, 
810 YpatmaTEÛç. flàvu yoCv o\3t6c; laxi maréq, wç auveiKÉvai 
TL TTEpl TÛv èKiàq 6 Tf^ç aÔToO q^uxfl^ ToaoOTov Sirniap- 45 
TfjKcîx;, <5>c; tiT|S' 8ti SiavoEÎTai TiapaKoXou8EÎv. Où yàp f\ 
t^X^» tnaCv, àXX* ô &vQp(àTx6c; laTiv ô toûtcûv iKotaTov 
IvEpyôv, 1^ 4;uxi^ ôÈ àKlvTiToç. 10 To<3t<j) TOLyapoOv 
Itt6^evo<; AïKalapxoç, Kal TàK6Xou8ov Ikovôç Sv 8EopEîv, 

b àvfipTiKE Tf|v bXriv ÛTT6aTaaLv Tfjc; +uxflq. "Otl jièv yàp 5o 
iépaiôv Tt Kal à(poivkq Icttiv i^ v|*uxi?| SfjXov, &aTE oôk Sv 
ôiA yE Tf|v àTi6 TÔv ala8/|aECûv IvépyEiav ôoCiipEv EÎvai 
vpuxV «^ 5è KLv/|aEiç aôxfjç àq>avoOç gôctt^ç àvayKàe;Eiv 
f\\i&q ScKoOcLV ETva( ti xfjv +uxV *lioXoyEÎv. H TaOTa 
yàp &TTa<; tiç auviÉvai ÔokeÎ tî^ç tpuxf^ç Svxa, t6 (iou- 
XEÛEa8ai Kal aKOTTEÎo8ai Kal Ka8' 8v 8/|7tote TpdTTov 
SiavoEÎa8aL- hiav yàp ïScûjiev tô aôjia Kal xàç toCjtou 
Suvà^iEiç Kal lv8i)iiT]8ôiiEv tAç xoiaÛTaç IvEpyEtaç, ôç oô 

aà^icLToc;, ôtSo^iEv Iv ifjjiîv EÎvai IxEp^v tl t6 fiouXEu6iiEvov 
toOto 5è EÎvai ti^jv 4^ux^^- 

'EtieI •n68Ev àXXaxASev à-nLaTEÙaajiEv ûrcèp ipux^^ > 
12 *Av oSv Tiç èE, Sv jiàXiaxa ipuxi?) c|>atvETai TaOxa 
à(|>EX6jiEvo<; éTép9 tivI -npocàipTi Tipày^iaTi, oÔte 88ev oSoa 

43 97)at Tau-ca x'.vr||iaTaDl| 43-44 w? orjat Ypaaaaxsuç BGDFGIXZ : 
çuaewç çriat Ypa{i{Aareûç E : d)ç auvrixe D : wç ôm. BGEIOXZ || 45 
Twv aÙTÔç Z II 46 3:avofiaat B || 47 çaatv CFG || 48 àxt'vr,Toç oOtojç 
Totyapouv GDFGIZ : ovto)ç xoty.. X : ojtw E || 5o àvripst xaf DZ || 
5i à^avs's âcTi t);u-/7[ GDFGXZ || 52 èvàpystav t^u/^jv elvat'E : -8for[|xev 
GDFGX II 55 TO PouXeaOa- GDFGZ i| 59 atoixaTo; où'aaç B : ÔiSwfxev 
BDFGXZ: |5ouXd{Jievov D || 61 è;iiaTcuaà(jLevo; DFGOXZ || 63 tcç eÇtoô 
El II 64 yprIaijjLOç av eVr] GDEFIL. 



60 



- 27 - 

tion, la réflexion, la conjecture, le souvenir, le raisonne 
ment. Car ces mouvements ne sont point de l'âme, déclare 
celui qu'on appelle le greffier de la nature ; et, certes, il 
mérite toute confiance pour avoir compris quelque chose aux 
objets extérieurs, lui qui s'est trompé au point de ne pas 
se rendre compte qu'elle pense. Ce n'est pas l'âme, dit-il, 
c'est l'homme qui produit chacun de ces actes, l'âme est im- 
mobile. 

Aussi, c'est en marchant sur ses traces et en se contentant 
de tirer les conséquences de sa doctrine que Dicéarque sup- 
prima l'essence totale de l'âme. Que l'âme soit une chose 
invisible, et non apparente, c'est évident. De sorte qu'en 
nous référant à l'évidence sensorielle nous ne saurions 
reconnaître que l'âme existe : mais ses mouvements, bien 
qu'elle soit invisible, nous forcent, semble-t-il, à reconnaître 
que l'âme est quelque chose. Tout le monde semble compren- 
dre que les actes suivants sont propres à l'âme, savoir : déli- 
bérer, examiner et penser sous quelque forme que ce soit. 
Quant à la vue du corps et de ses facultés, nous nous ren- 
dons compte que de tels actes ne sont point propres au corps, 
nous avouons qu'il y a en nous un principe différent de lui, 
qui délibère ; et cela, c'est l'âme. 

Et puis, de quels autres arguments pourrions-nous tirer 
notre croyance à l'existence de l'âme ? Si on lui enlevait tous 
les actes qui manifestent son existence pour les attribuer à un 
autre sujet, il ne resterait plus rien pour prouver sa réalité, 
ni rien en quoi elle puisse paraître utile. Quel secours pour 

d'admettre qu'elle est une harmonie. Cependant Cicéron dit de lui : 
« Dicearchus autem. in eo sermone quem Gorinthi habitum tribus 
libris exponit, primo libro multos loquentes facit ; duobus Pherecra- 
tem quemdam Phtiotam senem, quem ait Deucalione ortum, disse- 
rentem inducit ; nihil esse omnino animum et hoc esse totum nomen 
inane, frustraque animalia et animantes appellari ». Tusc, I, ai. 

De même Tusc, I, -yj : « Acerrime, deliciae meae, Dicearchus 
contra hanc immortalitatem dissent. Is enim très libros scripsit qui 
Icsbiaci vocantur, quod Mithylenis sermo habctur, in quibus vult 
efficere animos esse morlales. » 

55-56. Lois, 897 a. Passage cité. Gt. Cicéron Pro Milone 84. 



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- 28 - 

lji<|)alvETai KaTaXéXoiTTEv oÙte b Tt xpV'-I'®^ ^^ etvai 
5okoIti. Ttç oSv f\ |io/|0€ia tÇ Tf|v v|juxV àB&vcLiov EÎvai 
6ÉX0VTL TTapà ToO ^u^i^v àTTOKTLvvûvToc; ; liq 8è ]?j 8i8a- 

OKoXta ToO Tp6TI0U TfjÇ KlvfjaECDÇ, Ka9' Sv aÔTOKtVTlTOV 

aÔT/|v <|>a^Ev, TTapà tôv HT]8è t6 napàTrav aôxfj Klvr|aiv 
d vEtiévTov. 13 Nat, àXXà KaxA yE ti?|v à8avaatav toO voO 
<|>fjaai Tiç &v auTèv koivcdvelv PIXàTcavi. Kal y^P ^^ b^^ 7<^ 
irSaav (io\jX£Tai Tfjv vpu)(i?|v à8<kvaT0v EÎvaL, t6v yE voOv 
ô^ioXoyEÎ GeÎ6v te Kal &<j)9apTov EÎvai. Ttç ^lèv o5v Tf)v 
oualav Kal ii]v (p<)ai\f 6 voOc;, ôSev ôv, Kal ti68ev iTtEiaKpi- 
v6^Evoq Totç àvBp^noK;, Kal ttoO TcàXiv ànaXXaTÔjiEvoç ; 
aÔT6c; &v eISeIti eu yé tl ouvIt^giv Sv XéyEi iiEpl toO voO, 76 
Kal \jii] t6 &TTopov ToO TxpàyjiaToç tô àaa<|>EÎ toO X6you 
TiEpiaTÉXXcùv l^taxaTai t6v IXEyxov, ôanEp al CT^Titai t6 
ôuaSi^pEUTOv, Ik ToO CKOTEivoO nopi^d^iEvoc;. 14 riàvToc; 
ôè Kal èv TOÛToiç Sia({>épETaL FIXàTûavi. *0 jiâv yàp (pr\ai 
voOv, &VEU ipuxî^c; àSi&vaTov EÎvai auvlaTacSai, ô Se 80 
Xcapt^et Tfjç vpuxfl^ '^^^ voOv, Kal t6 i?\q àBavaataç, ô ^lèv 
811 jiETà Tfjç +^X^^ aÔTÇ ôtScdatv, cSç &XXo<; oôk IvÔex^^ievov, 
6 Se c|>TiaLv aôxÇ ti6v9 x^f-^o^^^vcp Tf]<; ^'uxfl*^ toOto 
TTEpiytvEoBai. KalT]?)v jièv 4^v)xi^v toO aw^iaxoç oôk f^^toQEV 
iKÔalvEiv, bxi nXàTovi toOto fjpEas, t6v Se voOv àmoppi]- 
yvua8ai Tf^ç v|;uxf)c; fjvàyKaaEv, 8tl &SùvaTov lyvoa nXciTCûv 
t6 toloOto- [TaOTa ^èv S 'Attik6ç]... 

66 OAovta E : r,(xpx tou tyiv «j^uy/jV Z I| 68 rzepl tc5v D || 69 
àXX' ^ xai raaav B || 72 ôjioXoYeiv ôeiov ti xaî Z : (jiev om. F || 78 
èrÊta/pivojji^voj G : ô vous où o>v B : io6ev D || 76 ei yi t'.ç BGDFGXZ 
Il 76 xo à'jïoppov I II 78 âxaxo-cou axditvou El || 80 où^l -/(opi^et I \\ 8a 
«j/uy^ç aùxô GDF : à;:ooti5(oatv XZ || 83 ijidvco om. B || 84 7cepiY''YV£^6ai 

XZ II 87 TOIOUTOV DZ. 



t 



67. Le mot aù-cox''vr)TOv n'est pas de Platon, mais sera fréquemment 
employé par ses successeurs, spécialement aux iv«-v« siècles; De An., 
II, 4 13 a 4 : oùx eativ rj ^'^'/Ji x<»>o:axTj toj afiSp-axoç. 

68. Platon, Phédon, 76 d j De)., 4i5 a : àQavaaia oùai'a e(A(Ju/oç 
xai àî'Stoç txdvY). 



85 



. - 28 - 

celui qui veut que l'âme soit immortelle, de la part de celui 
qui la fait mourir ? Quel enseignement sur le mode de son 
mouvement, permettant de dire qu'elle se meut d'elle- 
même, de la part de ceux qui ne lui accordent aucune 
espèce de mouvement ? 

Soit ! Mais on dira peut-être que, sur la question de Tim- 
mortalité de Tesprit, il est du même avis que Platon. Et, en 
effet, s'il ne veut pas que l'âme entière soit immortelle, il 
reconnaît du moins que l'esprit est divin et impérissable. Et 
quelle est l'essence et la nature de cet esprit ? D'où vient-ii ? 
Comment s'est-il insinué dans l'homme et où doit-il retour- 
ner ensuite ? Il pourrait le savoir, si toutefois il comprend 
quelque chose à ce qu'il dit de l'esprit, s'il n'évite pas la 
controverse en masquant l'impossibilité de la chose par l'ob- 
scurité du langage, semblable à la seiche qui se rend diffi- 
cile à prendre, en lançant une liqueur noire. Même en cela, il 
diffère totalement de Platon. Celui-ci affirme que l'esprit ne 
peut subsister sans l'âme, celui-là sépare l'esprit de l'âme ; 
l'un lui attribue l'immortalité en même temps qu'à l'âme, 
la chose n'étant pas admissible autrement ; l'autre affirme 
que l'esprit seul, séparé de l'âme, peut y participer. Et il 
n'a pas daigné non plus admettre que l'âme sorte du corps, 
parce que c'est l'opinion de Platon : et il a forcé l'esprit à se 
séparer brutalement de l'âme, parce que Platon a reconnu 
pareille chose impossible. 

72. Aristote, De An., 4o8 b 18 : b tï vou; sotxsv lYYivsdOat ouata 
Ttç ouaa xat où çôst'psaôai ; 4o8 b 9 : ô vouç lacoç ôetoTspo'v xe xaî 
iizoL^éi ; De An., III, 43o a 23 : ô 7C0tr)Ttxôç vouç iGavatov xat àfôtov. 

77. Hist. An., 622 a 11 sq. : (oriTitav) TtapotJiotov yap çaaixo x^pw[jLa 
TcoiEÏv TÔ auTTjç Ttp xôizo) Tzepl ov 8taTpi6ei.... {A6xa6aAX6i y*P "cyjv y^pdav 
(jiazep ô JCoXuTcouç ;:iXo'Ju£voç y*P cLtplriQiv àst Tt xaî teXoç àçaytCetai. 

80. Platon, Phil., 3oc: aoçia {jltiv xat vou^ aveu <|'u/^^ç ojx àv zoxe 
yevo^oÔTjv; Tim., 3o b. 

81. De An., II, ^ib a 4 : oùx sjtiv yj ^^yr] y^toptatr) tou <j(o|jLaToç, 
ou (jLT)v àXX* ïvta ye jjiipy) oùSèv xioXuei, 8ià t6 {xrjSevoç eTvat ocofJiaTo; 
èvTsXeyEt'aç. 

85. Platon, Phldre, 266 d : IxGatvouat tou aojjjiaTOç ; Phédon, 
77 d : aÙTTiv (^wx'iv) âx6aivouffav èx Toij (To5{i.aToç j Hép., X, 6i4 b : 
l;:£t8Y] ou Ix6^vai ttjV ^uy/Jv. 



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P. E. XV(8i4a-d). 

814 XII 1 "Etl toO riXàTovoç XéyovToc; Tf|v +uxV S»-«- 
Koa^iEiv xà TxdivTa, 8if|Kouoav 5ià -ncivTov, Kal TaÛTT)v 
ûcf)' îjç Kal ol Xomol ôioLKEÎaSai auyxcdpoîev àv EKaora, 
Kal jAT)5èv «lAAo EÎvai ti^v <f)t3aiv f) vpuxV» «al ÔfjXov 8ti 
+uxi^v oÔK êcXoYov, Kal Ik toiJtov auvdcYovToç 8ti TràvTa 5 
Kaxà TTp6voiav yivETai, eï y£ Kal Kaxà c})t3aiv Ttp6ç oôSèv 
TOÛTCov ^jxîv 'ApiaTOTéXT)ç ôiioXoycî. 2 Oô yàp EÎvat t^v 
<t)ûaiv +ux^v, Kal Ta TTEpl yf^v, ()tt6 iiiSç 4>0cteg)c; Ôioi- 
KEÎa8ai. ETvai yàp è<p' iKdtaTO tôv Tipay^àTcov SXXaç Kal 
b alTtaç. Tôv ^èv yàp oôpavlov âeI Kaxà xà aôxà Kal lo 
6aai3xoc; Ix^vxov, alxtav xi»|v Ettiapjiévriv ÛTToxt8Tiaiv, xôv 
aè ûtt6 aEXf|VT]v xfjv <j)Ùctlv, xcàv ôè àv8ptoTTtvov <l>p6vT]atv 
Kal TTp6voiav Kal +uxV ^^ ^èv yXa<|>up6v èv xaîç xoiati- 
Taiç ôiaipéasai TiapEx^jiEvoç, x6 8à àvayKaîov oô auvopôv. 

3 El yàp ^t] ^ta xiç eXx], SOva^iiç ln+uxoç 5i/|Kouao i5 

ôià xoO TTavxàç Kal Tràvxa auvSoOaa Kal auvéxouaa oôx' &v 

EÔXéyoç x6 «nSv ©{^xe KaXôç Ôiolkoûiievov EÎvai Stivaixo. 

rf\q S' aôxf^ç fjv àp' àBXEil^tac; Kal tt6Xlv èXTitaai -noxè 

C KoXôç x«Pk ÈvoQEcoq StayEvÉaeat, Kal x6 Txav x68e 

2 xai^ tauTa CFG || 3 à?' ^; E || 4 t^jv ^u/r,v I : ç^Jcrtv ^'xt TcavTa D 
11^8 uro îx£v çjaea>; ONXZ || g-io xai tàç altfa; IN i| lo xatà ta 
auta (î>aaÛTo>ç E : xaxà tauta 10 || i3 tÔ jjl3v yàp FG || i4 S-.ai'oecrt I : 
ou auvaipoiv B || i5 tiç àlv ir»! BDGFGNO || 17 xaXtoç om. Eïn! 

î. Cratyle. 4oo a : vouv te xaî fjy^ eTvat tf^v ^taxodfjioudav xal 
e^oucrav (Tr)v Tfov à'XXtov àjcofvTtov çiSatv) ; Low. X, 896 e : àyei tLuyi] 
nâvia Ta xax' oûpavôv xai y^v xaî 6dtXaTTav. L'expression : Strîxouaiv 
8tà ;:avTO)v est surtout stoïcienne; Arn., H, 3o6, 89 : Stà ::àvTa 
8tr[xa ^ Tcpo'vota; 3o6, 21: ;cveu{xa Sirjxov 81' oXou tou x6au.ou ; 
III, 111,9: trjv 4'yy,»iv SiTlxouaav ot' oXou toj xoaaou. 

a. Phhdre, 246 c : Tcavta tôv xdafjiov 8to:x£Î ; Lois, X, 896 d : J,u/t)v 
Ôtotxoucrav xal èvoixoScrav Iv a;uaat toiç Tza^vir, xtvou|jiivotç (xôiv 00 xal 
Tov oupavôv àvayxï] Stoixeiv cpavai. 



VIII 

DE L'AME DU MONDE 

Platon dit encore que l'âme ordonne le monde en parcou- 
rant l'univers, que par elle les autres corps consentent à 
être gouvernés, que la nature n'est autre chose que l'âme, 
évidemment pas l'âme irraisonnable : de tout cela il conclut 
que tout arrive selon la Providence, du moins en tant que 
naturel. Aristote ne donne son adhésion à rien de tout cela : 
il déclare que la nature n'est point l'âme et que les choses 
terrestres ne sont point réglées par la seule nature, car, pour 
chaque événement, il y a bien d'autres causes. Pour les 
choses célestes qui sont toujours et invariablement de la 
même manière, il suppose que le destin en est la cause ; 
pour les choses sublunaires, c'est la nature, pour les choses 
humaines, la réflexion, la prudence et l'âme : tout en 
donnant un aspect brillant à de telles divisions, il n'en 
prouve point la nécessité. 

S'il n'existait pas une force unique animée qui parcourt 
l'univers, lie et enchaîne toutes choses, il ne serait pas pos- 
sible de dire que l'univers est sagement et magnifiquement 
ordonné. Ce serait le même aveuglement, et d'espérer qu'une 
ville marche bien sans un pouvoir unique, et de croire que 



5-6. Expressions stoïciennes, II, 280, i5 : xà xaG' eifxapjAévrjV 
yiyvdjjieva xat xaxà Tcpdvoiav yiyvgxat. 

11-12. Zenon, 1, 44, 87 : rj £Î[Aap(j,eviri yj aùxyj xal Tcpdvo'.a xai çuaetç ; 
I, 28, 22 : ev xe ôeôç xat vouç xal sijxapjjL^vT) j II, 269, i3: xaî 7:pdvoia 
xaî çuaiç, e(jxap[JL£V7) xal Tcpdvota xal Zeu;. 

16. Cf. ligne I. 

17. Tim., 32 b : auvsoTjaev xaî auveaxTj'jaxo oùpavov... ; Rép. X, G 16 
c la lumière est dite : Twàaav oruvéx^ov xrjv Tcepipopàv. 



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i^Y^<^o(<73ocL Tidyictt^ov tÇ Xéycp Sia(f>uXd^CLV, otov Tiepi- ao 
({>alvETai, ^1^ auvaSifjaavTa Kal auvap^éaavxa êv6c; tlvoç 
6^olou KOLVCdvla. A Kal toioOtov ^év ti Txp&YB^ '^^ 
SlolkoOv êKttQTa EÎval <|>T]aiv, otov o(p)(f|v EÎvai Kivi^acoç, 
toOto Se cTvai i};u)(f)v oô [^oi^XExai* kuItol toO flXàTovoc; 
aÔToO Selkvijvtoç oti tolç KLVou^évoLÇ &TcaaLv &px^ Kal a5 
7Tr|Y^ Tf)ç Kiv/jaEcoc; f\ +u)(/|. Kal ô jièv &v Ipyov Etr| vj^ux^ç 
XoyiKflç Kal (|>povi^ou' t6 ^T^Sèv jiàTrjv tioieÎv, toOto &va- 
d Tl9r|ai Tfj <|>t3aEi, toO Ôê Ôvé^iaxoc; aÔTfj Tfjç +uxîic; oô 
^ETaSlSoaiv, &aTi£p ek tc^v ôvo^diTov, aXX' oôk ék tuv 
Suvéc^EOv, tQv npoL^^ékicùv Xa^6avo^évo>v. 3o 

20-2 1 ovrep çatvsTai IN : oTov::£p E || 32 (xivToi r.pay\LCL BGFNL 
Il a^ J^uy rjv ôfAoXoyerv EIN : xaiiot xat tou BDGFG jl a8 aÙTa BGFGINO. 



- âo - 

cet univers admirable se maintient par la raison qui y brille, 
sans que ses parties soient liées et harmonieusement dispo- 
sées par la participation à un principe unique et partout 
semblable à lui-même. Il dit bien qu'il y a un tel principe 
qui règle chaque chose comme il y a un principe de mou- 
vement, mais il ne veut pas reconnaître que c'est l'âme ; 
cependant, Platon lui-même démontre que l'âme est pour 
tous les corps en mouvement le principe et la source du 
mouvement. Et ce qui serait l'acte d'une âme raisonnable et 
sage, savoir ne rien faire en vain, il l'attribue à la nature, 
mais il ne lui donne point le nom d'âme, comme si c'était 
des noms et non des puissances que les choses procèdent. 



aa. Tim., 56 c: Q\>^Xf]) auvyip(i.oaGat... àvàXdyov; PoL, 809 c-d : 
TzpÛTOv {A£v xa-à x6 ai»YY6vi$ x6 àetyEvsç ov t^ç ^^'/Jii «ùtôiv [t-ipoç 
6610) auvapixoaajjLÉvYi Ôsa{jL4) ; Tim,, 81 d : 01 ÇuvapjioaÔsvTeç.... $ea(JLOi. 

26. Phèdre, 287 c. Touto T>ri^r\ xaî àp^^ xtvr[<jewç; 245 d : cf. Cic. 
Tusc.f I, 28. 

37-38. Phédon, 9^ b : e^jO' xi aXXo X^yeiç àpy^gtv r] <}ux,t|v, àXXtoç tê 
xai çpdvtfxov ; Lois, XII, 968 e : t}u/T] çpdviad; tt xat vouv ly ouaa. 
Lois, X, 897 c : Ô^Xov wç xr^v àpiax/jv «j'uy^yiv «parsov c:ct[xeX6Ï(j0ai xou 
xdajjLOu îravTÔç xat àyeiv aÙTov tyjv TotàuTT)v Ô8ôv IxetvTrjv. 

a8. De Caelo, I, 27 1 a 83 : 6 6à 6s6$ xat tj çucriç 0Ù8ÈV jjLaxyjv Tcoiouffiv j 
De Caelo, II, 391 b i^. 



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P. E. (8i5a-8i6b). 
815 XIII 1 Tb 8è Ke<t)(4Xaiov ic«l tb KOpoç xi^ç nXàTovoç 

TiponeriTiXàKUTTat K«l tt«vtoIc»<;, t6 y= ^^^v ^t,- 'Apuno- 
TfcXev, „epiù6pia-tai. Oô vAp «"vAiievoç âvvo(^o«t SlAti tA 
LievAXa ic«l Seîa kcI TOpiTTi tûv •np«Yli<iT»v ■napa'nXnaCou 5 
atvbç SuvAiieoç a<; ènlYvoaiv SeÎTai, tfi 8' «ôtoO \en^ 
K«l tamtvfi 8p.i.ùtnTL •nvoreûav n^tç 8ia8ùv«. iièv ta« Inl 
vi^ç Ttp<xYt'&'^»« '^«1 '^'l^ ^^ ''°^^°''^ àX^Oeiav I8etv è8ûv«To, 
Tfic: 8' 8vT«<; àXnectaç i'noTTTeOaai t6 -neSlov oÔk ota ts 
b fiv «ÔTÛ K«vévi K«l KpcTf) xav ônèp «ÔTiv XPI-'Ak'^"»*:' ■» 
à.néYV» '-ï^vàç £tva. Wlaç «fùcetç, ot«<; HX^tov ÏV"^, 
Xfipoxx; 5è Kal TepexlciiaTa Kal <t.Xu«pl«<: lx6Xiir,<Tev riTtetv 
Ti Tûv 8vT«v AvÛTaxa. 2 T8 i^èv o8v &Kpov xe k«1 
ÏCYCxov xôv nXàxovoç ,},iXooo<t>iiiiàx«v loTl x8 Tcepl Tfiv 
vo^xf,« xaùXTiv K«l &i8.ov oôatav Tf,v xûv ISeûv, Iv8« 8è 

TlivOÇ Xe K«l iY^« «<'X«''°': -'il +"Xfi TTpAKElXai. 'O fclèv Y^P 

uExaoxùv Kal èct-iKéiievoç aôxfjç TtAvx<oç,EÔ8«ti.cov, i Se 
C &TToXet<t.eel<; k«1 à8u«axif,oa<: eE«p8<; y^v^-'S»^ ■"*^'^"': 
fiuotpoç eôS«Li.ovt«<; ««xcAelnexai. 3 K«l 8ià xoOxo 
nXàxcv xe Ttavxaxfl 8i«yovIZ;ex«i, Seiicvùç x^ Icx^v lO 
Toùxov xûv «f^osov o3xE Y^P «l-^l-^ àvxivœvoOv Atto- 

S D II i5 Tflv ;.:ô^03v El 11 .6 àYàv ixaato; Z . tfi om. El H »i 6vt.- 
vovouv CF. 

,. La tournure semble tirée de Lucien. Vita auctorum, VIII i8. 
On pose, en effet, à Socrate la question suivante : Tr)ç 8e aoçia. a aoi 
xe^dxlo; . Socrate : al (Séa. xa\ Ta tûv Svtcov :;apaBEt'Y5xaTa- onoaa yap 

xo^tL «Jvs; à.aveî; laxaatv, IÇcu xûv oW. - Hou os sa.aatv, 
Socrate : OÙ8a;i.oO. Et' Y^P ^^o" ^^^^ ^'^'^ *^ ^''^• 



i5 



IX 

DES IDÉES 

Le point capital, la clef de voûte de la doctrine de Platon, 
c'est la distinction des choses intellectuelles : elle a été 
décriée, bafouée, vilipendée de toutes les manières possibles 
de la part d'Aristote. 11 ne peut, en effet, concevoir pourquoi 
ce qui est grand, divin, extraordinaire, demande pour être 
compris une faculté qui soit d'une nature très ressemblante, 
tandis qu'il se fie à la perspicacité superficielle et terre à 
terre, capable de pénétrer dans les choses terrestres pour y 
découvrir les vérités qui s'y trouvent, mais incapable de 
regarder en face le champ de la vérité authentique. Se pre- 
nant lui-même comme règle et comme arbitre de ce qui le 
dépasse, il a refusé l'existence à certaines natures parti- 
culières reconnues par Platon. Il a eu l'audace de dire que 
les choses les plus sublimes sont des radotages, des songes 
creux, des balivernes. Le faîte, le point culminant des 
conceptions de Platon, c'est la question de l'essence spiri- 
tuelle et éternelle des idées : c'est là tout l'effort, la lutte 
suprême en faveur de l'âme. Celui qui réussit à l'embrasser 
et à l'atteindre, a le bonheur parfait ; celui qui reste en 
arrière et ne peut la contempler, n'a absolument aucune 
part à la félicité. C'est pour cela que Platon lutte de tout 
côté, en nous montrant la puissance de ces natures ; il 

lo. Phhdre, 2^8 b. 

12. Anal Post., I, 22, 83 a 33 sq. : xà yàp slôr) jjxipéxa}, xepc- 
xta[xaxa ycip laxt. Kai et saxt xt, oùdèv r.pàç xov Xdyov âaxiv, aï yàp 
a;co86iÇei; Tcept xc5v xotouxojv £tatv. 

i5. Soph., 246 b: vor\zk axxa xai àa(ii{jLaxa Êi'Srj, giaî^opievoi xyjv 
àXr^OtvrjV oùai'av elvat ; Phhdre, 2^7 a. 



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— 32 — 
êoOvat 4)Tiaiv oî6v te etvai KaXoùc;, &v \ii] toùtov ^lEeÉ^ci, 
oÔTE Yvôalv Tivoc; àXT^BoOc;, &v ^f) tÎ] -npàç TaOxa àva<|>op^, 
àXX' oôôè X6you iiETéGEaSal Tiaiv, eI ^ii^ Tf|v Tip6 toûtwv 
oôatav ôiioXoyV^^^v. 4 Oï t aÔTà toO flXàTovoc; a5 
auviGTàvai eyvcok6te<; t6v ttXeîotov àyôva tôv X6ycov Iv 
T0ÛT(}> TtBEVTai ttAvu àvaYKtttcûç. OôSèv Yotp Itl t6 PlXa- 
d toovik6v àTToXEtTTETai, El \iX] Tàç -np^Tac; <p<)aEiç Taûxaç 
auYX<»pV£'^«^ Tiç aÔToîç ônèp flXàTovoc;. TaOxa y^^P 
lativ oTç ^làXiGTa tôv SXXov ûriEpéxEi. 5 No^oaq Y^P 3o 
8e6v TTp6c; aôtà tôv àTrdivTcov -naTépa Kal St^iiloupy^v ical 
5E<m6TT)v Kal KT)8En6va, Kal Yvopt^cov ek tôv IpYcov t6v 
TEXvtTT^v Tip6TEpov vof^aai toOto s ^léXXEi Stiih-oupyV^*-^» 
eT8' oûtco tÇ voT]9évTi KaT6Tnv ànl t«v Tipa)(\xéL'Z(ùv npo- 
o^YEiv Tf|v Ô^ioLÔTT^Ta- laùibv S/), Ta toO 8eoO vo/)naTa 35 
TipEGÔÙTEpa Tôv TtpaYliATOV, Ta Tôv Y^vo^iévov TTapaSEtY- 
816 liaTa, àa^^iaTa Kal vor^Tà, KaTà tA aÔTà Kal <5)aaÛTG)<; 
IXOVTa àEt. MàXiQTa ^lèv Kal np^Toç aÔTà ôvTa napalTia 

2^-25 ei \i.^ touTwv oùaiav I || 25 ol' tauta CDFGIOXZ !| 28 
(piioatç xauTaç om. DXZ H 3o ola jjiàXXov twv âXXwv El : u;:epéxetv 
D II 3o-3i vorloa; Beèv aÙTÔç w? tôv à::avxa>v Z || 33 8yi(xioupYT;a6t6> 
C II 34 ouxojç Tw BGOXZ : voYiôévtwv BXZ |1 36 T,<xr.ahi!y[i.otxi EFG. 



a4. Aristotc, critiquant la théorie de la participation, s'exprime 
ainsi, Meta., I, 991 a 20-b i : to 6e Xe'YStv TîapaSsiYfxaxa aùtà (xà 
EÏSri) elvai xat [igTeyetv aûtûv xaXXa xevoXoyeTv èati xai [ASTaçopàç 
X^YSiv ;cotrixixàç ; Platon, Rép., IX, 585 b : xaOapa? oùaia; {xeré/^eiv j 
Parm., i3a d : rj {xiôeÇiç auTTj toïç aXXoiç •>(iyyt(3Q(xi xtov êiSwv oùx 
àXXY] Tiç »i eixaaOyivat aùxoîç ; Parm., i5i e : xô 5'eîvai aXXo xi' 
èaxiv ij (aIÔêÇiç ojaiaç [xsxàt y^pdvoj xou rapdvxoç ; Crat., 44o a : 
Yvwaiç 8è oriîcou oùôejxia yiYVoSaxsi YtYvtocxet (xr)«a}A(3ç à'^wv. 

25. Phédon, 76 d: ètci xatSxrjv (xriv oùat'av) xà Ix xiov afaOrlactuv 
:cdvta àva^époiJisv ; fi<Jp., VI, 484 c : eîç xô àXrjôÉcxaxov àîîoSXs^îovxcç 
xàxeïas àsî àvaçépovxeç. Aristote a critiqué bien souvent la théorie de» 
idées. Il n'admet pas leur existence en tant que substances. Meta., 
VI, io4ob 27-29, 1039 b 23-29. Leur existence rendrait impossible 
celle des substances sensibles, car l'idée deviendrait attribut de 
substances sensibles et n'existerait que par participation à ces 



* 



- 32 — 

déclare qu'il est difficile de déterminer la cause de quoi que 
ce soit, si l'on n'y participe même pas, de connaître une 
vérité quelconque sans remonter jusque-là, ni même de faire 
un raisonnement juste, si l'on ne convient pas d'abord de 
leur existence. Aussi, tous ceux qui se sont appliqués à 
défendre les idées de Platon ont fatalement consacré à cette 
question la plupart de leurs travaux de polémique. En effet, 
il ne reste plus rien du Platonisme, si on ne leur concède 
pas en faveur de Platon l'existence de ces natures primor- 
diales et fondamentales. 

C'est bien par là qu'il surpasse tous les autres. Compre- 
nant, en effet, que Dieu est le père, le démiurge, le maître et 
l'organisateur de l'univers, il s'est rendu compte, d'après ses 
œuvres, que cet artiste avait d'abord conçu ce qu'il allait 
créer, puis qu'une fois le modèle conçu, il s'est appliqué à en 
introduire la ressemblance dans les choses. Aussi les pensées 
de Dieu sont plus anciennes que les choses : ce sont les para- 
digmes, incorporels et intelligibles, qui restent toujours 
identiquement les mêmes. Elles sont en elles-mêmes causes 
concausantes premières et supérieures, et font que les autres 



substances. De même, les idées ne sont pas innées, et il n'y a point 
de réminiscence. Prem. Anal., II, 67 a 22. 

28. En parlant de la science et de l'opinion raisonnable, Platon se 
sert de l'expression : xoTç çuaet àp/^txoTç, Lois, III, 689 b. Mais il 
n'emploie pas le mot çufjiç, dans le sens de substance. 

3o-32. Timée, 29-30 passim 4i a : o)v èyùy 8y){jLioupYÔç TCaxrjp xe 
?PYWV ; 34 a : ouxoç Br\ 7:aç ovxo; aei Xoyia^LO^ ôeou ;:6pî xov 7:0x6 
6ad[i£vov 06ÔV Xoyi<s^el<;. 

36. Atticos a été sans doute induit en erreur par cette phrase du 
Timée, 3o c : xôt Yàp Sr] vorjxà Çoia jravxa Ixsivo Iv lauxw ::6piXa6àv 
î^ei, xaOa;c£p ô Se xda{jLoç 7)jxaç 8aa..., car Platon a formellement 
déclaré Parm,, i32 b: {xfj xoîv stôtov sxaaxov xoûxwv tj v(îr)(jia. 

36-37. f^^f'n., 1 32 d: xà [xsv et'ST) xauô' todjcep TCapaéetYiiaxa laxavai 
Iv xrj ©uaei ; Tim., 28 a : oxou (xèv ouv àv ô SrjfxioupYOç xcpèç xo xaxà 
xauxà ïyio'j {Sléntuv iet, xotouxto xtvî ;cpoay(^pai{jLgvo5 reapaÔei'YJAaxi, 
29a, etc. 

38. Le terme ;:apaix/a n'est point de Platon, mais fréquent chez les 
poètes tragiques ; Soph., 246 b : vor|xà axxa xat àaoijAaxa ; 252 a : 
OQoi xax* sVSt) xà ovx« xaxà xaùxà àaauxcoç ï-^o^xa, elva? çaaiv àct. 






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1* 



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— 33 — 

5è ical &XXoLÇ toO EÎvai. ToiaOTa iKaaxa oTa-nep èaTt. 
KaTà Tf)v Tipôç aôxà ô^iotiSTi^Ta, auviôàv ô nXdiTov Svxa 4o 
oô ^ÇaTtt ô<()8fîvai, oô iii?)v oôSè X6y9 aa<î)c3<; S^Xoef^vat 
ôuvà^iEva, aÔTèç ôç oî6v xe fjv ô-nèp aôxôv eItieîv Kal 
<t)povf]aai Kal TxapaaKEudaai xoùç jiéXXovxaç l-naKoXou- 
Sï^aELv TipaytiaxEuadi^iEvoç xaOxa, Kal xi^v at3^iTiaaav aôxoO 
<f>iXoao(|)tav eIç xoOxo auvxa^d^Evoç, TTEpl xaOxdc i^v^ay. Kal ^5 
xfjv xotixcùv v6r|aiv Kal xif)v ao(|>tav EÎvai Kalxfjv Emax/j^iTiv, 
b Si' îjç x6 àv8p67Tivov xéXoç Kal f\ jiaKapiaxr^ |itoxf| napa- 
ytvExai. 

[6. ToaauTa ô 'Attixoç. Ilapriv 6È xat TouTfov êti îtXgtw éx Ty]$ 
8y)Xa>0ctayiç Trapaôeaôat -cou àv3p6$ ypaçyjr rXrjv àXXà toiç èxxcestatv 
àpxeaOevxe; {AgxaorjodfjisOa xai sTct ttjv xôîv STwïxfov at'peaiv.] 

39 sxaaxov El || 43 çpovrjaai xat axsuaaai D ji k'] r^xpoLyifv£-:aii X. 



- 33 - 

choses sont telles qu'elles sont, d'après leur ressemblance 
avec elles. Platon se rendit compte qu'il n'était pas facile de 
les percevoir, et même qu'il n'était pas possible d'en donner 
par la parole une description claire: aussi, il s'est appliqué à 
dire tout ce qu'il est possible sur le sujet, à y réfléchir, à 
préparer ceux qui devaient le suivre ; il ordonne donc toute 
sa philosophie de ce point de vue et déclare que la connais- 
sance intellectuelle qu'on en a constitue la sagesse et la 
science, grâce auxquelles se réalise la fin de la vie humaine et 
l'existence la plus heureuse. 

[Ainsi parle Atticos. Il eût été facile de donner des citations 
plus étendues de l'ouvrage indiqué de cet auteur...] 

45. Def., 4i4b: ^iXoio^ix xrj; twv ovxtov kei ârtdT/jfjLrjç opeÇiç ; 
Rép., VII, 5ai c : i[/uy7)ç TCcptaycDyr)... dç àXY]6ivT)v xou ovtoç ouaav 
£;:avo8ov î^v Sy) çiXo^oçtav àXyjôr) çr|ao{xev elvat. 

^ 46. Rép., V, 477 b : r) l;:'.(jxrîjjLr)... ïkI xôî ovxi ;:eçuxe yvôjvai, wç saxt 
xô ov; Euthyd., 288 d : T^ cpiXojoçta xxT)(jtç l;:tcxr|exr)ç. 

46-47. Rép., V, 465 d : jnotvxwv xs Br\ xouxwv aTcaXXàÇovxai ^aoM^i 
xe xou (xaxaptaxou |3tou, ov 01 'OXujjL;:tovTxai Çàiai, {JiaxaptoSxgpov.* 

47. Tim., 90 d: Platon expose le but des études sur l'univers: 
xiXoç e-/6tv xou 7rpox£0évxo5 àvÔptoTCotç ô;cô Ôewv iptaxou ^lou npoç xe xov 
7:«po'vxa xat xôv ereixa yç,6)fOv. 




Vu : le 5 mars 198 1. 

Le Doyen de la Faculté des Lettres 
de l'Université de Paris, 

H. DELACROIX 



Vu ET PERMIS d'imprimer : 

Le Recteur de l'Académie de Paris, 
S. GHARLETY 



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TABLE DES MATIÈRES 



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Pages. 

Introduction. . . . 

Il 

1. Atticos : sa vie, son œuvre 

II. Atticos, platonicien éclectique y,„ 

III. Atticos polémiste, adversaire d'Aristote. . xxxu 

iV. L écrivain. 

V. Texte : manuscrits, éditions [ ^ii 

Les fragments conservés par Eusèbe : 

I. Les divisions de la philosophie selon Platon. ... i 

II. De la vertu et du bonheur * 3 

III. Sur la Providence 

IV. Le monde a commencé _/ 

V. Le cinquième élément o 

VI. Du mouvement des astres. . «, 

VII. De l'âme '.'.[.' H 

VIII. De l'âme du monde 

IX. Des idées. . . 9 

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CHARTRES. — IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT (g-igSl). 







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